YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 46/99, Chapitre 15 – fin. Ne commençons pas à tout mélanger.

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Se donnerait-on la bise avant le départ ? S’entrebaiserait-on avant de se quitter ? C’est à cette question que, trois ou quatre jours plus tard, nous répondrons, ou pas, quand Silvia me fera signe d’attendre, depuis sa terrasse au deuxième étage, sur le point de la séparation. Je reviendrai d’une visite privée dans la galerie que dirige sa soeur, jute à côté du Castello Estense, le pâté en croûte pierreux de nos chers ducs d’Este. Ce sera l’heure du thé, si cette heure a du sens à Ferrare. Les bagages seront prêts, une valise cabine pour l’avion, un mini sac en bandoulière, et les outils nécessaires à ma tâche de voyageur pour les agences: tablette, appareil photos, bloc-notes. J’y ajoute sandwiche, tomates, et yaourt à boire, vieille habitude d’homme contraint à se passer de déjeuner pour l’urgence d’une notice attendue : les Juniors, à l’agence, leur cœur c’est un chronomètre..

Du haut de sa terrasse Silvia m’entendra revenir de ma visite, un peu excité par la disputatio sur les œuvres et l’art contemporain vieillissant mais elle ne le saura pas, la serrure électrique du portail sur la rue est un peu bruyante, on ne risque pas de se rater. Sauf si on veut. Mais elle ne veut pas ? Elle aura envie de savoir ce que j’ai pensé de tout ça, Ferrare, les rues et les vélos, les shorts et les plaques, la galerie, les ducs, les Juifs, Bassani, tout le bazar…et si j‘ai enfin des réponses. Je serai planté comme l’un de ses lauriers au milieu de la cour, parmi les pots fleuris, bermuda noisette, mocassins de veau brun, chemise légère pas trop colorée- vêtements pour client de galerie-, un peu en sueur car les rues auront encore été très chaudes, et je ne marche que du côté soleil.

Jamais d’ombre.
Elle fera le geste, mi sourire mi grimace, le mouvement toujours un peu dérisoire d’essuyer des larmes. « Alors, tu pars encore ? Et Bologne ce soir, toujours seul, l’avion demain matin?». Silvia connaît des réponses. Dans notre bizarre méli-mélo de vocabulaires, je confirmerai. Silvia sera sur la terrasse, au bord de la rambarde en fer forgé à claire-voie. Son buste, toujours dru tenu, sera couvert d’un T Shirt noir très ajusté, elle portera son ample robe blanc-crème, large, légère. En contrebas, je lui parlerai, en évitant de trop lever le regard vers cet en dessous de la jupe qu’une attention pointée soutenue par le mouvement de vent permettrait d’explorer avec davantage d’impudeur, sinon de précision. Silvia percevra l’équivoque de notre position et ma prudence. Cela ne la troublera plus. Elle dira quelque chose du genre :
« Caro, ne bouge pas, je descends de suite », mais attendra un peu avant de bouger. Permission d’en profiter. Juste cela. Bref épars noir : étoffe ou toison ? Un string déguisé en nu ou un nu méprisant le string?
Ensuite, dans le jardin de la rue Belfiori, nous aurons une brève étreinte ressemblant à celle de l’arrivée, en plus tendre, plus complice, naturellement.
« Es-tu content de ce que tu as pu voir ? » demandera-t-elle, malicieuse, sans préciser à quel moment, sur la terrasse, en ville ?
Nous n’aurons pas d’adieux émus, et nous ne parlerons pas de notre soirée, ce qui sera désormais « Le soir du Vieux Ghetto », rue Vittoria, sur la terrasse où il a fait si bon. Et si tiède. Cela se racontera plus tard. Patience dans l’azur.
Petits baisers, sa main sur mon épaule gauche, la mienne parcourant ce dos de la nuque à la limite qu’impose la pudeur, on dirait de vieux amis se quittant après les vacances.
Plus tard, sur le site par lequel nous dialoguons désormais, Silvia écrira des phrases trop émues, puis cette conclusion provisoire ( !), en Italien : « Je ne t’oublierai pas, ni les jardins, rue Belfiori ni celui de la maison de Giorgio Bassani ne t’oublieront. »
Ce sera tout de même un peu agaçant, on aurait l’impression d’une lycéenne découvrant la langue.
Pour l’instant, ne commençons pas à tout mélanger, ou plutôt ne perturbons pas la frise déjà complexe du temps puisque j’arrive, juste j’arrive pour la deuxième fois dans le petit jardin. Il faut s’y faire, il vocifère ( sans bruit aurait écrit Marguerite) : le narrateur est alternatif et répétitif. C’est l’art de la répétition, « Le Miroir qui revient ».
A Mantoue, j’en viens, la logeuse avait ajouté une bouteille de Prosecco, Mantoue est une ville pétillante. Erika de Mantoue, Stéfania de Modène, sans doute faudra-t-il que j’ajoute leurs histoires à mon rapport, le moment venu, si je me résous et me fatigue avec joie (oxymore, habitude de l’effort en montagne?) à rédiger un texte sur Ferrare.


Les attentions de Silvia,aujourd’hui, sont un hommage à mon retour chez elle vers elle, ou dans la ville vers la ville, deux mois seulement, à peine, après mon premier séjour ici. Mais, débarquant de Modène et Mantoue, je n’ai pas d’intentions au sujet de Silvia, ce n’est pas elle que je viens retrouver à Ferrare.


Celui que je cherche, c’est le nommé Giorgio Bassani, d’abord sa maison, ou plus précisément le jardin secret de Giorgio Bassani, c’est exactement ainsi qu’on doit nommer le but,oui, c’est ainsi que se formule un but : le jardin secret de Giorgio Bassani.

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 45/99, Chapitre 15 – début. Cette fois au moins on se donnera la bise du départ ?

