…malgré tout la séance reprend…

les quatre soeurs de Messe.jpg 

 

Suite de l’Omission,  épisode 5, malgré tout.

 

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Contacts : ydit.spo@gmail.com

Le projet

« L’Omission »

Séances publiques d’oubli

De l’extérieur, passant, on voit ceci : un homme est là posé dans un espace commun, on dirait qu’il parle seul, mais il prétend s’adresser à un public, éphémère. Il dit s’appeler YDIT.

Pour tout dire, devant un public aléatoire et passager (voire fuyant !) il creuse la mémoire comme on creuse une mine, pour dégager la matière.

 Une Omission  programmée sur (peut-être) vingt-ans


Précautions d’emploi  (avant de s’y remettre tout de même) :

  1. Tout ce qui était prévu a changé de sens, depuis peu. Mais rien de ce qui était programmé ne doit être abandonné. L’enjeu reste de façonner des masques d’oubli afin de travailler la mémoire, d’en garder le cœur. Les présences lourdement infinies de la violence et de la mort sont des fantômes qui menacent le feu de camp de la parole, sans jamais parvenir à en piétiner les braises, jamais. A chaque fois, au terme de la veille nocturne, les braises qu’on disait mourantes retrouvent de souffle des flammes, et la lumière des hommes accomplit la lumière du monde.
  2. Donc, puisque cela continue, pour un meilleur suivi du projet, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter au protocole d’expérimentation, fixé dès le moment premier, puis donné sous la forme de douze articles annexés aux douze premières séances d’oubli.

Et  plus tard en lecture suivie dans « Pages» sur Yditblog.


 

S.P.O. 5 : les débuts du film, Paris, 13ème arrondissement, 23 minutes

( ça na s’arrange pas )

Ce matin-là, cinquante-septième depuis le début de l’oubliage, Ydit a choisi l’horizon pourpre et fermé d’un théâtre, un cinéma, une salle de concert. C’est le moment ou jamais.

Il y a peu d’hommes en cette heure dans le début de journée. Ils sont au travail, ou chez eux, lisant des revues politiques, regardant des documentaires sur les origines de l’univers, ou des films interdits aux mineurs de 21 ans. Souvent, ils écoutent en voiture des émissions sur la terreur, et continuent de ne pas comprendre l’évidence.

Des passantes se dirigent vers le vestiaire vacant déchargé de ses pelures.

La dame en noir, d’ailleurs, y vend surtout des fraises parfumées avec éclat, des bonbons, des poupées en fausse fourrure, des Aphrodite, des lacets noirs et des œillets blancs fourrés dans des godets à pop-corn. Ne manquent plus que des presbytères !  Ydit se dit qu’il lui faudra, un jour, se coller à l’oubli d’Arsène Lupin, de Rouletablille, de Fantômas- oui même de Fantômas. Surtout Arsène, l’arsouille crapulette. Difficile entreprise. On peut attendre que les séances d’oubliage soient mieux calibrées. Plus naturelles ( car quoi de plus naturel que l’oubli ?).

Bref. On en reparlera.

Sauf que la mémoire a l’esprit de l’escalier.

D’un escalier sans fin dans son vice : on tourne l’image, et qui monte descend.cucuron  escalier aout 2012 14

                                                                      l’escalier montant se met à descendre 

Un tel  type de langage, pour ne pas dire tic de langue,  ce n’est pas avec ça qu’on attire les nymphettes dans les cinémas ni les nymphéas dans les épuisettes, certes.

Moindre mal, ce n’est pas l’objectif des S.P.O.

Les S.P.O., ça sert à détruire l’inutile du passé, un temps inconnu de la grammaire.

 

Dans le hall du cinéma le fournisseur dépourvu d’imaginaire a tenté de coller au titre du spectacle, tel ces illustrateurs de livres pour enfants qui dessinent, langue tirée, un loup noir, un chaperon rouge, et un pot de beurre d’ Echiré ( jusqu’à ce qu’il fréquente le bonnes épiceries pour salarié cossu, Ydit a cru – sans comprendre- qu’il s’agissait de beurre déchiré.

