Yditblog S.P.O. 74 – Le fumeux Parrain -Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n° 4

Séquence d’été quatrième, SPO numéro 74,  des goûts dégoûtés de cigarette allemande


CARTE POSTALE :

Avec les Jeeps noires de l’été, on est arrivés très loin au nord de la terre et au point de la langue, il y a des lumières écervelées, on croirait trouver du silence parlé par la solitude.

Mais parvenant au lac immense, on les voit : ils ont loué quatre hors-bord, réunis et ancrés à vingt mètres. Ils chantent à tue-coeur des airs violents et jettent à l’eau les bouteilles vides de bière.

 

On aimerait que non. Mais il y a des nuisibles dans chaque histoire, et même parmi les impasses du souvenir que parcouraient les garçons dans  « La villa du Pré », jadis.


Continue ( et bientôt s’achève)  la série des

Piquettes de langue de l’été, séquence  74 :

Le fumeux Parrain /des goûts de cigarette allemande

     Rappel :

     Germaine : « Alors, cet été, comme les précédents, vous aurez la parole légère et l’OubliE facile? Un peu comme des  « chouchous » vendus sur la plage par un gros homme qui porte un panier d’osier, et dans le panier des beignets , et sur les beignets du sucre glace, et dans les beignets des confitures abricot ou fraise, à l’époque on ignorait la pâte au chocolat? …


     Dans la brume langagière d’une polyglotte ne parlant rien mieux  que ses suaves gestes de slave, à YDIT  VASSILIKI redit d’un regard :-psy005P1200717  « – Le plus difficile dans votre sans doute vain dressage des Oublis, c’est de savoir jusqu’où effacer le temps d’avant. ON travaille la craie du souvenir avec l’acide du fantasme, et cependant on tente de savoir encore de quelle chair sont nourris les mots de l’à présent.

Nous, jadis, nous avions une méthode adaptée à générer la puissance de l’oubli,dans mon pays  on disait : « Les Organes ».

« On n’y comprend vraiment jamais rien à ce qu’elle profère, dit Germaine, son slave c’est du Chinois ».

     Voltaire, cette fois encore, est allé porter ses contes en Suisse, on ne peut jamais  compter sur la philosophie.

     – «  Et pour l’été, reprend Vassiliki, vos bulles de langage, j’espère, vont me permettre ce rapport-enfin- sur les activités de votre père et les services, cette obscure clarté qui plombe les étoiles? » accueils d'Amiens, les amis de partout

     YDIT , c’est la séquence quatre de La Villa du Pré, YDIT raconte  :on était pour la première fois de la vie (ou presque)  partis en vacances. Permane le souvenir confus de campagnes où massacrer les orties le long des chemins creux menant à la rivière. Mobile homme cabane au Perche 2015IMG_9102  Aussi, d’une crémerie B.O.F. où la jeune apprentie penchée sur le bidon de métal marquait de l’impudeur du corsage son intérêt pour le parisien de 13 ou 14 ans.

Plongeant sa louche bien droite dans le bidon de crème épaisse, elle se penchait à point pour qui sait y tendre.

    

 

 

VASSILIKI, encore soucieuse de rapports, demande si on ne se perd pas en lacets, en dérives, au lieu de préférer la ligne claire et le discours net?

    YDIT répète : ici, les Séquences Publiques d’OubliEs, c’est le terrain des images, pas des raisons.

     Il reprend le récit  : Parrain avait accompagné la famille dans le bungalow. Le village encore rural voisinait une plage : bouteilles de verre à demi couvertes de sable et club Mickey pour refuge matinal d’enfants qui portaient des maillots multicolores en laine tricotée par l’aïeule. Ça gratte sur le sable, ça moule dans l’eau, on aspire à l’ôter mais ça ne se fait pas déjà.

 

 

    Les soirs, l’aîné  retrouvait tôt  les amis qu’il avait vite rencontrés, connaissant partout les bons endroits où repérer les siens.

