Tonton, vous nous apporteriez l’addiction ? (séance 3/4)
Séquence Publique d’Oubli numéro 30
Rappel : YDIT enchaîne plusieurs séquences publiques d’omission au « Musée du septennat », Château-Chinon, Nièvre.
Depuis tout ce temps, on en est là : Germaine lève les épaules dans le silence du musée de Le Président, et siffle son désaccord : « Et reprendre pour de vrai la visite, des fois, YDIT, on pourrait, peut-être, parce qu’on est quand même ici surtout pour YDIT parlant face au silence du Président, oui, ou je me trompe? Sinon, vous tous ici, dites-le nous carrément, on passe à autre chose »
Ydit s’adresse aux cadeaux anciens et solennels qui règnent sur les étagères, parle aux animaux déguisés en souvenirs plus féroces que nature, fait signe aux admirables bustes bruns (taillés d’un geste clair dans les plus opaques des bois.)
« On va voir, dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ? »
En cet instant, comme le détour des couloirs le conduisait encore à passer devant le guichet, YDIT ne peut manquer d’apercevoir encore la jeune fille (qui ne se nomme pas Violaine). Elle a quitté sa chaise, on la dirait plongée dans de profonds souvenirs d’un temps où le Président coupait les roses pour les offrir à des lavandières, des portières, des actuaires (non, pas des actuaires)

avec l’aimable autorisation d’André MAYNET
« On va voir,
dit Germaine, jamais très loin, on va voir que toutes ces histoires ne sont pas sans rapport avec le musée de Le Président, j’espère ?
– Pourtant, elle peut pas l’y avoir connu, à lui, elle ? exprime le vieux gardien nivernais, sans qu’on sache s’il désigne la jeune fille ou Germaine.
– Y a pu grand monde à part vous, ajoute le quadra, qui vient ici.
– C’est qu’on s’intéresse plus à l’Histoire dit le Vieux. Y a jamais personne. Pourtant, au moins avec LUI, quand il était là, au moins y avait quelqu’un, c’est sûr, ça sentait la présence.
Ydit s’enquiert, non pas de l’odeur indéfinissable de la présence, mais : le Président a-t-il visité son propre musée comme on visite sa concession à perpétuité, pour éprouver la fraîcheur de la terre ?
La jeune fille, émergeant comme d’un pays lointain, reprend place comme elle peut dans la fenêtre, dévêtue par le bain d’oubliEs :
« IL visitait même déjà quand il était le président pas de la France ».
« Bon, susurre Germaine, regardant la fille d’un ton citrique (il faut dire qu’elle s’exagère !) avec des formules comme ça, on risque pas de s’y retrouver ? Puis, votre président, vous n’allez pas nous en faire un Napoléon du Morvan, un Petit caporal qui se roule, sans amasser de mousse, un Titanic sans Iceberg, un Saint Rap’h sans citron ?

Univers Charles LOUPOT, musée de Clamecy ( Nièvre )
Pourquoi pas un retour des cendres et un tombeau à sept boules de cristal aux Invalides ? »
Le gardien, observant Ydit regarder sa montre : « Vous avez le temps, on ferme pas tout de suite, et pis si vous voulez rester un peu plus, pour une fois qu’on peut s’amuser à parler ? »
–Non, dit Germaine, c’est pas ça, c’est qu’il a rendez-vous ici avec Vassilika
–Celle qu’une fois déjà qu’elle est pas venue un soir, dans une S.P.O. ?
– Celle, oui, soupire Germaine. Au fait, Ydit, votre copine Vassilika, elle devrait pas être arrivée ?
Comme l’histoire est bien faite, un dong-dang discret vibre dans l’absence muséale, et dans la paume. Texto. Vassiliki : « Mais que faites-vous Ydit ? Je suis à l’intérieur du musée, près du guichet, comme convenu. Je ne vous vois pas? »………..Chacun cherche son Vassilika,
mais personne, sauf à croire que l’estimable s’est déguisée en ce qui devient comme une vignette de copiste en tête de chapitre : la jeune fille à la fenêtre ?
On échange des messages tonitruants bien que silencieux. On finit par comprendre que, en effet, Vassilika est à l’accueil du musée du Président.
–Celle-là, encore un peu, dit l’aimable Germaine, heureusement que c’est votre copine, mais pour un peu c’était carrément assise au Plomb du Cantal qu’elle était, chez Pompidou.
YDIT : « Bon, les amis (si je peux me permettre ?) ma crainte est qu’on s’égare, comme pour une randonnée sans IGN, ou un gendarme tout aussi sans IGN idem. »
« Ou un récit sans costume d ’époque ? » demande la jeune fille, qui en sait long sur le sujet du costume bien qu’elle ne le montre guère.

