DIDIER JOUAULT (« YDIT ») : Le début de l’été, quand tout prend fin…(première partie)

 

Séquences Publiques d’Oubli   22 et 23, en coup double pour cette fois.

Le début de l’été, quand tout prend fin…mais que tout aussi commence (?)

Episode 1 du retrait : séquence 22

     C’est un jour de rupture, dans les fils croisés des vies parallèles : battre la retraite. Partir en retraite. C’est aussi un jour de retrait pour les pays de la civilisation : engager la brisure du lien.

     Parlées à Paris, les « OMISSIONS » résonnent avec un accent d’outre-manche. Jadis on put relier à dos de  dinosaure  les terres de ce qui devint Londres et Paris. Puis la mer  inventa la distance infranchissable, mais les bateaux de bois, et plus tard les ondes…

…effacèrent l’obstacle d’un trait de volonté. Et voici que, de nouveau, l’ile s’en va du continent.Les mots en feuilles de vent s’effacent avec  le mascaret de la mémoire,

porte capitonnée du Kabinet

les mascarets de la mémoire

nulle page ne s’écrira plus à bord du chalutier où se pêchaient les avenirs communs.

 

Mais Ydit a été invité ailleurs. Une retraite. Être dans sa retraite comme dans un ermitage? Dans le couloir qui le mène à la cérémonie d’un départ, Ydit parle encore : l’actualité n’est pas un objet d’oubli , au moins tant qu’elle ne s’est pas lentement vêtue de sa tunique d’Histoire, la chargeant au passage de fausses perles et de vrais mensonges. Parfois, peut-il arriver qu’on espère un passage accéléré du temps afin d’oublier plus vite ?

des OubliEs poussent dans le cloître

l’Endroit à tout apprendre

 

Il regarde le cloître et son jardin.

 

A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. Quelques-uns l’ont connu, le reconnaissent.

Mais il porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, on ne lui parle pas, on presse le pas.

 -« Ah, très cher, on ne va pas tout de même sacrifier à la nostalgie comme un vieux duc privé de sa terre ? »

Germaine, définitivement dame de la SNCF , ou Sidonia, experte en poussières, n’auraient pas de ces répliques, bien sûr. Mais Ydit est venu pour la fête de retrait d’un homme important, et méritant de l’être (sinon pourquoi venir ?). La salle est pleine.

Vue du fond, ça ressemble à une vue sur la mer depuis un blockhaus, ou au public d’ une partie de volley-ball sur la plage naturiste.                (il n’y aura pas d’image de l’été ?).la salle est chaude

« -Difficile de s’y retrouver, n’est-ce-pas ? » chantonne une ex-inspectrice de la  musique, sans gravité.

Un élu passe, ancien ministre pressé ( en retard ), reconnaît Ydit (on se demande pourquoi).

« Ouh là là,  c’est plutôt un jour avec encombrements de mots lourds ? Des mots pâles et gras  comme le blanc du lard, sous la peau du cochon, non ? » Il rigole, court se faufiler vers le premier rang.

-Une femme qui marche, de la catégorie importance haute, mais nul n’y croit, lui pose la main sur l’épaule, et murmure ( non sans tirer son front à voir le badge «  OubliEs »):

 « Plutôt, ça va être un traité de philosophie pour cour de lycée, un jour de grève des profs ? Chaque discours de départ en retraite est une véritable urne funéraire… »

Ydit ne répond rien. On ignore l’amertume, sauf quand elle est la trace d’un verre de Campari sur le rouge à lèvres d’une femme.

