Didier Jouault pour Yditblog : SPO 49, Estivales esquives IV L’immédiat c’est le massage,non ?

Didier jouault  pour  Yditblog SPO 49   Estivales Esquives IV,

L’immédiat, c’est le massage, le média c’est aussi le massage.

« Mylène …Mylène c’est la fille du Tourisme au village...elle m’a tout raconté pour votre show. »
-Oui, c’était pas le Zénith, ni le solstice d’ailleurs.office tourisme 2

Ici, ça va être encore pire, non?
En passant, YDIT a repéré l’enseigne : « Au Refuge-Détente ». Un peu le bonheur des dames à la montagne. Détournant le panneau…

YDIT espère qu’une forme d’impatience goguenarde va conduire vers les OUBLIeS un public ( estimé impatient )de randonneurs et de campeuses revenues du concert d’hier soir, sur la place de la mairie. On peut tout espérer des campeuses.
Alison a préparé les huiles, un mélange personnalisé. « On se met au travail?« P1200237 Son accent est anglais, son langage mesuré, son geste garanti sans danger. Elle masse comme on confesse.
Elle ajoute, soufflant un peu dans le début d’effort : « Je n’ai pas l’habitude de voir mon salon de massage transformé en salle de…conférence. Je vous mets un peu de Valériane avec ? Et je vous sers un verre ? »

                                Au fait, c’était quoi pour de vrai votre « Centre de M. »?
                                                 YDIT ne dit, est massé : suffit ainsi.
-Et M., c’est Marseille ? Ou Manchester?
Ydit parle d’OUBLIeS sur un divan sous une main experte. Méfiance sur les détails. M., c’est aussi le camp Delage, un beau vivier de campeuses (cf.SPO 50).massage 1

YDIT: Gédéon fut son maître à l’université, en même temps qu’éligible sénateur dans le mouvement de réfection de la vieille maison sociale. Les années 80.

Maire depuis longtemps de son village, quelques dizaines de kilomètres plus loin que la fameuse ville de M., dans les vignes et les pentes.

Au téléphone, GEDEON, appelant Ydit dans son Centre vide de M.,  dit qu’on doit se souvenir de cela : Ydit est repéré par la vieille maison sociale pour se présenter aux municipales de Derrière-les-Fagots. Gédéon est connaisseur. Les maires font les sénateurs et les sénateurs font les maires. C’est un peu une vis sans frein.

Voila tout. Donc, « Ydit je te le redis, Derrière-les-Fagots est un faux village de vrais cadres parisiens et de vieux vignerons accrochés aux véritables valeurs radicales, Jaurès et tout ça. Ton jeune profil fera un pur tabac.Les sondages le prouvent. »

Quand Gédéon appelle, YDIT compte les adjectifs. Il explique : Au Centre de M., l’ennui est le roi et le chiffre sa drogue. Pas sûr de rester ici.  Mais revenir dans un lycée?
GÉDÉON : « Quand on aura gagné, pas de problème, on nomme l’autre inspecteur-chef quelque part, et on te fait directeur. Ça te laissera du temps. On a besoin de toi ici, en région. Et, pour commencer, à Saint Jean de Saint Pierre, mon village. »
GÉDÉON, lui, ce qu’il veut, c’est  : un plan-de-com.
La grande idée d’il y a sept ans, avant les sénatoriales : l’être ensemble du commerce et de l’art, l’intelligence de la main et la saveur des échanges…C’est de la pensée en cru sans appellation.
« Vous pouvez lever la jambe, doucement, et puis essayez de vous laisser aller un peu, ça ne vous fatigue pas d’être tout le temps contracté? » L’huile d’Alison s’étale lentement, comme la zone artisanale artistique de GÉDÉON.