Il y a bien de la crème battue.cinema rappel.JPG

Mais ont disparu les échoppes B.O.F., Beurre /œufs/Fromages, ce qui ne justifie pas une S.P.O. : elles se sont mises elles-mêmes du côté de l’oubli) .

Mal à l’aise dans le sous-sol couleur ombres ouvrant sur l’enfilade de douze salles, Ydit commence par déambuler.

Il vérifie le badge « OUBLIeS ». Il aimerait parler. Pas tout seul. Parler de rien, pourquoi pas, c’est l’usage, mais tout seul, non.

Va-t-il s’acheter le pop-corn salé au caramel ? « N’oublions pas que je suis là pour oublier », dit le crieur d’oubli, oublier plus que jamais, dit-il à voix haute, ramené au sérieux de la tâche par un public   menu et  gracile ( à défaut d’être gracieux : deux gamines trop mineures pour être honnêtes, tendance Nabokov réécrit Hunger Games, et qui  se frappent nonchalamment le front. Encore un vieux qui déconne. Il y en a de plus en plus. C’est alzamaire. Disent-elles.  Au moins, les vieux, c’est ça qui est bien, ça n’a pas les moyens d’être dangereux).

Problème bien connu, à cette heure-ci de la matinée, seules les collégiennes parcourent les dédales de la culture.

Dehors, dans le soleil de novembre, sur le parvis du cinéma, dans les vents de cendre et de malheur, six « food trucks » rangés en demi-cercle commencent à lever leurs devantures d’odeurs. Une queue se forme devant le plus célèbre. On dirait une halte de ruée vers l’ouest, une allégorie de western.

Mais …silhouette de Z..jpg

d’ailleurs les passantes du désir ne sont jamais que des silhouettes indécises…

et les indiens sont ailleurs.

Ydit, sans appétit, ruse avec les  faims comme avec le récit prévu, qui est encore comme toujours un peu le récit des origines, puisque tout ceci n’en est qu’au début. Aux jeunes filles debout, il ne livre pas  les mots sur l’impossibilité radicale de raconter le passé sans mentir. Il ne dit rien des  pénombres folles du présent. Rien que le mot « passé », elles en ignorent le sens. Donc, « origine » !

Sans doute vont-elles apprendre à

lire devant l’écran ?cucuron  porte fenetre aout 2012 2.jpg

En général, c’est bien pour ça qu’on va au cinéma. Pas pour y voir des Marielle, des Rochefort, des Piccoli encore plus vieux que vous, sans parler des Bouquet. Et encore moins des séries de teens à peine dé-tétinées.

 

 

D’ailleurs les puissances du désir ne sont souvent que des fantômes impuissants

Ydit, lui…cucuron  porte fenetre aout 2012 2

(tiens, au fait, quelle absurdité de se nommer « Ydit », tous ces hiatus affreux probables, impossible d’ énoncer : il dit Ydit ; dit Ydit ; Ydit dit-il etc. Mais, trop tard, Ydit aurait  dit- euh aurait dû – y penser avant).

Ydit est venu avec un pull rouge et l’intention d’oublier une part des récits des origines de la famille, encore,  malgré tout. On sent qu’il n’est pas très en forme, loin de son sujet.  On peut le comprendre. Il est ici par devoir de parole, et dans l’impossibilité d’être entendu sur le présent. A la façon d’un prof qui vient de lire Queneau dans le métro, mais doit raconter Kierkegaard sur le tard.

Ydit, lui …Quatre jeunes filles nouvelles circulent. D’ailleurs les passantes du désir ne sont jamais que des silhouettes indécises.
les quatre soeurs de MessePas beaucoup moins jeunes, amèrement mineures.

Elles s’arrêtent à peine et sans plaisir, (mais les jeunes filles ont-elles du plaisir à écouter ?) lorsque l’orateur, à présent, rappelle qu’il n’aurait jamais dû regarder Virginie quand elle disait, lui prenant la main à travers le bureau où elle venait d’entrer : « j’aimerais tant être l’abeille qui se pose sur ces doigts pleins de sucre et de saveur, savez-vous ? ». Et le sourire, le baiser sur les doigts.

