Didier Jouault /YditBlog /SPO n° 54 La fessée de la ministre est rude comme un bain de neige.

La fessée de la ministre est froide comme un vent de sable
( 3/3).
L’effacé de la fessée

Rappel : Son Excellence profite d’une opération de sauvetage pour un candidat radeau- de- là-médusé. Le cortège berlineux entre la préfecture et le député en cours de virtualisation s’arrête à mi-chemin. Il pleut. Le préfet quitte sa voiture. Il demande à Ydit de rejoindre l’ Excellence sur la banquette arrière.

Ydit  demande :« J’entre ? »
Le préfet :« Bah oui, entrez, elle attend ». Vraiment, ces jeunes directeurs de services de l’Etat, pas des rapides. Tête-à-tête avec la ministre,  ça se refuse pas. Seront jamais préfet.

entrée sortie la contradiction du réel (1920 Londres )

Même si  avec Elle on n’est jamais sûr d’entrer dans le bon sens

L’unique avantage, assis dans la voiture, raconte Ydit, c’est qu’on prend l’orage au chaud, et le préfet dans  la bouillasse debout.derrière la fumée vitreuse pas sûr qu'Elle l'ait vu Maigre consolation.

 

L’Excellence, impériale, sans regarder Ydit ( et il n’est pas certain qu’elle l’ait vu ) :

 

«  Bon, Monsieur le Directeur, expliquez-moi donc ce bazar, la manifestation d’hier, justement quand je viens dans le département, la presse régionale, tout ça. A quoi donc pensez-vous?»

A quoi donc pensez-vous ?

Ydit, plus ou moins serein, commence à dire que, puisqu’on a retiré d’importants moyens au département, forcément, on ne fait plus autant de…Avec l’équipe il a beaucoup  travaillé, maisExcellence  n’écoute.

D’un geste quasi papal, version excommunication, l’Autorité républicaine, assise cuisse contre cuisse (enfin, presque) s’est retournée vers Ydit. Elle le regarde. On n’osait y croire.

Elle sent un parfum chic dégradé par un levé-tôt. C’est pas Marguerite Duras décrivant Nevers pour « Hiroshima mon amour », mais on sent que pour elle Ydit n’a toujours encore rien compris à Hiroshima. Ni à la pluie d’été, dehors.

Elle ne regarde pas la série de chiffres qu’il tente de présenter sur un tableau simple, travaillé tout au cours de  la nuit. Une Excellence assise à l’arrière d’une berline de préfet (qui trempe dehors), pendant qu’attendent l’inauguration, le député sur place, le sénateur dans sa voiture, les amis, bref le monde entier, et même Dieu peut être, l’Excellence ça n’a pas de temps à perdre avec tout ça, les chiffres, les tableaux, toutes ces machinitudes là… « Bon

( dit-elle), regardant Ydit dans le fond de sa mémoire : vous savez bien comment il aurait fallu faire, vous vous en êtes mal tiré, on ne dit pas qu’on a un budget rétréci, voyons, c’est évident. Vous êtes en poste depuis longtemps , ici ? A la place, voila ce que vous auriez dû … »
La ministre lui explique, à Ydit, comment faire au fond de cette campagne rétive où elle met pour la première fois de sa vie le pied de l’exploratrice, mais elle a tout compris en arrivant, c’est pourtant pas compliqué.
Dehors, on sent que le préfet en a plus qu’assez de gadouiller comme un stagiaire, sans même assister en direct à la fessée cul-nu que reçoit le jeune directeur du département. A travers la vitre, on perçoit les gestes menus de la grande chef. ELLE n’était jamais venue dans ces terres.

ELLE ne reviendra pas dans ce coin. Mais ELLE connaît tout, ELLE sait ce qu’il faut faire avec ces petits gallo-romains de petits paysans. Comment faire. Quoi dire, à qui, sur quel ton. ELLE est ministre. Donc, elle lui explique, à Ydit, comment lire les tableaux où est écrit «moins» comme si on voyait «autant». Les préfets ont un mot pour ça :« explication de gravures ». Mais rien d’équivoque, ici la gravure est de France profonde. Et puis, dans sa ville où le banquet attend, le député -candidat-en cours de fissure s’impatiente : « Qu’est ce qu’elle fout, la ministre? Elle apprend son discours ?» voudrait-il demander au préfet, mais il n’a plus de téléphone, le préfet, le téléphone est dans la voiture, avec l’Excellencitude, qui a autre chose à faire, non mais.

