Didier JOUAULT ( « YDIT » ) : Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (1/4)

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Un espace si délicieusement provincial

 

 Séquence Publique d’Oubli numéro 28

  On aurait pu un autre titre :

« Le Vieux du Morvan fut-il le Kahn des morveux ? »

                   YDIT raconte:

«C’est pour quoi, pour une visite ? ».

Le hall d’entrée est lumineux, bien que le bâtiment joue les dégradations d’après match.

 

 

 

Il faut dire que le jeu de l’histoire est fini depuis longtemps. Tant et tant d’années , oubliées, renoncées, abandonnées dirait-on.

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Circuit des visites de l’oubli

Encore un peu d’éclat vibre sous les murs de crépi passé , toutefois, comme des marques de l’Histoire. Même dans le silence du désert, parfois s’entend l’écho furtif d’un pas oublié. On appelle ça  l’Histoire.

 Ydit- que les questions absurdes illuminent d’une  joie inépuisée : «  Oui, pour une  visite. Pourquoi, ici on peut faire autre chose ? Il y a d’autres activités que fouiller le sanctuaire? »

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Un silence privé d’échos s’empare du dialogue.

 En scène, trois personnes forment l’ ironique résumé d’une improbable trinité : le plus vieux paraît coupé en deux à la  ceinture, tant le dessus témoigne immensément des bières bues en attendant l’exceptionnel visiteur.

Il est le gardien du temple, le conservateur pas conservé.

Il ne comprend pas l’humour d’Yidt

( ce qui n’est pas rare, si l’on en croit les commentaires recueillis par les S.P.O. ):

 

« Bah non, y a que le musée du Président, ici, c’est ça qu’on visite, rien d’autre… ».

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L’origine du mâle

« Donc- gentillise Ydit, dont le métier fut souvent d’être d’apparence bonasse : je voudrais juste un billet pour la visite. »

 

Demande  pas  si fréquente, hormis les expéditions scolaires en bande désorganisée que tout enseignant du département ( ou au moins du canton) se doit de programmer en mémoire de : Le Président.

                                                      Sinon, inspecteur d’école pas satisfait. Carrière attardée, mutation devenant illusoire, mutilation à vif des espérances au sujet des parents-contents, espèce ravageuse omnivore en voie d’expansion plus rapide que celle de l’univers : dans cette ville, bouffie d’être sous-préfecture, et regonflée de « L »’avoir eu pour maire,  on ne plaisante pas avec «  LUI ».

LUI, affublé d’une histoire, ce qui est déjà lourd, alourdi d’un destin,  et aussi d’une Très Grande Bibliothèque ou de ce si petit musée.

Le vieux gardien du temple s’appuie sur le dossier de la chaise, esquisse un mouvement, mais : « Non, tonton, te  bouge pas, t’es fatigué,  j’y vais », tonitrue le deuxième personnage, quadragénaire vivace sur ses courtes jambes.

Jusque là, il bavardait fleurette  avec une jeunette qu’assise sur le rebord de la fenêtre, juste à côté de l’entrée, un regard de biais dévoilait. 5 jeune fille à la fenêtre 1.jpg

Posée  mains enserrant les chevilles, encadrée  vive dans le cadre de pierre, pieds sur l’appui ,  un N couché du regard passant du visage aux baskets. Très courte jupe, T shirt à bretelles  étroites mais décolleté large,  généreux espaces de peau bronzée  : uniforme de teen en campagne à la sous-préfecture, c’est presqu’aussi bien que « Meetic » , et pas de raison de s’occuper d’autre chose quand on a une jeune personne de qualité sous la main, qualifiée pour le délicat dialogue des âmes, comme sont toujours les jeunes filles.

6 Elle descend de son cadre .jpg

Pardon Mademoiselle, ce n’est peut-être pas l’heure ?

 

« Alors, c’est pour une visite ? » s’angoisse le quadra, privé de sa teen en satin. Il a raison.

Ne trainons pas dans l’opérationnel : un visiteur, au moins ici, on l’interpelle avant qu’il ne renonce au billet, comme souvent.

 

– Ydit , depuis le summum de son urbanité capitale un peu décentrée  : « Comment le nierais-je ? Visite, oui. Mais ce n’est peut-être  pas l’heure ? »

Bon, ailleurs ( en ville par exemple) des impatiences auraient déjà réduit à l’exécution sommaire les acteurs de ce dialogue progressant à la vitesse d’un demi Beckett/ heure. Dans le vestibule de ce musée, au contraire, tout prend le temps du temps : grisouille pour le ciel, ratarouille pour l’horloge.