     En fin de semaine, le père parfois venait, un sac de routard sur l’épaule. Il observait les caches les mains sur les hanches, il regardait les allées-venues en vélo vers la côte, toujours à la bouche cette pipe qu’on suce par mélancolie ou par fatigue d’avoir à déchirer les paquets de cigarettes. gotlib sieste  A certains moments, le père, oublieux de lui-même, vivait les yeux refermés sur la clôture de sa propre absence dont il négligeait les contours comme un aquarelliste privé d’eau.SDPO volcanic island from pinterest
Ydit raconte que Parrain  proposait de lui ouvrir la route : promenades vers les foins, après les bains de mer. La campagne est solitude.dj +richard plage

 

l'enfant et les oublies  « Pas de pudeur inutile entre nous, c’est la famille » : Parrain l’aidait en toute amitié et sans jamais rechigner à changer le maillot de laine trempée  contre un short blanc, qu’il conseillait de porter à cru,  car prompt à se salir aux coutures et sur les fesses, gras de l’herbe et sec de la terre.

     A Paris, on le voyait, les dimanches, offrir des pièces  blanches pour sortir une guimauve. C’était lourd, plutôt mou, et ça filait entre les doigts.

     On apprend vite qu’il y a plus pauvre que soi, et aussi que les pauvres savent titrer profit des plus pauvres encore. Ydit raconte que, à défaut des pièces de Parrain, il fallait souvent livrer, au loin dans la Villa du Pré,12_Laravaudeuse les travaux de ravaudage par quoi la mère s’efforçait de rehausser le niveau de flottaison de l’épave familiale. Elle cousait des étiquettes dans le revers des cravates en nylon qui pouvaient ainsi acquérir le prix des marques – celles des magasins Uniprix. C’était peu de francs la dizaine. YDIT portait dans les deux sens, à pied, étiquettes et cravates encore séparées, puis au retour unies par l’aiguille énervée de sa lassitude. Rassembler ce qui est épars.Carte-postale-Ancienne-Pré-saint-Gervais-La-rue-charles-Nodier

     P1220426

 

 

 

 

 

« On hésite à le croire », note VASSILIKI, pour le rapport sur les activités, le père, les services, les origines du mâle en somme. Elle entretient avec la vérité cette relation citronnée d’une qui n’a pu jamais oublier qu’il suffit d’un doigt sur la détente pour effacer le vrai d’une mémoire.

 

 

YDIT raconte qu’il y avait aussi la semaine des pantalons. La mère pliait puis cousait les doublures, les poches, les ourlets, aussi les braguettes, on ne savait plus.  Ydit emportait les ballots enserrés de ficelles rugueuses. P1220463 La patronne, dans son immeuble de La Villa, comptait les jambes comme des jours, c’était tant la jambe, et tant de jambes faisaient un jour.

     Revenant de livraison, après La Villa du Pré, il pouvait arriver qu’YDIT croisât son père qui entrait au café de la Mère Jeanne pour y apporter ses secours, en blanc ou en rouge.

Le père : ex-J.O.C., un vrai petit blanc ne méprisant

pas le gros rouge.  SPO 40 002Photo 076

IL avait toujours développé un vrai sens de la solidarité.boire un canon     La grosse femme servait des vins triés par leur degré et des bonjours avares, mais en passant par la porte arrière du café on gagnait du temps.