Ydit fait un pas de côté, s’arrête dans une petite cour pour long cours. Une probable future normalienne, émue par sa chevelure grisaille, lui demande s’il va bien, s’il s’est perdu, s’il a besoin d’aide?  » Ça va aller ? » On la devine épelant à vois basse le nom de la maladie de la mémoire, prenant de loin le badge pour une étiquette de vieux mal habillé en maison de …retraite et revers trop long. dans l'arrière-cours se trouve la sortie  Ydit ne demande qu’un geste : la photo

 

Il retrouve le chemin des discours, multipliés comme l’écho de bravoure du picador. Georges et Nathalie, Françoise et Simon cependant lui tendent une main tendre et une oreille complice : Ydit continue (on a pu observer que, en certaines circonstances, il fait preuve d’une obstination de bovin parlant tout  comme la pluie d’été ravine : il n’y a rien à faire, juste se mettre au coin du feu dans la grande salle avec un petit pull et un bon polar,

la tourbe s'il en reste

avec de la tourbe, s’il en reste

 

ou une thèse de socio-linguisique,

en tout cas un whisky à saveur de tourbe.

Et attendre que la parole circule, et passe.)

 

 

Dans la cour prestigieuse, il parle seul. Comme un khâgneux qui s’entraine à la surchauffe.

Dans les couloirs qui le mènent à la cérémonie du départ, Ydit parle encore.

On ne l’arrêtera plus ?  A ses côtés, rapides et bavards, passent les autres invités. C’est l’heure des souvenirs, des remises, le temps de la mémoire fraîche. Il ne faut pas être en retard pour découper l’austère poème de la liste des c -ommissionsla mémoire

 

 

Quelques-uns lui sourient comme à une statue de la Vierge qu’on rencontre sur le bord d’un chemin de randonnée, en Forez. Ydit porte en sautoir l’étrange insigne des « OUBLIeS », ça surprend, c’est quoi, c’est comme d’une secte ? Ou d’un marketing pour une Maison des obsèques? Il aurait mal tourné ? ( Remarque, il n’a jamais été très net, au fond ?).

Deux ou trois pressent le pas. La marée des mots persiste plus loin, dans la salle sombre d’où la foule ne cesse d’entrer puis sortir .

Dans cet admirable endroit, dans cet espace de la scolastique, l’abîme n’est pas loin.

Invité pour une célébration des adieux à la retraite d’un héros véritable, Ydit bâtit la « séquence publique d’oubli »( S.P.O. pour les intimes ) de son propre départ

« Image dans l’image, c’est un peu facile, mon pote », souffle au passage un vieux déguisé en jeune, qui écoute mal et s’en va vite.

Parler de son propre départ pendant le départ d’un autre, c’est comme de mener deux rêves en même temps, l’un  rêvant l’autre ( et réciproquement, ajouterait un auditeur malicieux, mais en est-il dans ce cloître sonore ?)

Parmi ceux qui sont  restés assis  dans la sombre salle chaude pour écouter, on admire beaucoup de plus très jeunes habillés de frais et déguisés de neuf en très vieux beaux de sous-préfecture. Les frisous gris atteignent des pics d’émotion sur les cous plissés des belles dames de jadis.

Ydit est dehors, il ne reviendra que pour écouter le héros- véritable de ces lieux.

Il raconte  l’autre cassure, l’autre retraite, l’autre lieu …

pot départ 1

Derrière les murs de fer

…le  troisième étage, d’un immeuble de bureaux, murs de métal et verre, quartier chic, il y a quelques mois. Du soleil d’automne sur les murs en fer. « L’automne, c’est bon pour finir sans conclure » murmure gravement l’invitée à voix de fumeuse, et s’en va aussi, vers la salle des vénérations posées comme des cierges morts sur un autel abandonné.

Ydit mène la séquence; c’est son job, son programme : « Ce jour là, l’oublieur avait  construit les circonstances de la rupture avec le soin qu’on prête à une cérémonie sans dieu. La veille, Ydit était  venu, portant les bouteilles velues de champagne dans un grand sac de pauvre.

La nuit avait servi aux rêves de discours,

dire les nuits d'OubliEs dans la lumière des pierres

entre les pierres de lumière

mais on oublie tout le matin.