D’après Amalia Ferrer, recadrage
Selon l’insistance croisée du guichetier, de la guichetière et du petit tonton, et non sans goûter au plaisir malin de rompre le silence dans cette Trappe aux doigts de rose, YDIT reprend le récit pourquoi il est au fond ici : la belle Irma, et le Secrétaire-Chef.
« Mouais, pense Germaine, pour reprendre, encore faut-il avoir commencé ? »
Le récit que donne Ydit se teinte de couleurs vingtième siècle, c’est déjà loin : peut-être est-il encore possible cependant de le comprendre ?
Récit : -« Toi, au moins, tu as de quoi t’occuper, soupire Thierry M. ( devenu bien ensuite secrétaire d’été aux affaires graves). D’un geste du menton, Thierry désigne la silhouette d’une jeune femme apparue dans la fenêtre en face. Encore, ou déjà femme et fenêtre ? « Nous, ajoute-t-il en s’asseyant sur le bord du billard (car il a lu Mac Orlan ,Yvan Audouard ou Cendrars, qu’il interprète façon Ventura pour faire viril) Nous, à part attendre le Patron… »
Comprenons, recentre Ydit :
« En des temps lointains et moins troubles, Ydit avait accepté d’offrir ses heures, surtout l’été, pour la formation de futurs cadres, élus, responsables et autre badernes et balivernes de La Vieille Maison Sociale. Une semaine en village vacances privatisé. Conférence du matin : une vedette de la Vieille Maison Sociale (beaucoup sont devenues Excellences Sociales, espèce politiquement bisexuelle). Travaux le jour. Séductions du soir, entre copains-copines fait pas des manières : programme commun. »
Les empaillés de vitrine qu’Ydit exhorte sereinement dans les salles allées du musée paraissent comprendre l’économie secrète de cette fable à plusieurs temps mélés.
Ydit raconte : « Selon les faciles et imprudents usages de ces temps aimables ( mi années 70 : Ydit existait déjà, qui le croirait ?)– il arrivait assez vite qu’entre animateur et « stagiaires » ……………..
………….on ne finît pas tout à fait seul ses nuits. »
Non, ne marmonnez rien, Germaine, ainsi était ce temps : léger quoique grave, porteur d’avenirs autant que de passés, autant dire exceptionnel.
Tendresses câlines entre deux projets de société. Union de la gauche et sans gaucherie. Réajustements de l’univers parmi les draps froissés – c’est ainsi que le stage mitonnait son progrès comme on réchauffe la gamelle du futur pour manger chaud la fin des injustices. Avec pas trop de gratin.
Le soir, dîner fini, on préparait des aubes qui dansent »
Dans la Vieille Maison Sociale (moins rigoureuse que le sibérien Parti Frère où l’immorale conduit assez vite au bal du sous-sol ) la formation des militants se voulait participative et réciproque. Heuristique et heureuse. Après son topo du matin, proféré avec l’aisance des lendemains qui pensent, l’orateur (futur roi de l’Europe) jouait au volley-ball avec des bibliothécaires de Château-Chinon. Il succombait à l’éclat bref d’un peau ventrale jetée sous les yeux par l’envol étiré d’un smatch vigoureux, bien que social-démocrate. A l’issue du déjeuner –
cantine du village vacances d’avant les terreurs actives du tout-veggy : poulet/frites : vinasse locale- on allait prendre le café dans le bistrot du bled. On disait le bled parce qu’on venait d’une ville où l’on serait élu.
Troisième jour : chaleur, ombre fumeuse des platanes, ambiance laborieuse et bavarde… Marchant tout près d’Ydit, retour de café, bras dessus bras dessous en camarades, douce dans l’oreille, IRMA disait à voix basse : « Ydit, tu viens me voir pendant la sieste, avant le reprise ? »
Debout dans le silence du musée de Le Président, face aux présents du passé, Ydit à nouveau se tait. Il savoure la surprise, telle qu’elle fut en ces temps d’il y a quarante ans ou presque.
Dans l’errance facile que permet le silence de Le Président, Ydit change de salle comme de scène, comme de visage. C’est le coeur même des OUBLIeS.
Ydit : «Trois jours ensuite, on arrivait au terme du séminaire. Demain, très tôt, La belle Irma, découverte avec délices de sieste en sieste, devrait prendre le car très matinal conduisant les stagiaires vers la gare. Elle en était songeuse. Ydit, lui, avec les autres animateurs d’ateliers, resterait un peu : comptes rendus. On était sérieux »
Maintenant, s’arrêtant, Ydit regarde sans nostalgie le buste rude offert en cadeau jadis à Le Président.
« La belle Irma, future élue, n’était pas du fameux repas prévu ce soir : le village vacances avait été construit dans le canton terre d’élection de Le Secrétaire, chef de La Vieille Maison. Seulement parlementaire, maire, président de conseil général, rien que ça, Le Secrétaire-Chef consentait à un dîner avec «l’équipe» du séminaire : parleurs s’espérant futurs ministres ( beaucoup le devinrent), modestes fonctionnaires conférenciers se voyant Conseillers d’Etat ( et ce fut fait), humbles animateurs dénués d’ambition politique, tel Ydit…Tout le dessus-de-panier régional de La Vieille Maison Sociale avait aussi été convié. On ne néglige pas ses « locaux ».
Le déjà mais encore futur Le Président montrait la qualité multicolore de son éloquence.

