Yditblog Séquence Publique d’Oublies n°99, Le frôlement du quai porte -t-il le regret d’une langue tue? (Marina 3 / 3)


Rappel : le commencement de la lecture est

Yditblog  Séquence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumière d’une     langue     tiède ?                            ( Marina 1/3)

et le milieu est :

Yditblog   Séquence Publique d’OubliEs n°98,   Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une   langue    vivante ?                      ( Marina  2/ 3)

 

 

AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centième, des souvenirs et des images peuvent attenter à la sérénité de personnes entre 4 et 81 ans, avant on ignore, après on a oublié.

De toute façon, il n’y a pas de phare en Corrèze, si?

Vassiliki le croit : « Nous devrions nous méfier, cette petite nouvelle on dirait des attraits forts elle a ». Vassiliki aimerait que -«  ne perdons pas le temps- on se débarrasse de Marina? »
Germaine soutient l’ordre de horaires mais aussi la liberté de ne pas prendre le train. Elle insinue que, « des moyens d’oublier Marina, Vassiliki en connaît, hélas? Un petit tour à la Lubianka? »
Et si, demande V3, « et si, au fond, si l’on ose dire, la bonne façon de faire serait d’introduite Marina? »
A cette évidence, plus personne ne dit plus rien.

Faut-il introduire Marina? Pour cela , ne faudrait-il pas un vorace du narratif, un loquace du performatif ? Les trois se taisent, à l’étroit sur le quai 33, départ pour Troyes.

 

Puis, dans les feuillets accompagnant le roman, on sent que du temps a passé, la lecture de ‘Ma vie parmi les ombres’ épuise sa propre matière, d’ailleurs l’écrivain se joue des temps et des fatigues des personnages. Ici, la réflexion affleure, non: explose, s’impose comme l’interruption (classique) du narratif au profit de l’expositif, vieux procédé, au point que – soudain- Ydit se demanderait si sa lectrice, cette ‘Marina‘ ne serait pas un moraliste ? Une enseignante préparant la fin  du cours et une honorable sortie de scène ?

     Un philosophe ? Ou, pire encore (interrogation de nature à bousculer le portrait imaginaire qu’il s’en faisait, légère et jeune, en bikini noir sur la page blanche, déplaçant les bretelles -aux heures où l’excès de public empêche d’ôter  le haut- Marina page sur la plage pour éviter les marques de bronzage ) et la voici philosophe de sol  posée en vrac sur de vastes fesses et un tabouret  de camping en toile, une serviette publicitaire couvre des cuisse inquiètes de la rougeur? Elle abandonne ses réserves au point d’ajouter l’une des deux  seules notes en distance que comporte son parcours du roman : IMG_9127 2 pages 520 et 521, deux longs passages signalés en marge (au crayon, cette fois). Le temps ou les doigts ont presqu’effacé  le commentaire que YDIT déchiffrerait , tout en bas de page, les lettres sont détachées les unes des autres :  » d’autant qu’il n’est jamais sûr ( toujours aigre). »

     Enigmatique : de qui parle-ton ? Et si c’était une amie de l’auteur?- Marina semble très sensible aux écarts de perception et de vie quotidienne entre les vieilles dames très dignes, et devenues très pauvres, de la Corrèze évoquée par le roman et sa propre aventure inattendue : le surgissement du marin dans le milieu de l’amphithéâtre de  Columbus, OHIO

l’étonnement des parents propriétaires du garage de Main street, puis  leur plaisir et leur accord , car on ne refuse pas les marins dans les garages de l’Ohio, et belle-maman sait accueillir pour inviter au voyage,

– mais ( se dit-elle en se penchant pour reprendre le roman posé ouvert à la page 523) ils ne soupçonneraient  jamais dans quel vêture elle lit et se meut, simple tshirt  et rien d’autre, pour lire cela :Ombres (2)

     A deux reprises encore, la lectrice met la main de sa présence sur le silence du papier. La première est la seconde intervention d’ordre informatif. Elle corroborerait l’interprétation d’une femme en vacances, ayant choisi de faire de « Ma vie parmi les ombres » l’aventure de ses loisirs : sur un mode parfaitement (et donc très étrangement) discordant avec la page, un trait rouge marque toute la longueur du deuxième paragraphe, et l’encre rouge ( toujours les mêmes lettres non liées) note  « St Pierre des Corps, Je 18 ao 11 18h ».

