Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumière d’une langue tiède ? ( Marina 1/3)



AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centième, des souvenirs et des images peuvent attenter à la sérénité de personnes entre 4 et 81 ans (avant on ignore, après on a oublié) en particulier avec la distance implacable  de « l’ironie »,  et surtout si l’on regarde les mots ou qu’on lit des images.


 

     Germaine, c’est tout elle! , se demande pourquoi Ydit n’est pas là, malgré ce qu’il a dit (et dirait, s’il était là?). Ce n’est pas dans ses habitudes, surtout après plus de 120 publications, de manquer un rendez-vous.

    Que va t-on dire à tous ces gens venus ici pour écouter la disparition de la mémoire ?

 

     Sauf, suggère la trouble Vassiliki, « sauf s’il a été retenu par l’une de ses étudiantes? »

-« Il paraît, note V3 non sans une complice malice, « que certaines savent trouver la bonne posture pour arrêter le départ ? »Marina 1 amalia Ferrer serreiro

 

 

     Puis, tout de même ( à son age, cela s’admet, dirait Ydit avec une forme de tendre compassion), Voltaire dit V3 s’agace :

« A la question de l’absence ou à celle de la faille  dans le récit promis, pas de réponse, et pas de doute, le doute, c’est agaçant. »
-« Et s’il avait trompé de porte, propose Vassiliki, trompé de couloir souterrain, entré par erreur dans la cellule d’un voisin, et hop, paf, bang? »

img_3346André Maynet, Mine de riensIMG_9119

     Pour Vassiliki, toute disparition dénonce une possible défection, les ‘Organes’ le savent, tu te lèves, tu pars, tu passes le mur et -hop, bientôt plus de Mur …Et le monde également s’effondre ? ajouterait Ydit, mais Ydit ici n’est ni ne dit.

-« Et pourtant, et pourtant, » chantonne Germaine, que l’espoir jamais ne quitte, car sa vie est solide comme un horaire de chemin de fer,

-« Mais pourtant », qui, dit l’un?

-« Et si on lançait un vibrant appel? »  dit l’une

Ils font une   annonce   en trois couleurs.

monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-accueil de goupe SNCF3 dames SNCF sur quai

 

 

 

 

 

 

Tout de suite, sort de la foule, comme une fouine à l’aube, et de l’ombre, comme un poisson dans l’eau, une sorte de messagère vaguement douteuse, déguisée en amazone qui porterait un costume inspiré de l’oiseau.

« Ah, c’est vous dit-elle, ça fait toute une séquence que je vous cherche, c’est sûrement vous… Il m’a dit, ‘Vous verrez, Marina, l’Infernal Trio, l’infernal agglomérat, ça se repère…

 

…d’abord une Grande Rouge qui Grogne, espèce de Gardeuse de Gare égarée, inquiète comme un contrôleur en habit monté dans le train de 12h34 à 12h21, mais celui-ci est parti depuis 11h11, ce qui – admettons le – devient sujet de préoccupation sur le sens de rotation de la terre…

 

 

...puis une ébauche usée de vieillard jeune, il ressemble de plus en plus à une vieille demoiselle qui n’aurait pas la langue dans sa poche mais bien pendue, et capable de tous les grands écarts, et qui en gagne en bonne mine, joyeuse souplesse, et gaillarde répétition…

 

…enfin un échalas de sexe indistinct et  d’incertaine origine mais d’accent slave (ou balte?), un peu douteuse dans les ébats du débat et les suivis des débuts, mais solide ( au fond) sur son projet ( sa mission, même) de rééditer (pour finir?) un rapport sur les activités du Père pour les services »…

 

     L’Indicible Agrégat (dont l’acronyme amphigourique est : IA) s’étonne, s’ébroue, s’esbigne, s’étiole par anticipation, menaçant de refuser le paquet puis lâchant une décharge en bonne et due forme.

     On regarde, on touche, on palpe, on sent, on questionne : C’est d’Ydit? C’est Didi?

c pain et fromage

Papier cadeau ouvert, des feuillets, un volume, un mot.

 » Désolé, vraiment, les filles, 

pas eu le temps de vous prévenir,

je pars d’urgence en vacances,

mais j’ai confiance,

vous ferez le job sans moi,

YDIT « 

UN volume :

L’édition  date de 2003 et le folio de 2006. Mais l’une des mentions manuscrites (p.202) fait état du

« Dimanche 7 aout 2011 Près du phare »

     L’écriture est à la fois solide ( les attaques, le 7″ et une certaine  inhorizontalité de ‘2011’, très peu de lien entre les lettres )

