Yditblog S.P.O. 77 (post 100), Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà / n’as-tu pas en fouillant les recoins de ton âme/ se couche contre terre et sans faire aucun bruit/ ah la la quelle baraque de frites sans sel, ni mayonnaise, la mémoire.

Séquence Publique d’oubliEs N° 77/post100 – et centième publication sur YditBlog.


Rappel : Ydit raconte   ( SPO 76, 30 septembre 2018 )   les cataclysmes de la mémoire quand elle tente de se mêlerplaque Sarah B              …au jeu du corps, au cours d’un navire-atelier-théatre.

     « -On croirait des gamins qui se partagent les billes mais ne savent même plus où est le sac », dit Germaine-des-rails, la fidèle horlogère des allers-retours à voie unique, la gardeuse de quais Ouest et  Largo.

     Ydit : « Germaine, mais au fait personne ne sait quel est votre véritable prénom, Germaine, vous incarnez la précision de l’horaire  et la force de la machine. Cette fois, c’est maintenant l’après midi de l’atelier, dans la pièce municipale et sans auteur, les amateurs se mettent en scène et en danger … »

     Sur la notion de danger, on perçoit que V3 – le vaticinant vieux Voltaire dit V3, aimerait interrompre, évidemment sans aller jusqu’à citer le « Paradoxe » de Diderot, on n’est tout de même pas là pour faire l’échelle à des petits rigolos. Ydit profère un geste large, comme on tire une cartouche de fusée un  soir de feu d’artifices, et Les Autres apprécient le feutrage du silence ainsi imposé.

     « -Les autres, soit dit au passage cher Ydit, reprend Germaine, pour vous écouter c’est toujours aussi rare qu’une émotion vraie dans le cœur de V3 ou qu’une parole sans arrière-pensée chez notre Russe des Organes, Vassiliki…

    …On ne peut pas dire ( elle montre l’ampleur du dégât des gars, des débats des bas, elle montre) que depuis trois ans votre public se soit réellement agrandi. »

     Ydit : « Dans l’atelier, on recommence le jeu des mots et des corps. Chaque duo donne à son tour le jeu pour le reste de la maigre ( encore ! ) assistance. »

     « Et toi, dans ton pique-nique, tu avais mis de l’avocat ? » demande l’une, à voix basse tandis qu’un duo se prépare. Elle observe depuis le bord de la fenêtre.
Un autre : « Moi je suis mécanicien, mais j’aime voguer avec « Les Mains Sales » …

     On sourit pour le rare bonheur de faire plaisir. Dans un couloir voisin quelqu’un répète une fameuse tirade de Racine.  Les nuages de l’intérieur se dissipent ainsi, tandis que la parole des autres envahit chacun.

     YDIT : « Des passantes du samedi après-midi ouvraient la porte où l’on travaillait. Elles cherchaient la répétition de danse. Au moins, on n’y parlait pas. Un temps, elles regardaient. C’était  à mon tour, de nouveau, avec une autre partenaire muette.

     Le corps enchainait les gestes et postures prévus, on bougeait, mais encore cette fois la syntaxe étrange de la mémoire ancienne bouleversait le fil du texte qu’on croyait savoir : « Ne me quitte pas, ne me quitte pas…Tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà…n’as tu pas en fouillant les recoins de ton âme…toi que voila…je t’offrirai des perles de pluie…se couche contre terre et sans faire aucun bruit… »

     Les souvenirs d’école décollent, c’est pas normal’ sup, c’est le vent sur les branches de patatras, c’est des cadavres de banquise brûlés au soleil, et la mémoire braise d’un coup de blizzard les larves du souvenir, la forêt intime s’embrase…

     Ydit raconte qu’il avait choisi de jouer la scène jusqu’au bout, même si le texte se transformait peu à peu en bric-à-brac de mauvais élève ratant son certif.

     La folie soudain redécouverte du théâtre est que le corps y est un jeu de peu, un peu de faille, le corps de l’autre approché comme interdit, le corps lointain et touché, les mains qui s’étreignent, les cheveux caressés, tout peut s’oublier, qui s’enfuit déjà, le corps de l’autre coloré du blanc absolu de l’inexistence, se couche contre terre et sans faire aucun  bruit : enfin, enfin, le corps présent et noté absent, enfin, enfin, le geste privé de ses profondeurs, dénié en ses conséquences.

     Vassiliki, souriante : C’est ça le principe, mener le rôle à terme, et inventer ensuite les mots ?

     Germaine : Laissez le finir, c’est pas l’omnibus de la ligne M.

     Ydit : Je me souviens plutôt de : « N’as tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,un beau vice à tirer comme un sabre au soleil, quelque vice joyeux, effronté, qui s’enflamme, et vibre , et darde rouge au front du ciel vermeil? »(*)

     L’une des passantes cherchant la répétition de danse demande si c’est du Johnny, du Patrick? du Pédro? En tout cas, elle ajoute, c’est pas des trucs à lire dans le collèges, ce machin qu’on tire au soleil, qui s’enflamme et vibre, sans parler du dard…Les gamines rigolent, quittent le couloir en ajustant ce qui reste visible de pudeur dans le collant étroit qui tente de contenir les regards.

    Ydit : « Le lendemain matin, troisième séquence d’atelier, on avait essayé à nouveau de bâtir une logique des mots qui collerait à la force des gestes, pour le plaisir de ne pas renoncer. Mais non, ni Vincent Cassel ni Anaïs Moustier. Ni Sacha ni Pitoeff.

La mémoire du texte fait comme une langue qui se roulerait autour des mots sans jamais épuiser leur saveur de vanille passée par la cale d’un négrier.

     On joue, on prend le texte comme un wagon un peu ancien,  et des mains négatives entourent les courbes d’animaux disparus. On disparaît ailleurs, dans la nostalgie un peu mièvre de livres pour écoliers : « Ecoutez la chanson bien douce/Qui ne pleure que pour vous plaire/Elle est discrète elle est légère:/Un frisson d’eau sur la ma mousse  » (*)

     L’arme de poing nommé souvenir tout d’un coup surgit des ombres intérieures

Il tire son coup, le discours, et tout vient à poing.

     –« A poing, avec un G ? », s’interroge  la belle Vassiliki, dont  la langue slave ne maîtrise pas les profondeurs des  » Liaisons dangereuses » ou les non-dits de  » Sally Mara ».

     Bon, ajoute YDIT, une séquence volontaire d’oubliE pour une séance volontaire d’oublis, sans doute fallait-il bien cela pour le centième post de ceci  d’ici qu’on nomme  » Yditblog » ? Voltaire en a les bras qui tombent sur les appuis de son éponyme fauteuil.

     L’orateur marque un temps, s’assied dans son silence, regarde passer le spectacle du vif qui s’en va, et conclut d’un sourire un peu niais :

« La prochaine fois, ce sera stage Tennis, au moins les revers sont des victoires. »l'échelle symbolique où grimpent les OubliEs

 

 

Puis s’en va sans tirer l’échelle.

 

 

 

 


(*)Verlaine,  » Sagesse »

NB : crédits photos du « stage » : Annie Mathieu


Didier Jouault  pour  Yditblog  77  (100)

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