Pour l’instant à SJSP, la Zone à GEDEON : un magasin de sport demi-montagne fabrication coq local, deux potiers d’art dont un ne travaille que les bougeoirs, un négociant de vins locaux et produits gastronomiques semi-ruraux, une annexe de l’office de tourisme, une céramiste spécialisée uniquement dans le bleu de cobalt et la terre de Sienne, trois artistes-peintres parmi lesquels le prof du collège. Un écrivain régionaliste a refusé de s’installer mi-conteur mi-écrivain public.
« On voit qu’il s’agit d’un autre temps », dit Alison, qui terrorise entre pouce et index un muscle noué.

                                  Samedi, l’ Assistante de GEDEON attend YDIT à la gare.

La plage avec la voiture de service, passe encore, mais pas pour le samedi. « Attends d’être élu » dit-elle, c’est surtout samedi et dimanche que tu travailleras. »
Pour l’heure, elle lui fait visiter la Zone, explique le projet. On déjeune à l’abri des micocouliers, il y a du rosé, venu de « La Zone à GEDEON ». Assez vite, dans le regard, on perçoit le désir d’échapper. Ici, c’est petit, tout petit. Mais si GEDEON devient ministre…
« Elle rêve de Paris ? Elle est jolie ? Non, s’il vous plait, ne crispez pas le bras, essayez de lâcher prise, c’est rare que je voie quelqu’un résister ainsi au massage. »

Après le déjeuner avec l’assistante, on rejoint GEDEON pour la fameuse réunion à la mairie.
GEDEON : Il faut relancer la Zone.
L’auditoire est aussi vaillant que la Zone.

YDIT: Et si on faisait plutôt une action au Camp Delage, je le connais par coeur?
Dans un couloir, à la fin, pressé, le sénateur-maire :« Ydit, c’est un bon exercice pour toi, la Zone, ça te fera connaître localement. C’est rare que je voie ainsi quelqu’un résister au message. »
Ydit raconte : en quelques pages, il avait construit le plan suggéré, avec des pièges à passants tout simples. UN : Déplacer dans la Zone à GEDEON le bureau de poste, de toute façon à reconstruire avant effondrement sur petite exploitante retirant sa retraite des vignes, ça drainerait tout le village.

DEUX : profiter de tout cet espace vide pour réunir dans la Zone le colloque espéré par GEDEON sur…l’Economie Sociale et Solidaire en milieu semi-rural de moyenne montagne. À défaut d’un colloque au fameux Camp Delage.
Alison fait le travail du Refuge-détente sans réticence, masse en vérifiant toutefois qu’aucun geste ne dépasse les lignes d’étoffe pudique (et si j’avais mis un string ?s’interroge YDIT). Elle demande s’il veut bien se retourner, attention à la serviette n’est ce pas?

Au village, une autre visite de travail : Verrait-on GEDEON? L’assistante : Il est retenu à Paris, travaillons le colloque. On avait dîné avec un rouge frais,

à la terrasse de l’hôtel-restaurant de la mairie, seau à glace et oliviers, non, non, c’est sur le compte de la mairie.
Alison, on perçoit son trouble. D’habitude, c’est plutôt elle qui parle, pendant les massages.  Elle ose, toutefois: « Avec la jolie assistante, la maire a aussi payé la chambre d’hôtel ? »

YDIT raconte qu’on avait corrigé le plan de com. intitulé par le sénateur : « Projet de communication semi-urbaine ouverte et citoyenne pour l’expansion équilibrée mais dynamique de … »

Révision par le  maire : On modifiait le sens de circulation dans le village, on inventait des impasses, les touristes passeraient forcément  par la Zone à GEDEON. S’il y en avait, ricanait l’assistante. On ne déplaçait plus La Poste, GEDEON ne voulait pas, son grand père y ayant été receveur. la langue inconnue du temps qui passe 2009À la place, on délocalisera le Centre des Impôts.

Idée parfaite pour drainer des publics enthousiastes, se moquait YDIT
C’est lui le sénateur-maire, s’excusait l’assistante.

