YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 36/99, Chapitre 12 – L’affaire des photos à 4000 -début .

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Chapitre 12

L’Affaire des photos à 4000

Le DVD qui voisinera ensuite, curieusement, avec le précédent montrant l’enlèvement de l’enfant, sur l’étagère de la villa toscane, mais c’est carrément le foutoir dans mes DVD, qu’est-ce que tu as fichu, Erika, on sait plus où on en est, tu pourrais pas respecter l’ordre alpha, c’est pas dur, t’as fait du grec ancien, non ? tu peux pas ranger ici « Zero Dark Thirty », entre » Alice dans les villes » et « Alphaville« , tu te rends compte ?!

L’auteur est Katlyn BIGELOW, patronyme très anglo-saxon cette fois. Plus tard, Erika, ayant interrompu le film sur la séquestration et l’assassinat du gamin au bout de quatorze minutes, voudra le regarder, un soir, « Zero Dark Thirty ». Ensuite- mais cela est déjà connu- elle deviendra une sorte d’addicte, hallucinée ou nerveuse, comme si on ne connaissait ni la fin ( annoncée par un président US) ni les tours et détours de cette déroute du droit international. Elle pourrait de mémoire citer ce long combat d’une femme seule opposée à des hommes méfiants, au sein de l’Agence ( la vraie).


Elle pourrait plaindre leur absence totale de clairvoyance, malgré les rayons verts

 

Ou encore, rappeler que le directeur de l’Agence ( la vraie) du reste assez « Parrain », finit par y croire parce qu’elle a l’air d’un ange fâché.

Tant pis, même le chef commando hésite, puis on y va, et les minutes de grande violence guerrière (elle qui n’aime que la douceur et l’art et le vin, on ne comprend décidément pas), Erika les attend, les retrouve, avec une sauvage et silencieuse béatitude.

Peut-être en raison de cette belle scène muette du triomphe secret ? Ouf !

 

Mais toutes ces histoires, ça commence à faire beaucoup.

A vingt-trois ans, Erika décide donc de partir aux US, quitte à être soi-même dans les histoires plus partagées. Elle y évite avec soin les peut-être encore pouilleux, bien que très éloignés, cousins de Littel Italy, à l’époque nettement moins gentrifiée. Musées, road-trips vécus ainsi que des road-movies observés de l’intérieur depuis la décapotable climatisée à jantes brillantés de chez Chrysler, villes de l’est, plages de l’ouest, déserts du centre et de partout. Randonnées à Goblin Valley – on y trouve le garde-parc très joliment bâti. Jours de rieuses dévalescences neigeuses dans le Montana, et le moniteur ne manque pas d’attraits, bien qu’un peu odorant type équin, mais on s’amuse pour les images.

Elle va quitter Washington quand elle dîne avec des amis récents au « Café des Artistes » Foggy Botton, une véritable caverne, très hospitalière, assez versée dans les salades chères et légères, juste moins chères que chez « Acqua al 2 ». Amateur et marchand d’art, il y a un type jovial, en réalité une sorte de sous-traitant de Thomas Agnew and Sons, juste avant qu’il soit acheté par Ant Hovy Crielton Stuart. Ce type espérait vendre à de riches commerçants de l’Ohio, soucieux de placements durables, les meilleurs des peintres minimalistes ou conceptuels européens, Italiens, peut-être même de Mantoue : Enico Bay, et ses premières œuvres de toute fin années Quatre-vingt, ou encore mieux : Antoni Realcalai, Elio Waschimps, Toti Sialoja, plutôt période 95-2000, si vous voyez ce qu’on veut dire. Et quand on parle peinture, même conceptuelle (donc peut-être privée de peinture), y a intérêt à voir de quoi on parle.
Erika se souvient de bavardages de papa, naguère, elle semble presque professionnelle, tant la culture vient en aimant. Son charme de jeune femme italienne de très bonne famille (encore des mots qui vont faire des vagues), dont elle prend conscience comme d’un outil de travail, donne à ses traductions une saveur de soir printanier sur la Lombardie (car Mantoue n’est pas en Emilie-Romagne, on ne peut pas mettre tous ses lieux dans le même terrier, tous ses dieux dans le même crassier, ainsi de suite : ses yeux dans le même plumier).
Affaire conclue, dans des conditions telles qu’on peut sans réticence commander une autre bouteille de Bollinger, ce qui ne veut pas rien dire dans un restaurant de Washington, de plus en Euros, avec le change à 1,42. Tu le sens passer, le champ, davantage que le vieux Henri la Toulouse au bar du French Cancan.
Français, d’origine italienne, encore un, Nathan aspire à retrouver les arômes délicats de la péninsule. Erika sentait, aux US, venir une forme d’ennui. Quinze jours et quelques nuits plus tard (sur lesquelles google respecte la règle des hypocrisies), la décision est prise.


Ils auraient pu choisir Bologne ou Milan, même l’ombre de Ferrare, j’avoue que ça m’aurait arrangé, ça m’aurait fait gagner une étape, mais tant pis, je ne suis pas si pressé, puis Mantoue, ça vaut son reflet, et donc non, les voilà qui s‘installent à Mantoue, terre d’origine, dans le vénérable immeuble de deux étages qu’habitait la tante Irèna, prématurément mais opportunément décédée – on ne se refait pas quand on a décidé d’être gentille, c’est une marque de famille. Tumeur cérébrale de la tante. « Et cérébrale, elle l’avait toujours été », murmure allègrement Erika, dont la joie est à la dimension de l’occasion. Bonne fille, bon cœur, bon esprit, mais avec modération.


Au rez-de chaussée, dont un sexagénaire brocanteur un peu louche est locataire pour encore trois ans, la partie gauche de la vitrine sera désormais consacrée à la mise en valeur de deux œuvres, trois au maximum, pourvu que l’une soit une sculpture. Au premier, déjà, les deux prévoient ce qui sera de plus en plus à la mode : faire en sorte que le client se sente chez lui, principe totalement inconnu du petit commerce pour qui l’acheteur doit comprendre qu’il est chez l’autre, et qu’il est venu pour sortir la carte Gold.

On suppose que Stéfania de Modène ignore même l’existence de ces coffres où les œuvres sont serrées comme des anchois ou des sardines sardes.

Erika et Nathan déposent contre les murs du très vaste et lumineux appartement de somptueux secrétaires à design nordique, des fauteuils club sentant (on le croirait) le pur Glen (Talisker, Nathan adore) et le faux lord grisonnant, modèle pas cher payé pour la photo de catalogue. Ils travaillent la malice au point de laisser, sur les tables et les chaises, apparaître ici une bouteille ouverte et des verres (tout de même pas The Talisker, un petit Aberlour 8 ans va suffire) ailleurs une boite de bons chocolats bruns hauts de gamme, genre Cyrile Lignac, et même (jouxtant le catalogue énervé lui-même de ses prix à hauteur de contre-ut) des scones faits main par Grand’Mam Nathan et le miel du jardin (en fait, on achète chez Marina, au marché, Plazza Broletto, mais c’est du bon).


Le reste, l’essentiel, les œuvres plastiques excluant avec vigueur cette ‘vulgarité’ de la vidéo, volontiers minimalistes, forment- il faut bien l’avouer–une collection intelligente et fine et sensible, mélange qui ne va plus de soi depuis l’effondrement du Primat de la Représentation en peinture.

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