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Chapitre 15

Parfois pour esquisser un rapport,
et d’autres fois pour esquiver un rapport
.

Quand j’arrivai enfin dans la vraie vie, pour la seconde fois à ce jour ( ni fantasmes ni anticipations ) (et deux fois une vie, c’est généreux) (quant à la troisième fois, la crise virale du virulent virus la diffère ou la digère) lorsque je parvins devant le portail métallique de la rue Belfiori, 33 B, le buste de Silvia dépassait de sa fenêtre au second.

La petite maison formait un escalier en L, Silvia logeait dans la partie longue, au-dessus de son vieux locataire, signor Barbinerelli, et la patte courte du L, c’était ‘mon’ duplex: lumière, calme au creux de la cour-jardin, et des commentaires fastueux laissés par les précédents voyageurs, plus ou moins truqueurs.
Depuis le bas de la rue étroite, privé de recul ( comme je le serai tout au long de mon séjour à Ferrare, d’ailleurs), je la voyais mal. A Ferrare, j’ai tout vu mal et tout tenté de faire bien. »C’est pas comme ça que ça marche, aurait dit l’ami Sergui« , un peu lointain, mais si proche.
« Ciao, je t’ouvre ».
Silvia et moi dialoguions,depuis les deux mois ou presque de mon précédent séjour, nous bavardions sur le site d’Airbnb, c’est gratuit, elle y est sensible. Mais pour ce type de voyage, l’approximatif suffit. Depuis le dernier message, elle était passée du Vous au Tu, mais rien que de banal dans la pratique italienne, on ne sait jamais très bien où on en est, bonheur des équivoques. Et quand on se retrouve au pied de la fenêtre, nos Anglais douteux mêlent le Tu et le Vous .
Descendue, Silvia me regarde : « Contente de te revoir, Le Français, vraiment, et comme tu es joli aujourd’hui ».

« Dommage qu’elle n’ait pas fait la photo« , écrira plus tard Marko, un Marko coco caustique mon Marko.
J’arrive de la gare, un peu encombré de valise et mini sac à dos. Je porte une chemise ample, à petites rayures multicolores. Avec le bronzage, l’air fatigué, on dirait une proclamation gay des années 2000. J’ai acheté la chemise, 8 ou 10 euros je crois, un dimanche, sur le quai de Seine désormais sans voitures, ou était-ce 15 euros, dans une brocante improvisée par un groupe humanitaire de trentenaires soignés, propres et bien élevés, on aurait dit le secours catholique, ou des permissionnaires dominicaux venus d’un pensionnat laïque pour attardés sociaux, il y en a plein les rues de paris, de ces gens là ( ils traversent même les confinements) mais désormais tous les bien–pensants se ressemblent pour des pik-nik sur les balcons ou leurs coins de quai quiets, fument des liquides dans du plastique, et parlent un idiome moitié secours catholique moitié Virginie Despentes. C’est mieux assuré, côté avenir.


C’est là que j’ai dit à Edith, entre deux étals de nippes, mon envie de retourner à Ferrare. Pas de raison que je la surprenne. Je voyage, elle travaille, conséquence d’une petite différence d’âge, dix ans. Depuis que je ne suis plus en activité je me promène ici ou là, regardant les passantes sans souci, parfois pour esquisser un rapport, et d’autres fois pour esquiver un rapport. Esquisse/Esquive. Excuse exquise? J’aime cette langue : deux lettres SS à la place d’une V, et tu crois ou tu fuis.

Cécile, elle aussi éloignée par une mission en Autriche, me conseillerait une lecture, un livre d’où se sont enfuies des lettres disparues. Cécile me conseille toujours des livres d’aventures et d’action.

A ceux qui s’en émeuvent, car le soupçon est une émotion, je garantis que, oui, seul, sans la moindre compagnie même le soir, j’aime parcourir une liberté de mouvements dénués de contrainte, et revenir chez moi pour raconter, ou penser à des rapports. J’ai toujours passé pas mal de temps à penser à des rapports, ça distrait. Il arrive que je publie autre chose sous pseudonyme, par coquetterie, mais les papiers sont en règle, toujours, et plutôt deux fois qu’une. J’avoue que j’aime assez avoir deux noms, ce n’est troublant que pour les bureaucrates. Même la gardienne de l’immeuble s’est habituée aux deux noms. Pour les chèques de l’Agence, j’utilise toujours les noms de famille (là encore, osons une suppression d’un lettre, M, et famille sans aime devient faille.)

Sur les pavés de la cour, ombragés par les jasmins, les chèvrefeuilles, l’acacia, j’ai posé les bagages, on hésite, peu de temps, on s’étreint comme de vieux amis que rajeunissent les retrouvailles d’été. Baisers légers, main sur l’épaule, geste comme de caresse paternelle, la mienne dans son dos, prenant garde aux limites vers le bas, mais Silvia, toujours très attentive au vêtement, porte un T shirt serré, très coloré, rien en dessous, c’est habituel, on perçoit la continuité de la peau et de l’étoffe, c’est agréable.
Pas d’équivoque, toutefois, pour mon retour à Ferrare : les usages locaux savent intégrer la promiscuité des corps sans proximité des attentes. Certaines américaines, ici, sur les places, font ça très bien, immense et bruyante embrassade volubile du voyageur, « Back to Ferrara, Gorgious! », comme si un cousin revenait d’une guerre cette fois sans mort, sans désastre, sans vaincu.
On se détache vite, Silvia dit : « Te voici de nouveau ‘at home’ ». On bafouille des à peu près gratifiants sur son Eden caché dans les ombres, cette cour maquillée de couleurs, sur le temps radieux, même trop chaud, Le Français le retour. Je suis presque chez moi, rue Belfiori,33 A.