Tout se dégrade. Encore un peu, c’est la chienlit.
« Bon, ça suffit comme ça, ELLE dit, je vois que c’est évidemment de la maladresse, de la jeunesse, et je suis gentille, mais sinon, si vous l’aviez fait par souci politique …».
Ydit se voit aux îles Kerguelen, traverseur de pingouins sur la banquise ( une expression d’un de ses patrons de jeunesse), joli poste pour expérimenter la profondeur du silence et la vérité des relations avec les oiseaux.

Ou à Saint Pierre et Miquelon, là oui, avec plaisir, à Saint Pierre et Miquelon, haut lieu d’Omissions gelées .
« Bah voila, allez-y, faites comme j’ai décrit» dit-elle, avec un regard accablé , désignant la portière. On n’est pas là pour perdre son temps, on a des choses sérieuses à construire, dépité député à soutenir, inauguration, valse-musette, discours…Hop, bougez, petitesse. Ydit a tout juste le temps de remonter sa culotte, on ne doit pas sortir fesses à l’air dans la campagne, et il a les rondeurs un peu rouges.

SPO fessée anonyme

Tout ce temps perdu en démarches d’apprentissage

La main royale est rude. Le préfet agacé presque le bouscule pour retrouver sa place, au sec. Une place au sec, bien sûr, ça compte, pour un préfet.
Le démarrage aussi est un peu sec. Courant, glissant à demi dans la gadoue consubstantielle à ce département ( qu’il aime), silhouette sans casquette, Ydit retrouve sa propre berline d’Etat.

la voiture du préfet

le berline est d’Etat

Mais il sent bien qu’ILS l’auraient volontiers abandonné là, pieds plantés dans la bordure comme une bâton de pèlerin oublié par les rançonneurs, jeté aux orties sans petits cailloux, choux, hiboux, genoux ( tiens, Elle ne l’a pas pris sur Ses genoux)(pour le consoler après la fessée)( mais ce n’est peut-être pas Son genre ?).

Dans l’auto malmenée, Ydit pense aux fessées qu’il ne pourrait plus montrer de nos jours, sauf sous le manteau, comme des images lestes : le capitaine et le prince des sables/ la très curieuse fessée d’artiste, trop pédophile pour être au net.spo_tintin-fessee-1

SPO balthus-lecon-de-guitare-1934

La leçon de violon provoque de douloureuses (??) punitions

En trombe, le convoi tente de rattraper son retard. Mais les retards, c’est comme les budgets : on ne fait pas plus avec moins. Mais c’est juste de la maladresse. Elle a dit. Oui, oui, erreur d’inexpérience, la jeunesse. La ministre pardonne. ELLE est d’une immense bienveillance. Votre Excellence, permettez, que dans mon trouble, sourit-il , je baise les paumes de vos pieds, les poignets de vos genoux.

D’ailleurs, après le discours, L’Excellence dans la joie distribue des médailles.

Ydit reçoit la sienne, ronde et rouge comme une affectueuse fessée.visite en Sarthe

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis, dans la sous-préfecture presque chavirant sous l’orage, on finit par des canapés ruraux.

Vous prendrez bien un peu de rillettes ?

Un verre de Janières?

mais tout finit par des cacahouettes

 

Le Kandidat content et comptant ses voix répète son très aimable vaudeville, tout en songeant à son assistante qui l’attend pour le reportage dans le magazine municipal.

 

SPO FB by jitka samajova la photographe faussement nue sur la chaise rouge

« En plus, songe Ydit, ça fait de vrais frais souvenirs d’être en campagne déshabillé par son Excellence même. »

« En plus, songe Ydit, ça fait de vrais frais souvenirs d’être, en campagne, déshabillé par son Excellence même. Omission ? L’efficace effacé de la fessée ».