     La quatrième de couverture pose un double repère pour Ydit : l’étiquette « Occasion » et sa couleur singulière indentifient la grande librairie ( parisienne en ce cas) dont les six étages permettent de chiner beaucoup de bons livres déclassés par leur défraicheur. Ici, une autre étiquette marque l’insolence de la ‘solde’ : 2 euros ( et près de 700 pages, c’est donné, on peut en lire de travers quelques unes)  et porte trace de la date de mise en rayon. On devine que la présentation sur l’étalage, pour attirer l’œil du promeneur, contribue à l’acte fortement impulsif de l’achat de volumes plus ou moins carrés.marina 4

 

 

     L’état général est un aveu ; le volume a longtemps -ou souvent- été promené, selon cette habitude qui étonne encore plus d’une : il est rare qu’on puisse croiser Ydit sans un livre à la main, serait-un volume épais pour une attente courte, une station de métro, un fauteuil de dentiste. Pour ce volumineux roman imprimé en corps 11, on pourrait probablement estimer la lecture globale  entre 14732 stations de tramway ou une rude randonnée solitaire en montagne, et une longue semaine de convalescence immobile après un accident de chasse ou de scooter des neiges …

…et beaucoup plus si le lecteur, encore fatigué, laisse l’habituelle rêverie parallèle interrompre le fil vertueux de son parcours.

Mais le lecteur n’était pas un chasseur ni un scooter.

     L’émotion, en feuilletant chez le libraire ce volume fané- qui narre l’usure d’un monde et les bonheurs amers d’y avoir échappé- provient des mentions infrapaginales dont la première : « Près du Phare. Dimanche 7 aout 2011 », à l’encre bleue.

     C’est en Français, les dates ne correspondant pas, on ne suppose pas que le scripteur soit Virginia dans une promenade au phare, c’est  peut-être une lectrice elle aussi nommée Marina? Presqu’involontaire, longeant par la suite le fleuve proche, on guette ces pierres trop coupables et complices pour emplir les poches si l’on entrait dans l’eau, car la mémoire de l’une est l’avenir de l’autre.

    -Encore une de ces allusions incompréhensibles, s’exclame Germaine, sauf par les associés de la Hogarth Press qui ont reçu en cadeau de noël un volume de trente-deux pages, illustré par Dora Carrington, Two Stories, deux textes,  ‘Trois Juifs‘ et ‘La marque sur le mur’!

     Ensuite, on voit aussi, page 459, en perpendiculaire au texte imprimé, une mention manuscrite encore à l’encre bleue, qui réfèrerait à un anglo-saxon( d’où les écarts entre les différentes lettres), parfaitement bilingue : – le premier mot est mal déchiffrable : « Soleil? Sonil? Souil ?, la suite est claire :  » me 10 ao 11 11h1/2 pm ».

     Bilingue, mais pas au point sans doute d’identifier les tropes auxquels fait allusion un écrivain très soucieux de la langue :dans la phrase, page 142 , deux mots sont soulignés à l’encre bleue (… »la commisération qu’elle ressentait non seulement à son propre endroit mais  pour l’espèce humaine tout entière, son cas douloureux valant, par cette sorte de synecdoque ou d’hypallage pour tous sans être une manière de se plaindre comme un homme »(…)IMG_9131 2

     La lectrice n’a construit que peu de traces pour l’ensemble du livre, dont l’épaisseur rassemble cependant plusieurs centaines de milliers de signes et davantage encore si l’on ajoute les silences, les reprises de respiration à l’issue d’un chapitre, les grignotements de chocolat indispensables en raison de l’effort d’endurance, les remontages indiscrets des bas sur le point de filer à l’anglaise, les retournements de situation et sur le matelas nu, reprises de maquillage en quittant le sauna éteint, et des balancements imperceptibles, quoique  virtuellement nauséeux, du TGV.

     Dans le train, des grands pères souriants et saisis en pleine digestion de l’Histoire, ancêtres  à mœurs et morales peut-être douteuses, accompagnent (ou surveillent?) leurs petits-enfants que la découverte du monde ( et des voyageuses en train de lire en short dans le train court ) enthousiasme encore, pour quelques dizaines d’années, ce qu’Ydit comprendrait, s’il n’était pas enfui en vacances.

     Le désir vient de l’imaginer, Marina, et s’impose alors cette figure  du roman, la jeune étudiante devenue amante, dans ce livre elle parle souvent nue dans le lumière d’un drap, parcourue de caresses et traversée de mots, elle aussi venue de cette terre limousine. Maîtresse si jeune et si audacieuse, figure libre de ses actes, posée devant les figures rigides, douloureuses, mais radieuses des aïeules de Corrèze, bien loin de toute histoire de mots, de tout  rivage et de tout voyage…

…pour enluminer les pages d’heures où ne sont vraies et profondes que les aïeules, leurs amies, leurs maris, leurs marins, leurs univers de la terre paysanne.  » Nous sommes ici, ensemble, au cœur de cette nuit d’hiver, plus nus que nous ne l’avons jamais été, et que nous ne pourrons jamais l’être, si tant est qu’un homme puisse être aussi nu qu’une femme qui s’abandonne » (p.652).

