Rappel : Ydit a commencé la série d’été, pour les pages et les plages, depuis la Séquence Publique d’Oubli 104, au 104, en début de semaine.
« Mieux vaut tenir dans ses bras le portrait d’un joli plaisir que le puzzle incomplet façonné par le désir encore vif. »
C’est un passant de l’établissement culturel Le 104 qui parle,
et déjà il est passé : c’est une SPO, c’est au 104.
Vassiliki prétend que le dit du passant déjà passé, c’est seulement une citation, déformée, de Karl Kasimir Théodor, dit Meyerhold, récitant au cours d’une soirée privée dans un appartement public, vers 36, une lettre inédite de Lénine sur Le petit Joseph. 

Voltaire, qu ‘on sent fatigué ( pourra-t-il tenir sa partie jusqu’à la fin ?) aimerait qu’on en finît avec cette Polka sans piqué, même si elle conserve de l’allure dans sa posture de buste à lunettes. Une semaine, ça va, pour un souvenir.
Ydit raconte :
« A M. on se croisait. Il y a juste un an, invité à une fête par ses profonds amis habitant M., il avait accepté de partager nuits et jours de son passage entre ceux-là et Polki zé Polka. Pourquoi non? Dormir chez l’un c’est mieux parler à l’autre.
Au premier matin,chez Polka zé Polki, levés tôt, on était allés à la plage, à M.
Les quatre s’étonnent comme un seul homme et trois dames : à la plage, Ydit ? Avec le sable partout, la mer nulle part, la position impossible pour lire dans les flaques d’huile solaire le destin festoyant des méduses? Et les courbures inédites de corps angulés par la fuite de l’ombre?
Ydit raconte : Invité, aimant à faire plaisir, il avait suivi le désir de Polka. Très vite, sur la serviette, elle avait dénudé ses petits seins.
–« Vous voyez bien, je vous l’avais dit qu’on aurait droit aux seins de Polka, et pourquoi pas les genoux de Claire ?? C’était comment, déjà dans la SPO 104 ? « Son petit sein rond de boulangère pétri dans Le Brun de l’épeautre? »
Germaine – on ne sait pas cependant si elle croit à son dit – se demande si, dans cette histoire déjà longue, il est réellement, nécessaire de toujours invoquer ses seins ou de s’en remettre à leur double tutelle?
Pour Voltaire, laconique, « Les femmes ont des seins et les hommes des yeux, quoi d’autre à dire ? »
Pour Marina, on préfère savoir ce que Polka fit de ses marchés de sable?
Ydit raconte : Dans le frais encore étale du matin demi nu, elle s’allongeait sur le flanc, bras plié tenant la tête
-« Mais si j’ai compris, analyse Germaine, cela ne faisait pas tomber grand chose. Et Polki? « Ydit : Depuis longtemps, c’était devenu un compagnon silencieux, vingt ans de plus que Polka, il avait tout juste marqué un peu d’étonnement, mais la fragile distance de l’âge les séparait davantage que l’intérêt de l’impudeur
Elle s’était baignée dans l’eau très salée, revenait en jouant sa James Bond Girl de plage privée à M.
On en voyait beaucoup, et Ydit-respectueux- ne regardait qu’elle dans sa silhouette toujours un peu longiligne, malgré l’âge.
Dans l’après-midi, après le pique nique préparé dans une boite de plastique – riz, safran, huile d’olive, thon frais- une très longue randonnée à trois dans la mi-pente des montagnes proches.Ils avaient grimpé, sauté des ruisseaux, pris l’ombre des arbres pendant sept heures.
À la pause, Polki paraissait un peu hors de souffle, mais Polka- sans le montrer-essayait d’apercevoir des signes dans le corps, les jambes, le visage souriant d’Ydit.
Ycit raconte que leurs regards se touchaient dans une imperceptible complicité ne portant rien d’autre que le plaisir des résistances. Pendant le long retour, lacets de la route, Polka s’endormait, sur la banquette arrière, menton joint au torse, ballotté par le chemin, vaguement suintant de la bouche ouverte.
Il fallait attendre le passage d’un convoi de multiple wagons. D’un coup, se tournant vers Ydit assis à côté d’ elle qui conduisait, Polki baisse de trois bons doigts la ceinture du maillot de bain : tu as vu comme je suis bronzé cette année?
YDIT : Mais l’implacable SNCF -une fois encore- interrompt le geste. Ensuite , commence une discussion en lambeaux sur métier, sur politique : tout va de pire en pire, tout n’est plus rien, cascade un peu triste de linceuls pour l’après midi .
Au retour à M, on prend des douches- prudes. Polki prépare des salades au saumon, lent, comme assourdi par le bruit en écho de la sieste interrompue et des fatigues continuées.
« Drôle de duo, on dirait qu’on ne les voit jamais de face mais toujours de fesses », ajoute Voltaire dans une élan peu compréhensible. Ydit raconte que Polki, de loin, ainsi que ferait un bon gardien du domaine, il observe parfois les deux autres, assis face à face suit la terrasse, jus de fruits en main.
Polka, raconte Ydit, pour dîner dans la lumière déjà douce, restait vêtue d’un encore très léger tissu à manches retroussées, clos d’une fermeture éclair verticale, ou à vrai dire pas si clos de telle sorte que sans le vouloir ( et peut-être en le cherchant)- les plus petits mouvements d’épaule renvoyaient à des ‘cuts’ de La Vérité ou des perspectives plongeants de grands paysages dodus-quoique menus.
-« Disons petits », rassure Germaine
–« Mais bien faits, selon l’unique témoin vivant? »espère Marina. V3 lève vers le ciel et ses saints des yeux qu’on ne saurait voir.
Selon Marina, « pour ce genre de coups ( c’est son langage ) présenter les couverts à salade ou tendre la corbeille à pain relevait d’une authentique prise de risque, ou d’une parade pré-prendiale. » Selon Germaine, « ces petits feuilletés de sable à l’effeuillée, l’entrebâillé de table à La Vise moi ça, tout ça n’était soudain vraiment plus très honnête. »
V3 : « ll s’agit plutôt de … » Mais non. V3 ne dit rien , il tourne la tête pour observer les jeux des joueurs de l’établissement culturel le 104, dont il apprécie très diversement les pirouettes
Au fond, il s’en désintéresse, V3, de ce dîner absurde, d’abord on ne servait pas de cette sorte de verdure à la table de Frédéric, et puis l’entrebâillé reste une flétrissure d’époque, il n’a jamais trop aimé Fragonard ou Brantôme.
–« En somme, conclut Marina, dans un concert de quatre voix aussi musculeux qu’un combat de catch à quatre dont l’arbitre aurait été vêtu de silence et les cordes faites de souvenirs, en somme, pour faire vivre l’écho d’un vieux souvenir ancien, Ydit, vous avez craqué la bulle fragile d’une mémoire bien gonflée au Ripolin, toute dépeinte de désirs rassis et de remords survoltés, alors hop, vous avez explosé l’avenir du souvenir. »
-« Cette petite girl, no doubt, elle a de l’avenir dans les stories, » conclut Voltaire, dit V3, Visionnaire, Vétilleux Valetudinaire…
A suivre, sous peu et même avant ça : S.P.O.108/ Et fin de semaine fin de série fin de mémoire
(on solde?).