Ce jour là, son travail commençait à midi. Encostumé de gris et marqué de rouge : c’étaient les signes austères de la fonction qu’il abandonnait. Mais en ce temps d’autre départ, pas de badge, pas d’OUBLIeS, pas de double appelé « YDIT »…

                                                     ( FIN de la PREMIERE partie…A suivre !) ( ? )


 

 Didier JOUAULT

 

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Didier JOUAULT (« YDIT ») : Les familles carburent à l’oubli, sinon c’est la franche panade

 

 

S.P.O.21 : Et ta civile ?  Quelques minutes de sonnerie aux mots.

« C’était assez drôle, la S.P.O.,celle de  l’autre jour », dit une lectrice tenue au plus strict anonymat par ses voeux de chasteté. Ce qui se comprend bien.

On ignore pourquoi Ydit se souvient alors d’une visite au musée de Brive. Facétieuse et sans façons, la conservatrice (une grande brune aux yeux pers ),avait juxtaposé deux états de la matièrefemme et squelette musee de brive 2015

Ydit cite, licite: « A choisir drôlerie, on risque d’être vain », alexandrin classique mais archi-nul, d’autant que seule une dict-i-on dés-u-ète assure le nombre des syllabes. On est loin de Racine, mais personne ne connaît ce farfelu librettiste, Moiveaux de Sarygnac. La leçon, toutefois, est bonne.

On sonne. Sidonia. Elle entre. Il confirme : Oui, ce matin Ydit travaille ici. Non, elle ne dérange pas. Oui, elle pourrait commencer par le repassage, ça fait moins de bruit. Non, enfin, bon, alors, donc,voila.

« Donc ? » : récitant, orateur,léger dans l’air, il faut pourtant se plier à la matière lourde d’écrire.

                                Donc, Ydit raconte, touchant un peu durement le clavier :

  « Déjà, marcher vers le gouffre de l’oubli fatiguait le paysage : les balises rouges et blanches de la mémoire s’estompaient sur des troncs penchés que l’âge, vite, fend. Les souches, au pied, annonçaient l’état futur de ce qui bouge encore, espèce d’existence même ralentie, ou ce qui déjà  progresse vers le copeaules oublies grimpent aux arbres

 

  –Bon, disait le public–assez transparent, évanescent, fuyant, ce jour là  encore,( mais  on ne perd pas espoir),  le public d‘une  toute petite terrasse« Bon, alors vous voulez un Perrier ? Vous faites une balade ? Il a pas fait trop chaud ? Et avec toutes ces pluies, vous avez dû … »

 

Marcher, parler, terrasser, oublier, raconter. Ydit se dit qu’il aurait peut-être fallu oser des situations moins banales : traverser Tucson en djellaba, ou gravir la montagne sainte Geneviève juste habillé d’un tablier de sapeur. Ou partir se baigner dans le port accompagné d’amies  seulement vêtues de peu de peau. Bref, se faire un public comme on se fait un café fort.plongeoir Pignan slovénie

 

Pour l’instant, on en est là, une fois encore : une table, un quai (mais serein), des cartes (et des raisons).

 

Beaucoup plus tôt, le  matin,  l’officiante du  distributeur de billets en gare, un peu hagarde, épaule pâle et front blond, quant à elle, regardait  Ydit qui parlait: « Bien bien, disait-elle, ne pensez-vous pas que vous vous écartez ? Vous n’allez pas nous faire le coup de tenter d’oublier  la réglementaire oblitération de  votre billet, tout de même ? ».

    C’était juste si elle ne se mettait pas les mains sur les hanches, pour appuyer l’interpellation, comme une grand-mère de sale conte, une molle mamie mal jouée,  composteur d'OUBLIESune directrice de maternelle dans les caricatures des villages.

Ydit, tendant son ticket se souvint que, longtemps, les employées du chemin de fer ont été connues pour leur culture. Et puis, comment oublier Germaine-des-gares, déjà rencontrée sur nos chemins  d’oubliEs ? « Ah, Germaine » …

   –Germaine ? demande Sidonia, qui surgit précédée de l’aspirateur encore débranché. Il faut dire que la vocalisation du clavier a été activée : on s’entend écrire. Elle ( Sidonia) poursuit son entreprise de dialogue et de mise au net : « Je peux passer l’aspirateur dans votre bureau ? »

Elle peut, puisqu’elle doit. Etrange formule.

