YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 37/99, Chapitre 12 – milieu. Histoire d’Erika, encore. La modernité affranchie de provocations.

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MIEUX VAUT CLIQUER SUR CE LIEN , l’OUVRIR, patience=

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Le reste, l’essentiel, les œuvres plastiques excluant avec vigueur cette ‘vulgarité’ de la vidéo, volontiers minimalistes, forment- il faut bien l’avouer–une collection intelligente et fine et sensible, mélange qui ne va plus de soi depuis l’effondrement du Primat de la Représentation en peinture.
De plus, avec la bienveillante faiblesse de papa –qui considère un peu tout cela comme une anticipation d’héritage-Erika réceptionne la collection jadis invendable lors de la bulle internet. Et, devinez quoi, parmi les peintres, certaines cotes ont gravi le Tibet, serré la paluche du Yéti, revendu Tchang contre son poids en or noir. Des croûtes, qu’on donne au brocanteur du rez-de-chaussée, avec sept ou huit œuvres à présent très convoitées- et coûteuses- permettent de harponner l’amateur, si heureux ( et content de lui) d’avoir découvert un Toti Sialoja de la première période, oui dans ce bazar de brocante au pied de chez l’Erika, oui oui, dans sa galerie de la rue Girogio tu te rends compte, Charles-Edouard, daté de 1998 mon vieux, tu as vu les couleurs, incroyable, et un peu cher, d’accord, mais franchement il va encore monter, appelle Marie-Sophie pour qu’elle voie, et puis c’est sur son compte à elle. Je vous emmène dîner ?

Erika, toujours, est séduisante, mais avant tout (soyons respectueux), elle sait réellement de quoi elle parle, connaît ses peintres sur le bout des doigts, au fond du cœur, a de plus complété son expérience US par des Cours très pointus au Venise Institut d’Art Contemporain, ce truc fondé par la Peggy, pas loin de l’Accademia, et qu’elle visitait en promenant ses cadords, au bord du Grand Canal.
Les meilleurs acheteurs- les plus réguliers – peuvent être invités au second, qui est l’appartement privé du couple, bien que le nombre réduit des œuvres, et leur extrême qualité, transforment cet espace intime en une suite discrète et comme expatriée de la galerie. Seule la chambre n’est pas ouverte à la visite, bien que de très intéressants travaux d’Annette Farge et de Sophie Calle- mais ils le sont toujours -y apportent sinon de la fraîcheur (les deux artistes ne sont plus de la première jeunesse…) au moins une vivifiante ironie française bien propice à l’épanouissement habile des ébats.
En ce temps, dit-elle, davantage qu’aujourd’hui peut-être, les artistes français témoignent d’un goût pour la modernité affranchie de provocations jugées puériles à quoi s’abandonnent encore trop, selon Erika, les « faiseurs » d’Italie. Les Italiens, on les dirait sortis d’un concert de Nina Hagen, faut quand même pas charrier : on n’a pas besoin de vomir pour peindre, on n’est plus chez Boris Vian, et c’est terriblement dépassé, son Ecume.

Le succès, on l’a compris, est rapide. Les amateurs sont vite acheteurs, les œuvres passent, les marges s’épaississent très au-delà de ce que tout galeriste prétend : bien manger à sa faim pour que les artistes mangent un peu à la leur. Louable projet.
Comment ne pas espérer que le monde va mûrir vers une embellie permanente, galeries d’art et fric, bourse et bitcoin, DarkNet et petites gourmandises.
Le dernier geste pour l’assurance succès, sans doute est-ce le soir où, ayant tout de même un peu bu, Erika sort du petit bahut finlandais quatre photographies 21×27, encadrées de bois magenta, cyan, cobalt, noir, déjà porteurs de tout ce qui convient en matière de traces légères, petites rayures complices du temps, essoufflement de brillance comme après la course créative. Bref, de l’authentique garanti, et qui a vécu ce que vivent les gloses. En noir et blanc tiré à gros grain, les images (des vues de Mantoue en hiver, solitude et craintes du vent) ont été repeintes à la main, avec de la gouache toute simple, comme on a fait sur les carte postales des années cinquante.

Erika hésite, mais pas longtemps. Elle n’est en effet plus tout à fait maîtresse de ses propres inhibitions, un spritz un Talisker. Elle fixe les cadres, en cinq minutes, sur le palier entre les marches et l’appartement, et leur choisit une valeur marchande au sein de l’ineffable série bien connue, saison 75, « pied-de-nez-au-touriste ». On pourra toujours, avec les amateurs véritables, si besoin, plaider le troisième degré, au deuxième étage, en première intention.

Avant mon train pour Ferrare, et j’ai pris le plus matinal pour gagner une journée, l’échange de clés avec Erika autour d’un dernier café a eu lieu rapidement, on n’est pas chez Béroul, l’échange des « drueries » entre Tristan et Iseult, ça dure, ça dure. Je ne lui parle pas des photos-montages laissées ( à quel dessein, du dessin?) dans l’épais livre d’art, dernier tiroir. Dès que je l’ai quittée, j’en éprouve le regret, presque le remords : il faudrait toujours savoir non pas l’intention de l’opérateur – facile à repérer – mais l’intention/attention du modèle. Si l’on se montre c’est pourquoi ?

Retour au Airbnb, sur le livre d’or, Erika pourra lire : « Ecoute, Erika, le café n’est pas assez fort ce matin pour que je puisse poser entre pain et confiture quelques-unes de ces phrases en Téflon, par lesquelles des romans sont connus d’un lecteur et peuvent également servir de grille-pain ou de vide-poches. »
C’est assez obscur, mais ça correspond bien à l’image du vieux Français, et puis ce genre de trucs on oublie avant même d’avoir fini la phrase.

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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 37/99, Chapitre 12 – milieu. Histoire d’Erika, encore. La modernité affarnchie de provocations. A finir (l’épisode, non mais ! ) : 26 octobre. Sauf si. Mais il n’y a pas de  » sauf si ».

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