exposition des » cadeaux » du Président, musée de Clamecy
Thème du dîner ( terrine de pays, truites au lard, fromages d’ailleurs, tarte d’été, rouge léger dans le ton) :
Le Secrétaire-chef allait -il de nouveau se présenter à la prochaine Présidence de la France, comme chacun le souhaitait (et , ici, activement le préparait) ?
Au fond certains se demandaient si les malins de la Vieille Maison Sociale n’avaient pas implanté le «séminaire militant» ici précisément pour que précisément le Secrétaire-Chef pût discourir vers le vaste monde entier depuis le pré-carré de son canton, à l’occasion du repas final (Ydit, naguère, ne posait bien ici-même la question : peut-on s’adresser au monde depuis un Jaccuzi ?).

Le peintre africain, lui aussi, avait l’amour du flou

Annonce de candidature que la presse locale, rangée dans un tiroir en bout de table, amplifierait
Ydit, invité genre tabouret de troisième couteau,petit gentil, frais grognard goguenard, tandis qu’on prenait place, Ydit songeait à Irma, qui l’attendait sans doute, avec l’infinie patience des amantes, pour une dernière séquence privée, sans omissions.
Car, en effet, oui, après tout, stages et siestes, mots et programmes, hommes et futurs, tout la rendait songeuse.
Il y avait de quoi, faut dire.
A suivre :
Le dîner des tons, Séquence publique 31, visite du musée de Le Président, ou :
que reste-t-il de nos atours ?
Didier JOUAULT
Merci Didier pour cette nouvelle séquence. J’aime bien comme à l’habitude les rimes et l’humour qui les accompagne. Disons que Ydit ravive la mémoire tout en feignant l’oubli
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A toi merci surtout pour la lecture …active et la compréhension de ce qui sous-tend ces jeux…
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sous-tend ces jeux… gauches?
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« Il succombait à l’éclat bref d’un peau ventrale jetée sous les yeux par l’envol étiré d’un smatch vigoureux, bien que social-démocrate. », aaah, le volley-ball, il va si bien aux aubes qui dansent. Reste à savoir à cette heure ce que font les vaches, hein?
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C’est drôle, une partie de nos échanges disparaît …Pfff, la balle passe, et on n’a rien vu ( enfin pas tout ). Ce que font les vaches, on le sait : ça rumine et ça méthane.Pour le reste, rares sont celles qui se plaignent de mes invitées( provenues de mes collections ou d’autres) et – comme tu le dis sagement : on peut y passer à l’image suivante. (Enfin, si on y tient).
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Comme MARC93318 m’a déjà piqué « le peau ventral…volley ball » dont j’aimais mon propre souvenir lointain, je voulais mettre le doigt (si j’ose dire) sur les stagiaires. A part Irma, est ce que Ydit a encore du « matériel »en réserve pour les prochains numéros?
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N’espère pas que ce pôvre YDIT va se passer de son minimum de suspense …
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