Le jour du colloque, le secrétaire d’Etat aux économies sociétales avait dû ne pas venir. La chambre de commerce était représentée par le gestionnaire des dossiers Terre de Sienne, le député envoyait son assistante...GEDEON S’affairait, YDIT s’effaçait. Tout s’effritait. Rien ne tenait. Évident ratage, honte bue, temps perdu. Un Japonais aurait sorti les sabres, un Grec la ciguë.
-« Et l’assistante? « s’enquiert Alison, qui aurait bien aimé une histoire d’amour.

Le sous-préfet avait inauguré la vacuité, rêveur devant l’invitation dessinée par l’artiste-peintre en résidence à la zone.
Au déjeuner, YDIT et lui s’étaient discrètement découverts membres d’une même association.
-« Ce colloque, les années de plomb, rarement vu si ringard, et sous-préfet ici, je t’assure, la barbe!

 Et toi, c’est vrai que tu as laissé une étonnante trace sur le livre d’or? :  » La mémoire est une salve d’étiquettes appelées mots, appelées souvenirs, appelées images, on les colle sur des pots de confiture, dans les placards bruns, mais le geste imprécis des doigts usés confond colle et sueur …«  Si jamais tu veux faire carrière…

                                               … je te déconseille ce genre de … »
Vers 17 heures, deux ou trois maires, quatre ou cinq voyageurs perdus par le plan de circulation et le noyau dur militant du parti savouraient les temps d’échange.

La Zone  à GEDEON avait livré l’apéritif, le sénateur-maire avait livré bataille : deux bonnes raisons d’affliction.

A l’instant de partir dans sa grosse voiture de fonction des samedis, le sous-préfet l’avait confirmé : on n’aurait pas les crédits pour déplacer le Centre des Impôts, pas cette année. Libérée, l’assistante avait un peu trop bu. intimité cuisine cafetièreOn faisait le tour de la défaite, dans la cuisine près du bureau, avant le train du soir pour retour à la fameuse ville de M. Elle disait qu’à continuer ainsi, dans cinq ans, la Zone ce serait une friche industrielle que même les propiétaires du Camp Delage ou même des Chinois refuseraient de racheter.
Ydit, tu ne le répéteras pas à GEDEON … tu restes ici avec moi, ce soir, pour me consoler ? Un peu?

Oh, elle exagère, murmure Alison en oignant une cheville, « c’est à lui, enfin à vous, de demander ; ce ne sont pas des façons de faire ». On devine, à l’intensité accrue de l’accent, qu’elle aimerait bien savoir, au fond, si ce soir là, dans la molle tiédeur des échecs et l’inquiétante fraîcheur des ridicules, YDIT est resté?

À SUIVRE : Estivales Esquives, V et finale : Lacan prend de l’âge ( Séquence Publique d’Omission numéro 50)

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didier jouault pour Yditblog 48 Estivales Estives (III) : Séquence Publique d’Oubli : Au Centre de M. la culture conte l’ennui.

Didier Jouault pour YditBlog.
Estivales esquives III. La culture au centre, ville de M.

Tiens, vous n’avez pas mis vos lunettes rouges d’Ydit ?
– J’ai tout juste le badge « OUBLIeS », ça va aller ?
Il ne vous quitte donc jamais ?
Je le présente comme un coupe-fil à l’entrée des placards.badge tendu
Non : les OUBLIeS ! Vous les quittez pas ?
Ydit hésite. Dans l’office du tourisme, la documentaliste le regarde se préparer pour le numéro. Elle attend qu’il parle, puisque partager les oublis en parlant, tel est bien son projet, non ? Ou alors, c’est juste pour entamer le dialogue avec des femmes ?
Ydit demande : j’ai laissé mes lunettes sur le quai de la gare tout à l’heure, je n’y vois rien, vous n’auriez-pas?
Pour parler ? Enfin, c’est à vous de voir. Enfin je veux dire. La gare est ouverte tout le temps.