     VASSILIKI demande si « c’était pour rien? »

    YDIT : la famille c’est pur rien. Il livrait le soir, après le collège, ou les samedis. Ainsi avait-on pu acheter le départ en vacances, bien que le père dût rester en ville pour  soutenir d’un coude fébrile les activités trieuses de la Mère Jeanne, que toute la famille redoutait.mère grand et sa cuisine ( Lelong Carmen cru , Fluide glacial 1984)

     Un soir, après la rivière, ou la plage,  près de l’église déjà ouverte sur l’angélus, Parrain et Ydit étaient assis sur un talus de rocs poudreux. -« Tu devrais retirer ton short, il est tout sale aux fesses, on va le frotter, on va pas se gêner, on s’en fiche de sqe voir, on est en famille « , disait Parrain, qui s’y connaissait en shorts portés à cru, dans le silence parfait qu’inaugurait un muret muni des derniers sacrements et d’ombre propice…Maintenant, être vu ne gênait plus Ydit, pourvu qu’on en restât là.
Puis, poursuivant l’intention d’éduquer, et allongeant le temps,  Parrain : « Tu sais fumer? Tes copains t’ont déjà montré, au collège? « . Il avait sorti de la boite, raconte YDIT,  une cigarette bien rouée, bien roulée, puis exposé  comment on la tenait, où il fallait mettre les doigts si l’on voulait faire le grand, dresser des gestes pour le  cinéma.        le Parrain 1

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     YDIT ajoute qu’il n’aimait pas trop cela, mais que Parrain avait droit de Paternage, et il avait donc posé lèvres et doigts comme il fallait pour bien fumer comme un grand.

    Pendant longtemps la chaude bouffée inaugurale avait conservé la saveur du dégoût.

    Ensuite, quand le dîner de pilchards à la tomate et de pommes de terre fut servi devant le bungalow du camp, la mère avait trouvé YDIT un peu bizarre, comme « ailleurs » lui aussi, tel père tel fils, les chiens font pas des chats. Parrain, rassurant :

 » Rien que de banal, c’était sans doute qu’YDIT mûrissait avec l’expérience de la vie ». Il y a des mers et des mères qui font nager, d’autres qui font baver. YDIT sent qu’il est ceci :

« Une ombre peut-être, rien qu’une ombre inventée

Et nommée pour les besoins de la cause

Tout lien rompu avec sa propre figure »

(Louis René des Forets, Poèmes de Samuel Wood Fata Morgana 1988)

     Et puis, ajoutait la mère en distribuant la pomme du dessert, on est en vacances, on n’a même pas raté le certif, c’est pas pour faire la tête pour des riens, au fait faut que je lave ton short, tu devrais être content que Parrain s’occupe si bien de toi, vraiment , YDIT, ,

et  on est là pour pro-fi-ter.

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Didier  Jouault    pour      Yditblog  74

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Yditblog S.P.O. 73 – Le directeur n’est pas content – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n°3 –

CARTE POSTALE :

L’expédition des Jeeps noires traverse les travées de la mémoire,13EC25F8-8587-49D3-8EF8-4A58F91CB850

…mais au guichet du souvenir personne ne vous regarde en face


Cependant, la langue d’été joue encore en piqué, dans la « VILLA du Pré »:

Séquence d’été quatrième,   SPO numéro 73, Il y a de quoi être fâché, tout de même, non?


     A l’époque de la Villa du Pré, vers la fin du printemps des treize ou quatorze ans, les garçons aimaient le plus souvent rester à l’abri des arbres, dans les ruelles et les impasses, assis contre un mur, ou sur le bord des trottoirs.

 

     Les couleurs de là-bas, paysage de pauvres propres, pouvaient indiquer l’Irlande, où personne d’ici n’était allé.

Les sœurs attendaient sans crainte que les garçons grandissent.P1230123

 

 

Le soir, on revenait de loin jusque sur la Place Séverine, en passant par le fameux stade fréquenté par les sœurs. IMG_0972

On échangeait contre pas grand chose ces trois fois rien usuels qui font le plein et le bien des voisinages.    soirée stage    Les garçons racontaient leur absence d’Histoire. On s’amusait  à chanter sous les fenêtres d’une fille dont on croyait retrouver le nom dans une chanson de Nougaro :  » Mariiiie Christiiine, je suis sous, sous, sous ton balcon ». Le récit des riens s’évapore au soleil comme une trace de sirop laissée au fond de la soucoupe, près du glaçon qui chemine vers sa mollesse, la fluidité promise où il se perd.

