La France vous êtes beau, toi !

Échappant au métro, sur le quai de la gare, sans égards, il y a Germaine (figure totémique).
Elle évite les retards hagards, elle sauve les perdus de vie,
elle remet sur la piste ce qui déraille, défouraille du verbe et trouve le chemin de faire.
Voyant Ydit, mal déguisé en grognon voyageur de bon commerce,
Germaine s’amuse : « Alors, quoi ?? Encore vous M’Sieur Didi ? Encore parti pour des errances, des patiences, des nulle part ? D’un bon pas, vous vous la jouez particules élémentaires, à présent? »
Ydit se dit, sans dédit, que notre Germaine a dû suivre le stage d’évaporation des inhibitions, celui de Noel. Il s’approche.
Elle : « Vous pouvez pas vous loger calmos, un peu, que ça nous fasse une RTT, au lieu de bouger comme un crocodile trop branché ? »
Ydit raconte que, surpris par l’apostrophe comme une période par l’apocope, il bredouillait ( d’autant qu’il faisait froid sur le quai ) :
« Germaine, pas de retard, pas de hasard , pas de lézard en charentaises, pas de hagard ni de têtard sans queue, je vous assure, mais vous croyez quoi sous la caquette ?
..Je marche, c’est tout.»
– Donc je suie, comme disaient les copains au charbon de la Bête Humaine?
–Moquez vous, Germaine, moquez vous, moi je pars.
–Du genre à se regarder dans la vitre sans train, n’est-ce pas M’sieur Ydit ? La vide vitrine de veuve blanche, où ne passent que les soupirs des locos de madame ? Des locos hâtives, quel coco ! Alors, vous allez retrouver une jeune fille à la fenêtre,
la numéro 17 ?
–Vous avec bu, Germaine, ou c’est que la ligne SNCF vous offre la poudre d’escampette gratos en fin de règne?
–M’sieur Ydit, otez la pelure et posez-vous là, prenez le comptoir de Germaine, installez-vous , c’est pas le temps qui vous manque ! 
Voyez, d’ici, vous comptez les wagons jetés dans le paysage comme des poignées de grain ou de poivre dans le dessert . Vous savez quoi, ce qu’on dit dans mon métier de Germaine, eh bien : le départ des gares est le crédo des héros.
Ydit raconte que, séduit cette fois encore par la verte verve de Germaine il l’écoutait. « M’sieur Didi, pardon, là on s’écarte, on s’embrouille, on se grignote le ballast. Donc, sinon? »
L’orateur silencieux se demande « sinon quoi ? » et elle, Germaine, d’un geste
« Ce maintenant, c’est vers où qu’il part, avec ses gros yeux rouges , l’z’Ydit ? »
Ydit raconte qu’il répondit qu’il venait de la République .
–« Non, sérieux, la république, tout le monde y va-et-vient,
et quand c’est pas Finkielkraut, c’est Marcel Gauchet, quand c’est pas Walt, c’est Disney ou même Jacob et Delafon, – alors , tu parles. »
Aussi, Ydit il en vient ,vraiment, il dit, de la République. De toutes les places de la République ( il y en a environ 1234 en France, rues, places…).Souvent, avec leurs cousines « de Gaulle » ou « de la Libération », elles ont camouflé les rues du Maréchal et les avenues Pétain, si nombreuses en 39, mais avec les rayons x , pas difficile maintenant de voir qu’il y a encore les sacrées taches de l’ancien sous le mince vernis nouveau.
-« Donc ? Si on s’y remettait, Didi ?
– A quoi, Germaine ?
–A des Z’omissions, comme d’habitude. Moi, ça me distrait, les z’omissions.
–Vous croyez qu’on va encore pouvoir lire le Duby sur Bouvines, les soirs d’hiver, ou alors on va refaire l’Histoire ?
– Bon, si vous le prenez comme ça, tout ce que je peux dire, attendez, c’est que le 16h47 pour Crécy part toujours à 16h47 vers Crécy.
Le ratez pas. Le reste j’en sais rien. Mais vous me montrez pas les photos de votre Marmonephone ?
Ydit raconte qu’il s’est approché de Germaine, et qu’il a fait défiler la place de la République.
« Regardez : dans mon défilé sur la République, ce samedi, Germaine,…
…il y a des gamins qui flottent et rigolent si on parle de Newton,
et France je vous aime, eux, sur la planche
Il y a des argentines de Carcassonne et des immigrés de Passy dansant
la valse de Vienne au son d’un ampli désaccordé, et France, je les aime, toi.
Il y a des presque même pas amis, ils se sont assis par terre dans le frais bitume , et qu’est ce qu’ils font ? Ils se regardent, ils se sourient, juste ils sont là, ils attendent que le bonheur des yeux passe d’une patience vers une tendresse…
…ne font rien d’autre que se regarder depuis le puits du sourire,
et France je nous aime dans les yeux du silence
Il y a le chignon du stand qui demande si on le veut très cuit, et la jolie rousse à gauche répond que oui,
« OUI » elle dit la rousse Julie,
et derrière on devine les cars de la force de l’ordre,
et France je l’aime ton chignon délavé
Il y a des drapeaux, des couleurs, des mots contre
et des mots pour et encore contre,
et France je te les aime
tes démons des mots dévots
Il y a un orchestre d’amateurs très habiles
et très fouillis mais et ils vont jouer Ravel ou Bartók sans fausse-note, place de la République, à 16h,et France je les aime tes lampions frottés de vent frais
Il y a des barrières qui se sont mises sur leur trente-et-un parce qu’elles n’aiment plus le quarante-neuf-trois,
et leur maquillage coule un peu, mais peu importe
Il y a une chorale de quartier connue dans l’univers entier qui demande ce qu’elle pourrait chanter pour faire plaisir, et les passants reprennent en chœur des chansons qu’ils avaient oubliées, et France je les aime tes notes fausses comme des réveils tardifs…oui, Germaine,

Il y a tout ça, Germaine, tout ça en même temps et en paix sur la Place de la République, et moi qui passais par ci par là.
Et, France, je t’aime dans leur République de grâce et de surprise, sur leur bitume de mélange et de sourire, je les aime sous leur statue éclairant a giorno leurs têtes à têtes de toros malmenés qui sortent soudain vivants de l’arène,
dans leurs vêtements de grisette XIXème retaillés façon à la dimension du rap de Montauban, dans leur silhouette de soubrette aptère qui découvrirait tout de même son envol…
Et prenant le train, voyez-vous, Germaine, dans le wagon, je vais la regarder la France des je vous aime, la France de tous ceux-là, toute libre comme une main de lumière passée dans la chevelure tressée de tous les avenirs, une main oubliée toute vive sur des seins ronds comme les spirales du ciel un matin après l’orage. »
By. didier JOUAULT
Didier JOUAULT
République…que de souvenirs!
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Pourquoi Germaine
Pourquoi la République
Parce que Ydit La République s’oublie
Parce que les Germaine s’en vont sous les drapeaux,
sous les couleurs
de la gare
s’égare
L’oubli
Ô missions….
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Très en train… La rumeur dit qu’il voyageait en 1ère classe… et, sans billet… Mais, les contrôleurs l’auraient oublié… je tiens ça d’une vieille amie une vache normande..
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Le Dur avec le dur (comme disait Audiard ), c’est que la casquette (chef de gare ou y sécu) soye pas emportée par le vent !
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