     De façon exceptionnelle, la marque n’est qu’une imperceptible pliure en haut de page. Impossible, alors, de savoir ce que (page21), la lectrice voulait retrouver ou signaler. La superposition des femmes, l’arrière grand’mère Bugeaud? L’amoureuse juvénile, Marina? La poétesse, Marina Tsvetaïeva qui dérobe son désespoir en choisissant la corde?

     Le point central est Marina, partenaire du corps et d’apostrophe tout au long du long roman, était-ce le passage ‘repéré’ page 21 : « Je regarde Marina se déplier dans le crépuscule d’hiver , plus nue qu’elle ne l’a jamais été, même quand elle approchait tout à l’heure son pubis de ma bouche, la tête renversée en arrière, les yeux clos, lente et lourde, possessive, triomphante ? »
     Mais, probablement, le tout début du chapitre 4, page 289, le personnage puissant et livré de Marina offre -t-il, dans son impudeur, la clé en négatif des autres femmes du livre, et de la vie « en général » mère, grands-mères, grands tantes, et surtout l’immense nostalgie ( vive amertume ?) de l’écrivain en regard du monde et des valeurs disparues :

‘Je t’entends déjà dire qu’on ne peut plus être déshonoré, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la pureté, la gloire,

tout ça remplacé par les droits de la personne humaine’ , nu s'en tete revu 2

 

 

a murmuré en souriant Marina, qui avait à ce moment les cuisses encore ouvertes et humides,

 

gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle était une réponse à ce que je venais de dire ou simple abandon à la fatigue des sens »

 

 


A suivre, d’ici peu ( mais sait-on jamais?),  Marina 2/3   Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?


didier jouault pour Yditblog n° 97

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Yditblog S.P.O. N°96 / 123 Dans l’attrait de la nuit prend toujours racine la fleur de la terreur.

« Encore un jour qui commence mal », dit un homme dans le public, clairsemé ( mais si on sème davantage, les tiges étouffent en grimpant).

« C’est l’homme, qui semble clairsemé ? » s’interroge la suave Slave, jamais en reste d’une mécompréhension très volontaire, d’une méconnaissance à pointe, puisque c’est ainsi que les hommes vivent.

Ydit raconte ( c’est- on l’aura noté- ce qu’il préfère).

Il avait été nommé depuis peu dans le département. On avait organisé une « tournée » de rencontres. Ce soir, dans un chef-lieu de canton, il avait dîné avec une dizaine de personnages locaux.livres afrique

 

Ils  accueillaient l’arrivant avec les habituelles demandes, et l’offre d’histoires locales : ici, disaient-ils, vieille prune en main…

 

…vers les marais noueux ou les chemins de liège, sorcières et rebouteux  savaient les mots de l’indicible. Mais nous sommes des gens simples, et amants de la Lumière, rien de grave.IMG_5615

« Il est tard, vous savez, on n’est pas à Paris, on se couche tôt chez nous ».

Avant le creux blanc du sommeil, toujours lent à conquérir, les autres étaient partis, laissant Ydit payer seul sa dette à l’insomnie.

A chaque fois, trop tôt, pour l’hôtel.

 

« Inutile de sonner, il y a un code », disait la patronne. Elle ajoutait : « Vous ne trouverez rien d’ouvert, à cette heure, en ville, ni personne, pas même une dame sur un boulevard,  mais il n’y a pas de risque, on est tranquilles, dans nos pays, s’il y avait des voleurs, ils se coucheraient tôt. »

     Devant l’hôtel, la voiture noire du service. Natif d’ici, le chauffeur est au lit en compagnie depuis longtemps. C’est l’heure de ne pas rouler.

Ydit raconte : Si l’on déambulait, on passait la place de la République, ancienne place d’armes, puis on tournait vers la belle médiathèque installée dans le marché aux grains. Alors, on descendait par la rue du prieuré, forte pente au flanc de l’ancien oppidum. sur le parvis

briques mur crevasses

Elle  passait devant les deux hôtels particuliers Renaissance réunis par une passerelle de métal blanc, et le bloc durable fait par la vieille salle de réunion où les nazis avaient installé leurs maléfices en 40, face à la maison close.

 

YDIT :Vite, sans presser le pas, on arrivait en limite de la ville, après le garage Renault et ses grilles peintes en noir. Puis, le sombre silence des prés cachés derrière leurs barbelés. Plus rien, ensuite, sous la nuit de lune mouillée. La question, unique, toujours la même : à quel endroit poser le demi-tour? Ici à gauche, le goudron se fait chemin. Quelques derniers pas, le pied touche la terre, la chair quitte les os, on devient sa propre histoire dans l’immatériel du parcours.

