Didier Jouault/yditblog 51 Le regard sur l’été ne dispense pas de l’œil sur la mémoire

 

YDIT a publié (en ce jour de fin de printemps ) la « SEQUENCE PUBLIQUE d’OUBLI »

  numéro 51.

 

 

 

Elle clôt, en cette date précisément, la série de six «  Estivales Esquives »  2017.

Les « transferts » envoyés ici et là ou reçus par les téléphones portables ou les « réseaux » dégradent l’effort de mise en page en répons, textes/photos.

Cliquer ici permet d’accéder de nouveau  à l’intention d’origine.

A la demande d’un tout petit ( mais suffisant) nombre, voici, dans l’ordre «chronologique » – donc inverse à celui des publications- les autres «  Estivales Esquives » du personnage auto-nommé YDIT.

Maintenant : un peu de vacances !

 

 

SPO 46

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/01/s-p-o-n-46-estivales-esquives-dans-la-ville-de-m-la-memoire-est-une-rafale-de-langage/

 

SPO 47

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/06/didier-jouault-pour-yditblog-la-fiat-enlace-un-soupir-dete-sequence-publique-domission-47-estivales-esquives-ii/

 

SPO 48

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/17/didier-jouault-pour-yditblog-48-estivales-estives-iii-sequence-publique-doubli-au-centre-de-m-la-culture-conte-lennui/

 

SPO 49

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/26/didier-jouault-pour-yditblog-spo-49-estivales-esquives-iv-limmediat-cest-le-massagenon/

 

SPO 50

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/09/08/didier-jouault-pour-yditblog-50-estivales-esquives-v-lacan-prend-de-lage/

SPO 51

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/09/19/didier-jouault-pour-ydit-blog-sequence-publique-doublies-51-m-veille-sur-les-reveils-des-merveilles/

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Didier Jouault pour YDIT BLOG : Séquence Publique d’OubliEs 51 : M. veille sur les réveils des merveilles.

Le chef de gare : « Ah, tiens, alors vous nous quittez maintenant? Plus rien à faire au village ? Plus de tourisme dans l’isthme, de massage du message, de séances au cinéma ? Les filles vont regretter vos balades  en montagne. Faut dire que la dernière fois  c’était un peu…osé dans la pose? »

Ydit, depuis l’autre quai , forçant la voix :

« Vous allez rire, mais la séquence 50 a battu tous les records d’audience sur les divers réseaux. Je me demande si c’est pour les pommes de terre frites ou les vieilles voitures? Je ne vous ai pas trop ennuyé, entre deux trains? »

–  Certainement pas, j’ai de quoi m’occuper, et vos petites séquences, ça change des types à chien avec guitare qui chantent sur le quai. 

Alors, une petite dernière pour le wagon de queue ? On le sait, j’aime les trains et …

Oui, on s’en souvient : Germaine-des-quais!

Donc, allez , je vous laisse choisir. On a combien de temps?

Dix-huit minutes avant le 14h23, mais il a souvent du retard. Vous m’en feriez une un peu tristounette, de SPO, pour les adieux ?


Estivale esquives, épilogue en forme de flash back ( 6/5)


YDIT…Comme le sillage que dresse l’oubli sur l’océan fatigué de la mémoire, quand le caboteur essaie de rentrer au port malgré le mascaret ; tel le tracé de la nuit dans l’errance du réveil : ce visage reste au cœur de la cité. Il est un village tout entier, ravagé par l’incendie barbare des heures, par les soudards de l’oubli,  et cependant ses ruines éparpillées conservent la vie de poussières traversant le soleil dans leurs ombres.

Un homme qui fréquente  les ports, et là campe, humant les raclures de passé, dit : l’inconscient est structuré comme un tangage. Il précise : la mémoire est menteuse comme un visage.


     La ville de M., et ses aventures de l’été 17, racontées dans ce village,  sont une boucle de rêve. Un éclair pour chapeau sur la tête d’un dauphin emprisonné, ou comme un objet sculpté dans la glace qu’on sur la chaussure d’une princesse en guise de diamant, un cheveu sur le clavier hagard de la mémoire.

     En ESTIVALES ESQUIVES, l’été a construit son chemin de pierres et de sable. Boucles narratives : départ tiré par une rafale de cartouches d’oubliEs, finale en chant d’adieux.

Pendant l’été 2017, l’année de M. revient sur sa propre origine, voyageur de commerce du temps marchandé, guerrier portant à la fois la victoire et la probabilité de sa fin.

