Ydit – bis, Rétro calendrier de l’Avant 12 : J’écris « Ferrare » (1/4) : des Finzi, des Contini e tutti

 

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Alerte :

Le projet  » Ydit-bis « date de début 2020. La crise sanitaire et ses violences multiples peuvent réduire au dérisoire toute activité qui ne les concerne pas.

TOUTEFOIS, l’évidence du récit s’impose ici, avec une claire nécessité  qui ne témoigne évidemment d’aucune indifférence aux douleurs des autres.

Insister est indispensable , pourtant : ces textes ne sont pas écrits au jour le jour. Leur conception lente, texte/ image, se réalise par « séquences » continues qui correspondent à plusieurs publications séparées de quelques jours.  Les « posts » sont programmés à l’avance, par séries des deux ou trois.

Aussi la parution ne reçoit nul écho d’événements publics, ni aucune modification de rythme en dépit des douleurs violentes que le temps donne à connaître, parfois de tout près, et qui suscitent une lourde compassion.


 

Le « Rétro calendrier de l’Avant » constituant les onze précédentes publications de ce YDIT-Bis, à sa façon distanciée, raconte de simples joies de voyageur banal. Résumé à cela, il ne justifierait pas le long long si long travail du rédacteur.

Mais, il y eut FERRARE, la ville, ses fantômes en voie d’effondrement, le silence des indifférences parcourant le ghetto, les ombres aux fesses posées dans les shorts, l’insuffisance des passants qui boivent et reboivent des Spritz à la santé de l’immémorial.

 La première visite de FERRARA– qu’on écrira FERRARE, et longtemps l’œuvre de Bassani tint à limiter le nom à l’initiale : »F. »,  le premier voyage n’était qu’une étape, comme une facilité un peu hasardeuse et probablement décevante, après Venise ou les PP, Parme Padoue. Faible écho de lectures un peu oubliées, des Finzi, des Contini, e tutti.

Dès le premier jour, revenir à Ferrare fut un désir puissant, après les rencontres hâtives qu’on voulait reprendre comme à zéro : la plaque des origines, 1492,  le jardin rose et ses chattes, « La Mura » de Bassani, les canicules posées dans les rues du ghetto enlacé sur lui-même, écoutant les murmures de sa propre histoire.

Tout comme s’impose  l’envie d’une solitude, il fallait oser en savoir davantage.

Une fois, deux fois – et la suivante prévue en juin 2020 n’aura bien sûr pas lieu : que va-t-il rester de Silvia qui courait le matin sous le rempart (elle répond si rarement), d’Erika, de Néro? Et du jardin désormais désolé d’assèchement,  dans la maison sans doute maintenant fermée de Giorgio Bassani?

 

Lors du deuxième voyage du même été, les étapes ont été choisies comme pour enchâsser le séjour à Ferrare dans des villes où résonnaient, même de très loin, la famille d’ESTE, le Duc ouvrant les remparts aux Juifs expulsés d’Espagne. Alors, je n’avais pas en moi le projet de ce texte, à venir d’ici peu ici-même, encore sept séquences, et qui s’intitule désormais : « Le jardin de Giorgio Bassani ».

Dans le très incertain désir, cela aurait dû/pu être « Le Goy à Ferrare« , ou une autre formule d’identique brutalité.

Ainsi qu’on aurait écrit au XVIIème : ma méthode était d’affecter de n’en n’avoir point. Je n’annonçais surtout pas que je retournais à Ferrare et ses annexes pour y entamer le dur et délicat voyage immobile de l’écriture.

Il me fallait juste en finir avec cette ville.

Disais-je.

Erreur.

En route (avion, train, à pied) je fixais des paroles de rien sur d’exotiques post-its, des notes de restaurant, des livrets bilingues de visite au musée. J’évitais avec soin de noircir des carnets, pour ce premier séjour. En poche, micro-Canon. Toujours les images comme des emporte-vrai.

Le soir, sur des blocs post-professionnels à format d’ordonnancier, en quelque sorte post-opératoires, j’ajoutais un petit nombre de lignes de rappel, surtout pas un « journal », non, des aide-mémoire, la mémoire est ma grisette, elle galope, je l’entretiens, on chemine pour le plaisir, dans le papier, sur les glaces du papier, patins de  lenteurs sous le pied.

Manquaient les photos pour sembler une œuvre fin années 2000, visuels pour se souvenir ensuite, écriture ou pas :  il faut coller le présent à quelquechose, et l’image est le meilleur ruban-adhésif. A défaut de photographier l’avenir du texte, je numérisais les filles de Ferrare, si souvent évoquées par Giorgio Bassani. Je regardais aussi les albums d’André Maynet, qu’on ne voyait pas en vitrine, mais où la solitude dansait tard le soir ( merci à lui)

Puis,  dès le bagage posé à Ferrare, dans le jardin rose de la Via Belfiori (on le retrouvera si souvent au fil du « Jardin de Giorgio Bassani ») s’évidença l’idée de maintenant ranger YDIT, le bon vieux personnage usé depuis quatre ans et demie, de le déposer sur une étagère du placard de l’entrée, c’est-à-dire de le placardiser dans l’espace de sortie, et ses babioles en même temps : gris-gris, maillots et shorts, excessivement nombreuses photos prises « d’avance » pour des « Séquences Publiques d’OubliEs » à venir- à jamais effacées maintenant,

…expositions narcissiques faussement provocatrices, cet appareil de l’irréel qui fut plaisir profond de l’invention. Mais, on le sait, lorsqu’on se regarde dans l’exercice de son propre plaisir, on se découvre si ridicule.

Le tout-venant dépassé du dit d’Ydit (on ne se rend pas compte) occupe trois rayons de mémoire dans l’étagère de l’oubli volontaire. Beaucoup d’heures niées avant d’avoir existé.

Renoncer à un projet, c’est réduire les contraintes et séduire l’imagination : joli programme, en ces temps.

Mais, à vieillir, on verra, espère-t-on, le rayon  d’Ydit s’alléger.

 


Didier Jouault     pour   Ydit-bis, « J’écris Ferrare »( 1/4 ) Des Finzi des Contini e tutti.    A suivre… »J’écris Ferrare »(2/4) Ligne d’arrivée page 433

 

 

 

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