L’habitude, ça va vite, aussi vite que l’oubli, ensuite. On apprend ça dès qu’on sort de chez soi.
A l’ouverture, comme la fois d’avant, la porte fenêtre grince légèrement. Silvia dit à nouveau qu’il faudrait huiler, elle s’en occupera, plus tard, « et tu te souviens de la grille à fermer pour empêcher les chattes de se goberger sur le lit ? « Je redécouvre l’odeur de la petite pièce au rez-de-chaussée, fruits frais et vanille synthétique, bois ancien ciré parfois, livres sur les étagères, pâtisserie fraîche. Silvia me dit qu’elle m’a fait un gâteau régional, pareil pareil, mais à l’orange cette fois. Elle propose un café, ristretto serré – concept intraduisible en actes- demande si je veux de nouvelles adresses de restaurant ? Elle me conseille, « si j’aime aller un peu plus loin dans la ville, et si j’ai toujours les moyens, cette fois La Providenza, Corso Ercole d’Este, dans « l’Extension » Renaissance, tout au bout, c’est quasiment la campagne, près des bosquets de « La Mura », vers la Porte des anges, et on voit au mur des photos de célébrités, dont votre ancien président Mitterrand, ou Mastroianni, ou ce mec du « Roman de la Rose », j’ai oublié son nom, enfin ça ne rajeunit pas.« 
Il y a deux mois, à peu de jours près, j’ai tenté de dîner, seul, sur la terrasse du « Vieux ghetto», mais un groupe de touristes allemands avait occupé tout l’espace – jusqu’au regard devenu insaisissable d’une serveuse alerte, rousse et patiente dont j’ignorais alors le prénom, Julia. On la reverra .
« Veux-tu que je réserve pour toi un soir ? Mais tu ne restes que trois ou quatre nuits, c’est court, c’est dommage. »

Viendrait-elle dîner avec moi au Vieux ghetto ? Silvia dit qu’elle ne dîne jamais en compagnie des locataires, c’est un principe, façon pour elle d’être sûre qu’ils reviennent, poussés par le désir qu’elle accepte, à force. Au fait, pourquoi suis-je revenu ? Pourtant, elle connaît la réponse : « Je viens regarder le jardin de Giorgio Bassani, tu te souviens que la fois d’avant, je n’ai pas pu trouver la maison, je manquais de temps pour les labyrinthes du quartier, et j’ai voulu au moins visiter le cimetière juif, voir la fameuse tombe du Bassani, et celle des Finzi-Contini, mais c’était samedi, c’était fermé, j’avais un train tôt le lendemain matin ». Silvia se souvient que j’avais quitté de très bonne heure le jardin rose de la rue Belfiori, sans qu’on puisse se dire adieu comme il faut, elle fait une moue :

« Au moins, cette fois, on se donnera la bise du départ ?« 

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Didier JOUAULT, pour YDIT-SUIT, Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 45/99, Chapitre 15 – début / Au moins cette fois on se donnera la bise du départ ? A suivre, épisode 46, le 26 novembre, sauf mauvais coup ( mais de qui, « cette fois »?).

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 44/99, l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, Chapitre 14 – fin .

POUR une LECTURE  de la version originelle mise en page:

https://wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/12050

Alzheimer aussi pour toi, mon vieux G.B., pas de raison de lésiner.

     D’autant, Giorgio, que tu aimais ressembler à Mama, tout faire pareil. Mais je n’en savais rigoureusement rien non plus : à M., je n’avais pas encore développé cette étrange curiosité globale, un peu naïve, un peu nocive, un peu maligne -tumeur grandissante- pour l’auteur du «Roman de Ferrare ». « Fais gaffe, disait Mark, si tu continues à trop te pencher, tu vas glisser dans le Bassani. » Il ne savait pas si bien dire, on le verrait dans le dernier chapitre

( techniquement, je le dis avec un peu de relents de pédanterie, c’est une « anticipation ». Mais pas de risque : nul sauf moi ne peut feuilleter le roman pour glisser vers la dernière page.Et je peux choisir l’autre dénouement).

Il était tard dans la nuit chaude de M. la populeuse. Naomi travaillait en Skype avec la côte est dans son bureau, Edith était partie se coucher. Je ne sais pas pourquoi Mark et moi avons évoqué Florence, en finissant un tout petit ( trop petit) fond de Lagavulin ambré, tiède à point.
Florence, elle fut un temps l’une de ses anciennes amoureuses, de quinze ans plus jeune, l’aventure avait été belle, courte. Avec Florence, ils étaient allés bien sûr à Florence, et nous avions pudiquement évoqué les fantômes que des amours anciennes laissent errer dans les villes, avec une pugnace présence, au point de parfois interdire qu’on y retourne. Ces présences qui détournent les avions pour les voir rouiller en vain sur le tarmac déserté de la mémoire.

     J’avais parlé de Fred et Venise, sauf qu’il n’existe nulle part de fantôme assez puissant pour empêcher qu’on revienne encore et encore visiter le fantôme absolu qu’est Venise. Je n’avais rien dit de Fred à Jumièges, de ma fine pochette Petit Bateau, ce n’était pas le moment des émotions d’Eros…On avait renoncé à ouvrir le Talisker 18 ans que j’avais apporté, en hommage à notre dernière mission commune, au moins dix ans de cela. « Tu te rends compte, et je ne crois pas que c’était déjà ce whisky-là. »

     Mark s’étonnait que j’aie bientôt soixante-dix ans. A force on ne compte plus sur ses doigts. Et, demandait-il, les autres ? Sergi ? Pas loin de soixante-quinze ? Cécile, notre petite jeunette, petite dernière, touchait la soixantaine. On comprend que ça fatigue. Surtout les Juniors de l’Agence.

     Ce sont des âges déraisonnables pour l’action, mais propices pour descendre dans la galerie des souvenirs, il en reste un filon à exploiter. Si on ne tarde pas trop. Du coup, on a ouvert le Talisker, même si c’était un autre whisky autrefois.

