Ydit-Bis ,   Rétro calendrier de l’Avant  – 11   « Dans les couloirs de la lionne »  

La Guignolerie avec les carabiniers, à Milan, ç’avait été le constat de la sagesse ou de l’usure des ans : jamais perdu la distance intérieure de l’humour. Tant de fessées déjà reçues.

 

 


A Padoue, un escalier comme dérobé, invisible presque depuis l’avenue du XXI septembre, menait à une placette, limitée de tours et murs Renaissance.

J’avais emporté – dans le petit sac d’épaule – le maillot dit d' »YDIT » dont je me servais pour illustrer le projet avec d’autres images que mon propre personnage recouvert de la signalétique usuelle : lunettes rouges, badge blanc, ruban bleu-spo venise - Copie

 

 

 

 

 

….lunettes rouges, badge blanc, ruban bleu- mais qui ne trouvait pas toujours une bonne voyageuse pour faire la photo en passant.

 

Longtemps, j’habillai la statue de bronze qu’on avait érigée au centre de la place – Cerès je crois-. Elle ressemblait assez aux dames de la Scala, en plus grand, plus sombre, plus nu. J’avais vérifié l’absence de carabiniers.

 

Triant au retour les très nombreuses photos, je déroule la série à rebours : on pourrait croire que j’ai habillé la déesse de son vêtement d’oublis, de son maillot de mémoire.

 

Quatre ou cinq employés sortirent d’un bureau que je n’avais pas vu. Ils s’étonnaient, en Italien tout les jeux sur les mots perdent leur sens, et en particulier Il dit/Ydit , les OUBlIeS – petits gâteaux médiévaux.  Ydit-blog, Ydit-bloque, et en grec ou en arabe? Je me confirmais alors que ce projet, au fond, me servait surtout à couvrir non seulement les statues, mais aussi des rencontres que je n’aurais pas osées sans prétexte de texte. On a souvent besoin de raisons pour ne pas rester seul. C’est ce que font les écrivains.


A Parme, dans le hall de l’hôtel de ville traversé pour joindre le fameux cloître, un homme en marbre, au pied d’un escalier d’honneur, protestait en silence que la mémoire des martyres de la Résistance paraissait disparue sous les plaisirs du présent, masquées par les passagères de vent. J’ai pris peu de photos.

 

J’ignorais encore que cela fût le thème d’une nouvelle de Giorgio Bassani, « Une nuit de 43« ,  incluse dans la sous-partie « Dans les Murs » du « Roman de Ferrare », et que j’allais plus tard  rencontrer  à mon tour les fantômes et les mémoires en loques, dans les rues et sur les plaques mémorielles de Ferrare, entre deux volées de vélos habillés en short, puis que la mémoire en cours d’effacement deviendrait l’une des couleurs du « Jardin de Giorgio Bassani », la teinte de la page de fond.

Je n’irai plus à Parme. Pas à pas à Parme, fini. Malgré le Consul, la Sanseverina, c’est un récit désormais vide, alors que Ferrare brouillonne et rature encore son Histoire.


A Milan, la veille du départ  ( car j’avais gardé cette habitude de la dernière nuit dans la ville d’où l’on va ensuite décoller), malgré douze ou quinze heures de déambulations par 35 à l’ombre,

 

et un dîner léger doucement doré de vin blanc, j’avais comme toujours entretenu un dialogue compliqué avec l’endormissement. « Vous ne voulez jamais que ça s’arrête, la vigilance ? « demanderait la Russe depuis l’Ospedale,  vieux personnage un peu comme privé de son déambulateur dans mes récits, ancienne rédactrice de moins en moins présente de rapports pour les Services et les Organes. Je l’avais inventée sur image, parce que deux ou trois solides secrets de famille, authentiques et validés, auraient dû affleurer dans ses mémos, après dix ou douze ans de Ydit-blog.

Mais c’était devenu trop long. Il y a tellement de regards à ne pas manquer.les rencontres sous les arcades.JPG

 

D’ailleurs, les pauses et les poses de YDIT dans les lieux de paysage et les plis de mémoire semblaient chaque jour davantage désaccordées avec ces villes, trop identiques dans leur substance, leurs plans, leurs histoires : les décors eux-aussi se répétaient, comme les satisfactions de l’imaginaire.

 

 

A Milan, la veille du départ  : Très tard, il faisait encore très chaud, j’ai dû m’assoupir, avoir soif ensuite (trop d’épices, volontairement : les plats de la vie ne laissent leurs traces que par les détails du jour),  et je n’ai pas l’habitude d’appartements partagés. De plus, j’ignorais qu’il y avait une autre chambre dans le fond du couloir. La loueuse habitait dans une partie lointaine, bien séparée, du vaste appartement bourgeois.

 

Pour trouver de l’eau fraiche  dans le frigo, j’avais quitté ma chambre « dans le simple appareil d’une beauté  qu’on vient d’arracher au sommeil, »(la beauté en moins), insensible aux tensions pourtant visibles du presque matin. Le large couloir parut soudain peuplé de semblables insomniaques : deux jeunes femmes, des ombres du Lion’s sans doute, des demi-endormies qu’on alerte soudain dans leur confiance, des  veilleuses légères en tenue de canicule, bref on aurait pu les croire invitées ici pour une scène inédite du-dit-d’Ydit, davantage Diderot que Voltaire, tendance « Bijoux indiscrets ».

 

 

Les deux jeunes femmes purent exprimer de façon variée mais vive leur étonnement de mon apparition, comme de mon état. On ironisa d’un geste, comme chez Fellini, sans aucune de ces postures mièvres de l’indignation. C’était impromptu, pas malin, ni malicieux, mais sans gravité : en voyage, on voit un peu de tout.

Tableau rapide, enrhumé des irréels de la nuit finissante, une tonalité qu’on aurait dit importée par l’ex-personnage Marina, tombée toute jeune  dans Ydit depuis un roman de ce vieux Richard. On en vint tout de même pas, hélas, dans le couloir, à se raconter son passage  de Milan, ni ce coin qu’on n’aurait dû voir.

repos de couloir

 

 

 

Vite replié, si j’ose dire, sur mes bases, sans avoir bu et sans sommeil, j’ai pris tout de même le lendemain matin le soin de laisser un mot d’excuses à la loueuse- mais elle avait vu pire, dans son couloir, et ne répondit pas.

 

 

 


Milan, étape du retour, toute une histoire en trois points : ça aurait pu faire un titre de post « Rétro -calendrier » :  Au petit matin, des carabiniers rouges règlent la circulation des images  dans les couloirs  qu’habitent encore les Lionnes du Klub.

–  Germaine : « C’aurait été un peu long, surtout pour un titre, déjà que c’est un peu long tout ce bazar pour en venir à l’essentiel, vos déambulations d’évitement, malgré les anticipations ou les annonces  : dix ou onze  épisodes, et toujours pas Ferrare ? C’est pour Noel, l’Avant ? »

Stèle Finzistèle Contini

-Ah oui, Germaine, vous aviez remarqué? Dommage de vous perdre en route, on s’habituait. Mais, en attendant, gros dos?


Didier Jouault    pour    Ydit-Bis   Rétro calendrier de l’Avant   11   « Dans les couloirs de la lionne ».                 A suivre…à  Mortagne, j’écris Ferrare

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