   Germaine ? redit la vocalisation (aussitôt arrêtée). C’est la dame de la SNCF. Germaine. Prénom qui tend à devenir générique, faute d’avoir été généreux. C’est ainsi qu’on appelait la tante, dont les rarissimes apparitions brulaient les planches de la mémoire familiale comme le grand  incendie de Londres, ou celui du bazar de la charité. Poilue comme une mygale, rieuse comme un scorpion. Digne de tous les oublis. Dont acte sans tact. Mais la Tante Germaine avait pour époux un contrôleur puis chef de gare (ou dans l’ordre inverse ?). Amusants méandres du fantasme ferroviaire : la tante se fait éponyme de toute employée SNCF croisée dans le réseau francilien des balades.

   -« Alors,bon,  je peux, dans le bureau, le passer, l’aspirateur,  donc ? » : l’état de semi- hébétude d’Ydit devant l’écran justifie les constructions approximatives, mais efficaces, de Sidonia. Elle le sort ainsi du rude ciment de l’écriture, avant que ça prenne.

L’opérateur de séquences publiques d’oubli, un peu gazeux ce matin, l’admet sans réserve : si on se laisse aller, les malices du récit l’emportent toujours sur les besoins de l’oubli. « Restons à l’essentiel ».

      L’essentiel ?

 

évèques 2

L’essentiel , dans le métier d’oublieur avide d’oubliEs, ce sont les origines. Pour être plus clair se tournant vers la patronne de bar (en train de baisser rideau) :« J’oublie que j’ignore venir de quelque part ou de quelqu’un. Que je ne viens de rien de bien. Laboureurs et colporteurs. Rien de noble, rien de marbre. Qu’il faudrait chercher l’origine du monde. Trouver l’invention du monde. Mais que ça ne se découvre pas aux yeux du profane. train , l'invention du mondeChercher dans des livres touffus le long de raides trajets en train, le matin, avec son billet en main, comment inventer les origines. J’oublie que je ne sais pas. Réellement . Ainsi, j’aurai la paix. »

Elle termine sa baisse, hausse l’épaule. Impossible engagement. Chacun le sait : oublier qu’on ne sait pas est plus difficile que savoir oublier.

Heureusement que Sidonia n’écoute pas, tuyau d’aspirateur branché à l’oreille. Elle éparpille la présence

en même temps que la poussière. éparpillements d'oublies cartes   …Elle jette à tous vents les cartes des oubliEs. On s’en fiche, Ydit en a plein, des cartes.

 

Ydit poursuit : « Face à la mairie de M., sur le banc, pendant la pause dans le village où pharmacie et boulangerie étaient fermées à cette heure–ci (et comment vivre, alors ?), j’ai trouvé tous les noms des morts, j’ai moi-même lu tous les noms des pères et des pères, sans nulle part déchiffrer le mien. Je fréquente les places aux héros. »

14-18.

Aux morts pour le France.

ALBOY

     AMOUROUX

           BAUDET

                 BOUCHET

                      BROCHARD

                            CAMENZIND  J

                                      CAMENZID A

                                                 COINTE Adevant l'érection du souvenir

COINTE L

DAGUET DANVIN

DAVERDIN

DELAFORGE

DUMONT

DUVAL

DUSAUTOY L

DUSAUTOY M

                                                             DUSAUTOY E

                                                     DUVIQUET

                                             EMERY

                                                     GOULAS

                                                                GUILLET….