Une bulle de couleur indiquait, sur la tablette restée ouverte après la recherche de je ne sais quelle précision, sur la maladie d’Alzheimer, je crois, un message.
C’était Silvia, de Ferrare.

     Dire que j’avais failli l’oublier serait très excessif. Mais le temps commençait à effacer les mots.

Le message c’était : « Ciao, Caro. Je n’ai pas oublié ton passage dans mon jardin de la rue Belfiori, au 33B, ni ta gourmandise pour les gâteaux de Ferrare. Et j’espère que tu n’oublies pas ce qu’il te reste à faire « dans les murs » ?

« Et Bassani, à qui tu t’intéressais, je crois ? La fin de l’été, ici, c’est le festival de musiques de rues. Les jardins sont ouverts tard. Il y a beaucoup de monde, mais ce serait une belle façon de traverser les nuits à nouveau. A bientôt ?Je t’attends ? Oui ! « 

     Étrange texte : l’hôtesse avait compris ça :  l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, un faux décompte pur un faux départ, un maquillage du silence, un babillage posé contre les Placoplatre du souvenir.

     Mark, ayant lu, me disait : « Petit frère, mon poteau, tu n’as plus qu’une solution pour la fin de l’été : retourner planter des semences, dans ton nouveau jardin, à Ferrare. Et te déguiser en Narrateur Spéculatif« .IMG_3626

Dans le miroir doré du roman le narrateur se prépare aux dévoilements.

« Et hop, dirait Sergui, encore un prétexte pour se Narcisser ». « Il n’a pas même besoin de prétexte, ajouterait Cécile, c’est ainsi qu’il se cache le mieux. »

En route, puisque c’est ainsi, pour Ferrare.

     C’était d’autant vrai qu’un nouveau message venu de Silvia s’inscrivait en bulle colorée:

« Et puis, je n’ai pas oublié, Caro,  que tu veux explorer ce prétendu jardin dans la maison de Giorgio Bassani ».


Didier JOUAULT pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 44/99, Chapitre 14 l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, – fin. A SUIVRE…dans une petite huitaine ?(On ne veut pas vous envahir le confinement)

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 43/99, Chapitre 14 – début .

Pour une lecture en version originelle :

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Chapitre 14

L’Histoire n’est qu’un maquillage de l’absence

     Lorsque je suis revenu de mon premier périple italien, cette découverte profondément intime de la publique Ferrare, (« publique », la chose, la fille ?) j’ai dû m’acquitter rapidement d’une mission légère, acceptée en remplacement d’ARTURO, avant que, pour finir, l’été commençât. J’aime le subjonctif, son injonction différée.

     Ce n’était rien : deux ou trois jours à Tours -et Daniel, mon correspondant- a tenu avant le déjeuner à me faire visiter le musée du compagnonnage et des « Mères aubergistes ».

     Pendant le repas  sur cette place si touristique, Daniel-mon « régional »- me donnait de pénibles nouvelles : il avait été contraint de vendre la belle maison en tuffeau, où lui et quelques autres avions passé de belles soirées de travail, de bavardages, de grillades enfumant la mémoire : sa femme s’enfonçait dans les silences et les revendications, les absences et les récriminations de la maladie qui détruisait son cerveau. Fréquenter Alzheimer, c’est comme jouer aux dés avec Le Commandeur, finie la superbe du seigneur libertin, et même les valets de pique ne quittent pas la scène en criant  » Mes gages, mes gages ! » ( Mes gags? Mes gags?)

     Alzheimer tendance victimisation et agression, elle sortait, s’oubliait, portait des couches, injuriait quiconque s’approchait, fini le buffet joyeux de la simple présence double, quand on picore des grains d’existence.

     A présent, tous souvenirs aimables gommés dans la maison (les enfants, les amis), il avait acheté dans une résidence médicalisée spécialisée, espérant qu’on ne le prendrait pas lui aussi pour malade jouant la comédie de la mémoire. Il est vrai (chacun d’entre nous autres, à l’Agence, le fait) qu’il travestissait en simples détours les entrelacs complexes de son voyage, l’existence. De toute sa vie – déjà plus de soixante-dix ans – il n’avait jamais RIEN oublié. Pas une griffe, pas une douceur, pas une légèreté du ciel après l’orage un soir de marché à Port-Soudan, accroché au Bar de Flots noirs, dans une Suite à l’Hôtel Crystal...Il se souvenait de chaque phrase lue pour la compréhension des origines. Ainsi que se doit.

     Parfois, mes voyages et mes rapports, ce n’est qu’une façon polie de masquer le délabrement ou les sournoiseries de nos univers sans cesse reconstruits et perdus,  nos univers déguisés en façades de palais vieillots pour prélats replets ( les Juniors vont évoquer cette phrase devant la machine à café, sauf s’ils sont en télé-travail ), décors de pacotille. Pas la moindre amertume, cependant, on dit ça comme on dit : le temps passe, ou le vent de calme. Ou encore :  » J’ai tué six loups ».

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TOURS. Une fois mes rapports envoyés, j’ai profité des jours trop chauds dans la maison de Provence, où les filles sont venues, et nous avons pu aller ensemble visiter deux ou trois expositions de photo à Arles (hiatus!), dire tout le mal qu’on pense d’une rétrospective Vasarely à Gordes. Ensuite, nous sommes partis à deux, Edith et moi, dans une vieille maison de village louée dans les Alpes à des Hollandais débarqués ici vers 1968, mais les poutres ne sentaient ni l’herbe ni l’ail.

     L’Internet ne se laissait capter que pour des sautes capricieuses, la canicule produisait orages du soir et paresses du matin, nous revenions presqu’épuisés de longues balades en montagne, juste à temps pour un dîner de quasi-rien sur des terrasses presqu’inexistantes, et tout cela – qui était parfait- me proposait autant de prétextes solides pour ne pas fouiller mes histoires de Ferrare. Vous savez bien comme c’est facile de ramasser les prétextes à la pelle.

