YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 31/99, Chapitre 10 FIN- Le soleil sans pudeur expose sa virilité- François buvait peu…

PRECAUTIONS : IL EST UTILE DE RAPPELER QUE LE PATIENT TRAVAIL DE MISE EN PAGE NE S’APPRECIE (OU PAS !) VRAIMENT QUE SUR LE FORMAT   « BUREAU »  DE L’ORDINATEUR, et disparaît sur un smartphone…


Sur ces images à Mantoue d’une Renaissance insolente, et sans réticence au plaisir, joyeuse d’envies et de savoirs, gaillarde, sûre de l’avenir (et elle avait tort, quatre ou siècles plus tard tout recommence à mourir, inversant le chemin, retournant le flux de lumière vers l’obscur ancien), il me reste à saluer les gardiennes, les heureuses  bavardes,  et à décider du bon endroit pour la terrasse. 

A procéder aussi à quelques décomptes ?? Le clic-clac du tic-tac?

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Après le dîner, je traverse la ville. On peut encore entrer dans le théâtre de la duchesse, au seul usage de ses amies – rares. Mantoue est un spectacle permanent pour comédiens hagards-mais contents d’eux, les visiteurs.

Par endroits, de faux routards, munis de jeunes femmes efflanquées, anorexiques mal réparées, donnent de pathétiques concerts. Une fille passe le chapeau, elle sent le fleuve où se laver pour rien et aussi un peu l’herbe fumée. Des hollandais éperdus, des Allemands attardés, attendris par sa lassitude sensible ou l’échancrure agaçante de la salopette, lui abandonnent de généreuses dotations. Je m’agace, qu’elle se croie libre, qu’ils se sachent riches.A nouveau je marche. Lorsque je franchis la porte de mon Airbnb, l’ex-maison du rabbin, code E.R. 1990, il est plus de deux heures, le matin. Les jambes disent une fatigue dont le podomètre de l’iPhone peut fournir un chiffre approximatif, un peu au-dessus de vingt-sept kilomètres. Difficile de lire quoi que ce soit, hormis des guides, feuilletés.

Pleine page, une image, avec cette malice des soubresauts imperceptibles conduisant d’un faux souvenir à une apparente mémoire, impose le visage de François.


Histoire courte de François-le-Fils, faux-frère.
Je me souviens de lui, fils de ministre, frère de préfet,  très brillant philosophe passé par toutes les étapes formant la course de haies des élites, et très vite aboli bibelot d’inanité sonore par la vie, des excès de foi, des intempérances d’espérance.
D’abord diplomate, il était redevenu professeur en raison de ses échecs intimes et publics. Entre autres, ivre et  furieux, il avait uriné sur le ficus de l’ambassadeur, devant le conseiller culturel qui refusait l’aide attendue par un groupe d’artistes opposants du régime local.

A présent, il invitait ses étudiantes débutantes ( on ne lui confiait que les débuts) à des soirées arrosées, il les enchantait hors de la ville, jusque dans le grand appartement haussmannien reçu en héritage et qu’il avait conservé malgré le divorce. Dans le brouhaha tonitruant de Nina Hagen mimant des vomissements de haine entre deux rauqueries, et la pénombre de rares bougies au déséquilibre inquiétant, les jeunes femmes – et nul garçon jamais- traversaient les pièces en tous sens, vite perdues par la fumée, la vodka pas chère, la violence virulente de la musique. François riait, retenait mal son dentier ( accident, ou même bagarre de bar, et pas d’argent), servait trop de verres à trop de mains.
Parfois, l’une s’asseyait à côté de lui, initiait comme une sorte de fausse discussion philosophique, mais le total désespoir ambiant ne conduisait qu’à des impasses, on repartait boire, que faire d’autre ? François citait, ou à peu près, le Partre de Vian: « Etant, je dis, mon pote, t’as qu’à voir, et j’assume, plus tu picoles, plus tu dégueules, that’s life, pas vrai, Momone ?..»

Ses étudiantes parfois songeuses et leurs petites sœurs lycéennes déglinguées rigolaient. Toutes le considéraient avec une véritable tendresse et un peu d’admiration, surtout parce qu’elles connaissaient les départs brillants puis ce pathétique écrasement.
François, qui buvait peu et fumait seulement des gauloises bleues, me racontait les progrès de sa fille unique, Tchan, la dresseuse d’oiseaux rapaces, et comment l’été précédent, pour ses quatorze ans, il lui avait autorisé la pleine nuit de la pleine lune dans une boite de la ville balnéaire où ils campaient au  » Plage et rêves », et comment lui-même avait passé sa nuit dans la 4L, devant la boite, ici-même, avec un plaid et France-Culture, au nom de la paternité responsable. François mêlait ainsi les devoirs et les abandons, émouvant de désastre intime. Au moins, le lendemain, dans la petite salle de cours, embrumées comme reconnaissantes, les étudiantes ne le chahutaient pas. Quand on dînait, et qu’il avait assez dormi, François regardait de telles aventures comme le brouillon même d’une existence qu’il ne pourrait jamais essayer de peindre, trop grand format, tu parles, au moins Guernica. Je me souviens qu’il me faisait souvent rire d’émotion. Pour finir, il s’est pendu, à l’arbre devant le fenêtre de la cuisine, chez des amis professeurs au collège de France qui lui avaient prêté une campagne.

A Mantoue, je voudrais, -pour le plaisir de la voir mais aussi pour la questionner sur ses tableaux–qu’Erika sans détour accepte de prendre un café, sous prétexte de restitution des clés (l’usage est d’abandonner le trousseau sur la table de cuisine). Confiante mais pressée, elle répondrait qu’elle préfère dehors, sur une terrasse au soleil levant.

Capito ! Malgré le peu de temps, je lui raconterais ce que j’ai pu apprendre à son sujet. A côté, un homme se gratterait assez vigoureusement les jambes et les bras où apparaîtraient les multiples boutons alignés typiques des puces de lit. En parallèle, mais les cités de la Renaissance explorent ces très étranges parallèles nommées perspectives, sur le dernier message lu, le guide de Ferrare, conseillé par Silvia, un certain NERO, me propose une visite de «  Ferrare mystérieuse », à dix-huit heures et soixante euros, un prochain jour. Pas certain, hélas, que le parcours finisse comme je le souhaiterais : dans les détours enfin alignés du Jardin de Giorgio Bassani.

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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 31/99, Chapitre 10 – Le soleil sans pudeur expose sa virilité- fin. Chapitre suivant, quatre épisodes, triomphe ou décrépitude, quoi qu’il en soit : ERIKA, du 04 octobre au 15 octobre, prenez vos places, tenez vos minutes.

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