« J’irai jusqu’à cette cahute effondrée. »

Depuis le  creux de la pénombre, dans le coeur des ténèbres, une voix l’interrogeait soudain sans brusquerie, lourde et lente, faite d’humeur simple et de bois chaud :andré juillard

« -Est-ce que vous m’aimez ? »

Ydit raconte qu’il a coupé le fil de la marche.

« Dans l’attrait de ma nuit prend toujours racine la fleur de la terreur. » 

     La femme – mais la voix disait mal son genre- le presse de ne pas entrer : qu’il reste en lisière de la lune sur le chemin de terre battue. Autour, il y a cette odeur que les vaches donnent à la terre grasse d’ici quand elles ne dorment pas, elles non plus.

La voix, depuis son fond de nuit, à son tour raconte.chouette effraie 2 Mais que Ydit, d’abord, veuille s’asseoir sur la souche encore vivante sous sa forme d’orange cou coupé. Qu’il ouvre les nœuds de la cravate de laine, de vent, de chanvre.

Rien ne se passe.

Pourquoi ce silence ?

     Ydit raconte qu’il était impossible d’apercevoir qui parlait sous le toit percé de l’abri. Elle disait : « Je ne mens pas, jamais, sauf à moi-même parfois, si la parole est difficile. Je voyage, on vous l’a dit, que je voyage ? Je bouscule les distances dans le corps d’un effraie, l’oiseau des sagesses anciennes, l’émergeant des lumières d’outre-lieu  dans la nuit des hommes .

    Je suis  le coeur de son  corps en plumets, je vis de mouvements dans l’air, je sais aussi entrer dans l’esprit d’une plante et la déterrer vers sa lumière qu’elle ignore encore. C’est ainsi, mais enlevez votre veston de promeneur innocent, voila pourquoi je peux vous dire  comment un chardon nous écoute, et comment une valériane nous entend, vous et nous, les humains, comment elles jugent nos sarcasmes, nos cruautés. »

     Ydit avait retiré la veste. La chaleur des repas lourds du soir. On ne voyait plus que cet anonymat nocturne des visages qui marque l’insouciance du réel. Des oiseaux épais se posaient sur un pieu, une échelle mystérieuse.

     « Si vous désirez – mais je sais que vous désirez la chaleur, comme tous les hommes, sans connaître les buches ni le feu, alors vous devez sentir le meuble de ma terre sous votre peau… »

     Ydit raconte qu’il délaçait les chaussures, approchait pieds nus. La respiration des vaches s’essoufflait derrière la sienne, profonde. La voix lui conseillait de ne plus avancer, il ne verrait de toute façon rien de l’invisible, sauf les masques menteurs des discours P1200825file  plâtrés, tenus en laisse par des comparses.

 

 

Elle se tait. Ydit s’allonge. Elle dit :

« C’est que je suis une sorcière blanche. Ce que je sais faire le mieux…J’ai embrassé l’aube d’été, moi aussi. Elle souffle fort. Ecoutez ce que je fais très bien pour les gens d’ici, c’est cela qu’attendent les parents, c’est m’asseoir auprès de ceux qui vont mourir et me saluent. Comme vous, ils sont allongés, ils sont en cours d’achèvement, pieds nus, leur paletot lui aussi devient idéal, ils vont nous quitter. »IMG_1429Branly , Sudamérique -costume rituel

 

 

 

 

 

« Ceux qui planent encore entre deux vies, comme les oiseaux, qu’ils hésitent à devenir, enfants et malades perdus par le temps de vivre, alors je m’asseois.

Auprès d’eux je m’assois. »

 

 

 

 

« Je les écoute, je couds mes plumes d’effraie à la peau de leurs trophées, j’écoute lentement comme ils respirent, au milieu des machines sauvages  qui les enchainent à la vie de l’hôpital, à l’illusion que tout corps est durable,

 

et je suis là, griffes paisibles posées à la tête du lit, regard blanc ouvert, seule dressée dans la vacuité de la nuit des hommes,

 

je reste là, personne dans la ville sauf les oiseaux, et moi, mon plumage couvre le mourant et son coma de sa fausse présence, je veille sur  les hésitations informelles de la forme interrogeant sa propre destinée, pas besoin de les toucher, pas besoin de bouger ni planer, je ne leur parle pas, ou presque jamais,

je suis un oiseau qui sait parler mais veut se taire, je leur adresse la parole, ainsi pour vous ce soir, si je perçois que la ligne de  crête d’un coma va les pousser dans l’obscur de l’autre monde, andre juillard 2mais je suis une sorcière blanche, une sorcière des lumières,

moi,

je les retiens alors avec des paroles d’oiseau, des paroles d’effraie, afin qu’ils ne quittent pas le bord de la vie blanche pourquoi

 

je veille, longue veille, pourquoi cette veille,img_2932

et je les accompagne, peu à peu, dans leur  douleur de vivre et leur inquiétude du passage, dans l’instant que pose la durée de la nuit,

dans la faille,

entre être et partir, et les voici peu à peu qui retournent leur regard moribond vers les pâleurs tièdes et mousseuses de la vie…

Le jour se lève, il est temps de vivre. Les mains de la vie respirent comme des passereaux sans poids que le vent abat sur les champs à la place des glaneuses, mais ils ne perdent jamais le sens du vol.