     Germaine demande s’il y est retourné, Ydit, à la « Villa », et la Russe aimerait en savoir davantage sur ce passé qui murmure encore ses babils de petit matin frais sous les faux acacias.

     Ydit raconte qu’il a demandé à visiter le collège, qui fut et redevint une école. P1220494  La directrice n’a rien voulu entendre. Elle voulait savoir si le visiteur appartenait à la commission d’innovation heuristique et de compréhension allusive formée pour éclairer la maturation du projet et authentifier la validation des certificats.

 

 

Germaine avant qu’il en ait terminé comprend qu’Ydit invente.

     De toute façon, il aurait fallu écrire à des inspecteurs, des contrôleurs. Passé 15 ans, passé 16 h , on n’entre pas dans les écoles où n’errent désormais plus que les directrices taillées dans le marbre, Travis durken

 

et qui écrasent  le temps et les humeurs en patinant leur photo à coup de Korrector blanc laiteux,

sur un rythme lent de Pavane de Ravel qu’elles écouteraient dans un train vers le sud,

 

comme emportées par l’élan subtil de la …augustins,Toulouse, axes chair pierre lumière      …pierre lentement taillée qui les conduit vers un ciel de musée.

     Par les pierres, le projet de bâtir parle les formes nouvelles avec les mots de l’ancien. Précédant la fin de son propre temps, un dénouement dans le dénuement, la mémoire est toujours pressée.

     Germaine, cette fois, marque un signe d’agacement :  non seulement Ydit ment, Ydit ment,  mais il exagère aussi dans l’usage des mots. « C’est l’été, dit-elle, il ne suffit pas de faire plus court. On peut aussi faire plus simple. Oui, je sais, on peut rêver. Oui, je sais, plus simple il y a l’horaire des trains, avec changement à Roupéroux-le-Coquet ».

     Ydit raconte pourquoi il aurait désiré entrer dans l’école, qui était un collège environ cinquante-cinq ans plus tôt.         P1220336        C’était une fin de matinée de fin de printemps. Ydit raconte qu’il était revenu pour le déjeuner, comme chaque jour, il avait chaud d’avoir couru afin de compenser la bavardage avec les garçons du Pré, P1220389devant le collège.

     La mère l’attendait, immobile et furieuse, la lettre à la main.

 

 

Le Directeur du collège lui-même avait pris soin de lui écrire, à la mère.police
king-size-jaune-badge-valet-pique-cartes      Il tenait, au nom de sa conscience, à dénoncer vigoureusement un tel gâchis. Déjà que le frère aîné, vraiment on ne pouvait pas dire que, mais enfin bon, c’était une histoire spéciale. Mais lui, le cadet, non, ça ne pourrait pas se passer ainsi, ni de commentairesle troisième trimestre n'a pas été déterminant. Le Directeur s’étonnait, en rouge, soulignait, en vert, épaississait le jugement par des lettres alourdies d’encres diverses. Aujourd’hui, c’aurait été un graphe insolent sur la façade sud, celle qu’on voit depuis le square devant le collège.philipulus TINTIN le chatiment

Il ajoutait, en mots gras, qu’YDIT ne fichait rien, rien de rien, et ne semblait pas le regretter.

 

     Rien, troisième fois, sauf traîner avec d’autres garçons à peu près de son âge, et même un peu plus vieux, qu’on nommait Les Garçons de la Villa ou Les Gars du Pré, en tout cas de probablement mauvais compagnons.

 

 

     Il ajoutait plusieurs points d’exclamation, raides et droits comme un après midi de lecture papier glacé chez Pierrot.

     Aucun, poursuivait -il presqu’en justice, -aucun ne rendait ses devoirs à temps, on se demande bien à quoi ils passent leurs fins de journées, sauf à ricaner en attendant les filles sous le porche du collège voisin. spo fessée gtravure     Certains, même- exemple fracassant- paraissaient en fréquenter, des filles, à treize ou quatorze ans, où allait-on ? Quant à YDIT, vidons l’abcès, savez-vous Madame qu’IL FUME DES CIGARETTES,

 

 

oui, comme je l’écris ( il avait abusé des majuscules), on faisait l’effrayant constat : il A DES CIGARETTES SUR LUI.