L’oublieur public, cependant, récuse l’oubli de Virginie. On y viendra.

Tous ces oublis à quoi il va falloir venir avec le temps. Une véritable liste de  proscription. Tout ça. Epuisant rien que d’y penser.

Voilà précisément pourquoi on oublie, pourtant : alléger la fatigue.

 Pour l’instant, un constat, trivial : certaines fois, le braillard projet d’oublier se combine à la sourdine de la mémoire. Allez vous débrouiller avec ça…

Le crieur d’oublies tâtonne, parle bas et peu, on dirait qu’il a peur d’avoir honte. Qu’il est trop petit pour le présent. Qu’il craint de se montrer quand d’autres sont effacés.

A présent, Ydit affirme sa volonté d’oublier les noms de sa famille, d’effacer ainsi les preuves. « Qui laisse une trace laisse un plaie », aurait écrit Henri Michaux. Mais on a la flemme de vérifier.

Peut-on appliquer à la blessure de mémoire les thérapies géniques?

D’ailleurs, la séance va commencer. Macbeth.

Le destin qu’on vous annonce, c’est soi-même qu’on l’accomplit, n’est ce pas ?

 


 

Evaluation : TS00 :0% / TPE : D

NB : Comment jamais constater un taux plus bas de TS00 ? Le Taux de Satisfaction Objectif Oubli mesure la réalité tangible des oublis. Comme on est ici dans l’abstraction formelle des origines, tout est possible, mais – naturellement- rien n’a lieu. Dans le déplacement d’intention de la séquence, les oublis sont faux, ou bien virtuels (ce qui est une forme d’absurdité pour un oubli). Il faut dire que l’oublieur n’a pas du tout la tête à ce qu’il fait.

Le simple D du Taux Plaisir Emotion traduit l’ insatisfaction de la parole mal prise, malgré la semi-pénombre supposée protectrice du hall rouge, en ces jours noirs. Il dénote aussi la banalité de l’exercice : Ydit, son métier, ça a toujours été de parler. Y compris, il y a quatre générations de cela, devant toutes ces mineures à soda zéro, on se demande quel film elles vont  bien savoir trouver à cette heure-ci ? Mais, parfois, aussi fort soit le métier, autant raté pourtant est le geste.


 

Protocole, Article 5 : A2a5P

Tout souvenir évoqué devant un auditoire, même virtuel ( sur une place de village pendant l’orage, par exemple)  sera en effet irrémédiablement considéré comme définitivement détruit, biffé, raturé :  impossible à réutiliser jamais pour l’embellir ou le caresser, comme souvent font les mémoires.

Le projet se situe dès lors  à rebours de la mémoire : vivre c’est emmagasiner des traces, à chaque instant. OUBLI(E)S projette avec radicalité  de vider le magasin personnel, sans inventaire général. Sans progression préconçue. C’est un espace générateur d’oubli. C’est une fabrique permanente de ratures, de caviardages. Jusqu’à  l’émergence de l’essentiel.

Un peu comme une sévère dose de Acide 2-amino-5-phosphonovalérique

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l’aube jamais ne cesse…

Depuis  sept jours tout ce qui était prévu a perdu son sens.

Encore bien davantage s’il s’agit de petits jeux cérébraux sur la mémoire et le temps, sur le silence  et l’imprévisibilité de toute parole.

Depuis sept jours, nos corps vivants ont revêtu…

spo noir.JPG

Mais l’aube jamais ne cesse de revenir imposer la lumière fraternelle des femmes et des hommes, dessinant les éclats de tendresse qui parent les habits de lumière, ceux de Thésée sortant du Labyrinthe, encore, et encore, et toujours, toujours davantage de lumière.

___________________________________

n.b. le nom de l’auteur et du traducteur ont été caviardés, car ils sont sans aucun rapport avec les scènes de meurtre collectif du 13 novembre 2015

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Séance publique d’oubli – année 1 / séquence 3 : le métro Edgar Quinet

                                                                      S.P.O. 3.

