NOTA BENE : l’envoi automatique méconnaît évidemment la nature du support. En certains cas, la soigneuse mise en page et ses effets d’écho sont altérés par le logiciel, et les images se succèdent sans cohérence suffisante…On peut alors, parfois, se reporter au site-source, YDIT BLOG sur WordPress.
YDIT – BIS, Rétro calendrier de l’Avant, 5 – « Vous allez à Vérone, ? »
Par un malin bonheur, une cousine ( ou une voisine) de P. avait tenu à passer boire la tisane au retour d’une épuisante balade en pleine canicule. Cette bonne action ne manquait pas de fraîcheur.

Dans le jardin de P., à cinq minutes de Toucy, (commerces, restaurant, librairie, remparts ! ), j’allongeais ma savoureuse lenteur de presque septuagénaire. Adeline avait un chat, Aymeric aussi, et la vieille maison appartenait au troisième.
Chacun d’eux venait à son tour me demander en couleurs variées où j’en étais de mes préparatifs.
Le plus gai était roux, comme d’habitude. A mon retour, près du sac à dos, ils attrapaient l’ombre humide que laissent les balades en forêt les jours de canicule. 
Passaient aussi des poules.
La plus savante était blanche. Elle ignorait les distances de respectabilité ( comme toutes les poules savantes), picorait d’un geste arrogant les miettes de récit tombées au sol, tentait de lire par terre mes brouillons déchus, ça la décevait. On le comprend.
On aurait préféré un toit tranquille que picoraient les focs.
Bien que la cousine voisine fût partie porter ailleurs ses espoirs et mes rêves, on aurait pu se penser dans une fable. Essayant de trouver le meilleur parcours incluant Vérone, Venise, Parme, Padoue, retour Milan, avion et train ( il n’y avait pas encore Ferrare sur la liste du plaisir), je me répétais ce vers qui m’éveille à l’orée de chaque désir…
« Bâtir, passe encore, mais planter à cet age ! »
Quand mes hôtes revinrent d’Auxerre ou Toucy, rien des traces du tracas que la poule causa ne leur échappa. « Vous allez à Vérone, ? » demanda Aymeric.
» Pour suivre les conseils, sinon les pas de Cécile (et J.), mais je pars une semaine, et seul : j’aime le bonheur fragile que la solitude propose aux voyageurs sans compagnie. Évidemment, Venise, encore une fois, pour ce petit appartement découvert près de San Giovanni et Paolo, calle del fumo, une quasi non-rue qui débouche très près de l’arrêt « Ospedale » de Fondamenta Nuove. »
A Venise on aime surtout Cannaregio, je verrai de ma fenêtre l’arrêt flottant de la ligne qui rejoint San Michele. Pas plus snob que ça, mais j’ai envie de savoir si les lauriers ont fini par repousser les cailloux, sur la tombe d’Ezra Pound. »
Après ce genre de phrase, dans le jardin de P., forcément le silence. Goguenard ou amusé ?
« Le jardin de Giorgio Bassani »
Tout le récit qui vient – à son rythme, en son temps- sera centré autour d’un recherche, d’une rencontre : « Le jardin de Giorgio Bassani » ( c’est le titre du récit), et au centre la tombe de Bassani dans le vieux cimetière « Ebraico ».
Déjeuner d’un sandwich au thon, passer les heures dans le vieux ghetto comme si elles ne comptaient plus avant la mort, et boire du vin blanc glacé, sur cette petite terrasse où ne passent que de rares touristes, campo San Anna.
Goûter l’une de ces villes comme une confiture de mirabelles sur du pain d’épices, l’une de ces villes si vieilles, nées depuis toujours, telles qu’on aime y vivre quelquefois quelques jours, d’abord accompagné d’un ami de jeunesse, puis avec des amantes éblouies, enfin avec la famille, puis revenir seul et satisfait, simplement quelques nuits avant la mort.
« Dans les voyages, disais-je, j’aime :
les pluriels,
les familles fébriles,
les vieillards futés,
les jeunes couples agacés,
les plateaux repas monstrueux par leur arrogante désolation, 
les passages de contrôleuses dans les trains de province,
les guichets vidés tôt pour les départs trop tard,
les duplex toujours choisis chambre au premier afin de conserver la sensation de redescendre dans le réel chaque matin,
les voisines fardées pour la bar de espresso-brioche, et même (« Ha il y avait longtemps! », aurait grogné Germaine )
les jeunes filles en de voyage, heureusement préservées par le train de sénateur qu’affecte un homme de mon age
Mais tout ce petit monde ne tient pas dans une Fiat 5OO de location, ou plutôt, le jeune couple oui ( mais à quoi bon s’emmêler?) ou la jeune fille dans ses shorts, avec plaisir, -mais cela se révèlerait déraisonnable, parfaitement. Voila pourquoi je ne prends que le train. »
Aymeric et Adeline écoutaient : telle est la tâche des hôtes.
Moi, peu à peu, j’allais ensuite quitter le vieil Ydit, plus de quatre ans à vivre ensemble, jour et nuit, il commençait à me les briser menu menu, ça suffisait. Mais je l’ignorais encore. Les meilleures déchirures sont celles qu’on ne soupçonne pas tant on est pris par un avenir imprévu : FERRARE et ses faits rares. 
Abandonner Ydit, le larguer au milieu de ses phrases complexes, ses affichettes trop nettes , son badge sans age, toute les pacotilles, j’allais couper court, reprendre le seul chemin qui vaille et qui m’aille, le solitaire, il allait peu à peu s’absenter de l’horizon, sans précaution restituant ainsi par son absence leur valeur de trois sous à ces pièces d’OUBLIeS.
« Très bien, très bien, dit Aymeric, je vais voir où en est la pizza ? »
Didier Jouault pour YDIT – BIS , Rétro-calendrier de l’ Avant – 5 A suivre