C’est là que j’ai décidé de me nommer Le Narrateur Spéculatif, pour rigoler de moi avec moi.IMG_3629.jpg

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En revenant de la montagne, nous sommes allés voir Mark et Naomi, à M., où il a conservé la grande maison de famille, maîtres vignerons, même après sa nomination à l’Agence de Washington. Les parents de Naomi,  elle pure américaine, eux descendants de réfugiés en 1933, viennent ici faire le parcours de la France. Le père aime aller acheter une baguette ‘tradition’ (il prononce mal, mais ça l’attendrit) et bavarder avec la fille du kiosque où il prend le New Yorker comme si c’était un billet de faveur pour l’entrée des Artistes de Ellis Island. Beaucoup d’artistes sont passé par l’île.

     Cette fois, ils ont été comme mis à l’écart, dans une autre maison (les américains de M. possèdent beaucoup de maisons) : la santé mentale de la mère – qui enseignait jadis à Yale la poésie française de la fin du Moyen Age et connaissait des centaines de vers de Charles d’Orléans- a encore subi une dégradation, précipitée comme un orage : Alzheimer propulse ses ravages avec l’imparable célérité sévère d’une torpille dans le bleu clair d’une eau désormais sans profondeur.

     L’impact a déjà eu lieu, la torpille envoie ses éclats dans le silence de la mémoire, mais on ne sait plus qu’on est en train de sombrer, de mourir sans souvenirs. Mon Giorgio a vécu cela : sa propre mère a souffert de la maladie de la mémoire. Souvent, on en souffre par l’excès.
Elle marche, mais ne se nourrit plus seule, il faut surveiller ses couches d’incontinente totale, elle ne regarde que les nuages, les nuages, longuement, longuement, les merveilleux nuages, et plus aucun nom ne résonne pour elle, pas plus Baudelaire que Charles d’Orléans.

     Pourtant son « Du Nonchaloir au Spleen, une esthétique de l’écho » avait été considéré, lors de sa publication aux Presses de Columbia University en 1989, comme un ouvrage apportant des réponses déterminantes à nombre de disputes entre universitaires. «La maladie de la mémoire est la maladie de la personne qui n’a plus rien à dire sur rien et choisit le silence », prétendait Giorgio Bassani dans une lettre (encore inédite, mais je l’ai consultée grâce à la complicité un peu douteuse de Silvia) envoyée de Venise à sa secrétaire, mais collaboratrice de toujours, et amie proche, peut-être tout à fait très proche, la célèbre Bruna Lanaro, il écrivait cela au moment de la mort de sa mère en 1987 «La maladie de la mémoire est la maladie de la personne qui n’a plus rien à dire sur rien et choisit le silence ».

     Il ne pouvait savoir que cette même maladie dévasterait à son tour sa propre intelligence et sa vivacité, à lui, le grand Giorgio Bassani, le grand Zampano de Ferrare, avec ses chaines violentées par la puissance des paroles, lui, le héros de Ferrare,opposant au fascisme et plus tard élu de la gauche modérée, lui sa mémoire du monde et de lui-même, progressivement, l’homme à la célèbre FIAT bleue, désormais le siège est vide, lentement, lentement, la torpille trouve sa route dans les méandres intérieurs, lui, pour la dernière décennie de sa propre existence enfoui dans le silence mémoriel de sa propre absence dans le miroir des paroles perdues.

     Alzheimer aussi pour toi, mon vieux G.B., pas de raison de lésiner. Pendant qu’on y est. Tout le monde y passe, beaucoup l’ignorent.


YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 43/99, Chapitre 14 – début / L’Histoire n’est qu’un maquillage de l’absence. A suivre.

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 42/99, Chapitre 13 , Un peu de nostalgie flotte sur le sang frais- fin .

Pour la mise en page originelle , travaillée :

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Le Turc, lui, s’il a encore toute sa tête, n’a plus de réserves, plus de cimeterre damasquiné, de turban platiné iridium, et surtout sa flotte poursuit son histoire par 30 mètres de fond. Clio pèche au fond du puits quelques restes de la splendeur ottomane.

Le temps passe comme le vent,
Il n’est si beau jeu qui ne cesse,
En tout fault avoir finement
Sans grant espargne de liesse ! »

art modele galerie statue

Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

« Tu me surprends toujours, NERO, »
-« C’est pour ça que tu m’aimes un peu, non ? »
-« Si tu avais été roi, pris à Pavie, tu serais sorti de la vie, et, hop, fini, alors, plus de Joconde mystérieuse, plus de Chambord construit sur un plan d’alchimiste, et même pas de Da Vinci Code ? On se demande quelle sauce tu vendrais, NERO, à tes gogos ? »

Il dit qu’il aime lire ou entendre les histoires de ce genre, des récits à personnages simples et ficelles visibles, le Gand Maître délégué, le Sultan, tout ça, reconnais, c’est plus simple que les brumes ambigües de Ferrare l’équivoque.

Silvia interrompt ici le bavardage de plus en plus vain. Elle observe : » Ici, sur ce mur aux chiffres symboliques,

rien ne rythme la ville, les clochers ne sonnent pas, les hôteliers l’ont obtenu. Si Malte avait été prise, tout à l’heure, tu entendrais le muezzin faire rentrer les poules dans le jardin des Bassani. »


Didier jouault pourYDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 42/99, Chapitre 13 , Un peu de nostalgie flotte sur le sang frais-fin. Assez rude, la fin, non ? Mais ça suffisait, avec l’un peu lourde opposition des deux mondes. Ainsi, même pas une semaine entière pour le basculement raté du centre de la guerre et de la culture de l’Orient vers l’Occident , quatre épisodes pour un récit, on peut pas se plaindre de la rareté du narratif ! Bon, ça mérite sans aucun doute une petite pause. Temps libre pour tout le monde! Et rendez-vous le 15 novembre, ne vous ennuyez pas d’ici là.

