Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque

Ydit :

« Dans les angles d’un couloir, se rencontre l’Excellence. »

Germaine, telle une vieille de village découvrant un exemplaire originel de l’Encyclopédie en Persan, ricane. Selon elle, des formules amphigouriques, ou même équivoques, ça ne soutient pas le cas d’Ydit ! Surtout en quatorze pieds.dj lecteur dans le désastre

Ydit persévère : Donc, au matin, il rencontrerait l’Excellence, et lui remettrait la chemise cartonnée bleue. Il ajouterait, en verve :

« -Sir, vous l’avez en Anglais.

-Y aura des Anglais?

-Y en aura peut-être.

-Des Anglais? Mais pour quoi faire, des Anglais?

-C’est l’anniversaire, ils ont été du voyage, ils peuvent toujours venir, ce sont des Anglais.

-They can, but they do? s’interpellerait et interjetterait l’Excellence, qui avait été bon élève de Mlle Jeanne en Sixième au cours Saint Péguy d’Arc.

Ydit confirmerait, ça frémissait (des rumeurs sales), il y aurait des Anglais, et surtout du Cheshire, avec leurs chats  et des sourires à la Chester Himes, La reine des pommes.

L’excellence enfin s’alarmerait (outre qu’il n’aurait définitivement jamais compris la moitié de ce que disait Ydit) :

ET mes EDL, ? Ils sont en Anglais aussi?

Ydit répondrait que non, aujourd’hui, c’était pour les handicapés, mais ce fut  aussi la date des Anglais ici jadis.

D’accord, d’accord, les handicapés, mais tout de même pas des handicapés anglais descendants des Anglais de jadis, quand même? D’ailleurs, ils en ont aussi beaucoup, des handicapés, les Anglais, au fait ? »

L’échange serait interrompu : les premiers invités entreraient dans la salle, peu nombreux, mais il suffit d’un-on le sait- pour que le spectacle commence.

Et donc ? s’inquiète La Slave, pour qui un public c’est d’abord un procès- héritage culturel indépassable. « Avec celle-là, pourrait dire germaine, même en hiver il y a toujours une fosse à creuser. »

 DONC – ( si une logique jamais promeut ses récits ? )(on peut en rêver) Ydit raconte :

1/    La     veille  :

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,

Avance l’inconnu, présence demi-nue

« Tout de même », observe non sans  malice la suave slave, « vous avez un usage licencieux de compter le e muet qui… »
La reine des rails et des quais l’interrompt d’un jugement sommaire comme un destin de Goulag :« Peut-être, mais c’est au moins clair et net, on dirait le brouet de Victor fatigué par sa Juliette ».

Ydit  raconte : « Philippe, le dircab mobile, bourlinguait dans le couloir du premier, marche brève et pensée vive. Même à cette heure du soir tardif, la verrière laissait passer une sorte de lumière venue de la façade illuminée. Et aussi le froid, le frais de la ville, sous les projecteurs.

« La politique, c’est du vivace qui se prend pour du lierre », disait parfois Philippe, au terme d’une audition de l’Excellence en commission parlementaire.

Maintenant, il s’arrêtait  devant la porte ouverte- toujours- de Ydit.

«  T’es tout prêt pour demain à FroidVal ? Tu sais qu‘IL n’aime pas le vaseux quand IL va dans sa ville. Peaufine les EDL ». Puis déjà disparaissait dans l’escalier d’honneur, pur 18ème revu Alechinsky. IMG_4957De la marche cinq, sans se retourner, le dircab finissait :  » IL ne part que demain matin, en voiture, donc tu voyages seul. T’auras le temps de réviser dans FroidVal by night »

Plus tard, Ydit continue, plus tard, des oiseaux blancs à ventres phosphorescents inscrivaient leur droite oblique dans les courbes neigeuses du ciel, et l’on peaufinait les EDL.

Dans le wagon, c’était l’heure à laquelle on comptait les gares, énumérant d’invisibles villes que le paysage du train, brièvement, révélait dans le miroir des nuages.

Germaine demande si, « Aujourd’hui, donc Ydit, pour son langage, choisit le registre de la guimauve saveur cookies et ours blanc au zoo? De la barbe-à-papa ? Du porridge à la framboise surgelée? Elle ajoute- et les autres comparses approuventque si on pouvait éviter l’encre rose »…

Ydit raconte : « A cette heure, en semaine, l’espace de Première était vide. Rien à regarder, pas un visage, pas une main endormie, rien sinon le temps qui marque les coussins rouges. Sur la tablette, les dossiers, dont celui en chemise bleue, pour l’Excellence, le lendemain matin, visite du samedi dans SA ville, et c’est jour de marché- « Il n’y aura surement pas un chat, vu le temps, avait  dit Lactadine, chargée de comm., tout le monde s’en fout, mais tu sais bien , c’est SA ville, et c’est jour de marché… »IMG_8493

 

 

A la gare, dans la pénombre d’une marquise à peine sortie après cinq heures, Volumine attendait Ydit, raconte Ydit.