                                               Paris, Métro Edgar Quinet, 11 minutes

 

      Ecoutant la bande son des séances précédentes (car ici tout est enregistré ), séquences  inaugurales, l’oublieur public entend que dans l’émotion provoquée par le surgissement implacable du «réservoir 1950», ou dans l’inflexion vers le dialogue rue Landrin le 22 août, sa loi d’oubli (loi d’airain !) a été négligée, ou contournée. Privilégié l’émission sur l’omission.

A quoi ça tient, juste une voyelle entre deux maux. Mais on le savait.

     En respect du protocole expérimental, il devrait subir une réprimande. Mais jusqu’à présent ses distributions d’oubli(e)s ne sont que  des croquis, pas encore des maquettes, encore moins des prototypes. Pas d’urgence, on a bien le temps, on en a pour beaucoup d’années, On peut donc les considérer comme un entrainement et fermer les yeux. Ouf. Encore une minute Monsieur le bourreau.

D’ailleurs, se souvenir c’est fermer le regard.

     Le crieur d’oubli(e)s s’interdit de continuer sa liste de premières fois possibles.(Ce qui n’empêche pas les débuts de film, de romans, etc.)

C’est trop facile de reculer en commençant par  l’annuaire des souvenirs, l’a.b.c. du mémorable.

Il faut passer au danger de l’imprévu.

     Ydit parle donc sur un trottoir, c’est mardi, le matin, une sorte d’été indien à Paris, des gens passent, des touristes, P1130589des familles,aussi

une vieille dans doute agnostique – ça se voit à sa démarche hésitante.

Il parle :

« Tout espace est porteur de souvenirs qui se précipitent, s’emmêlent, se superposent. Pas loin d’ici…

                …Montparnasse, des trains que j’ai pris pour tant de villes.

A cent mètres, l’appartement de rencontre avec…Ah les prénoms décrivent sur le sol de la mémoire un espace de jolis souvenirs, comme un potager de plaisirs pour les frais hivers. Tant mieux.

     Derrière, le célèbre cimetière, dont les allées sont les ennemies pompeuses d’oubli. Ensuite… mais non, si je tourne la tête chaque regard comporte ses assauts de mémoire, ne m’en veuillez pas de mes balbutiements de méthode.».

Pour Ydit, parler de soi pour quasiment personne, pas loin d’une bouche de métro, c’est encore un peu difficile, mais telle est bien la stricte consigne. Remarquez, personne n’oblige. Sauf peut-être l’exigence du temps ? D’une terrasse voisine, où elle boit un café sans sucre, une femme encore jeune, et qui fut sans doute séduisante, l’observe soliloquer, mais ne peut entendre. Elle tend l’oreille en vain. Qu’est ce qu’il peut bien dire ? Pour Ydit, toujours difficile de se faire entendre de femmes.

Quelques passants ralentissent, à peine, par curiosité : le quartier pratique toutes les surprises, n’en redoute aucune. C’est tout de même plus bénin que la cohorte de jeunes rasés,

plus simple que les tortueuses voies du passé

plus simple que les tortueuses voies du passé

filles et garçons vêtus de robes safran usé, scandant «  Haré Krishna » sur le rythme de gongs approximatifs : spectacle ici banal dans les années soixante-dix.

« Non, je ne parlerai pas du cimetière voisin peuplé de célébrités. C’est une sorte de parc attractif  sans mélancolie, sans la  moindre délectation morose, parce que le cimetière est un grand pro du post-mortem bien géré.

Oui, je tiens mon premier oubli véritable.

Je vais vous le dire. Je dois passer à l’acte, à défaut de quoi je vais rater cette séance, ou –pire- la séance de cinéma ». Il dit qu’il veut aller voir «  Floride », un film sur la dégradation de la mémoire, parce qu’il aime les deux premiers rôles. « Pas de roulement de tambour, on n’est pas le soir dans  la ville médiévale, on ne va pas fermer les portes de la cité, cette fois  le « crieur d’oubliEs« , ces petites pastilles de pain sucré non levé,  le crieur ne signale pas le dernier passage du dernier marchand pénétrant dans la ville bientôt fermée, en 1402 à Provins, comté de Champagne.