 

De toute façon, pour parler, ici, en été, il y tellement d’étrangers, ils ne comprennent pas tout. Jambon de montagne, clairette de Die, ça oui. Elle sourit dans le silence puis : moi non plus, d’ailleurs, je ne comprends pas tout à Ydit. Mais c’est normal de vous aider en tant que touriste de l’oubli.
Ydit répond comme d’usage que comprendre n’est pas le sujet, et encore moins l’objet. La dame de la documentation de l’Office : « En fait, on va fermer bientôt, on pourrait abréger les préliminaires ? »

 

                       Elle désigne l’endroit choisi ensemble pour passer aux actes.
Ydit, lui, dit qu’on y va .
« Pendant l’été , bien après la soirée à l’auberge près du lycée, Catherine avait épousé les courbes d’un ravin. Violente façon de rompre avec les « Amis du Singe Vert ». (cf. SPO 47).

 

A peu près au même moment, dans un bureau de Paris, on avait lu cette lettre d’Ydit qu’avait recommandée le sénateur. A l’automne, fini le lycée, on l’avait nommé à M., plein sud, adjoint au chef du Centre de M.
La dame de l’Office demande si toutes les Estivales esquives se passent à M. ?
Ydit : c’est l’été de M., des OUBLIeS autour de M.

 

– M. c’est Munich? Montauban?

YDIT : Au Centre, dans les bâtiments ronds installés près de la forteresse, le Chef se rêvait en Vauban et pensait l’adjoint en maçon, à la rigueur en couvreur. Il y avait , dans ce rond, des couloirs droits, des bureaux carrés, des solutions à tout.

 

Parfois, des gens venaient pour vous poser des questions sur un projet, chercher un livre, oublier leurs lunettes rouges sur la terrasse de la cour. Souvent, au creux de son bureau, le chef faisait les comptes.
– ‘ Pour le budget du Centre et ceux des annexes départementales, ça m’intéresse, comme adjoint’, disait Ydit.
Ah non, les comptes, c’est pas vous, disait le Chef.
La ville de M., en ces temps, offrait beaucoup de diversion : des festivals, des ruelles où riaient les étudiantes, des librairies à ouvrages rares et des cinémas frais. On déambulait dans les espaces XVIIIème et la couleur ocre-jaune des accents mélangés. Ici, on pouvait, sans effort, se mettre à l’ombre du surmenage, malgré colloques et séminaires.

 


‘Vous travaillez sur quoi , au fait ?‘demanda le chef, un matin, pour la pause-café.
Ydit : c’est le sujet de ma thèse, et je me disais que le Centre aurait bien besoin d’un plan de com.
– ‘Ah non, dit le Chef, la com., c’est la chargée de com, forcément.’
– Donc, forcément, je voudrais la voir, justement.
‘Elle est en mi-temps thérapeutique, prenez rendez-vous’.  Puis il repartit compter des documents.
YDIT parfois prenait la petite voiture de service d’adjoint, allait au sable, entre midi et deux. Il explorait les plages, chacune son usage.

 

Par hasard, il avait aperçu la chargée de com., dans un appareil ne garantissant pas la sérénité du dialogue, et encore moins sa sévérité. Sur le parking, à l’ombre des troènes, la grosse voiture de fonction du Chef.

– Chef ! ( le Chef lève la tête ) : dans notre programme éditorial, on pourrait insérer un ouvrage documentaire sur les plages ?

-‘ Pourquoi pas les crus des piscines selon l’année pendant que vous y etes ? On voit bien que vous êtes de Paris.CR oublies d'été 3  Ici, ce qu’on publie, ça doit rapporter.’

– Ah oui, Chef, précisément au sujet des comptes

– ‘Les comptes, c’est pas vous, c’est pas l’adjoint.’

 

 

A l’office du tourisme, le public n’est pas nombreux, ni attentif. Plusieurs jeunes Allemandes viennent ici parce que c’est le « point wifi » qui manque au camping.

Ydit est habitué.