 

Elle était  l’assistante pour le département, et prenait en charge les affaires municipales, y compris celles du quotidien local dont le tirage et la vitrine dans  FroidVal Main Street avait déjà conduit vers les euphorisants les plus raides bon nombre de passants, et davantage encore de visiteurs.

Il faisait un gel d’hiver de l’est et d’ailleurs c’était l’Hiver dans les vents de l’est. Volumine, sa famille à la maison l’attendait. La prestation d’accueil avait alors été réduite au trajet jusqu’à l’hôtel : « Bonne nuit, à demain  8 heures, LUI arrive en ville  vers 9 heures ».

Ydit raconte qu’il avait « La meilleure chambre, bien sûr, tout est payé ». Hôtesse accorte chez Accor.

Jadis, déjà, et plus tard encore, Ydit reste dans ses bons usages de l’homme seul : ordinateur, courriels, café, presse, lecture sur le couvre-lit, la chambre est un peu fraîche. Ensuite, on l’appelle : « Le dîner, c’est déjà tard, la cuisine voudrait partir. »

Le maître d’hôtel noir et blanc sait donner des couleurs aux invités de l’Excellence : « Une petite mirabelle ? » Le dîneur baignait dans la demi-torpeur du soir, cette étrange lumière pâle et drue, presqu’invisible, des salles à manger d’Hotels bourgeois dans les préfectures de l’est.

Ydit raconte que, pour lui, un lit c’était trop tôt. Mais la FroidVal dormait sur des absences et la neige épaississait les rues. « Non, Monsieur, il n’y a pas de cinéma ouvert à cette heure en semaine, et pour un verre, nous allons fermer, cependant, la brasserie de la gare, peut-être ? ».

Ydit marchait. Pour simplifier le sac du voyage, il portait le même costume nécessaire que demain, lors des séquences municipales présidées par l’Excellence, ce sera samedi, jour de marché. Chaussures de ville.

Dans la neige, par endroits molle et ailleurs gelée, Ydit parcourait l’intérieur de son propre silence et visitait sans peine sa propre absence. Ici, dans le début de nuit, être fantôme devenait banal. Le maitre d’hôtel avait récité les rares gourmandises nocturnes du centre ville, La place de la Métallurgie, l’église XIV ème, le vieux Palais de Justice mais les projecteurs sont en panne, vous devriez en profiter pour en parler au Maire.

Vite, les richelieu s’imbibaient, le manteau de belle laine buvait la neige, l’écharpe d’Ecosse devenait bannière de viking.

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marché dans une mauvaise rime.

Pourquoi pas, plus loin, presque l’en-dehors, la zone étrange enterrée de silence où l’on a jadis bâti les logements des pauvres? Avec le changement de municipalité, l’impasse Eugène Varlin est devenue rue du Général Leclerc, mais les pauvres n’ont pas changé d’adresse.

Ydit raconte qu’il marchait, incapable d’hotel. Une voiture de gendarmes, glissée sur le verglas débutant, ralentissait à sa hauteur. Errer, ici, de nuit, sous la neige et à pied, se demandait le gendarme Alexandre ? Solitaire dans la zone, un nuisible ? On croyait, à la Brigade : L’excellence est en ville, précaution et vigilance.

Ydit avait tourné vers la ronde de nuit sa silhouette taillée pour la lumière d’un couloir. Même carapaçonnée par le gel, sa vêture démentait le terrorisme à venir, et niait l’hypothèse d’un routard fêtard perdu à la suite de fraternités nocturnes.

A l’intérieur, le brigadier se penchait pour observer sans malice l’inquiétante étrangeté de la laineuse silhouette, faisait un signe, et la patrouille accélérait vers le bonheur des nuits de caserne.

Avec Ydit, raconte-t-il sur lui-même, depuis toutes ces années d’impunités diverses, le bel habit et l’air saint, ou l’air de rien, avaient achevé tous les procès avant même l’idée d’un délit : c’était et ça restait pratique.

Sa bonne mine imposait d’elle même l’évidence du sans-danger, ou préconisait un absolu pardon des sottises de jeunesse, eût-il cinquante ans. Ydit avouait vivre à l’abri de ses cravates.

Tard, mangé par le froid, Ydit avait terminé son tour de ville, places mortes, bancs muets de neige, et même plus de lueurs à la Brasserie de la Gare.

Dans l’hôtel, le veilleur, pour d’autres, aurait dit la violence de ce réveil si loin après minuit, mais on savait que tel Ydit, telle l’Excellence : tout est payé.

Mais la chambre est un peu froide. Et demain c’est marché.


 A suivre, demain :  YditBlog   95/122

 part 2/ Au matin L’Excellence c’est le silence dans la distance


didier jouault   YditBlog n° 94 / 121 :  l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore -ou presque.

 

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