 

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 41/99, Chapitre 13 – ça chauffe toujours entre Orient et Occident -second milieu, chaque homme vaut deux ou trois fois le prix d’un joli harem.

NERO : « Tu connais les souterrains, les tunnels d’ici, à Ferrare, entre chapelles primitives et, parait-il, le vieux ghetto des origines, non ? Et tout ce qui peut s’y passer maintenant? »
Silvia aimerait qu’il arrête un peu, avec ces balivernes, vraiment, les tunnels, tout ce clinquant, c’est juste bon pour les touristes. « Tu veux vraiment que je poursuive la lecture? »

Le commentaire continue, en traduction automatique, dévorant toutes les énergies alentour :
« Entre le 2 et le 7 aout, tout ce qu’il reste de poudre et de boulets tombe sur les Francs, on dirait une dévastation semblable à celle d’un débarquement Allié en Normandie. Le 7, qui est un samedi, à midi, car ils aiment aussi les symboles, enfin les Turcs attaquent les bastions majeurs, saint Ange (à la pointe nord ) et Castille, au pied sud de la colline. C’est la fin, pensent-ils, à peine capables d’encore prier, persuadés cependant de ne trouver en face d’eux que murailles détruites ou défenses crevées, chevaliers en haillons, armes abandonnées, peuple affamé, femmes dévastées par la douleur que du beau et du bon, pour un assaillant de moyen, calibre et de conscience nulle.

On ne peut pas évoquer une balade de santé, mais il s’en faut de peu. Le sultan, depuis les hauteurs, surveille et dirige, en particulier il veille comme un père à l’engagement des Janissaires, puissante mais coûteuse cohorte qu’on dirait aujourd’hui ‘d’élite‘, une sorte de Navy Seal. Chaque homme vaut deux ou trois fois le prix d’un joli harem, d’accord c’est pas le même usage, même s’il ne s’agit que d’exposer sa puissance. »

Silvia fait un geste vers NERO, assis tout à côté : elle aimerait à boire. Il se lève.

Sans s’interrompre, mais haussant le son elle donne la suite de ce non-dialogue, dont elle précise au passage, à nouveau, qu’il a été rédigé en mauvais Anglais, de sorte qu’on doit s’en remettre à un traducteur inhumain, pour un texte plein du sang des hommes. Paradoxe, mais banal.

Ils ont l’impression d’entendre le dialogue d’un mauvais film d’action, l’un de ces opus pour héroïne qu’aime la belle (peut on dire ca ?) Erika, sauf que ni les Ottomans ni les francs n’ont de guerrière en armes.

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« Vers 14 heures, l’assaut des Ottomans paraît faire vaciller l’Occident. La clé va tourner, la porte muette parler – en Arabe. Peste ! Encore une fois, le Temps peut basculer d’un côté ou de l’autre. Toute l’Histoire du monde est au bout d’un cimeterre damasquiné, ou d’une épée trempée à Tolède. Le Sultan, un zeste impatient,  est debout sur les étriers de cuir puant sous les sueurs.

L’Orient/L’Occident, la bagarre interminée, on a compris.

Dans le donjon, sur le haut de la tour, Le Grand Maître délégué, Léopold de Marquenterre, a les foies, carrément, ça lui a jamais tant plu, la guerre, les batailles,  les bastons, là lui, en fait, surtout il n’a jamais imaginé de pouvoir perdre, pensez-donc, le Grand Maître des Hospitaliers, rien que le Titre, tu t’enfuies, normalement, les Turcs non, pas rassuré le Léopold, mais il parvient à communiquer ses ordres, en fait ça veut dire :

On se tire, on met les bouts, y’en a marre du carnage qui ravage, je suis pas moine pour mourir en guerrier, ni guerrier pour mourir sans prier, amène toi François, fais pas le fiérot frérot, et merde si l’Occident se le fait par derrière,  enfin tu vois ce que je veux dire, plus rien à foutre de ta Porte du Levant, couchée La Porte, donne la papatte, tant pis, on parlera en Arabe, en Turc, en Javanais, en je sais pas quoi, et basta, y’a pire, non ? ça pourrait être en Chinetoque, en Bambara,  j’en ai les boules qui enflent de toutes ces conneries de Temple depuis des dizaines d’années que ça dure et qu’on endure, faut savoir fuir à temps, comme disait le philosophe, tu sais ce qu’ils en font, des boules d’Occident, tes potes à cimeterre ?

Bref, ses ordres parfaitement nets, « Sauve qui peut » il les envoie au maréchal François de Mortain, le maréchal l’amiral, ça rime à rien, on s’en souvient : «  Retraite ! ». Mortain s’en fiche. A son Grand Maître délégué, il est trop loin pour lui faire un geste déplaisant, et si peu fraternel. Pour lui, tous les témoins du temps s’accordent là-dessus, le Grand Maître délégué n’est qu’une flanelle de Gand, une armure habillant du vent. Il néglige d’obéir, l’amiral maréchal nous voilà pas !.. Déjà que Mortain ça commence mal pour un soldat, On va pas se laisser virer comme des blettes, écraser comme des blattes, sans une de ces bonnes petites contre-attaques, nom d’un Mortain. Retraite, mon cul, dirait-il en Queneau dans le texte.

Il a raison : faute de l’ avancée rapide prévue, les Janissaires sont enfermés comme dans un piège entre les fortifications du dehors et celle du dedans, soumis à deux feux convergents. Pif-Paf, on dirait des baffes dans une BD, où t’as mis la potion ? Or, un Janissaire c’est beaucoup beaucoup plus cher qu’un légionnaire. Le Maréchal-amiral lève son poing couvert de métal. On se croirait à Verdun, au chemin des Dames. Pire, dans la cuvette de Dien Bien Phu, et plus un seul avion pour apporter de l’aide. Plus un para, plus un béret, plus un bizarre, un Bigeard, mais des Rouges, autant que tu veux.