Ne nous perdons pas. »

Comme aucun n’écoute, rien ne se perd. Pas de risque. Toujours ça.

Il se lance, comme dans la piscine glacée après le sauna : « Première tentative d’oubli : c’était la page de gauche d’un livre d’anglais au tout début du collège. Un quart de page, et le dessin d’humour pour les jeunes élèves ». Ydit énonce une brève description du dessin : une adolescente écrit dans son day-book, on voit une chaîne féroce et l’épais cadenas qui vont en protéger les secrets, pour les temps et les temps. Elle est penchée, cache les mots de son bras plié, elle a onze-douze ans. Légende : Today, I hate for the fisrt time a baba au rhum.

     Voilà ce que je veux oublier ce matin ».

     Il hausse la voix : « J’oublie. J’en décharge solennellement ma mémoire, sans risque, même si le jeu un peu ironique sur l’insignifiance  abyssale du secret donne à cette bulle comme l’apparence d’une épaisseur.

Après tout, l’apparence de l’épaisseur est ce qui désigne l’humour. »

     Alors qu’il dit un peu plus fort, après un silence : «Cela, j’oublie ! », comme on dirait « Je m’en vais», ou «  Je vous déclare mari et femme » ou « Le facteur est passé » , un type d’une vingtaine d’années le regarde, enlève l’un de ses écouteurs, mais n’entend rien d’autre, reprend  donc sa démarche molle de baladeur.

L’expérimentation est ainsi lancée dans sa forme stricte. Il y a de quoi être satisfait, non? Malgré les approximations inévitables d’un débutant de l’oubli. Bon, d’accord, c’est de la petite monnaie d’oubli.

De la pièce jaune.

Mais cela ne va pas de soi de débuter la descente de l’oubli. On ne dirait pas, tant qu’on n’y est pas. On voudrait vous y voir ( mais il n’y a pas de probabilité de rencontre).

Ydit parle toujours :

« Je m’aperçois soudain que mon expérimentation de l’oubli volontaire provoque (on pouvait le redouter) des afflux tempétueux de souvenirs collatéraux.

C’est que je reste encore malhabile dans le chemin à rebours du souvenir.

Je veux en dire un, pour le contraire de l’oubli, parce qu’il est savoureux comme…a first baba au rhum. Donc. La jeune professeur d’Anglais, sans doute remplaçante, débutante, portait un gilet de coton léger. J’ai en mémoire l’image de ses cheveux mi-longs, mobiles. Deux ( ou trois ) boutons de gilet, inemployés, laissaient  au bas du cou une échancrure vraiment fraîche et de loin goûteuse.

On ne voyait, se poussant du coude, que les débuts de balconnets blancs et pleins- mais, en ces années soixante naissantes,

C’était plus que nos rêves collégiens : l’iconographie de la nudité-sinon du sexe- n’avait pas encore empli les affiches pour les produits solaires, les publicités pour les amincissants, la réclame du désir en 2D, du désir.2. Elle se retournait aussi, tableau/craie, «  my small cat is black » (on traduisait, on féminisait, on ricanait ! ), le pantalon disait la finesse des formes, et quand elle écrivait la date dos tourné ( heureuse pratique recommandable à toutes les institutrices débutantes), un espace de lumière rose pâle  dégagé sous le grège gilet venait nous inciter à la méditation solitaire.»

(une phrase comme ça, pas de doute : aucune chance de l’écrire, ça ne peut exister que dans le vent passant d’une bouche de métro, entre un S.D.F. moldo-valaque et un distributeur de journaux gratuits : le vent du temps)

Ydit insiste ensuite sur l’évidence que ce fut, « sinon comme une apparition lors d’une promenade en barque, ou comme un rayon de noblesse à travers un vitrail, au moins la rencontre émouvante…P1120704 … avec l’évidence simple de la force majeure

le désir. Juste le désir. »

La séance se conclut , assez brutalement il faut en convenir, par ces mots :

« Le désir, banalement l’infini du désir, l’interminable puissance du projet qu’est le désir, ce qui me fait ici encore parler en regardant passer une jolie femme, bien qu’elle ne s’arrête pas ( il faudra que je me souvienne de raconter la rencontre de lecture en TGV) le désir imberbe, à jamais adolescent, et contre la bêtise définitive de ceux qui font du plaisir accompli le moteur du monde.