 …l’autre versant du monument, invisible, on ne connaîtra pas les noms des fils, car il ne faut pas quitter le banc paisible de l’heure ensoleillée, il ne faut pas chercher les noms des fils.evèques
A ces souvenirs empierrés, Ydit ajoute, généreux en oubliEs,  la liste des évêques, dont les prénoms dans l’église paraissent inventés par un gadgétiste de studio lourdement poudré  »

 

 

Il raconte ceci, pendant qu’elle ferme le verrou :  » Si je veux oublier, je dois savoir, vous comprenez?.. Qui ont été mes anciens. Ils n’ont rien été que je puisse être. Rien laissé à connaître. Voila pourquoi je lis les monuments aux morts et les registres d’Etat-civil. Voilà pourquoi je cherche les noms des morts. »

 

Il achèva son récit pour la bistrotière agacée qui s’éloignait  en tournant le dos, chargée de cet apparent sérieux, et l’abandonnait sur la terrasse désormais vide, comme s’il était le dernier survivant d’une place des Héros, place des héros Arras nuitle dernier des Mohicans :

« En route, ce matin, sur une butte dont les arbres s’enracinent toujours dans les restes de bataillons marocains laissés morts en 14, une biche s’échappait, hésitant à choisir la sente de sa liberté. Ydit s’arrêta de marcher, de parler. Un garde-chasse désarmé regardant la souplesse des muscles, s’approcha, murmura contre l’oreille:

« Allez, vous savez bien, les familles carburent à l’oubli,

sinon c’est la franche panade».

Puis sortent les cartouches. Pas seulement celles de l’imprimante.



Evaluation :

Le  taux de satisfaction d’oubli  reste bas, et c’est un regrettable constat depuis le début (mais le projet s’engage pour vingt ans). Il faut dire qu’engager l’oubli des noms des morts, quelle arrogance de débutant de l’oubli. Seule l’intégration d’une forte variable qualitative – et subjective- augmente un peu le taux de satisfaction .T.P.E. : en revanche, le Taux Plaisir Emotion est intéressant. S’y combinent le creux de  l’église, la tiède place au soleil, la marche, l’accorte accueil de l’agente du rail, la verdeur sonore de la tenancière,  les auditeurs silencieux comme des joueurs de carte dans une toile de Cézanne, le croisement de la biche ( sous ses formes fluctuantes, généralement humaines). Puisqu’il s’agit d’omission, omettons la voracité de l’aspirateur.

 

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DIDIER JOUAULT (« YDIT ») : Le degré Zéro de la confiture

Le jour semblait avoir commencé avec richesse, et comme sur un coup de dé n’abolissant pas le hasard : sans réveil et sans contrainte. Comme on veut.

Vers 10 heures, un S.M.S. guilleret de V.( Vanvara),qu’on prénomme  A.

(Angéliki) annonçait que le dîner du samedi était impossible, soudain.

Ydit répondit comme il convient en ces cas. Elle se disait confuse, et toute cette sorte de « HUM ».

Pour ta peine, je vais te parler de RAVEL, textote  l’oublieur.

Ne vous croyez pas obligé d’être trop gentil pianote Angéliki   (elle le vousoie).

Ydit : « Je serai bref, usant de l’image au lieu de la métaphore  »  (elle peut comprendre). Elle se plie aux règles du silence. Inestimable Angéliki.


« Voila : cet autre jour, il y a peu, j’avais rendez-vous chez Ravel. D’ailleurs, c’était annoncé à la fin de la dernière S.P.O, la 19. »

Angeliki demande en 140 caractères  s’il s’agissait de celle avec une salopette , qu’elle ne peut s’empêcher de commenter, ou de celle de l’ « à peine pudique séance floue au jacuzzi? » jacuzzi 1Évidemment, c’est une tentative de détournement de récit, un espoir de renvoyer à une S.P.O déjà faite, pour gagner du temps.

« Pas de ça Lisette », pense Ydit en Grec (Angéliki avait des aïeules déesses de l’Attique). Puis continue. Forcément : un type- Ydit – qui se dit  dédié à dire dix ans ( ou plus si les dieux de l’Olympe le veulent ), on ne l’abrège pas ainsi.

Ydit raconte en fragments qu’il avait fixé un rendez-vous pour une Séquence Publique d’Oubli, dans un établissement lui aussi public, dont la directrice l’avait accueilli avec un amical intérêt, et une curiosité de même.