Moment venu de retourner à l’origine du récit d’ESQUIVES : voici donc l’un des champs du départ.

– Le chef de gare: « Je sens que ça va pas finir dans des chansons ? » 


YDIT : Ce fut avant de partir pour M., un soir, dans l’appartement de Paris.

 Ephe Dée rompait la pause,

s’approchait de la table où des livres attendaient. Un vinyle faisait des ronds dans l’air Ecoutant, elle s’était retournée vers lui, songeuse : « Et toi, Ydit, à qui penses tu quand je sors de tes draps? » Tu pars vers M. et je n’y serai pas.

« Où es-tu, quand tu es dans mes bras ?
Que fais-tu, est-ce que tu penses à moi ?
D’où viens-tu ? Un jour tu partiras
Où es-tu, quand tu es dans mes bras ? »

Je reste en soldat protégeant pour rien l’armurerie videée de tes  mémoires, guetteur immobile de l’errance molle et des attentes. M.,dis-le, n’est que l’attrait d’un oubli, M., le prétexte pour partir. »

« Plus tard, dit ensuite Ephe Dée, tu reviendras de M. , et je t’accuserai : « Tu n’as rien compris à Hiroshima ». Mais je ne voudrai plus te voir, je n’aimerai plus tes gestes de silence, et j’attendrai que tu distribues les « OUBLIeS » comme des images d’un mauvais  livres d’heures, épuisé avant même toute impression. Nous serons comme deux pays voisins qui s’éloignent.IMG_1145

                              clic:                       watch?v=E8EOhsoVSiI

Tu mèneras tes « OUBLIeS », comme des brebis en descente d’estive, et je n’écouterai pas tes récits de marin privé de carte-ou de boussole, car j’aurai été ton horizon et tu l’auras perdu. Je serai celle qui n’écoute plus.

 

YDIT : Et ce fut ainsi.

Ephe Dée  a vidé le barillet de ses présences vives, elle tirait contre les ombres que faisait Ydit en marchant au milieu de la ville, M.

« Et donc? » dit le chef  ?  Surtout que voila le 14 h 43, faut finir.

« J’veux m’enfuir, quand tu es dans mes bras
J’veux m’enfuir, est-ce que tu rêves de moi
J’veux m’enfuir, tu ne penses qu’à toi
J’veux m’enfuir, tout seul tu finiras « 

Et donc, aussi longs que soient les efforts, YDIT affronte l’impossibilité  d’emporter ce visage au milieu des flux d’ « OUBLIeS », dans le silence.

C’est ainsi que les hommes se souviennent : en suivant sur le sable une maligne empreinte du temps qui dénie tous les oublis.



Image à la une :  » femme fatale », Myles Himman

texte : Bernard Lavilliers, Jean-Paul Drand • Copyright © Warner/Chappell Music, Inc

Installation toiles : Elodie Lemerle. Photo femme au verre : Jitka Samajova

 

Didier JOUAULT  pour  YDIT BLOG

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Didier Jouault pour Yditblog 50, Estivales esquives V, Lacan prend de l’age.

 Au village-vacances du camp Delage, Lacan prend de l’age.

Estivales esquives ,V et (presque) finale.

« Oui, je sais, on avait prévu », dit le boucher-boulanger place de la mairie, souriant et serviable.

« Mais j’avais pas noté que ce serait la fête du village, quand on a mélé. Donc, j’ai rien organisé. Et j’en ai parlé à Jeanne-Marguerite, qui gère l’Eden. Elle vous offre l’avant-séance. Désolé. Sinon, qu’est ce que je vous mets, des côtelettes ? »

Jusqu’au cinéma, il y a davantage de chemin que prévu. Et pas d’affiche-programme. Ni de cartes. On va finir l’été sans accessoires. Ou presque.L’inconscient est maquillé comme un visage. Rien que la nudité du langage. C’est la fête du village.

« Vous avez couru, on dirait,  M’sieur Ydit ? Ah, difficile à quitter, Alison et le « Refuge Bien-être », parce qu’en vrai, on s’allonge et on oublie, c’est ça le message du massage ».

Elle rit toute seule, derrière l’ étroit comptoir. C’est la fête au village.