NERO, revenu avec la citronnade, demande : « Il a réellement écrit Indochine, le Vieux Français  ? »
Silvia hausse les épaules, ne commente pas le commentaire, continue son atone mais émouvante lecture:
« En même temps, la fameuse cavalerie des Hospitaliers, chevaliers d’Orient et d’Occident, la formule va survive, redoutée de tous mais qu’on pensait privée de chevaux, lance la fameuse contre-offensive imprévisible, « miraculeuse » écrira un commentateur anonyme. Chevauchant, il est vrai, un peu tout ce qui peut se monter (et c’est tout juste si on ne voit pas deux chevaliers sur un seul cheval, comme dans l’iconographie de la légende templière ), la déferlante franque, bannière du Christ, bliaud blanc frappé de la croix pâtée rouge, et rougi déjà de tant de sang de tant de frères, prend à revers et par surprise le campement Ottoman, ça s’appelle au sens strict se faire mettre, campement où ne sont plus que malades, blessés, femmes de joie et ultimes réserves stratégiques. Alors, c’est un « beau et grand massacre de gens et de biens», qui brûle même la tente du Sultan occupé à diriger ailleurs son armée maintenant vaincue, quelques survivantes échappant au viol grâce au vœu de chasteté de moines-soldats.

Pour un peu, on croirait Zoe Oldenbourg décrivant la prise de Jérusalem, Tarentino c’est du Châteauneuf du pape, à côté.

D’ailleurs, se demande Silvia ( mais n’ose le dire pour ne pas dé-orienter son héros le NERO) :

Les Chevaliers d’Orient et d’Occident, ont eu des enfants, spirituels au moins. Ils ont façonné une légende, fabriqué des récits, inventé leurs décors de cérémonie :7 sceaux qui figure sur le tablier du grade, en principe. Sur les 7 cachets, on  trouve :

· un arc, une flèche, une couronne d’or signifiant que la décision prise est exécutée avec la même promptitude et exactitude que la flèche tirée,

· une épée à deux tranchants : pour toujours combattants pour la défense du droit;

· une balance : banalement la justice,

· un crâne: la vie, la vanité de la vie

· une étoffe tâchée de sang : ce qui témoigne du combat ancien

– 7 trompettes et parfums, 7 le chiffre symbolique par excellence, rien que sur le 777 pages pourraient s' »écrire- ce qui est mieux- évidemment – que 666.

Mais- se dit encore Silvia écoutant les mouvements sonores de NERO dans le duplex rose- tout ça fait un peu brocante provinciale,  on imagine de vieux chasseurs d’image rancis dans leur mémoire devenue dentelle, un jour Google pour des relents de chevaliers usés, un jour pour des photos d’armes blanches, un jour images de nus, alors que – pour finir, de ce qu’elle peut savoir par son aïeul, dont elle ne dire jamais rien, Silvia connaît le dépouillement rose ( comme son jardin ) sur fond doré des objets descendus des Chevaliers.


Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 41/99, Chapitre 13 – ça chauffe toujours entre Orient et Occident -second milieu. « Chaque homme vaut deux ou trois fois le prix d’un joli harem ». Suite et fin : mercredi, jour des enfants, pour bien finir (rien de tel- hélas- su’un suspense pour l’attention et la tension! Ainsi, même pas une semaine entière pour le basculement raté du centre de la guerre et de la culture de l’orient vers l’occident , quatre épisodes pour un récit, on peut pas se plaindre de la rareté du narratif ! Bon, ça mérite sans aucun doute une petite pause. 

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 40/99, Chapitre 13 – La castagne / premier milieu.

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Malte, donc, si on n’a pas oublié la carte en deux jours, c’est aussi, comme le montre le premier regard sur une carte de la Méditerranée, la base parfaite pour s’attaquer à la Sicile, l’Italie…NERO, dirait-on, prend plaisir à écouter, au moins s’agit-il de mots qui vont lui servir pour ses touristes attirés par « Ferrare la Mystérieuse », tout est bon, s’il s’agit de templiers ou de palimpsestes, et autres âmes errantes spécialistes de la rencontre de bazar objectif. « Il n’y a plus que ces machins là pour retenir le touriste, enclencher le salutaire réflexe du pourboire. Plus tu leur exposes l’incompréhensible, et davantage ils s’ouvrent à la générosité. D’ailleurs, ça ne vaut pas que pour les visiteurs », tu sais?

Silvia ne relève pas, le moment philosophique n’est pas venu.Parfois, hôtesse pour AirBnb, c’est un peu galère. Justement, tiens. la flotte qui flotte, elleElle  continue à lire, dans la traduction de Google, ce qu’envoie le Touriste Impénitent, par ailleurs Narrateur Spéculatif, comme on avait noté, mais tout se combine dans l’usage de la parole au lieu du chemin : « Le 24 mai, l’artillerie turque commence à tirer sur le fort Saint-Elme, depuis la pointe des Potences que les Ottomans ont occupée sans coup férir, de sorte que, dès le soir du 6 juin, une dent de la forteresse est prise. En réaction, mais en réaction lente car tout est lent, tout est brûlant, il n’y a ni assez d’eau ni assez de chevaux nécessairement venus du Perche – les montures arabes sont trop maigres pour eux- les Chevaliers de l’Ordre de Malte, qu’on nomme encore «  Hospitaliers » dans les textes arabes, après une prière matinale ardente de foi et peut-être aussi de désespoir, les combattants dits « Francs » transportent l’artillerie sur les murailles du puissant fort saint Ange. »