     Le Directeur avait encadré deux fois les mots qui, semblait-il, exprimaient encore pire que  » Les filles ».

     Fumer, des cigarettes et fréquenter, des filles.

On se demandait, soit dit en passant, P1220011où il avait trouvé ses cigarettes, de marque allemande qui plus est, on ne se refuse rien..

 

et qui lui avait appris à fumer, comment mettre les doigts, comment on aspire jusqu’à la goulée chaude,

 

et ce qu’il pouvait bien avoir d’autrement Pire appris entre temps.

 

 

A force, il allait rater le certificat d’Etudes Primaires!!!…

figaro le jour le plus long

     Quant aux filles, plus faciles à se procurer que les cigarettes : elles quittaient leur collège aux mêmes heures, imprescriptible et indescriptible promiscuité, maintenue malgré les TRES nombreuses lettres adressées par lui,

le Directeur,

( il écrivait beaucoup )

à sa collègue la Directrice du collège des filles,  209px-Queen_of_hearts_fr.svg

mais rien à faire, elle refusait de désynchroniser les sorties, et lâchait ses filles dans les pattes-et même peut-être les mains! -de nos garçons.IMG_3055     Il ne racontait pas l’une des réponses de la Directrice, prétendant que « dé-synchrone », le mot lui allait à lui comme un gant.

     Germaine-des-rails, plus habile en signaux que personne, rapporte que ( mais YDIT ne le sait-il pas ?) les lettres forment une bonne part de l’Histoire…des Lettres. V3, vieux Voltaire, serait- là ( mais il est encore en Suisse pour soulager sa conscience) on le verrait hausser les épaules : sa propre correspondance (mot à faire trembler Germaine) ne fournit-elle pas plusieurs étagères?

 

 

     Aussi, précise Germaine, pour qui un aiguillage et un passage à niveau ne se confondent jamais, aussi, dans les OUBLIeS de l’été, vous avez vu, YDIT, qu’on trouve une lettre du Ministre de la Guerre et une autre du Directeur de Collège, tout cela n’est pas léger, légerIMG_3828

 

« La mère a-t-elle mis dans la punition toute la vieille hargne rentrée depuis l’arrivée de ce coffret en bois, et du livret militaire, stylo avec plume en or, mort au champ d’honneur le 4 juin 1940 ? Le coup d’une SPO précédente ? »

 

     Ydit pense à ce cours de géographie quelques jours avant : à bout, le professeur, un Ancien pourtant, avait saisi de force le « cahier de textes » d’YDIT, puis longuement expliqué d’une plume alerte à quel point YDIT ne fichait rien mais rien. Gentil, mais agité, parle sans cesse, distrait tout le monde, va même rater le certif alors que ce devrait n’être qu’une formalité… Insupportable. Sale môme. Attachant, mais sale môme. A faire signer. Je vérifie demain que c’est 02-BICcristal2008-03-26.

     Assis sur le banc trop petit, le bonhomme voyait YDIT de haut. Et YDIT pleurait. Beaucoup. Il adorait, le moment venu, faire le gamin bon enfant. Alors, finalement, l’Ancien de la Géo avait raturé à grands traits son éclat de colère. Arraché même la page, car les ratures, on sait que c’est louche pour les parents. Puis fait promettre à YDIT de se calmer. Promesse tenue.

     Maintenant, YDIT raconte : « Tassée sur elle-même, la lettre à la main, la mère, comme Cassius Clay contre Sony Liston (qui abandonne au 7ème round)

ou la tempête contre Arthur Cravan (poussé dans la brouette de « Maintenant »),   la mère  bousculait  YDIT dans les coins aigus du ring familial. briques mur crevasses

On devine qu’elle y mettait une ardeur sauvage, tout ajustée à la douleur prévue, comme lorsqu’elle parlait économie conjugale avec le père, sauf qu’elle ne se servait pas d’outils ménagers pour dialoguer, cette fois.