Mais je vois le compteur : 13 minutes de soliloque, c’est la bonne mesure de l’exercice,

vengeons stèle jouault 2avant l’excès».

Evaluation : TS00 : 5% / TPE : C+

NB : on pourra s’étonner du bas taux de TS00, mais il ne faut pas oublier que le Taux de Satisfaction Objectif  Oubli intègre ( comment faire autrement ?) une variable  à puissante composante qualitative. Oublier une page de manuel scolaire…faut pas charrier, tout de même, c’est du menu fretin. Quant au C+ du Taux Plaisir Emotion, nul doute que – hélas- l’irruption d’une jeune professeur d’anglais à gilet mal boutonné  y contribue, au-delà du raisonnable, comme d’habitude. Regrettable machisme banal, à douze ans …

NB bis : l’écoute de l’enregistrement a été perturbée : l’oublieur, maladroit ou troublé, ou pressé de ne pas rater sa séance de dix heures, n’a pas enclenché la touche stop. Au retour, devant la tablette où noter le compte-rendu, l’appareil indiquait la durée 3h37, ce qui est tout de même un peu beaucoup : hormis   un enregistrement intégral du film après la séance d’oubliage, on écoutait la caissière  dire qu’il y avait intérêt à se magner parce que le film commençait, salle 8,  mais aussi portes, métro, gens, rames, annonces d’un retard de 5 à 10 minutes sur la ligne 6,comme d’hab., métro,  achat d’une tradition pas trop cuite, merci ça va pas mal aussi, passage plus tard  en caisse chez Monop (165,65 euros, ça ne s’arrange pas, mais il y avait un pur malt, faut savoir ce qu’on veut), etc. Cette maladresse, imputable à l’émotion des premières fois, n’entache bien sûr en rien la solidité de l’oubli ni l’authenticité du témoignage.

La bande son n’a pas retenu ce propos intérieur d’Ydit : « Nouvelle séance : Edgar QUINET, Ydit qui nait, de quoi faire cancaner Lacan ».

 

Protocole d’expérimentation ( toujours pas validé à cette date par un organisme certes officiel mais pas fulgurant),

Article 3 : extension du champ d’oubli

Tandis que le projet se déploiera, dans les vingt à vingt-cinq années à venir ( sauf A.V.C.), les auditeurs-passants pourront proposer d’autres lieux pour l’exercice de l’oubliage : table du commandant pour voyageurs de Première sur le Titanic, douche mixte du cours de yoga, bureau du secrétaire général de l’UNESCO (on précise que les oublis seront exclusivement  donnés en français pour motif d’exception culturelle), micro de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, vestiaire blanc de la piscine pontificale, tombeau de Jeanne d’Arc, café  » Au rendez-vous des Amis », et même :

  Urinoir de Marcel

 

 

 

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Séances publiques d’oubli : épisodes 1 et 2, pour commencer doucement

Je suis venu vous dire que je m’oublie.

Le projet

« L’Omission »

Séances publiques d’oubli

Contacts : ydit.spo@gmail.com

De l’extérieur, si l’on sort du métro, si on passe chez le boulanger on voit ceci : un homme est là,  il porte un badge

«OUBLIES» , parfois noir et rouge, parfois vert et bleu. Si tout va bien (s’il ne pleut pas, si le temps ne presse pas),

une affichette l’accompagne.

D’abord on penserait qu’il parle seul, comme s’il déambulait en dialoguant au téléphone.

Pourtant il s’adresse à un public, inconnu : celle qui arrive, celui qui passe, vous, eux.

Ainsi va le projet : l’homme, le personnage, le pseudonyme.