La scène s’anime, pour le bonheur d’Ydit. La jeune femme a quitté son ostensoir ostentatoire (mais pas son calme ), déplié jambes et buste, elle descend de son cadre, elle vient ici, parmi tous,maintenant  elle use de son organe le moins exposé jusque-là : « NON non, vous avez encore tout le temps pour la visite. Pis c’est pas tant long .»

La voix s’écaille comme un mur vénitien : on aimerait la prendre en photo.

Le vieux :  » Je ne vais pas vous accompagner … »

Le quadra :  » Il  a mal aux jambes… »

L’ostentatoire : « Mais il y a une feuille qu’on donne, euh qu’on prête,  et des cartons, euh des cartouches. »

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Les « oubliEs »fissurent les murs de la mémoire

L’échange  est à mi-chemin entre Kafka et Feydeau, bel endroit pour une rencontre.

Ydit savoure le gourmand  festin de la langue lorsqu’elle quitte le chemin balisé des grammaires académiques.

MAIS,

…………….. » A ce moment de la séquence publique d’oubli, le système paraît totalement coincé.

……………..Rien ne démarre. Hormis ces trois là, personne, ici. « 

Voila ce que raconte Ydit  : le récit interrompu. Rien ne démarre.

« Ici et maintenant« , tu parles !8  Rien ne démarre.jpg             La visite lente, immatérielle, presque, à force d’être immobile, ne commence pas.

Ici, toujours, l’exaltation un peu douce-amère des ultimes fois remplace déjà le rire fatigué mais clair des premières fois, et c’est le beau bonheur d’oublier.


                                      ==>(A SUIVRE séquence 2, choisir un musée pour oublier)



Didier JOUAULT

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Prochaine séquence…


prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) ,badge-tendu

                                             QUATRE publications  » Musée du septennat »


portillon 1

à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

oublies-femem-debout-mpt       (yditblog.wordpress.com)

                                 Ensemble ( ?) parler l’oubli.

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Didier JOUAULT RESERVEZ VOS PLACES Prochaine séquence d’oubliEs ( SPO) , quatre publications  » le musée du septennat » , à suivre chaque semaine pour le projet « OMISSIONS » (yditblog.wordpress.blog) : parler l’oubli.)

Galerie

Didier JOUAULT (« YDIT ») Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

Séquence Publique d’Oubli, la 27. L’été, t’es de la police ? (Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?) « Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la […]

via Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder? — yditblog

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Didier JOUAULT Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder?

 

 

 

Séquence Publique d’Oubli, la  27.


L’été, t’es de la police ?

(Petite visite à la Brigade des faits mineurs, en attendant qu’ils grandissent, ce qui ne saurait tarder ?)


 Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

« Allez-y »dit simplement la voyageuse de métro. Ydit tient le portillon qui découpe l’espace entre ceux qui passent et ceux qui restent. « C’était pas la peine» , ajoute YDIT , comme souvent. Souvent, ce n’est pas la peine .

                     « Parfois, cependant  la peine rôde », commence  à tue-tête  Ydit pour appâter un auditoire toujours fuyant comme une truite le jour de l’ouverture.portillon 1
YDIT raconte : c’est la 27ème Séquence publique d’oubli, la dernière de cette légère succession de légèretés qu’on nomme l’été, comme il convient lorsque le soleil encore n’est pas éteint : « Légères en août » / « Lumières en août » ?

Il dit que « le patron Blaise Hortus  était entré ce jour-là dans son bureau avec l’air grave et une lettre dans la main gauche (dans la droite, la cigarette dont il se déprend  tous les deux mois )SPO bureau de comédieLe patron s’était assis  dans le fauteuil  visiteur, l’avait fait tourner sur lui-même. Le patron était joueur. A l’ordinaire, il flattait d’un doigt aigu les dessus d’un bouquet. Aujourd’hui, il avait tendu un courrier vers YDIT.

Réflexe banal : quel niveau de puissance martelé  par l’entête ?

Ydit raconte qu’ilprenait les mots à toute vitesse : Ministère/Intérieur/Préfecture/Brigade/Convocation : « Les consonnes sonores du pouvoir savent propager leurs frissons jusqu’aux innocents lorsque la démocratie n’est pas si sûre d’elle-même. »

Le patron avait haussé les épaules à cette remarque inutile : « Moi aussi, on me convoque ». Ydit et lui avaient alors essayé l’impossible : trouver parmi leurs méfaits « l’affaire vous concernant ». Tant de possibles dans ces fonctions qui étaient de décider pour tous, malgré la pression de certains.