M’sieur Ydit, vous vous souvenez qu’on passe Marienbad pour la séance Art Essai, ce  soir? Votre M. , la ville de l’été, M. c’est pas Madras non plus? » Un silence. Et même Lacan ne savait pas tout sur  » L’Origine du Monde », alors !.. M. c’est « Monde? »

Ydit tend une carte. » Ah, vous n’avez pas du liquide ? Je préférerais. »

Mal éclairée par  la pénombre de l’entrée, elle ironise  :« on économisera la planète, faute d’économiser la salive ». Selon elle, qu’Ydit écoute : votre liquide, ça coûte moins cher que le terminal bancaire, filez moi vos pièces. Une belle pièce de 5 francs, non? Même si vous l’avez piquée à Mémée. »

Ydit demande : Une pièce de cinq francs ? Mémée ? Vous connaissez l’histoire?

Jeanne-Marguerite : Le film est commencé, vous n’allez pas tout comprendre à Marienbad. Remarquez…moi c’est pareil pour les OubliEs, parfois. Et y en a qui n’ont rien compris à Hiroshima, aussi. Bref, comprendre est secondaire.

Ydit interroge si, en échange d’un paiement liquide, et en se passant de références culturelles, puisqu’on est en retard, elle accepterait qu’il croque ici et maintenant l’oubli. Comme une répétition.

Elle pense que c‘est un peu limite obscène, cette proposition, de l’argent contre de la mémoire, la répétition, et il n’est même pas psychanalyste. J’espère que c’est un mauvais souvenir tout de même ? C’est celui des pièces de cinq francs ? Tout à l’heure, il y avait trois ou quatre personnes, pour entrer, mais j’ignore si elles venaient pour votre séquence pré-séance, que j’ai annoncée en vitesse sur le site, ou pour Marienbad. 

Ydit à nouveau s’excuse, il a mal jaugé du chemin, la route des oubliEs est bar à tapaslente et longue. Donc, il  pourrait administrer l’OUBLIe après le film, au lieu d’avant ?

Jeanne-Marguerite :  Allez-y, faites votre truc, débarrassez vous en vitesse comme font les mecs, et passons à la suite. Vous dînez avec Alison la masseuse ? Ou avec la fille de l’office du tourisme? Ou avec le chef de gare en short, après tout, pourquoi pas? Il a de belles jambes de cycliste…

Ydit :’La mémoire est une rafale de langage, mais l’axe imprécis du tir improvisé perturbe la beauté linéaire de la trace qu’abandonnent les balles sur la carlingue de la vie, voila tout .’

 

– ‘Oui, bien sûr, bien sûr, mais on se demande qui peut avoir écrit ça, ironise-t-elle : beaucoup de mots-perroquets, non ? voltaire oublies 2 Un écrivain psychanalyste perdant le sens de l’avis ?? L’ Inconscient est balayé comme un  nuage.

YDIT : langage et idées noires, flash back et vinyle, ce sera pour la prochaine fois, l’épilogue (enfin) de nos Estivales Esquives, sous le regard troublé de l’infinie présence, celle de Ephe Déé, au sens exact : in-OUBLIe able.

Vous voulez sa photo ? EPHE DEE 2

– ‘Encore obscur, mais on écoutera  plus tard, sans doute ? La mémoire c’est ce qui comprend plus tard. Et maintenant ?’

YDIT, maintenant, récit :      « Albert, Toilettes, Portefeuille!« 

YDIT : On avait dix ans. Parmi les entrelacs étroits que formaient les frustes bungalows du Camp Delage,  dans la proche banlieue de M. encore peu grandie, poussaient des pins parasols, de rares lampadaires, des tables de bois pour les campeurs partageurs. La famille venait là, pour de banales vacances de pauvres. Les sentiers du camp conduisaient de l’obscur à la pénombre. Un bus arrivait de M. , depuis la gare.

« Albert, Toilettes, Montre ! »

On n’avait pas l’électricité dans les bungalows, la vie du soir se passait dehors. Quelques lieux communs soutenaient la lumière des bavardages : bacs pour la vaisselle, espace garage, sanitaires, piste de danse et d’animation sur le devant du « Camp Delage ». On rencontrait les garçons portant les bacs d’assiettes pour Maman.

« Albert, Toilettes, Bijoux ! « 

Le très gros père Delage nourrissait les campeurs, toujours pensionnaires. C’était une espèce de réfectoire bruyant pour campeurs sans dégoût. Il y avait un enclos « naturiste » à l’écart, on y trouvait surtout des instits. La mère Delage, fine et blonde, assurait l’accueil. Albert était l’homme à tout faire. Le fils tenait le bar où Brel pleurait ses quarante-cinq tours :  » Ne me quitte pas ! ».On venait s’y rencontrer.