Ydit est ici afin d’effacer sa mémoire

Une Omission  programmée sur (environ) vingt-ans,

non renouvelable

.

Précaution d’emploi : pour un meilleur suivi du projet, il n’est pas inutile, et il n’est pas nécessaire, de se reporter au protocole d’expérimentation, donné sous la forme de douze articles annexés aux douze premières séances.


Le projet

L’Omission/ Séances publiques d’oubli : épisodes 1 et 2, pour commencer doucement

c'est l'atelier public d'oubli

c’est l’atelier public d’oubli

 

 

 

2015

 


SPO1 . Paris Landrin, 22 minutes.


A la date prévue, Ydit  est à l’endroit convenu, devant le 12 rue Emile Landrin, c’est à Paris, arrondissement vingt. Dimanche vers le début de soirée, la rue est déserte.

Le projet décide le lieu et l’heure, passe qui peut.

Ydit n’attend pas la présence, il mène le projet , il parle pour provoquer de l’oubli. Enfin, c’est ce qu’il raconte.

La première fois, parler seul en plein air en d’adressant à un public, mais sans public, c’est difficile. Pourtant c’est le protocole expérimental. On doit s’y tenir. Un certain temps.

Donc notre Ydit s’interroge à voix haute sur la valeur ultime ou pas des premières fois, de toute première fois, de chacune d’entre elles, avec cette saveur singulière que le souvenir invente ensuite pour elles. Alors qu’il fait une liste fourre-tout de premières fois possibles, de premières fois dicibles (ni ridicules ni honteuses), qu’il donne sa liste à voix haute et intelligible sur le trottoir du

12 rue Emile Landrin, c’est à Paris.

près du cimetière, à Paris

près du cimetière, à Paris

Il y avait une clinique d’accouchement jadis, un couple passe sans s’arrêter.

Reconnaissons que cela gène un peu. Oublier en public requiert deux composantes : du public et de l’oubli. C’est tout simple. Peut-être même l’homme, avec un regard inquiet vers l’oublieur qui parle, fait-il un écart sur le trottoir. Le parleur est pourtant vêtu sur un mode rassurant : selon les usages de la

les us et coutumes du coin

les us et coutumes du coin

Il porte des lunettes. Il évoque une première fois possible. On dirait que tout le monde s’en fiche.A vrai dire, cela se comprend.

On pourrait toutefois penser qu’il va en faire le tout premier  souvenir condamné  à l’effacement, le choisir pour cette prestation inaugurale d’oubliage, qu’il n’attendait pas multicolore comme une leçon au Collège, mais tout de même moins gris et blanc.

A ce point de la performance,

(enfin si on ose dire)

un homme jeune ralentit le pas sur le trottoir, jusqu’à l’immobilité, presque. Bon, un client.

Un labrador beige et propret le tire, tente de l’entraîner, cependant l’homme s’arrête. Il ne comprend pas. Il n’a pas tout entendu. Il ne sait pas pourquoi l’homme-Ydit  parle seul, sans déclamer, par instants hésitant sur les mots. Il demande, avec respect pour l’âge et l’allure

P1130578du parleur, il s’inquiète si on peut quelque chose ?

C’est gentil, mais on n’est pas dans un truc pour le SAMU social.

L’oublieur hésite. La préparation du projet s’avère en effet lacunaire ( c’est toujours un peu ainsi avec lui, on le regrette ) : jusque-là, il ne s’est pas posé  la question d’un dialogue. Il a travaillé le sens, les règles de l’expérimentation initiée ce soir, et bravement prévu des soliloques. Il  a  même rédigé les articles du contrat (qu’on lira peu à peu, ou dans «  Pages » pour les impatients, les insomniaques) : l’enjeu est de se contraindre à oublier les souvenirs dès qu’ils sont évoqués, comme ce soir, lors d’une séance publique d’oubli. A s’empêcher d’y repenser plus tard.  Il nomme également cela « oubliage ». Comme pliage. C’est plié. On peut toujours …

Peut-on détruire soi-même sa mémoire ? On peut toujours essayer.