Dans le métro, la passagère de couloir s’étonne, regarde  la silhouette droite d’YDIT, son visage encore bruni par l’été des montagnes : il ne sort pas de prison.portillon vide Les portillons du métro s’ouvrent plus facilement que les dossiers secrets de la mémoire.        

«  Et,dit-elle,  vous ne saviez pas du tout ce que vous aviez fait ? ».

Comme Blaise Hortus à l’époque, YDIT lève les épaules :

« Sait-on jamais ce qu’on a vraiment fait ? »

-« Tout de même, réplique-t-elle en laissant retomber le portillon, vous n’espérez pas nous rejouer un coup de Kafka ? »

YDIT sourit : « ‘Le Château’, il dit, Le château, c’est celui des rentiers »  interloquant ainsi la passante  amène qui s’écarte : on n’est pas sur la quai pour faire de la politique , sinon où va-t-on ?

L’ORATEUR : « Donc, j’ai répondu à la convocation »: 27 rue des rentiers, Paris 13ème. A midi. il avait frappé avec douceur et sens de la patrie  ( de la loi, de la nation, du code pénal…).

La Brigade : Ydit ne sait plus très bien comment on l’intitulait : SPO police  Quais Paris« Brigade des petits délits mais ça peut-être grave si on insiste un peu » ? ...

« Brigade de la Citoyenneté des personnes incertaines de leur droit et alors faut voir » ?.. «  Brigade des faits mineurs, mais on ne va pas les regarder prendre de l’âge  sans rien faire » ?

A l’intérieur la femme de l’Intérieur lui avait commandé : d’entrer, s’asseoir, montrer sa convocation, poser sa pièce d’identité sur la table, ici : examen, pas de doute !

Par précaution préservative, YDIT s’était agrémenté de sa bijouterie républicaine : distinction colorée au revers gauche de son veston droit. Cravate assortie. Quitte à plonger, autant avoir le costume ad hoc et les palmes. Dans les camps de fantasme, les papillons d’OubliEs se prennent aux rets des barbelés. On n’en fait jamais assez pour assurer leur vol en liberté.Les papillons d'oubliEs sur les barbelés

 

Elle le regardait . Ydit raconte qu’il cherchait son grade, mais elle ne portait pas d’uniforme.

La kapitaine lui expliquait, indifférente parfaitement, pourquoi  il était délictueux.

Rien qu’à ce mot il se sentait mafioso de Palerme exilé dans le vingtième parisiensun glasses DJ été 2016.  

Dans sa fonction, Ydit avait été averti qu’une association estimée dangereuse par le ministère des polices tentait d’augmenter son emprise en établissement. Elle proposait des conférences gratuites , diaporisées de frais, parlées en couleurs, baignées des Lumières de la Pure Vérité autant que de véritable jus de fruits, assorties de citations

femme expo Martial Raysse Paris 2014

Entrer une légende

et de petits fours- en général de très bon traiteur. Elle faisait comme si l’été restait à venir.  

Exposition Martial Raysse, Beaubourg 2015

Rieuse et pas frileuse, simple et bien diseuse, la dame prêtresse savait toucher l’essence, sinon l’esprit. Après, quelque rétif qu’on fût, ou futé qu’on se crût, c’était paraît-il foutu.

lucky dans le seau

La solitude de l’alone au moment de la traite

La Kapitaine s’était levée, elle avait demandé : « Donc, vous avez écrit aux établissements ? »

 

Ydit répond que oui, selon précisément les informations du ministère des polices, le même qui justement l’avait ce jour convoqué, que donc….

« Pas la même Brigade », dit -elle. Elle lui avait remis un document, pointant du doigt un passage en corps 8 ; tout en bas. 

 

 

 

Puis elle s’était levée, lui tournant le dos, le temps qu’Ydit réfléchisse sérieusement à tout ça, pendant qu’elle jouait un peu avec les accessoires juste pour  rigoler.L écossaise 2

L ecossaise 3 - accessoires

Du mobile dans les pinces ?

« Il fait toujours réfléchir à ce qu’on a fait, surtout si on ignore l’avoir fait » dit-elle « L’inverse est également vrai, au fond » avait-elle ajouté, prise par une rêverie poétique de bon aloi dans le bureau de la Brigade…

(« Brigade des Libertés Publiques , pas menacées, mais on ne sait jamais, mieux vaut se méfier »)?