« Albert, accueil, livraison! «  Les hauts parleurs du Camp ainsi répétaient les appels à l’aide de la mère Delage. »Toilettes » : on imagine mal comment sont maladroits les campeurs en short sur les toilettes à la turque. Albert récupérait au fond de la fosse les objets les plus précieux de cette humanité accroupie. » Albert, des clés ! » 

Dans les hauts-parleurs, Michel Polnareff chantait « Moi je veux faire l’amour avec toi« , Ydit raconte qu’Isabelle pouffait en lui tenant la main pour des promenades quittant le camp, vers le rivage, après les  routes pour la mer. En chemin, dans le chaud du bitume collant aux espadrilles, Ydit offrait de ces longs sucres d’orge encore tièdes, qui coulaient comme des lianes en rafraîchissant, et qu’on séparait en portions avec de gros ciseaux brillants de sable et de sueur.le regard des roses c'est la vie 2

 

Le vendeur découpait large pour eux, Isabelle/Ydit, ému de leur silence.

Isabelle/Ydit se promenait parfois dans le village-rue, proche de M., short blanc identique un peu grisé aux fesses par les murets où l’on passait sa vie assis, entre des pavillons de béton jaune et leur grillage vert blanchis de liserons sauvages.

On parlait peu, car quoi dire de plus ?

On approchait de la plage. On partageait alors de gras beignets fendus d’un trait de compote et enluminés de sucre cristal, comme des offrandes à une Vénus encore absente. Cela coûtait un peu cher parce qu’on était pauvre. Mais on s’amusait.

« Avoue que tu les as volées, volées ! »

« Avoue que tu les as volées, volées ! » dit un soir la mère, violente et voix de chantier, quand YDIT revint d’Isabelle. La grand mère avait dénoncé : la tirelire qu’elle fermait bien dans sa valise fermée, sous le lit de camp, la tirelire s’allégeait de ses pièces de cinq francs, rudes économies de vieille.

Ydit, poursuivi de cris et de gestes, poussé-frappé, n’avouait qu’un ramassage solitaire : des pièces tombaient toutes seules de la tirelire, devenant orphelines, il les adoptait, bon gars, bon coeur, et rien de plus. La mère n’appréciait pas cet humour, Ydit en avait l’habitude.

L’échange gagnait en dureté, la grand’mère – qui savait de la bienveillance de qu’un mineur voit du ciel- donnait le détail. Il avait tout de même fallu tirer la valise, ouvrir la tirelire, et bien entendu la secouer sans bruit, comme un malfaisant qu’il était : les grosses pièces de cinq francs ne tombent  pas toutes seules dans la main des garçons de douze ans, tout de même.

Le grand frère arrivait sur sa mobylette où se trouvait également un bon ami à lui, et commentait en solidarité : Eux, son ami et lui, n’auraient jamais fait une chose pareille, spolier la grand’mère, ah non, c’est contre nature!

Le plus difficile  fut d’oublier la scène : Quand Isabelle approcha du bungalow, le lendemain, la mère la prit par la chemise, écartant davantage le décolleté , mais pour cette fois cela n’amusa pas Ydit : Et toi, espèce de sale môme, tu sais que tu es la copine d’un voleur de vieilles ? Il t’a payé quoi, avec, hein? Toutes des mal élevées !

Au village de cet été, la caissière de l’EDEN-CINEMA ne semble émue qu’à moitié d’un tel  OUBLIe véniel, il y a plus de cinquante ans. ‘ On en fait beaucoup avec peu,on dirait, et ça vient d’où l’acharnement des vieilles ? ‘

YDIT conclut, empochant le ticket de cinéma pour ‘India Song’ : C’était la toute fin des vacances. L’humiliation et la douleur importaient peu face aux déchirements des séparations. A la rentrée, au collège, tout serait autre chose. C’était le temps de revenir. Le temps de quitter l’environ de M.


Et ainsi, de l’année finissant au lycée, jusqu’aux vacances d’écolier terminées, autour de la ville de M. ,  s’efface la trace des sentiers d’estive,

se dénoue la boucle en poussière de l’été – moments des mémoires légères et des souvenirs brefs, l’été propice à toutes les esquives, à tous les mensonges.

C’est le temps du retour. C’est le temps du récit, mais n’est-ce pas le même mot ?Reste ensuite à poser ici les images du départ vers M.

(Estivales Esquives, 5/5, presque  finale)

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