 

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Didier Jouault S.P.O. n° 53 La fessée de la ministre est froide comme un vent de sable  ( 2/3).

Rappel :

Devant la gare, près de la réception que donne une sous-préfète vitrifiée par l’importance du vernissage, Ydit donne son récit.

Parmi les auditeurs, distraitement Germaine : n’écoute goutte.

Elle essaie de comprendre les mouvements contradictoires de passagers hâtifs mais sans doute en faute? Ydit persévère dans ses « Omissions », orateur actif et peut-être sans faute?

 Ailleurs, on peut estimer que la Russe sans gêne et sans accent attend son tour de parole sur les véritables histoires du père. Ainsi, au retour du tour, s’il revient des  terres d’OubliEs, oublies-sur-leau-morte-du-lac.jpgenfin Ydit connaîtrait les plages que le sable imagine entre les trous de la mémoire.  

La marée de vivre se retirant à petits coups de langue gourmande alors dévoilera l’état des savoirs sur le rôle du père dans l’histoire, ses  rôles dans la construction des secrets, comme on trouve des couteaux dans les flaques dessinéescarolina face etiquette main par le courant éteint entre les yeux impunis des jeunes filles.

 Trop tôt.

Ydit :« C’était dans une région humide aux belles terres grasses ». Puis, voyant les sourcils levés de son auditoire  ( fragile et passager, d’ailleurs le chien du SDF est parti à la poursuite du gamin), il corrige : «  C’était dans une chaude région aux sols rouges ». Il raconte ensuite qu’il était là, depuis   peu d’années, à faire son emploi.

Son métier, c’était surtout de parler en public et de compter en secret. Conduire un département qu’on lui avait, dans son domaine, imprudemment confié…Terre  de bolides F1 et de chars à bœufs. Cette année là – mais c’est ainsi depuis deux ou trois mille ans- il y avait moins d’argent à dépenser pour bâtir, et plus d’obligation à tenir avec le moins d’argent de plus.

Moins de bras pour autant d’oeuvre. Moins de blé pour autant de moules. Moins de crédits, de kopecs, de Russes  troubles avec les roubles, de pianos-bar et de soirées entre amis. Ydit, parfois, s’interrogeait comme chacun : qu’est on allé faire dans cette isba ? Mais ce sont de beaux souvenirs, qu’on n’OUBLIeS  donc pas ici.

D’un certain point de vue, avec un humour de poilu en 17 , on pourrait dire que ça anticipait la série des « Omissions » : on joue avec  le retrait, le « un peu moins », le recul mesuré. Bien sûr  l’argument ne pesait pas, mais il attirait des foules dehors.  :pas contents pas contents YDIT :  » Ce n’était pas l’ovation glorieuse de retours, ni les gesticulations de fin d’étape. Représentation  régulière, soirs de première tous les après-midi, grand gala pour petite starlette gauchette comme une gaufrette qu’on déchiffre pour lire l’avenir dans les plis de la peau sucrée. Et les abonnés qui attendent ( avec sono) qu’on parle à la fenêtre. Gros succès de mé-sestime, c’est le travail.

Quelques amis aussi pour préserver des contacts involontairesexpression démocratique

Ne pas se vouloir aimé :  condition de l’exercice. Moins d’argent : on se débrouille, mais non pas sans dégâts. Pas de viande, peu de soupe. »

YDIT : « L’Excellence Grenelle-Paris-Chef  de l’époque avait prévu un passage, pour le lendemain,  arrivée par le train du peuple à la gare TGV. A la gare : dispositif  de musculeux policiers, le préfet (un vrai, au format réglementaire, uniforme un peu vieilli,  dorures, moulures, cheminée, espace sous plafond) . A la descente les gars des RG, et même une capitaine, entourent l’excellence comme si la Mongolie entière l’attendait à cheval sur la voie 2, direction Angers.