 

La dame de l’office s’inquiète si ça ne le dérange pas de parler pour personne ? « C’est juste pour aller plus vite que l’oubli ». Rien ne se passe. «Pourquoi ce silence ? »

La dame de l’office :  » Si vous avez un blanc, j’ai la tablette et … »

‘ La mémoire est un commando d’assassins qui tire à bout portant sur le futur, mais rate la cible, trop mouvante, le bolide continue sur sa lancée’. berline 1

D’accord, dit-elle, c’est du gros oeuvre, mais c’est vous qui « …office tourisme 3
YDIT : la fille de la com. répétait fuites  déprime et coups de soleil, le Chef comptait. Depuis qu’il avait été nommé, Ydit s’était fait des alliés au Centre. On buvait des verres au bord de la piscine après le travail, à l’heure du thé.

 

On se retrouvait dans les festivals de films Iraniens, pour les colloques sur la liberté d’exister au Guatémala, vendredi soir-dimanche matin.
– Et si on faisait une expo des œuvres ? demandait Ydit. Après tout, c’est un peu notre mission.
Quelles œuvres ? demandait un chef de service, en jetant les dés.
Au fond, peu importait, il fallait faire quelque chose. Avec la décente puissance et la rigoureuse économie de moyens du Centre, et la contribution inactive des annexes départementales, on s’y était mis.
Un soir, Ydit avait été appelé de Paris . Un vieil ami, mentor plutôt, déjà sénateur, à qui – le cacherait-on – Ydit devait pour une bonne part sa nomination d’adjoint au compteur, ici.

 


Gédéon voulait le voir, il avait besoin de lui dans la région : encore jeune mais déjà expert, et Gédéon le Sénateur se souvenait fort bien d’avoir participé au jury de thèse d’Ydit, juste avant d’être élu. YDIT prit rendez-vous ( cf SPO 48).
A M. fut inaugurée l’Exposition .

 

Le Grand Chef de Région y vint. Il évoqua les bienfaits de la mémoire instantanée, saisie dans des œuvres durables. Il ne dit mot de ce qu’il vit.

 

Félicita le Chef , toutefois, de cette initiative bienvenue dans un Centre qui, avouons le, sans cela…Enfin, bon.
-C’est bien mais ça coûte cher, dit le Chef
-Mais c’est de la com. dit la chargée de com.

 

Puis repartit à la plage.
                                                 Quand est-ce qu’on s’en va ??commençait à penser YDIT
Le même soir, Gédéon le Sénateur de nouveau, lui-même, en personne, appela, depuis Paris : la suite, c’était maintenant.

 

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Didier Jouault pour Yditblog : La Fiat enlace un soupir d’été Séquence Publique d’Omission 47 (Estivales esquives II )

Estivales esquives  II

La Fiat enlace un soupir de l’été.

L’homme serre la main du machiniste : « Je salue mon pote Albert et j’arrive ! Mais les trains d’abord, non ? « 

YDIT : Germaine vous a dit ?
– Oui, elle m’a même posté votre photo par Instagram, elle est OK Germaine.
(Ydit aurait pu entendre « elle est toquée », avec l’accent d’ici et la liaison, mais chacun connaît le vrai bon sens de Germaine).
Le collègue de Germaine serre chaleureusement la main. »Germaine m’a passé votre photo »
– Alors, comme ça, c’est vous l’YDIT ? Heureusement que j’avais la photo, je vous aurais pas reconnu.SPO 40 025
– Je ne voudrais pas vous faire perdre trop de temps…
– Rien à craindre, j’ai juste un train dans chaque sens toutes les deux heures, mais en décalé. On fait les photos avec votre Iphone ?
– Vous croyez qu’il y aura du monde ?
– Avec cette chaleur… Bon, mais c’est l’heure, de toute façon, non ?

YDIT, alors, dit que c’était le dernier jour ensemble, après les mois de travail commun. On avait remisé les volumes de la connaissance : Gaffiot, alambics du chimiste, eau toujours trop fraîche de la piscine en bout du terrain de sport dont les pavés de béton se disjointaient en chaque fin d’année. bibli zone interdite Gros lycée, petite ville, carte postale banale de provinces pour débutants.