 

On était en plein débat éducatif, elle s’en tenait à la main nue et au pied bas lancé balancé bien placé.

 

 

Elle avait l’argument généreux et redoublait sans réserve ses effets.

Bien que très inexperte en noble art, elle savait trouver les points du corps

où laisser la marque de sa colère. »fessée des bois ( d'Albignac, vente Kapandji-Morhange)poste police rue Marsoulan 2012

 

 

Ydit aurait voulu que la poésie  de JACCOTTET fût réalité :

Poids des pierres, des pensées

Songes et montagnes

n’ont pas la même balance

Nous habitons encore un autre monde

Peut-être l’intervalle( Poésies 1946-1967,Poésie-Gallimard,1971)

     L’été, c’est poème, ricane Germaine.

     Ydit : Appétit radicalement coupé, il avait peu goûté la pomme de terre en potée au lard gras et à la tomate, d’ailleurs trop cuite (mais, il faut le reconnaître, la mère ne peut quand même pas tout faire en même temps, elle n’a pas quatre mains).IMG_0139

 

    –« Que ça te serve de leçon », ajoute-t-elle, frottant ses paumes rougie sur le tablier, « au mois celle-là tu t’en souviendras longtemps ». (Germaine observe que « la mère, anticipant sur les S.P.O., ne manque pas d’un certain humour, quoiqu’un peu lourd ?« )

     Sur les jambes, on ne perçoit pas encore les bleus, même si la joue semble très rouge, quand YDIT retrouve les Garçons devant le collège après le déjeuner.

     –« Eh ben, t’as déjà pris ta râclée ?! » interroge Patrick

     –« Tes parents aussi ont reçu leur lettre du Directeur ?! » s’émeut Pierrot

Et tous les garçons de La Villa du Pré se mettent à rire aux larmes, jusqu’à ce que le Directeur, qui écrit beaucoup, s’installe près de la porte pour sonner la rentrée.


didier jouault     Yditblog    73

 

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Yditblog S.P.O. 72 – Les gars du Pré font leur cinéma en papier couleur – Piqures de langue, la saveur de l’été c’est avant / n°2 –

Carte postale d’été :

le convoi des jeeps noires attend pour traverser le Saint Laurent, entre Escoumins et Trois Pistoles.

Tout laisse à penser que l’immatriculation est une allusion à Yditblog : 1 2 3 4 …Pour l’instant, c’est seulement la séquence 72, troisème piqure de langue de l’été.


Séquence d’été troisième,   SPO numéro 72,   les garçons font des bêtises avec le papier glacé.


     A  cet âge, dans la Villa du Pré, on avait assez de temps vides pour les emplir de bavardages et de partages. Les garçons, à plusieurs, déambulaient et menaient les récits improbables de leurs découvertes- qu’on n’authentifiait jamais.

     Dans l’immeuble de Pierre, dit Pierrot, (ou Di Piero?) les appartements étaient petits, mais les parents absents. Ce n’était pas là qu’on faisait les boums, et seule une sœur y entrait. De temps en temps.

     On arrivait juste après la sortie du collège, Ydit avait déjà sans doute jeté le goûter à la margarine dans le caniveau, mais chez Pierrot les buffets ne manquaient pas de libéralités.P1220455 Les dessus des armoires ou les dessous de lit profonds offraient aussi des ressources rares (car coûteuses) en quadrichromie sur la couverture, et grand écran de l’imaginaire.Revue-Charme-Paris-Hollywood-N°125-Pin-Up-Deshabillable-Annees-1950

 

 

 

 

 

 

     On s’enfermait, on tirait le verrou, le reste venait de soi. Tout un art discret de la représentation.