Mal dormi comme toutes les veilles de Première. Ici, Angéliki demande ce qu’il a trouvé pour le sommeil. Ydit, interrompant les saccades du récit : « Molécule ou Whisky, mais je préfère la seconde formule« . Elle s’interroge sur l’usage désuet mais soyeux de l’Ouzo, peut-être ?

Donc, dès le matin, Ydit songeait aux formes et aux dires de la SPO-RAVEL.

Première nécessité les jours d’épreuve : s’éprouver. Tout commence par la course solitaire au bois de V.                A l’autre bout du virtuel,  Angéliki textote, mais n’envoie pas.Ravel, prepa footing

Ydit se promet de résister pendant la course à toute entreprise ( une fois encore ) de détournement footing SPO 20 bis …de pause avec pose ?  De tout ce qui distrait l’oublieur de sa volonté d’oubli. Se prémunir aussi de la possible erreur  d’attention, donc de parcours…Ne suivre que le bon chemin. Et toute cette sorte de tweets.footing SPO2 20

Le temps passait : brève remise au propre après courir (le cadrage préserve les pudeurs)Ravel, douche apres footing. On ne peut pas envoyer des photos sans peignoir, ce serait une autre histoire.

(Angéliki  approuve:  « oXi »)

Jours d’épreuve, deuxième consigne : le végétal s’impose.

ravel déjeunette

Puis, voulu, décidé, programmé mais un peu redouté: S.P.O.Ravel, hop, S.P.O. 20 le moment d’y aller.( « hop«  est plus facile à textoter que : « après mûre réflexion« ).

Marche lente au soleil de juin, approche sereine, éviter le tramway.

Ydit s’amusait   :   Tout ce public serait-il son virtuel auditoire?       (il n’en croyait mot, on s’en doute)Ravel public virtuel 2

Dans l’établissement, un affichage avait bien  été fait.annonce RAVEL

Pour la salle, Ydit arrive en avance, précédé de fraîcheur et de juin,accompagné de la directrice: sur place, deux professionnelles tentent de  conseiller Ydit , opération toujours délicate. Il installe les témoins. Il s’aperçoit qu’il a oublié le magnéto de poche. Ce sera sans conséquence.

affichette CDI RAVEL  Ydit tourne les lieux possibles comme des pages lisibles, cherche l’endroit, il parle à voix basse pour ne pas déranger les rares lecteurs (qui sont ici des lectrices), découvre l’espace propice au  soliloque oublieur.    Clins d’œil.      Ydit image de tête RAVELIl a préparé une fiche où noter les adresses mail de ceux qui l’accepteront, l’accepteraient, vont accepter. Discrètement (au moins affecte-t-il de le croire) un post-it s’est collé gluant au  sec réel de l’oubli, pour faciliter la logique de la Séquence.                                    C’est l’heure.

Puis, le temps vient, le temps passe, le temps va finir, il est temps. PERSONNE. La directrice empathique propose d’aller chercher des auditeurs. Mais ce serait la négation du projet  de S.P.O. , annoncée: On vient, ou on n’est pas venu.

On n’est pas venu, envoie Ydit en 17 caractères ou espaces.

Ydit souriait un peu, l’aimable directrice était navrée ( son aide fut  sans réserve), il répondait que non..  Rien à dire, disait Ydit. Les dames de la salle ne parlaient pas, sauf pour l’au-revoir. Ydit bavardait un peu, souriait entièrement, rangeait les objets comme un élève à la fin d’un cours qu’il a séché, regardait l’horloge : 15h25, ici depuis une heure, on commençait à lasser l’auditoire- si on osait dire. »

                                                Fin de la S.P.O. RAVEL


( Il n’est pas impossible que, dans la succession vaguement fébrile d’envois de textes et photos,  tous en format MSM, Angéliki ait raté quelqu’étape de cette S.P.O. à réceptrice unique, et plutôt virtuelle.)

Angéliki réplique par un dernier S.M.S. :  » Et vous avez tout quitté sans avoir rien oublié ? »

Mais, à cet instant, l’appareil signale que la batterie est vide, et qu’il n’y a pas de réponse possible à cette intéressante question.

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