                                      Chaque désir à son tour regagne la cage ouverte, et je me dépouilleIMG_6636

de mon néant.

Alors, au matin sonné, je quitte leur nuit, je quitte la chambre d’hôpital. Dans quelques minutes l’infirmière de garde arrivera,

elle dira la stupéfaction de la rémission, elle appellera l’interne mal réveillé : l’improbable bascule qu’improvisent les vivants qui ont été poussés à vibrer encore un peu selon les flux du sang, et s’arriment une fois de plus aux berges de la lumière. »marina 5

 

Longtemps, le silence occupe l’espace. On sent la veille des vaches, autour, et leur immense sérénité.

Des lueurs apparaissent vers l’horizon

 

 » Toujours je suis là, si les parents ou ceux qui aiment ont fait appel à moi comme ils savent ici, sans crainte et sans douter du réel secret de ma voix, alors, ceux qui naviguaient leur nuit dans l’incertain du coma se laissent conduire par moi du côté de la vie.

     Je suis une sorcière blanche, c’est l’aube, ils vivent, je pars, je me cache, on ne me voit pas dans l’étonnement de la chambre, je pousse mon corps de plumes et de paroles à s’embarquer en silence dans le corps des plantes, dans la silhouette vague d’une promeneuse, et je disparais, à nouveau. »

     Ydit raconte qu’il s’éveille sans lourdeur et sans faute. Il fait froid, il avait trop bu de cette vieille goutte, il a dû dormir, il a rêvé sans doute. Des livres anciens seront venus se réciter eux-mêmes dans l’éperdu de la mémoire où l’explosion des ombres veille en sourdine.

     Les plis du réel coupent le paysage de ses souvenirs, comme les plis de la chair façonnent les parcours émouvants sur le corps – surtout les vieux corps- dont les visages creusés disent les cheminements intimes, leurs désirs, nos repentirs.

     Dans le bosquet ouvert à la mémoire, la sorcière sait-elle où se trouve la clé du blanc et du noir?

Voltaire le sait, il sait tout : « Plus un mot est léger, plus il est clair, et ce qui est grave est clair ». IL demande à Ydit s’il  se souvient de tous les livres ?

Ydit répond qu’il a oublié ce qu’il a lu, ce qu’il a bu aussi, mais qu’il se souvient de tout ce qu’il a rêvé, ce qu’il a défait.

Germaine dit que « sa mère étant à l’hôpital, elle avait aussi invité une sorcière blanche, connue sur les quais. Rien de plus, rien de moins. Mais les trains savent partir à l’heure de l’attente, même quand les rails n’ont pas été passés à la paille de fer du langage. »

Vassiliki hésite, elle se passerait bien de parler ; mais comment échapper à l’indissociable du trio : « Le récit de la sorcière ce n’est qu’invention de la mémoire fatiguée, dit-elle.Puis ajoute qu‘elle a connu des lieux où l’on enrichit à la main la mémoire des coupables. »

Quant à lui, Ydit se souvient  de son AUBE : « Au réveil, il était midi ».


Didier Jouault, pour Yditblog, Séquence Publique d’OubliEs numéro 96


 

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Yditblog n° 95 /122 : l’Excellence c’est le silence dans la distance, (surtout les jours de marché)

Ydit raconte : arrivé la veille du « programme » prévu pour l’Excellence dans sa ville, samedi c’est marché, chaudement vêtu d’EDL et de probité candide, il avait lentement parcouru la ville à pied dans le froid.

A preuve, la Séquence Publique d’OublieS  d’hier,  2 avril , numéro 94 :

Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque.

wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/10561


2/   Au matin…

Impossible de se coucher dans le costume de neige : pendant la douche, sur la tiédeur d’un radiateur, Ydit avait déposé le bas trempé du pantalon, le cuir des Richelieu ayant traversé la Bérézina.

Au matin, pourtant pressé en-dessous du matelas comme celui d’un représentant de commerce, le vêtement paraissait avoir fait le voyage jusqu’au bout de la nuit. Les chaussures, malgré la machine à cirer du couloir, portaient de larges auréoles blanches laissées par la neige, comme des traces de mauvaise sueur dans la traversée du désert.