Mais répondre à un chien et son homme pressés un dimanche soir ?  Autant parler de vitesse à une tortue, de caresse à une vipère.

Des échos de silence paisible traversent abusivement le trottoir. L’écho des morts voisins, au Père Lachaise, décore la scène. Dans son imaginaire du projet, l’oublieur public se disait qu’il essaierait de ne pas tenir compte des réactions du public dans le flux improvisé des souvenirs-parlés. Qu’il ferait comme si personne n’était là. Et maintenant ? Ce soir, c’est une première fois, et tout le monde sait que ce ne sont pas toujours les plus abouties. On peut s’accorder la gâterie indécise d’une petite rupture discrète de contrat, non ?..

             D’ailleurs, dès qu’il s’agit de parler,

respecter une  rigueur sans faille conduit le plus souvent à

une acceptation du …

                                   silence.

« Pour aider, on peut faire des photos », répond l’oublieur public. Le chien n’y met pas du sien. Evidemment on n’a rien à lui donner, même pas une bouillie pour les chats. L’obligeant passant, pourtant, adhère un moment  à ce  projet qu’il ignore. On perçoit qu’il rêve d’autres chemins pour les dimanches, de surprises. Il prend du champ, tente des cadrages, zoome, le chien tire, l’homme résiste. Il traverse à nouveau, toujours pas de  voiture, rend l’appareil :

«Je peux voir ce que ça donne ? ».

Si les auditeurs, en plus, veulent tout voir, on n’a pas fini. Mais peut-on obliger à écouter  sans les yeux ?

Plus tard, le promeneur s’éloigne, puis se retourne pour savoir si l’oublieur parle encore. C’est le cas : pour oublier l’incident du dialogue, et se gorger de l’imprévu, Ydit qu’à l’occasion d’un footing au bois, il a croisé des hommes en short, courant à grande vitesse, tirés par un (ou parfois plusieurs) chiens de traineau haletants, attachés à la ceinture du coureur par une solide lanière, tout le monde hurlant des cris vains, suant sa vitamine, adulant des chronomètres, absurde attelage.

« Sans doute une image parfaite de l’illusion d’être à deux,

un montage menteur…

on peut faire des photos

on peut faire des photos

bien réussi ».
Heureusement, le chien est trop loin  pour entendre…

ce commentaire scandaleusement dénué de rapport avec l’intention d’oubli.

Ainsi, Mesdames-Messieurs, ainsi est close la première séance publique d’oubli. La séquence inaugurale. La séquence pré-mature. Allez, cela ne s’est pas si mal passé.

D’accord, il n’y a pas de quoi fanfaronner dans les galeries d’art, surtout que le minimalisme, à présent… Attendons la suite.

Evaluation :TS00 : 0% / TPE : C (même C – ?)

N.B. TS00 : Taux de Satisfaction Objectif Oubli

TPE : Taux Plaisir Emotion.

A noter que, pour l’instant, ces taux n’ont  pas  déjà été homologués par un organisme habilité.

 


Protocole , Article 1 : Le projet OUBLI(E)S, aussi nommé « L’OMISSION », et sous-titré « Séances Publiques d’Oubli » ( ou par glissement : « Séquences Publiques d’Oubli ») est un exercice public et permanent d’oubli progressif de ses propres souvenirs, en direct. L’Oublieur parle pour un passant aléatoire et puis s’en va. C’est un exercice qui n’évite pas le risque.

OUBLI(E)S vise ainsi à exposer par la parole un effacement de la mémoire personnelle de l’orateur, qualifié d’oublieur. L’OMISSION se réalise lors de moments d’oubliage improvisées à haute voix dans des lieux publics : arrêt d’autocar ou couloir de métro, trottoir de marché ou boutique de boulangerie, parvis de monument ou bar des voyageurs, salle de réunion ou d’attente, barrière de parking, entrée de chapelle,  bas d’échafaudage, chambre d’hôpital, hall de gare ou de musée, salon d’hôtel, bibliothèque, librairie, tribunal ou temple.

 


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