En corps 8, en bas de la page , sous la signature d’YDIT, deux mots : « classement : sectes ».

Ydit avait levé les yeux. « Vous l’avez eue comment ? » Elle haussait les épaules. Ydit, on le connaît un peu mieux désormais ( et on le regrette),  arrivés qu’on est à la 27ème Séquence d’Oubli. Il s’était dit que, dans le transparence de la fenêtre, bureau du 13 ème étage Brigade rue des rentiers,  Kapitaine aurait aussi bien pu se mettre dos nu : opportun et sans doute agréable rappel de l’été.

Kaptain dos nu 2

le dos nu de Kaptain, pour une autre fois ?

Mais s’il lui avait demandé, la réponse aurait été d’un mot : « Non».

Pour une autre fois ?

Ydit continue : Elle s’était retournée. Elle devinait sans doute  ce qu’il avait pensé, car elle avait auparavant été lieutenant dans la « Brigade  des faits intérieurs à ne pas laisser sortir n’importe où ».
«  La question n’est pas de savoir si on se montre ou pas dos nu sur des photos quand on est Kaptain ! Vous connaissez mon métier ! Vous avez vu mon brassard ! ». Mais on sentait qu’elle se retenait un peu de rire.

 « Alors- avait-t-elle poursuivi ( c’était son métier) : le corps 8 ? »

Désormais détendu par l’image du dos nu, YDIT s’était dit qu’un corps 8 avait toutes les chances d’échapper à un bracelet de 15. Il pouvait s’en sortir. Bien sûr le mot « sectes » n’aurait jamais dû figurer sur le courrier, il avait expliqué : simple indication de classement/archives, hélas non effacé avant l’expédition.

« Avec votre job, vous relisez pas ? C’est bien écrit ‘sectes’, et l’association a porté plainte pour dénonciation calomnieuse. Voila. Coincé.»

L’Orateur dit qu’il avait souri : « Ça allait chercher dans les combien ? Et puis, au fait, c’était bien le ministère des polices qui… »

Kaptain l’avait coupé d’un geste vif, du genre « Cherchez pas », mais non-violent ( elle avait fait l’Ecole des officiers après sa licence) : « Ok, ok, mais il y a écrit ’sectes’. J’y peux rien. Faut pas écrire des choses comme ça, avec des gens comme ça. Faut s’en méfier . Vous devriez savoir».

Elle avait ouvert les bras, résignée.  « Des gens comme ceux-là » : il était sauf. La bonne carte, la bonne fille, le bon droit. tarots sur tableSon fameux bon destin.

 

 

YDIT  ( et l’orateur le raconte avant même que l’auditrice le pense) , lui, n’aurait pas répugné à se faire consoler dans les  bras généreusement ouverts de la kaptain, tel un réfugié afghan sorti de ses montagnes, un saint-bernard échappé de la SPA, un pré-délinquant repenti. Ou même un trader ayant perdu des milliards par inadvertance.

 « Bon », avait-elle dit, en se forçant à ne pas exprimer sa bonne humeur. Puis : « Bien ». Ydit avait pensé : on progresse. Puis s’adressant à lui, comme depuis le début, sur le ton de la maikresse de CM2 le jour de la Morale : « Sur le PV, on met que c’est une étourderie ? Pas d’intention de nuire ? ». L écossaise 2 N et BYdit se  demande  s’il faut lever la main quand on veut aller aux toilettes, mais il se redresse sur son siège, vérifie que ses culottes courtes sont bien propres et ses doigts dépourvus d’encre bleue ( celle qui ne s’en va pas au lavabo du préau)(même que ça fit des taches sur le mot ‘sectes’). « Oui, Madame, c’est une étourderie je le ferai plus, promis, croix de bois… ».

Il échappe à la mise au coin.petit être dans son coin
Kaptain, qui a bien fait son travail, le réconforte  et fait de gros yeux, mais  pleins de compréhension. Elle passe le P.V.  Il signe. Encore un innocent attaqué par des sournois , mais préservé par la «Brigade de la Répression de la Délinquance Astucieuse », (qui existe et  dépend de la PJ.)

                                    On arrive presque à 13 heures.

                                     Avec toutes ces bêtises on s’est mis en appétit.

                                     Ydit rend  le papier, se lève, tend la main :

                                   « Kaptain, qu’est-ce-que vous faites pour déjeuner ? »

 

Didier JOUAULT

 

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