A l’heure, l’Assistante Volumine attendait Ydit à côté de l’accorte d’Accor. L’Excellence serait en retard, c’était la neige. De toute façon, avec ce temps il n’y aurait personne, même jour de marché, on lui avait pourtant dit. En plus comme savait Ydit, Monsieur son Excellence n’entendait rien au sujet du jour, dommage que le Journée Nationale d’Hommage tombe un samedi, jour dans Sa ville. Sans parler des Anglais, « Au fait, c’est quoi cette histoire d’Anglais, IL m’a envoyé un texto hier soir, tu l’affoles pour rien, t’es pénible avec tes vannes. »

Et, sans être indiscrète, elle aimerait savoir comment Ydit avait fait pour plonger tout habillé dans la piscine, pourtant fermée le soir ? « Le temps de passer à la maison pour un petit repassage à la main du matin, si tu veux je te redresse tout le toutim en cinq minutes vite fait? » Le téléphone sonnait : Finalement, l’Excellence serait à l’heure. Pas de repassage vite fait. Une autre fois ? Avec plaisir !

Sur place, quatre Anciens combattants, deux élus d’opposition, huit enfants des écoles (on allait fermer une classe ?) et deux Adjoints vivaient une existence à peu près sereine en faisant subir aux viennoiseries de la cantine municipale le sort d’une contre-offensive dans les Ardennes.fencore un dessert de théatre

L’Excellence avait froid. Volumine posait sur le pupitre de bois ancien la chemise bleue du discours neuf, et ça faisait tout de même beaucoup d’adjectifs pensait Ydit, rêveur.

« Et alors, Ydit, Vous avez revu  mes EDL ? Et…vous êtes tombé dans le bassin Place du 18 juin , hier soir ? »

D’un œil vif et navré, l’Excellence parcourait les quelques mots et chiffres, pour la réponse à la presse, tout à l’heure. Ce matin, la presse : « FroidVal libéré« : « Tous les bassins de la ville gelés, que va-t-il se passer pour les canards »?

Personne d’autre, la voiture de TéléRégion bloquée par les frimas- ou le vaste ennui.

IL traversait la pièce rendue immense par l’absence, serrait des mains, tutoyait un ancien, saluait la maitresse d’école et ses sbires – des gens de l’est toujours à ses basques. Un groupe de femmes, venu des quartiers qu’avait traversé Ydit la veille, s’abritait de la neige en attendant le camion-pizza.lingerie asian girls

 

On le voyait bien , qu’IL hésitait, l’Excellence, à ouvrir le dossier bleu, sortir le discours, « Monsieur le Sous-préfet, Messieurs les Présidents des associations de lutte pour et de combat contre, chers amis », mais le sous-préfet était requis par le déneigement et les amis par on ne savait quoi. Excellence-Maire dans les Alpes de Haute Provence, ça doit être plus rigolo, tout de même?

 

Enfin L’Excellence disait , en modulant son rythme, le discours longuement discuté mot à mot par l’habituel duo : Ydit et « LaPlume », comme si les 2749 mots risquaient de rencontrer un destin dangereux pour celui de l’Excellence ou même de la France.

Souvent, le matin, si tôt, la langue tourne à l’évanescence. On attendrait un moment d’écart hagard : « Sur l’île une file d’hémophiles s’empile et défile ». Mais rien. Les enfants des écoles sont dressés à la Jules Ferry ; on applaudit le discours de la République. Ensuite, ils caressent les jus de fruits dans le sens de la langue. Les adjoints restent, seuls:  » T’es vraiment sympa d’être venu, remarque t’as raison, aujourd’hui c’est marché. »

L’Excellence tend à YDIT la chemise bleue, vide : le discours est resté sur le pupitre, qu’un employé commence à ranger. « On se demande bien pourquoi on vous a fait venir. » Pertinente interrogation. « Et surtout je ne vois pas ce que vous avez bien  pu faire avec votre costume? ».

Ydit à Volumine « On a le temps de passer chez toi pour un petit coup de main? » Elle répond que non, les enfants vont revenir de l’école, et puis ce sera l’heure du train.

Mais, te plains pas,  ça va être un bon souvenir, la nuit et la mission à FroidVal, un truc à raconter plus tard, non?..

Elle s’amuse et cite :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,
Avance l’inconnu, présence demi-nue.

Au retour, le wagon de Première est encore plus froid.


« Bon, dit l’un des comparses, et la suite ? Parce que, pour être sincère, rarement si peu de gens s’intéressent à si peu de choses, non ? »
Ydit : « Ensuite, c’est Menton, la journée mondiale de la lecture chez les nonagénaires, et pour accompagner l’Excellence, c’est plutôt Raffa, Raffa c’est le roi des Fables de La Fontaine chez les grabataires des Alpes de Haute Provence, ou encore, les bons jours, il fait aussi les versions des histoires d’eaux pour les institutrices en retraite à Bormes les Mimosas. »
« On comprend, murmure l’invérifiable V3, on comprend qu’il ait fait si belle carrière ! »


Didier Jouault, Yditblog 95 , L’Excellence c’est le silence dans la distance, surtout les jours de marché

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Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque

Ydit :

« Dans les angles d’un couloir, se rencontre l’Excellence. »

Germaine, telle une vieille de village découvrant un exemplaire originel de l’Encyclopédie en Persan, ricane. Selon elle, des formules amphigouriques, ou même équivoques, ça ne soutient pas le cas d’Ydit ! Surtout en quatorze pieds.dj lecteur dans le désastre

Ydit persévère : Donc, au matin, il rencontrerait l’Excellence, et lui remettrait la chemise cartonnée bleue. Il ajouterait, en verve :

« -Sir, vous l’avez en Anglais.

