
Dans le récit qui vient ( lentement) , terrasses vélos et ruelles seront les personnages majeurs. A Mortagne, ce soir là, allégé par Lubitsch, j’ai préféré le menu du Genty-Home, le seul restaurant ouvert passé vingt heures, avec la pizzéria.
Mais la pizza, l’Italie, on y arrive, Venise, Parme, Padoue, Modène, Mantoue et – surtout, FERRARE. Et je me demandais, en feuilletant Le Perche Libre, pendant que le patron apportait le plat du jour, si j’allais en arriver à en venir sinon aux mains avec des lycéennes, dans le coin « Poésie », au moins aux faits rares de Ferrare.
Va savoir ! Mais c’est une autre paire de manches?
Entre temps, j’étais allé changer le genre (souvent mauvais?) de mes images en visitant l’Art des Artistes.
Dans un épisode précédent, l’image choisie « en avant » ce sont deux jeunes visiteuses qui se tiennent la main devant une toile de Basquiat, je crois que c’était au Palais de Tokyo? En tout cas pas dans une Factory ? Ou dans un film de Banksy ?
(J’avais promis la fin des jeux allusifs, autant demander à un addict de se mettre au lait Ribot)
Bien entendu, ça change des jeunes filles en short, même si le short n’interdit pas d’explorer le contour et le goût de l’art. Enfin, ça se discute, je connais des amis pour qui se présenter en vêtement léger devant Basquiat, ou se poser en mini-jupe sur une colonne de Buren, c’est comme d’entrer dos nu à la Trappe, ou de relire les « Propos ».
Souvent, j’ai visité des ruines de Trappes, j’aime les ruines du silence et les pierres émoussées par l’obéissance. Mais aussi des Trappes en pleine forme – bègues vendeurs chrétiens de miel toutes fleurs et bougies de cire compris, moines noir et blanc mêlés aux pénombres du cloître-, observons que ça se vend au même public. C’est parfois plus ennuyeux que le métro, les trappes, même si c’est tout de même mieux fréquenté que le changement ligne 9 ligne 8 à Strasbourg Saint Denis, où le zézaiement zazie, grâce au ciel. Façon de parler.
(Dès qu’on cesse de tenir le vocabulaire, le méli-mélo culture vieux genre revient)
A la terrasse de Chez Gudule, près de chez moi, le long de la place Courteline ( dont j’admire le talent d’être né puis mort le même jour), le chanteur de Country est en short (opportunément long), un match illumine l’écran de ses passes pas chères, et le patron demande pourquoi je fais la photo. Son inquiétude est compréhensible : les sièges débordent vraiment trop du périmètre pour lequel la mairie vient ramasser les sous sans souci de la compromission.
A mon age, supplétif des gardes-trottoirs? Parcours professionnel raté. Pourtant il y avait des avantages, surtout en province (Chez Gudule, le similaire menu, c’est plutôt 21, et c’est pas cousu couscous)
Dommage, j’aurais pu finir chef des arpenteurs de terrasse. On rêve aussitôt des rencontres sur le bitume à la Une. D’espoirs nés du trottoir. On imagine des pensées sous un chapeau qui lit sur un écran près d’une bouteille de Chateldon. On redoute Kafka. Chacun sa mémoire. Chacun son métier.
A la regrettable époque de Ydit, j’avais réquisitionné un personnage, une Germaine en rouge, supposée née entre une barrière rouillée de passage à niveau abandonné (découverte de randonnée rurale) et un affichage digital babillard gare du nord, voluptueusement acharné à effeuiller les horaires. Elle aurait interjecté l’un de ses…
« Et alors, en bref ? »,
…aussi rude au récit que le scalpel de circoncision. Mot qui – soit-il bienvenu ! – porte concision.
(J’aimais bien ma Germaine d’Ydit, mais c’est indécent de regretter un personnage, non ?)
Bref, je visitais des expositions ( un prochain épisode : LEQUEU, et cette fois je me souviens que c’était au Petit Palais, vous verrez,
une démence absolument pure, œuvres de démoniaque obsessionnel par ailleurs pris à la gorge par sa pulsion de dessiner l’intime), je randonnais à pas vifs dans des campagnes plates (l’inverse m’aurait également plu!), molles comme un après-midi sans recherches d’images et de mots pour Ydit, et – en passant- je regardais le plat du jour chez Gudule. Toujours la gourmandise et la curiosité me conduisirent à des sottises, à FERRARE encore plus qu’ailleurs.
Tout ça ne mange pas de pain. Ni ne fait rater le train.Disait Germaine.
Didier Jouault pour Ydit-Bis Retro-calendrier de l’Avant 3… à suivre