 

le-verrou--fragonard-

     Nulle des mères poussant la porte les bras chargés, grognant un peu d’avoir dû sortir sa clé du haut, ne savait à quoi les garçons de la bande usaient l’énergie suave de leurs gestes, ni de quels mots lourds ils échauffaient en sourdine leur échange complice.Pâris hollywood 3 Mais c’étaient des garçons, et les mères n’en apprennent jamais que leur surface.

     Elles savaient donc encore moins à quoi ils dépensaient un peu de leur argent et beaucoup de leur temps.

     Patrick parlait le plus fort- émotion mal contenue :  » Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? »    Inkedles filles des garçons_LI

   « Leur Français n’était pas excellent, même si leur attention était vive, pour des collégiens », souligne Vassiliki, avec son accent qui rend à toute sonorité la saveur des aveux obtenus spontanément au terme d’un constructif échange de points de vue entre camarades.

     Ydit : « Leur imprécision guidait aussi les mouvements, et leurs savoirs progressaient lentement. C’était ainsi, pour les garçons, mais on en savait davantage si on partageait l’apprentissage. »Procope Voltaire vaticine

     Vassiliki le confirme : « On apprend mieux à plusieurs, c’est pour cela qu’elle doit tout de même penser au rapport sur le père et les Services. Même si on est Treize autour de la table »
Ydit répond que « L’été n’est pas la bonne  saison pour la lourdeur, ajoute que seuls des récits presqu’imperceptibles, tels ceux de la Villa du Pré, peuvent trouver place entre deux rayons, dans les bibliiothèques du soleil ».

    –« Et celle-là, tu l’as vue comment qu’elle est ? T’y croyais pas, hein, quand je te le disais? » On n’entendait que leurs voix épaissies par le déploiement des membres de grands garçons, sur l’image (« Hé, Ydit, tu me gènes je vois pas »), sur le canapé serré du regroupement pilleur et piailleur, sur le plancher où le modèle comme éparpillé se tient debout, courbé sur les volutes hélas ( pensaient-ils ) trop cachées de sa nudité vraie,  si teintée d’ordinaire vulgarité.Parisn hollywood 1

     Les garçons de La Villa regardaient et s’agitaient, impalpable promiscuité profonde, sans autre émotion que celle des yeux, des mains, et d’un petit coin personnel de garçon, car ce qu’ils voyaient n’était qu’images : rien à caresser, ici, en dehors de soi-même, histoire secrète de la bande.

     Vassiliki, rieuse : « Tiens, YDIT, c’est là que vous avez appris comment ça marche la vie? Le désir des filles sera-t-il jamais autre chose qu’un éclat de regard sur la glace du papier, un reflet dans le reflet de l’atelier du peintre, les dimanche d’été? »P1200641

vitre-des-oublies     Linges aux talons, comme surpris par l’orage avant de percevoir la pluie,  ainsi se livraient les garçons dans l’immobile sérénité du singulier mis en commun, et la scène banale – tout entière-  annonçait la mauvaise surprise des mères faisant du bruit en cherchant leur clé, pour le verrou du haut.
Vassiliki, dont l’intérêt pour la vie des familles ne se dément pas, s’interroge : « Où étaient passées les sœurs pendant ces heures de labor improbus, dont elle mesure bien l’importance mais aussi la nécessaire confidentialité ? », concept chéri d’elle et des garçons.

     Les sœurs, on ne leur apprenait rien, connaissaient les horaires et choisissaient de rester à l’écart de la bande. C’était tout de même mieux qu’elles sachent  le cinéma des garçons sans voir, elles se mettraient au courant du film plus tard, et puis, en cet univers de « La Villa » , années 60, on disait que « les filles c’est pas pareil ».