-Y aura des Anglais?

-Y en aura peut-être.

-Des Anglais? Mais pour quoi faire, des Anglais?

-C’est l’anniversaire, ils ont été du voyage, ils peuvent toujours venir, ce sont des Anglais.

-They can, but they do? s’interpellerait et interjetterait l’Excellence, qui avait été bon élève de Mlle Jeanne en Sixième au cours Saint Péguy d’Arc.

Ydit confirmerait, ça frémissait (des rumeurs sales), il y aurait des Anglais, et surtout du Cheshire, avec leurs chats  et des sourires à la Chester Himes, La reine des pommes.

L’excellence enfin s’alarmerait (outre qu’il n’aurait définitivement jamais compris la moitié de ce que disait Ydit) :

ET mes EDL, ? Ils sont en Anglais aussi?

Ydit répondrait que non, aujourd’hui, c’était pour les handicapés, mais ce fut  aussi la date des Anglais ici jadis.

D’accord, d’accord, les handicapés, mais tout de même pas des handicapés anglais descendants des Anglais de jadis, quand même? D’ailleurs, ils en ont aussi beaucoup, des handicapés, les Anglais, au fait ? »

L’échange serait interrompu : les premiers invités entreraient dans la salle, peu nombreux, mais il suffit d’un-on le sait- pour que le spectacle commence.

Et donc ? s’inquiète La Slave, pour qui un public c’est d’abord un procès- héritage culturel indépassable. « Avec celle-là, pourrait dire germaine, même en hiver il y a toujours une fosse à creuser. »

 DONC – ( si une logique jamais promeut ses récits ? )(on peut en rêver) Ydit raconte :

1/    La     veille  :

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,

Avance l’inconnu, présence demi-nue

« Tout de même », observe non sans  malice la suave slave, « vous avez un usage licencieux de compter le e muet qui… »
La reine des rails et des quais l’interrompt d’un jugement sommaire comme un destin de Goulag :« Peut-être, mais c’est au moins clair et net, on dirait le brouet de Victor fatigué par sa Juliette ».

Ydit  raconte : « Philippe, le dircab mobile, bourlinguait dans le couloir du premier, marche brève et pensée vive. Même à cette heure du soir tardif, la verrière laissait passer une sorte de lumière venue de la façade illuminée. Et aussi le froid, le frais de la ville, sous les projecteurs.

« La politique, c’est du vivace qui se prend pour du lierre », disait parfois Philippe, au terme d’une audition de l’Excellence en commission parlementaire.

Maintenant, il s’arrêtait  devant la porte ouverte- toujours- de Ydit.

«  T’es tout prêt pour demain à FroidVal ? Tu sais qu‘IL n’aime pas le vaseux quand IL va dans sa ville. Peaufine les EDL ». Puis déjà disparaissait dans l’escalier d’honneur, pur 18ème revu Alechinsky. IMG_4957De la marche cinq, sans se retourner, le dircab finissait :  » IL ne part que demain matin, en voiture, donc tu voyages seul. T’auras le temps de réviser dans FroidVal by night »

Plus tard, Ydit continue, plus tard, des oiseaux blancs à ventres phosphorescents inscrivaient leur droite oblique dans les courbes neigeuses du ciel, et l’on peaufinait les EDL.

Dans le wagon, c’était l’heure à laquelle on comptait les gares, énumérant d’invisibles villes que le paysage du train, brièvement, révélait dans le miroir des nuages.

Germaine demande si, « Aujourd’hui, donc Ydit, pour son langage, choisit le registre de la guimauve saveur cookies et ours blanc au zoo? De la barbe-à-papa ? Du porridge à la framboise surgelée? Elle ajoute- et les autres comparses approuventque si on pouvait éviter l’encre rose »…

Ydit raconte : « A cette heure, en semaine, l’espace de Première était vide. Rien à regarder, pas un visage, pas une main endormie, rien sinon le temps qui marque les coussins rouges. Sur la tablette, les dossiers, dont celui en chemise bleue, pour l’Excellence, le lendemain matin, visite du samedi dans SA ville, et c’est jour de marché- « Il n’y aura surement pas un chat, vu le temps, avait  dit Lactadine, chargée de comm., tout le monde s’en fout, mais tu sais bien , c’est SA ville, et c’est jour de marché… »IMG_8493

 

 

A la gare, dans la pénombre d’une marquise à peine sortie après cinq heures, Volumine attendait Ydit, raconte Ydit.