Filmiquement époustouflés de s’inscrire dans l’écran de leur propre réel, les gardes engouffrent l’Excellence  dans la berline protégée. Elle n’a pas  vu les mains qu’on lui tend, à part celle bien sûr du préfet. Ydit raconte qu’il la remet dans sa poche. »

Puis le  trajet à 150 en convoi avec  deux motards locaux pas si sûrs de leur vitesse, vers une sous préfecture, par la départementale défoncée. Programme du jour : l’inauguration express, l’invisible serrement de mains cette fois prises une à une,

discours défoncé mal écrit par un assistant déchiré de reproches. Surtout la presse locale. « Il s’agit d’apporter un  aimable soutien résolument partisan à un candidat local en posture …enfin, encore plus démuni que le gamin aux oubliEs, même pas de cache-sexe sur son incompétence. S’il lui restait, dans la circonscription, un bulletin de vote pour se préserver de l’échec, c’était le sien.. Ce sont des choses qui se font, quand on est Son Excellence de Paris, préserver en vitesse sa majorité.

Convoi sous la bruine : police en tête, puis préfet ayant pris la ministre en passagère bla bla car , puis on ne sait plus quel sénateur -maire et ses assistantes (pétulantes péronnelles pétaradant du langage ). » Puis, à la traîne, le directeur du département, Ydit, banquette arrière, conducteur devant ( ce qui est tout de même plus pratique). Et derrière : la police.

Ydit raconte que « son chauffeur d’alors n’était pas très sûr de lui sur la route humide la voiture du préfet…La sueur lui faisait par avance une auréole. Bon, mourir en service, c’est enrichissant pour la famille. »

« Soudain, téléphone (en ces temps, un gros cigare fixé dans la voiture, antenne au toit). C’est le préfet soi-même. Sa hautesse en ENA-dress. Dans son grand costume. Son ton de baron d’Empire qui soupire et rêve d’écrire comme Maupassant en parlant comme Noiret. Il dit à Ydit qu’on va faire un arrêt. Tant mieux, pense Ydit, ça rend possible de  survivre encore une minute. »

Les voitures du convoi stoppent comme elles peuvent sur les bas côtés boueux près d’une station locale. Cinématographique.

« Pas très formel, pas très sécurité, coin de bord de route, mais c’est LA  ministre, on va pas détailler les détails des délits. Tous ces gens, pense Ydit, qui inventent des plans de coupe juste pour donner à voir qu’ils savent des faire des films. »

Téléphone, de nouveau, toujours gros cigare, le préfet : « ELLE veut que vous veniez vers nous, ma voiture. « Il pleuviote ( ici, c’est banal), Ydit fait le brave, tête nue ( il n’a d’ailleurs pas de parapluie). « Les gros bras de la police ne sont pas sortis. Le préfet oui, qui est dehors, maintenant, et qui tente de s’abriter sous sa casquette  vaillamment vernie. D’un geste mi-las, mi-royal,  il désigne la portière  restée  toute fermée. SPO jaguar de josetteSPO jaguar de josette

« J’entre ? » raconte que demande Ydit, qu’un petit rien de proximité tête-à-tête avec sa ministre restée dans  l’auto n’excite pas tant. Encore, si c’était le bureau ministériel et elle qui l’attendrait à la fenêtre ?fille à la fenetre 7

 

 

Mais là, en particulier, non, merci. C’est comme de vouloir faire une bise à un tank. Mais l’auto t’attend, toto. Et c’est tendance gelé gelé. Ydit hésite, main sur la poignée. »

 

 

« Bah oui, entrez », mouvement d’épaule, répond le préfet « On va pas y passer l’hiver ». Vraiment, ces jeunes directeurs de service de l’Etat, c’est définitivement pas des futés. Cinq minutes tout très seul avec la ministre sur une banquette arrière abandonnée par le préfet ( ENA 1971, promotion Elzevier), ça se refuse pas, pourtant. Sont des blancs-becs. Seront jamais préfet. Bien fait.

Alors Ydit entre.


A suivre par la Séquence  Publique  d’OubliEs  54, qu’on a pris l’usage de nommer : l’effacé de la fessée.


Didier Jouault   pour   Yditblog

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