     – « Et pourquoi t’as mis le verrou du haut avec tes copains, mon  Pierrot? » demande l’une des deux mères. L’autre, sa voisine, voudrait connaître ce qu’ils faisaient comme bêtises ? 22 Culotte Pantalon pattes d'eph 1970  Parce que ça se devine, qu’ils n’étaient pas en train de faire leurs devoirs, ou de réviser le certif ou de penser à leur B.A.  Son regard de pie volée ayant perdu ses bijoux s’éparpille d’une main à l’autre, maman n1 1965 d’un genou rosi à une ceinture mal remontée, inutile inquisition à jamais privée de réponse en mots.

     La mère de Pierre à peine retient son sourire de comparse discrète, attendrie par son garçon qui grandit, ça passe si vite, on pose. À peine le biberon et ils regardent déjà les images (elle ignore Samuel qui écrivait: « elles accouchent sur des tombes ») elle déplie le pochon brun pour sortir les chouquettes : « Bon, je suis sûre que vous avez besoin de forces, même si c’est pas vos devoirs que vous faisiez ? ».

     Même, prétend à présent YDIT, d’un petit coup de semelle très  léger elle avait repoussé dans l’ombre sous le canapé un coin   maman 2  de revue effeuillée où baille quelque plus ou moins belle caviardée en blanc. Il y a des mères qui comprennent les copains de leur fils. Et puis ça vaut mieux que de fumer en cachette, ça ne sentirait pas un peu la cigarette allemande, par ici ?

    -« Et ce remplaçant du prof de gym, au fait, il tient la forme? »Procope fee verte disait-elle, mine de s’intéresser, de détourner la voisine pie volée de ses investigations immobiles.

     Ydit racontait que ses devoirs étaient presque faits, on sera bons pour le certif, Madame Pierrot, c’est sûr et certain, (il adorait jouer le pré-pubère bon enfant) mais il restait un exercice d’arithmétique, il allait devoir rentrer au 1 rue du Belvédère, là ou deux villes se chevauchaient pour d’incertaines limites : on ne sait pas où on habite vraiment l’espace d’ici, on ne sait si on y va réellement, ou si on vient de quelque part ailleurs.

 

     Il raconte qu’hier est passé la propriétaire, avec un plombier : il y a une grosse fuite sous l’évier de la cuisine, seul point d’eau de tout l’apparrtement au 1 rue du Belvédère, donc ça gène, mais comme le plombier prend cher, on a colmaté avec de la pâte à modeler, et puis des carrés découpés dans un sac en plastique rose de Prisunic, le tout bien collé avec du gros scotch pour déménageurs.

 

     Et ça tenait, oui, mais la propriétaire, enfin, quand le plombier a tiré le rideau sous l’évier et vu tout ça, le bricolage…Ydit raconte sa honte passagère, et aussi que la fille de la propriétaire, percevant la gêne, lui avait donné un joli sourire et un haussement d’épaules du genre « on s’en fiche ».photo du silence

     Mais, là, pour de vrai, il faut qu’il rentre pour ouvrir au plombier qui revient finir l’ouvrage.

     La bande se réunit dans la cuisine, bol de chocolat, décroissance durable des chouquettes.

     Emotion passée, « -On a bien fait pour le verrou, les mecs » murmure Pierrot. Patrick, Richard, comme Henry, ont repeint sur leurs visages l’air de n’y pas toucher, si propice à la paix des familles. « -Mais faut faire gaffe aux horaires la prochaine fois » .« -Si t’avais pas été si long » remarque Richard. Il est trop jeune encore pour lire  BONNEFOY

« Puis, vers le soir,

Le fléau de la lumière s’immobilise. 

Les ombres et les trêves ont le même poids.

Un peu de vent

Ecrit du bout du pied un mot hors du monde ».

(Rue Traversière, Poésie Gallimard 1992)

     Dans les regards subsistent quelques  éclairs, mais on clôt les yeux pour effacer les tièdes images d’un après-midi où les garçons faisaient des bêtises, à la place  de leurs devoirs- c’était le Directeur du collège qui n’allait pas être content !


Didier Jouault         Yditblog  72 


 

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