 

Elle était  l’assistante pour le département, et prenait en charge les affaires municipales, y compris celles du quotidien local dont le tirage et la vitrine dans  FroidVal Main Street avait déjà conduit vers les euphorisants les plus raides bon nombre de passants, et davantage encore de visiteurs.

Il faisait un gel d’hiver de l’est et d’ailleurs c’était l’Hiver dans les vents de l’est. Volumine, sa famille à la maison l’attendait. La prestation d’accueil avait alors été réduite au trajet jusqu’à l’hôtel : « Bonne nuit, à demain  8 heures, LUI arrive en ville  vers 9 heures ».

Ydit raconte qu’il avait « La meilleure chambre, bien sûr, tout est payé ». Hôtesse accorte chez Accor.

Jadis, déjà, et plus tard encore, Ydit reste dans ses bons usages de l’homme seul : ordinateur, courriels, café, presse, lecture sur le couvre-lit, la chambre est un peu fraîche. Ensuite, on l’appelle : « Le dîner, c’est déjà tard, la cuisine voudrait partir. »

Le maître d’hôtel noir et blanc sait donner des couleurs aux invités de l’Excellence : « Une petite mirabelle ? » Le dîneur baignait dans la demi-torpeur du soir, cette étrange lumière pâle et drue, presqu’invisible, des salles à manger d’Hotels bourgeois dans les préfectures de l’est.

Ydit raconte que, pour lui, un lit c’était trop tôt. Mais la FroidVal dormait sur des absences et la neige épaississait les rues. « Non, Monsieur, il n’y a pas de cinéma ouvert à cette heure en semaine, et pour un verre, nous allons fermer, cependant, la brasserie de la gare, peut-être ? ».

Ydit marchait. Pour simplifier le sac du voyage, il portait le même costume nécessaire que demain, lors des séquences municipales présidées par l’Excellence, ce sera samedi, jour de marché. Chaussures de ville.

Dans la neige, par endroits molle et ailleurs gelée, Ydit parcourait l’intérieur de son propre silence et visitait sans peine sa propre absence. Ici, dans le début de nuit, être fantôme devenait banal. Le maitre d’hôtel avait récité les rares gourmandises nocturnes du centre ville, La place de la Métallurgie, l’église XIV ème, le vieux Palais de Justice mais les projecteurs sont en panne, vous devriez en profiter pour en parler au Maire.

Vite, les richelieu s’imbibaient, le manteau de belle laine buvait la neige, l’écharpe d’Ecosse devenait bannière de viking.

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime.

Pourquoi pas, plus loin, presque l’en-dehors, la zone étrange enterrée de silence où l’on a jadis bâti les logements des pauvres? Avec le changement de municipalité, l’impasse Eugène Varlin est devenue rue du Général Leclerc, mais les pauvres n’ont pas changé d’adresse.

Ydit raconte qu’il marchait, incapable d’hotel. Une voiture de gendarmes, glissée sur le verglas débutant, ralentissait à sa hauteur. Errer, ici, de nuit, sous la neige et à pied, se demandait le gendarme Alexandre ? Solitaire dans la zone, un nuisible ? On croyait, à la Brigade : L’excellence est en ville, précaution et vigilance.

Ydit avait tourné vers la ronde de nuit sa silhouette taillée pour la lumière d’un couloir. Même carapaçonnée par le gel, sa vêture démentait le terrorisme à venir, et niait l’hypothèse d’un routard fêtard perdu à la suite de fraternités nocturnes.

A l’intérieur, le brigadier se penchait pour observer sans malice l’inquiétante étrangeté de la laineuse silhouette, faisait un signe, et la patrouille accélérait vers le bonheur des nuits de caserne.

Avec Ydit, raconte-t-il sur lui-même, depuis toutes ces années d’impunités diverses, le bel habit et l’air saint, ou l’air de rien, avaient achevé tous les procès avant même l’idée d’un délit : c’était et ça restait pratique.

Sa bonne mine imposait d’elle même l’évidence du sans-danger, ou préconisait un absolu pardon des sottises de jeunesse, eût-il cinquante ans. Ydit avouait vivre à l’abri de ses cravates.

Tard, mangé par le froid, Ydit avait terminé son tour de ville, places mortes, bancs muets de neige, et même plus de lueurs à la Brasserie de la Gare.

Dans l’hôtel, le veilleur, pour d’autres, aurait dit la violence de ce réveil si loin après minuit, mais on savait que tel Ydit, telle l’Excellence : tout est payé.

Mais la chambre est un peu froide. Et demain c’est marché.


 A suivre, demain :  YditBlog   95/122

 part 2/ Au matin L’Excellence c’est le silence dans la distance


didier jouault   YditBlog n° 94 / 121 :  l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore -ou presque.

 

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