     Tiens, notre Marina sait voyager? Que ferait, cependant, un marin en Touraine, sauf à convoyer en contrebande la poudre blanche du sel de Loire, sur de vagues chaloupes à fond plat, au milieu d’un fleuve amoindri par l’été? Le sel de la terre? Le seul de l’amer?Le fiel de la sphère Le miel de la mère?

     Ici, en cette page cruciale, ce paragraphe d’une seule phrase parfaitement structurée, fluide, s’interrogeant sur la répétition et la différence, sur la fondation par le verbe, -(599) surgit l’énigme. Pourquoi ce passage ? Ombres (1)   Et la notuscule , sans aucun rapport avec le roman : une indication du lieu de lecture ? Retour, en effet, de congé, direction Paris, changement à St Pierre des Corps? Quelle étrangeté de noter l’heure de lecture, comme si le paragraphe correspondait précisément à un repérage, à un repère historique secret, issu d’un profond de la biographie? Ou bien, faute d’un papier sous la main, a-t-elle trivialement noté un  de rendez-vous? Chez le dentiste, le coiffeur? Mais on choisit en ces cas la page de garde, plutôt celle de la fin si l’on veut préserver l’entrée dans le livre.

     Il est très étrange, on pourrait penser préoccupant, voire inquiétant de noter ces deux lignes tout à fait factuelles, mais en rouge, mais en parallèle mais au trait signalant un passage mais sans aucun rapport avec un train, un horaire…Comme s’il s’agissait de désigner qui est qui? De lancer la corde vers le pendu? De prendre l’avant du vent comme savent faire les marins?

     Alors, soudain, la question la plus émouvante (ou la plus drôle) : ce banal volume de poche, usé , à peine couturé, n’est -ce pas le code secret qu’on utilisé deux amants frappés d’une soudaine rencontre? « Et ce fut comme une apparition? », « Je vous souhaite d’être follement aimée? »… Toutes ces sortes de mots? Pour se donner rendez-vous? En cachette sous les yeux verts des autres, qui préparaient la liste des courses? Comme dans un roman d’avant la fin des romans?

    A bientôt, -un dimanche près du phare- en l’attente d’une accumulation de délices bretons, soleil, galets, vent coquet et crêpes salées? Ou borsch au légumes , terrine d’émaux, couscous broché? Des mots de code pour approcher la vérité des amours? Des hypallages pour contrer les synecdoques, et le largage de tropes de marine ?

pexels-photo-2090484 Anfisa Eremina     Et ensuite sur le quai de béton gras, entre les aiguillages gouailleurs d’une gare de transit sans gloire ni bonheur, à la fin de l’aventure secrète, une petite semaine (7 aout /11 aout) ils déposent le volume qu’ont usé leurs mains de passeurs dépassés, témoignage épais et invisibles d’amours en escapades ? Une semaine d’OubliEs racontée mais cachée sur l’étagère de la bibiothèque?

Dans la mécanique de l’idée passe le pas lent, le pas de loup de la mémoire.

     Ou pire encore : posé sur la tablette du TGV, à l’insu des grands-pères accompagnateurs, mais à l’intention d’une contrôleur, d’une pétroleuse contrôleuse ?

     Ou ceci encore : Marina lectrice et Ydit  viennent de se rencontrer, ils  ont échangé le livre tout au long du weekend, chez les amis à la campagne, comme si l’on signalait à l’autre un passage pour déguster le soir, un mot à élucider, une formule…rien que le voisinage banal des jours vidés par le devoir de repos? Même pas d’amour malgré la présence épaisse de Marina du livre?

Et puis quoi encore? !

Ou bien,   oui,    les rendez-vous d’espions    corréziens  , dont certains prénommés Richard, et à la solde du     narratif ?


didier jouault  pour  YditBlog   Séquence Publique d’Oublies n°99,  Le frôlement du quai porte -t-il le regret  d’une langue  tue? (Marina 3 / 3)

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