
Sai kwa ki di YDIT ? (Ou quelques aperçus quant aux » séquences publiques d’ouibliEs »
Une fois encore, il faut répéter l’idée simple : ceci n’est pas un message. Il n’y a rien à comprendre. D’abord, incontestable, il y a le projet d’un jeu avec la mémoire,
une tentative d’effacement d’un moi parisien
Dans la vitre du présent, le passant voit l’intérieur de la boutique, mais aussi l’extérieur de la rue. Surtout, il voit ce badge : OUBLIeS.
On ne doit pas le prononcer « oubliés ».
Au contraire, c’est un jeu de mots sur ce qui n’est pas encore oublié, mais qu’on va digérer, distribuer, séparer, alors que la nuit de la vie tombe. « OUBLIeS », c’est le nom de petits gâteaux vendus au cœur de la ville médiévale.
Ce sont des fragments de saveur sucrée à forme d’hostie large. On les grignote au milieu de cette fameuse puanteur bruyante des ruelles qui façonne la conscience urbaine de l’homme médiéval, et qui décrit assez bien, aussi, l’environnement culturel (médiatique ?) des années en cours.
Car, tout de même, les « Séquences » ne disent pas que du vide.
A travers les« Séquences Publiques d’Oubli», sont ainsi mises en circulation des «oubliEs », qui – à l’instar de toute gâterie, comportent deux faces : paroles/images.
Comme dans la nuit des voyages intérieurs.
ENSUITE, c’est bien d’oublier qu’il s’agit. En effet, en principe, la volonté est de passer à la trappe les souvenirs (mauvais de préférence, sinon à quoi bon ?).
Toujours, les images tentent le jeu de l’évocation, comme des échos, des compléments.
C’est le dur désir d’oublier.
Et l’ambition (un peu folle ?) reste de les effacer, les souvenirs noirs ( parfois légers toutefois), de les renier, pour s’en alléger, pour que passe le temps. Mais ce sont des mots, on ne peut tout de même pas les prendre au sérieux, trop. Le projet va donc durer tant qu’il restera des souvenirs ET la capacité d’en énoncer la forme en tapant sur un clavier d’ordinateur, en trafiquant des images.

encore merci à André Maynet
Des jeunes souvenirs impubères tentent le voyage dans la nuit des oublis.
L’orateur est nommé par convention YDIT : prononciation populaire de il dit .
On le reconnait sans aucune difficulté sur l’image.
Il s’y représente à chaque fois au cours d’une séquence d’oubli.
C’est que le projet vise à une forme discrète de performance. L’orateur est en public. Il se vêt des attributs de sa fonction, rapidement stabilisés : badges « OUBLIeS » à ruban bleu, affichette « OMISSION» fixée comme on peut, lunettes rouges grossissantes de mémoire.
À présent, on doit reconnaître au premier coup d’œil. Dans l’immense majorité des situations, un spectateur, un passant est auteur de la photo. Le plus souvent, il y a peu de public, très peu, et c’est toujours un public improvisé, fuyant, goguenard ou férocement étonné. La difficulté est de retenir un public avec des silences. YDIT va trouver d’autres façons, bientôt .
Rigoureusement respectueux.

