YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 21/99, Chapitre 7 – début. Histoires de Stéfania.

Histoire de Stéfania – Donc !

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La Mura, bastion jour soleil

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Plus tard, bientôt, je serai à Ferrare. C’est mon but, le but avoué de ce voyage, c’est mon désir de visiter ce que j’ai raté la première fois, trompeuse mais répétitive illusion de recommencer en mieux.

Je serai à Ferrare, stabilisé par l’enclos de La Mura, au lieu de me regarder comme perdu dans ma mémoire, cette mémoire en ruban que je déroule comme une frise du temps, affichée au Patafix par Madame Bourgeois, dans une classe maternelle dont les enfants s’amusent à déchirer les murs à coups de pieds,

tu verrais si je me laisserais faire, moi, par ces 33 mômes là, paf, deux cuillers de Neupron, ou quatre gouttes de Théralène, quatre gouttes, faut pas non plus les assommer, la mère Bourgeois, c’est ringard et discours, empathie et socialisation, tu parles, vieille école.

Autonomie et développement personnel ? On rigole, chez les parents.

Ferrare, enfin, enfin, pour mon deuxième passage, je vais devoir me relever un peu mon propre niveau. Incapable de trouver le chemin pour un espace aussi désarmé que la maison et le jardin de Giorgio Bassani,plan de Ferrare in Quarto.JPG je suis aveuglé par le trop de soleil, et d’insouciance, et de soutenir la légèreté de l’être. Ou alors je ne sais pas lire. Ni écrire. Ça doit être ça.

Je ne sais pas non plus pourquoi, par exemple, à Venise, pourtant plus facile à maîtriser ( un canal, des canaux, un musée des museaux), je n’ai jamais trouvé le chemin de la Loge des Frères que Ugo Eugénio Prat, dit Hugo Pratt, IMG_4854

au vu de tous, fréquenta pendant vingt ans, et qu’il introduit dans ses planches. Ce n’est pas une raison pour y retourner, contrairement à Ferrare : je veux savoir de quoi est planté le jardin de Giorgio Bassani, de quels simples le maître illuminait ses tisanes et quelles herbes il fuma- bien qu’on le connut plutôt amateur de bon vin de Chianti, ou de tabac de marine. La Mura, bastion jour soleil

Il paraît qu’un magnifique magnolia marque l’axis mundi du jardin, arbre du souvenir. Je veux voir cela, sans réellement savoir pourquoi, sinon l’humaine curiosité. La pire des choses.

Je fatigue un peu tout le monde, je le sens à travers les retours de SMS, avec Bassani, même moi, je m’en fatigue les oreilles, du Bassani. Trop tard, le personnage s’est mis à exister, et j’aime nos dialogues incolores, inodores et sans saveur, à lui et moi solitude à solitude. Dommage, avec la logeuse du 33B rue Belfiori, qu’on partage, en matière de langue, si peu de sons et quelques menus gestes, sur les menus et l’attente.
Au pied de la terrasse, dans le jardin rose, Silvia retrouvée aura le temps d’écouter.

J’arriverai 33 B, rue Belfiori, pas besoin de plan cette fois. Bonjour chère Silvia. Elle repoussera, d’une main sans équivoque, le mouvement vers la chatte, avec l’autorité d’une qui n’apprécie dans la caresse que son intention, et encore. s3-3« Ils montent toujours sur la table, et je les repousse toujours, « On croirait des souvenirs impatients de l’oubli », dira-t-elle, assez mystérieusement.

Lirait-elle mes notes par-dessus l’épaule du IPhone, continuant :

« Au jardin, ils se croient dehors, et pensent qu’ils ont tous les droits d’errance, mais non, c’est mon jardin, on s’y tient sur ses gardes, comme toi, comme moi, dans le triangle d’ombre que fend à peine la lumière filtrant des oliviers ».

Proposera d’un geste qu’on renouvelle déjà le Spritz prêt à mon arrivée, car notre échange est lent, strié de pages de Hachette bilingue, ou alors nous avons bu très vite. Celui qu’elle fait de ses mains atteint une densité de couleurs incomparable aux Spritz trop légers des terrasses, où le goût du gain l’emporte sur le goût du vin, c’est drôle, dirait-elle, ta formule, on dirait un roman début Vingtième,

« La Madone des Sleepings ? » tu as lu ça ?
Oui, j’ai lu, les sleepings sont davantage mon métier que les madones, même si on ne refuse pas les détours d’itinéraire. Souvent, par la suite, la mémoire de Silvia me surprendra. Ou sa culture venue de livres (mais c’est un peu le même chose). Malheur sur moi, la collègue Cécile détesterait mon stéréotype. Les autres de l’Agence détesteraient ma lenteur du récit. Mais on a le temps, on a le temps : il est déjà mort , le Bassani, et nous pas.

(NB : les photos non caviardées supposées représenter le personnage hôtesse du 33 B Belfiori sont de Silvia B. – que le crédit lui en soit ici donné une fois pour toutes.)___________________________________________________________

Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 21/99, Chapitre 7 – début . Histoires de Stéfania. A SUIVRE . Et ne me dites pas qu’en cette date on a bien entendu mieux à lire.

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