Tout près, la forêt, des lignes boueuses déjà pleines de vin, et les auberges discrètes où s’esquissent d’un regard les affaires et les amours.
Des repères plantent leurs pieux dans la mémoire : le gros tronc en quittant la ville pour l’autoroute, une courbe un peu sèche sur le chemin de retour vers Paris,le week-end. Et l’ancien pavillon de chasse que nous aurions préféré, même à trois ou quatre, plutôt que les studios en ville. Mais la marquise était sortie à cinq heures.

Le chef de gare  » La mémoire est une mafia de Naples qui ne traite pas les dépôts d’ordures, mais touche les chèques du temps. »
YDIT : Drôle de formule!
– Pourtant c’est vous qui l’avez dit, en ajoutant : »Dans les ruelles sales du souvenir, des chats sans queue ni tête disputent les restes à des rats gluants… » Germaine m’a passé le lien. Il y avait d’ailleurs une faute d’orthographe. On pourrait trouver plus drôle que des rats et la mafia, pour l’été, n’est-ce-pas ?

YDIT : Les formules, il en faut.
– Comme des horaires : ça structure le temps et parcourt l’espace.
YDIT :

Cette fois aussi, l’été. Nous étions tous quatre, les débutants parisiens, devenus les amis de T., peu à peu, au hasard de minuscules bistrots de village comme le « Singe vert » SPO terrasse aux verres videstenu près du passage à niveaux par un voyageur silencieux revenu de toutes les poésies. L'équipe, pause, 1978Entre deux jours de cours, quand on ne pouvait rentrer à Paris, on déchiffrait d’étroites routes dans la Forêt d’Orient, dormant pour une nuit derrière la façade rouge et blanche du « Lion d’or et des Templiers ». L’enseigne portait un léopard tenant une croix pattée. De la fenêtre, le matin, tôt, on apercevait des lacs et les grilles du parc autour de l’ancienne commanderie. maurice pacteD’abord, c’était pour prendre l’air loin du lycée, des familles honorables avec enfants sages, des collègues au radoub qui avaient construit le pavillon. Puis, au fil des mois, il advint qu’on n’y dormit pas seul.

Ce début juillet, quelques-uns dont Ydit avaient joué au dîner de fin d’année, une première. On avait traîné longtemps dans la tiédeur de la terrasse près des vignes, « Au cerf apaisé », ironie du programme, et dans le suspens aimable des amitiés précaires, des amours temporaires. table de fete 3On scrutait la fumée des cigarettes qu’on fumait à l’époque en respirant l’essence rapeuse du danger. On avait repris des cafés, pesé encore les joies frêles et faciles des amitiés de métier. On écoutait les peu-dire de la parole complice.

La nuit était venue depuis longtemps, il ne faisait pas frais, on existait sans savoir qu’on allait mourir, ce n’était ni Flaubert ni Maupassant, plutôt Eluard ou Truffaut, ou encore rien de tout cela : les quatre Parisiens de T.
Il y avait, assez loin dans un coin, le banquet finissant des Amis du Temple,

ça buvait sec, le patron n’était pas pressé de fermer.

Au retour, dans le coupé italien blanc qu’Ydit avait acheté pour l’un de ces riens qui valent beaucoup, il avait installé Catherine en unique passagère. Pour une fois sans le doggy-bag qu’elle exfiltrait si souvent de la cantine, par paresse de s’inventer les menus du soir dans le studio de T. partagé avec Martine, la philosophe.

Elle était fatiguée, belle, paisible. Toujours belle et lointaine, sereine et forte dans ses 25 ou 28 ans, croyait-on.

C’était une saveur très douce de conduire une femme jolie dans un coupé et dans la nuit, avec l’amitié en réserve et rien d’autre, sans attente et sans espérance que celle de l’aurore tapie à l’extrémité de la route.spo femme urbaine grande ville fenetre dos Chacun rentrait chez soi, Paris, chez l’autre dont on partageait les jours : c’est pour cela que la vie est possible, c’est quand il y a l’autre devant les roues, et qu’il attend.

On galopait sur l’asphalte chaude de la mémoire, et c’était comme si des jungles et des brousses tendres poussaient dans la nuit, singes verts et cerfs apaisés.