Pour les photos les plus intimes ( probablement des nus non publiés mais accessibles, et la nudité ici est à percevoir comme pur symbole paradoxal du mouvement vers l’intérieur) l’auteur est anonyme.
Mais le désir de « performance » est premier. Ecrire, illustrer, puis publier ne forment que les aspects du projet. Mener – paisiblement malgré le trac immense- une «Séquence Publique d’Oubli » reste le cœur du projet, quel que soit le lieu.
Quelle que se présente l’atmosphère étrange des vivants devenus bronze.
Voila pourquoi l’une des « Séquences » s’intitule : « Chercher un endroit où parler » .
Force est de reconnaître qu’ici est l’obstacle. Par exemple, l’ensemble des lieux culturels parisiens ( incluant médiathèques, etc.) a été contacté, pour la sollicitation d’une simple et fugace présence avec affichette et badge.
Un seul a répondu, négativement.
Le SENS est qu’on trouve le sens qu’on veut, très banalement. Texte- elliptique-ou images (explicites) se combinent ou se contredisent, jouent des facilités du regard ou des incohérences voulues. C’est un peu accrocheur, rieur.
On peut noter un petit nombre d’invariants, qui constituent un peu comme le « cahier des charges » du projet.
- Le public, à cet égard- et sans trop d’égards- tient une place majeure. Dans les Séquences, on le voit surgir, écouter peu, ne pas se concentrer, partir beaucoup.
Evidemment, certains commentateurs y voient comme la métaphore du projet de « performance » lui-même. Ce public insaisissable (mais parfois loquace !) tenterait de signifier l’impossibilité radicale de mener à bien la tentative la plus naturelle :
affirmer du lien en partant de soi. - Mais on peut aussi penser que c’est une interprétation plus générale des rapports de l’homme au monde ?
De toute façon, l’impossibilité ( la difficulté ) de stabiliser son propre public n’induit nulle détresse, pas de rancœur, pas d’angoisse ni le plus petit soupçon de désespérance.
Ici, tout est humour. Ainsi va la vie
- Le texte, selon les jours ( et non pas selon les sujets ), hésite entre le descriptif assez proche de la prose anodine
et la densité à vocation poétisante, tous mélanges étant admis par le cahier des charges.
On peut constater très souvent, que l’humour ( c’est-à-dire le second degré du sens) prend ici la forme de l’allusion, de l’allitération.
La Séquence « Les grises souris grignotent gaiment la gamelle de son excellence» – qui raconte un épisode de proximité ministérielle- est partie du titre, et les mots du texte jouent sur les sons. Ailleurs, les amateurs s’amusent (disent-ils) , à entendre les échos ( déformés) d’une formation originelle de YDIT, plutôt un peu littéraire.
On perçoit la plume de Mallarmé dans telle séquence où il s’agit d’un coup de dés n’abolissant pas le bazar ( et non le hasard), ou celle de Barthes dans le titre « Le degré zéro de la confiture » ( au lieu « de l’écriture » ), ou celle de livres enfantins (« le Bas bar de la vieille dame » : « Babar et la Vieille Dame »).Certains parmi lectrices et visiteurs s’amusent à repérer les allusions, les citations. On n’y gagne rien, sauf le plaisait toujours plus profond de goûter la vraie saveur cachjée des proses.Même quand, ironique, le texte joue avec les formes de la poésie.
On se retrouve ici avec la langue, celle d’un sociotype assez marqué, public virtuel dont la variété de lecture et d’intérêts culturels dépasse un peu l’horizon de « Télérama ». Evidemment par l’immature provocation…
…insolente à l’impudeur contenue. Mais San Antonio et Saint John Perse cohabitent – en toute discrétion. C’est bien ce qu’affirme le panneau détourné :
Au reste, les joueurs qui repèrent une allusion ( y compris dans le titre de ce présent texte : Pérec et sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ») peuvent se faire connaître.
On ne sait rien de la récompense.
Une poignée d’OUBLIeS peut-être ?
- Les images portent différents messages. On peut y voir de l’anecdote. A vrai dire, parfois, elles structurent l’espace du récit, comme dans la série des quatre «Séquences » évoquant une visite-performance au « musée du septennat ». Par exemple, deux jeunes filles traversent l’espace en deux sens différents,
comme en plongée dans les deux sens de la vigilance-mémoire/anticipation, ou comme dans les deux hémisphères de la cervelle. Par exemple la couleur est ce qui conduit le propos.
Par exemple, on retrouve ( et retrouvera) une constante « jeune fille à la fenêtre », dans des figurations variables. Presque toutes les photos ont YDIT pour auteur. Elles sont fabriquées ( ou retouchées) pour les « Séquences », mais parfois « importées » depuis le « journal » de tel(le) ami(e), avec son accord.
Bousculées par le récit- qu’elle peuvent contredire- ou saturées de sens par les juxtapositions, les images doivent être lues comme des invitations à l’exégèse : « ici tout est symbole ».
Ainsi, des commentateurs ont observé la récurrence de la nudité (ou des allusions au nu), par les images y compris de statues emberlificotées de «badges OUBLIeS » à ruban bleu. Polir la pierre du désir ? On note aussi « un peu beaucoup de jeunes femmes en short vues de dos ».

Bien entendu, de telles représentations valent pour elles -mêmes, autrement dit sans hypocrisie, et on peut y repérer le reflet du commun et banal désir d’YDIT. Cependant, on aurait tort de ne pas tenir compte du fait que- dans ce projet d’oubli et de mémoire aux parcours incertains- ces photos tentent de donner l’image d’un sens : dans la mécanique de la mémoire, le désir est ce qui prend la fuite, le désir est ce qui s’offre (en pierre) et se cache ( en short), ce qui marche devant et ne se rattrape jamais, et les souvenirs les plus sauvages se montrent toujours de dos
-ainsi que chaque mémoire l’éprouve. Mais les images de clôture ( ouverte, fermée) ou de chemin sont beaucoup plus nombreuses. 
On est ici pour passer
- L’espace : parfois, il s’impose comme source de la source, ainsi (parmi d’autres) d’un banc portant des oranges à Séville. En général, YDIT cherche le lieu qui pourrait correspondre à l’atmosphère – de préférence par ironie ou allusion.
C’est très généralement improvisé, approximatif. C’est bien comme ça . Comme les souvenirs, les oublis. Très souvent, les errances en plusieurs coins de paysage (dites « randonnées solitaires » ) nourrissent l’appareil photo – quitte à susciter une séquence sans oubli (où l’on perd le téléphone, image du lien absolu), un peu comme l’absence de voyage dans « Les bijoux de la Castafiore ». - Sans crime ni délit .
Mais la série consacrée à Fantômas ou Arsène Lupin dit une fois de plus que la vie est le mélange amusé de l’angoisse et du déguisement.
- Les souvenirs sont de nature très diverse. Mais, depuis que le projet a commencé (novembre 2015), la part faite à l’intime, à l’impudique, au « révélé »
s’est rapidement réduite au profit de souvenirs- comment dire ?- publics. On en déduit que les pires et les plus douloureux (sulfureux ?) des souvenirs ne seront pas racontés- dommage, c’est ceux qu’on aurait voulu faire disparaître en les publiant.
Mais ce n’est pas intéressant. Cependant, se mettre à nu dans la tête en face d’un public fait encore partie des ambitions.
On n’est pas ici pour creuser le sable à la recherche de pétrole.
- Les autres, comment l’ignorer ?

C’est bien sûr pour parler d’eux qu’on parle de soi. Pour parler du monde en l’oubliant. Pour parler l’infinie et impossible Invention du Monde.

Pour essayer d’effacer, ce qui est une manière de montrer la vie d’YDIT,
et celles de hommes, dans ce monde étrange commencé (pour YDIT) vers 1950/60,
- dans cette nuit découpée d’horaires incongrus, et qui finira vers…


- Parler pour les autres au-devant des autres, sinon à quoi bon ?
-
Nota bene : la quasi totalité des images de cette séquence a déjà été publiée, assortie ( à chaque fois ) de la référence à la source , quand il ne s’agit pas de photos d’YDIT.
Didier JOUAULT
les durs jours de novembre sans répondre à la






