Pour la séquence exceptionnelle- anniversaire ( cent publications).
En terrasse, ils sont tous ici assis pas rassis, les trois, les pseudo-comparses, acteurs du récit et déménageurs têtus de la mémoire, autant dire les arpètes des OubliEs. On ne les présente plus?
Mais si : les passants d’aujourd’hui ne savent rien des parleurs d’hier. Le récit coule comme un lézard, lézard de la rue, sans queue ni fête. Dure loi de l’Orateur Public, les passants passant sont vite en passe d’être dépassés. Il n’y a pas de « replay » pour le fugace langage des Oublies de rue.Donc : Germaine, la V.O. du trafic et des horaires, V3, dit Voltaire ( ou est-ce l’inverse?) Venimeux/Vétilleux/Virevoltant, et la jusqu’à ce jour petite dernière, une Russe Vassiliki nourrie depuis plus de cent ans à effacer le souvenir qui pousse, comme des champignons sur les murs de la Lubianka.


Un passant- toujours plus rare en ces temps où passer c’est risquer -pourrait croire qu’ils attendent le quatrième, pour une partie ou rien, ou personne ou même : YDIT, Orateur maintenant retardé par la préparation soyeuse et soignée de l’EPISODE 100 des Séquences Publiques d’OubliEs.
» 100 épisodes, reconnaissons- reconnait( donc) V3, que ce petit bonhomme toujours occupé à bouger parvient tout de même à figer parfois quelques heures pour s’asseoir face à un écran ».
« Je soupçonne, soupire et s’étire Germaine , qui est un peu la maitresse du rail, rude morale métallique, bien que nécessairement ductile, dans l’intérêt du trafic, car pas de passage possible d’un voyageur dans le resserrement dû au froid, je soupçonne que la recherche documentaire des images de dames à la fenêtre participe à ce retard ? Que cela exige de la minutie inventive, du type correspondance pour Guéret à Limoges ou pour Mont-de-Marsan à Bordeaux ».
–« Pratique regrettable, cette recherche comme ça », insinue la Russe, hardie porteuse de l’austère morale militante.
Et Ydit ? Parti le dit d’Ydit ? Occupé ailleurs ? Rencardé au placard?
V3, qui se contentait jusque là d’un demi sourire caustique et complice ( c’est bien du V3, ça ! ): « YDIT ? on le verrait bien peigné de biais, rasé en laid, habillé de frais pour le récit, brossé de pied en cap ainsi qu’un cheval à la redresse parti pour une course perdue sur l’hippodrome de Sillé le Guillaume, aube et brume, et les cavaliers cavaleurs ne sont pas encore levés après une folle nuit à Roupéroux-le-coquet ou Sougé sous Ganelon…Lui, tranquille, boit des verres chez Marina.«


« Moi, réplique Germaine ( même si, à son habitude, les paroles ferrées organisées par l’horaire du 12h34 déraillent avant qu’on aperçoive le quai quiet ), Moi, ce matin, j’ai vu Mimioche chez Monop, je l’aime bien pour de vrai Mimioche, mais : son gendre prof de maths en prépa vient de faire un malaise cardiaque, son deuxième petit-fils (du côté de sa première femme), on lui a repéré un œdème cervical , risque de perte de l’ouïe pour lui qui se lit Louis, mais Mimioche lui , ça va, c’est un peu comme vous, il raconte des histoires comme d’autres croquent les pissenlits : par la racine. A tout ça on voit bien que c’est plus le printemps pour les poetes! »
Selon les usages- et les dits commandements des Organes aux noms variables depuis 17, Vassiliki craint de rater le rapport du texte : » Pieu dans le front, croix pectorale en vermeil usé, triangle de lumière sur la hanche, étoile de Jacob ou David sur le haut du pubis même pas proprement rasé, ça fait tout de même un sacré porte-faix de faits, en effet, rien de plus dans le paysage ? ».On n’est pas très sûr de ce qu’elle entend ainsi, sans doute une accumulation d’images guerre civiles, mais une bonne incompréhension n’a jamais interdit le dialogue fructueux entre les cultures , le blanc et le noir, le rouge et le blanc, le rouge et le noir !
Tous se taisent, effaçant le désir en silence.
Dans l’horizon de l’attente : un chameau qui danse, et son amble mort privé de cadence, l’histoire peut…
–« Ah non, pas de rime rance avec ANSE » , proteste Germaine. Puis se tait. Comme tout le monde.
Il est tard, des miettes anciennes, peut-être d’opposition, font la plonge dans la sous-tasse et leur croustillant désormais humide ressemble à un trajet de mémoire. Des miettes mouillées comme des souvenirs à gratter ?
« Moi, dit Germaine, les miettes, je les aime pour les petits déjeuners au lit : ça égaie les plis. C’est comme un puzzle. »
Ensuite, les trois ont dans le regard la fête des souvenirs et la joie des avenirs : c’est la fête du 100 ! C’est le vif aujourd’hui du 100 neuf ! V3 et ses comparses étalent les pires des mémoires sur la table un peu brinquebalante du Procope. Qui retrouverait sa séquence dans ce ‘tableau de présence’ ?A suivre, sous quarante-huit heures: Séquence Publique exceptionnelle, numéro triple anniversaire, ° 100/103, deuxieme partie.
didier jouault, pour YDITBLOG, N° 100-103, partie 1, Marina n’est pas si agée?