Il était bien plus de deux heures du matin. On sentait le vent des retours de mer après bataille. L’humeur faussement féroce des corsaires, des barbares.

Ydit conduisait intensément vite sur l’autoroute. L’horloge de la vitesse vers la mort comptait jusqu’à 240. Il y avait de la marge, toutes les vitres baissées, des griffes d’air brossaient les cheveux. Sans y penser, on se serait vus en James Dean ou en Maryline dans le rétroviseur. Mais on n’avait pas l’âge des rétroviseurs.

A un moment, voix faible, sans crier malgré le bruit, comme dans un livre de Duras qu’on lisait en ces temps, les phares blessant le noir, comme dans un recueil de photos noir et blanc, à voix maintenant forte  et contenue, celle du prieur au chapitre :
– Tu vas très très vite, non, Ydit ?
– Oui, environ 180…C’est trop, tu crois ?

Après un silence, un suspens de saveur, répons de chantre dans la cathédrale déserte :

Non, dit-elle, non, jamais trop. Silence. Jamais trop, jamais trop, j’aime ça, j’aime tant ça…

 

Puis, à la rentrée suivante, on n’avait pas retrouvé les présences fines de Catherine, ni sa boite rouge pour les doggy bag.


Chez elle, en Val d’Aoste, paysages de gouffres et de lacets, sur sa terre d’avant le concours à Paris, un soir, dans un soupir las de l’été, rentrant trop tard sans doute, retour d’un fête de « L’Unita« , piment du vin et rouge des saucisses, ce soir d’été, la petite Fiat rouge du cousin n’avait pas compris à temps l’impérieuse exigence du virage.

L’homme de gare : « Hé bien , c’est pas rigolo, cette année, vos Estivales ? Et la prochaine ? »
YDIT : OubliEs des heures goûteuses IMG_9315au Centre Kulture.

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S.P.O. n° 46  Estivales esquives (I) : dans la ville de M. La mémoire est une rafale de langage.

 

 

Didier Jouault pour Ydit Blog

S.P.O. n° 46  Estivales esquives dans la ville de M.

La mémoire est une rafale de langage.

L’été n’est pas  trop  tard, on le joue encore dans la ville de  M., et  la séance est commencée,

Générique des séquences :

 

La mémoire est une mafia de Naples qui ne traite pas les dépôts d’ordures, mais touche les chèques du temps. Dans les ruelles sales des souvenirs, des chats sans queue ni tête disputent les reste à des  rats gluants : ne pas prendre avec  des pincettes ni  des baguettes.

La mémoire est un commando d’assassins qui tire à bout portant sur le futur, mais rate la cible, trop mouvante ; le bolide continue sur sa lancée.

La mémoire est une salve d’étiquettes appelées mots, appelées souvenirs, appelées images, on les colle sur des pots de confiture, mais le geste imprécis des doigts usés confond colle et sueurs.

T Graffitis d'oublies 2

La mémoire est une rafale de langage, mais l’axe imprécis du tir improvisé perturbe la beauté linéaire de la trace qu’abandonne nt les balles sur la carlingue de la vie.

 

En rafale, dans le soleil, les mémoires du corps : mémoires de l’œil, du nez qui fume, du pied sur la pierre, du doigt sur la peau , du regard niant le volume toujours fuyant d’un livre  toujours trop lu : le souvenir.
Alors, en cet été 2017, les courtes rafales d’OUBLIeS, «  Estivales esquives »,  succèdent aux «  Légères en août » de 2016.

C’est un passage par la ville de M., plein sud, qui ordonnance le spectacle. Dans la ville de M. s’ écrit le menu des « OUBLIeS » de l’été 17 .

Pour la suite, à la rentrée, on choisira au moment du dessert, du désert, du désir.

Maintenant, d’abord : estives, esquives, quelques Séquences Publiques d’Oubli pour initier le mois d’Auguste : La Fiat enlace un  soupir de l’été…


À SUIVRE …..

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