NERO aimerait prendre des notes. Cette histoire n’a rien à voir avec Ferrare, mais toute narration d’un affrontement entre l’Occident et l’Orient, c’est du bon pain pour la curiosité assez ignare des touristes en polo Lacoste et Bermuda Gap. A 50 euros le tour, c’est déjà bien qu’on ait un peu d’Hospitaliers, de siège de Malte, de suspense et de sang sur les flancs de La Mura. Partout est La Mura. Dieu est la Mura. Les royalties sont la Mura. Que riche soit la Mura, et idem pour son guide ! Surtout Orient/Occident, on parle là de guerres pluri-centenaires. Des migrations de même. Actuel.
Vaguement agacée, mais NERO ne la surprend plus, depuis tout ce temps (on vous racontera) Silvia reprend :
« Cela ne suffit pas : les canons des Francs sont trop courts, les Vénitiens ont livré des armes mal finies, les Génois des poudres imparfaites. Chez les Francs l’angoisse augmente et Léopold de Marquenterre, contre l’avis de son Conseil, lève un nouvel impôts sur les Juifs, dans l’espoir d’acheter des armes plus fiables. « On a toujours raison, dit-il à son confesseur, le père André, on a toujours raison de prendre les Juifs pour banquiers. »

« C’est déjà trop tard », pense d’abord le sultan qui connaît son calendrier : la flotte ottomane s’est assurée la maîtrise de la baie : éloignée des remparts de la ville, la garnison franque parvient cependant à tenir tête, évitant une défaite douloureuse des Hospitaliers. Beaucoup se joue ici, en ces jours, quant au destin de l’Europe. L’Orient, l’Occident, la clé d’or pour la porte d’or, un homme qui dort?  Toujours la même chose. Mais ça ne sert pas à rien de le répéter.

-« T’imagines, interrompt NERO, gigotant sur la chaise noire du jardin rose, si l’onde s’enfle dessous et d’un commun effort les Maures et la mer montent jusqu’au port, et pour un piège se couchent contre terre, à Ferrare, à Rome, à Paris, chez ton copain ? Tu vois le carnage ? »
« Les Ottomans, dès le 23 juin, ont pu conquérir la citadelle saint Elme, de l’autre côté de la baie, en y laissant des centaines de cadavres « on aurait dit qu’on marchait dans le sang, mais ce n’étaient que des ennemis de Jésus », écrira dix ans plus tard le père dominicain San Paolo, dans son tellement célèbre «  Grand et Véritable Récit du siège de Malte qu’ont perdu les Ottomans par la grâce de NSJC, cassez pas les burettes, un bon anagramme n’a jamais réduit la grâce efficace».
« En effet, s’ils peuvent bombarder de façon quasi continue le fort saint Ange de l’autre côté de la baie, les Ottomans paient cher leurs très lourdes pertes : le 15 juillet, bien qu’une des réserves de poudre génoise ait explosé (c’était vraiment de l’arnaque, ces Génois sont des coquins)  creusant un petit trou dans les remparts et un gros dans les rangs de Francs, les Assaillants ne sont plus assez nombreux pour tirer parti de leur avantage, et quand t’es plus assez solide pour tirer parti, moussaillon, t’as plus qu’à tirer des bords.

Silivia demande s’il faut vraiment s’infliger l’entière lecture ? NERO, c’est souvent le cas, s’indiffère. Au fond, les histoires, ça le berce. Et puis elle a une jolie voix, elle sait ? -Oh, ça va, ça va, NERO. Pas à moi, je ne vais t’inviter nulle part.
Soit : « Depuis presque cinquante ans (il date de 1522) un pont flottant rejoint les deux rives de la crique. Il ne sera jamais coupé, malgré des tirs multiples, de sorte que les Chevaliers peuvent, au prix d’un cirque équestre, passer d’une rive à l’autre, de Bagù à Senglea, pour apporter la réponse nécessaire à chaque offensive ottomane. Fatigant pour l’homme et le cheval, mais ça marche. L’offensive échoue sur la terre, même si une part de la ville est détruite : quelques dizaines d’Ottomans parviennent à s’engouffrer dans une brèche au nord du bastion saint Ange, mais sont repoussés, enfin exterminés conviendrait mieux, par une étonnante charge d’Hospitaliers en large part démontés, encore qu’on imagine mal un moine-soldat démonté, la croix d’un côté, la selle de l’autre, et Lego pour le reste ?

Dans son «  Histoire pour servir à l’honneur des Chevaliers de Malte », Sigismond Von Hertzenbourg prétendra que la manœuvre a été décidée par le maréchal des troupes hospitalières, François de Mortain, en fait beaucoup plus amiral que cavalier, or ça tombe plutôt bien puisqu’il s’agit de manœuvrer des bateaux. On sait à présent que le déplacement des bouches à feu, véritable clé de la victoire, s’est produit sans ordre, et même dans le merdier le plus total, sous l’impulsion de quelques groupes d’habitants lassés de l’incroyable incurie hospitalière, en particulier « Ceux de la synagogue, las de payer sans gagner», eh oui, expression rencontrée dans un témoignage d’époque, mais on ne sait pas de quoi il aurait été question ?

Quoi qu’il en fût, côté images, dans le style décalage  bien sûr apparent, on est gâtés. Un peu lourd sans doute? On ne se refait pas à soixante-dix ans.

De toute façon, quand t’es plus assez solide pour tirer parti, moussaillon, t’as plus qu’à tirer des bords, on te l’a déjà dit. Ottoman ou nan.

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Didier Jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 40/99, Chapitre 13 – La castagne /premier milieu. A suivre  : second milieu ( apprécions cet endroit qui a deux milieux, c’est opulent, mais c’est aussi deux mondes), en novembre, cette fois, promis, un peu de Malte ou de malt contre les brumes, rien de tel)

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En réponse à votre question…à nouveau, et plus encore qu’avant-hier…

CONSEIL :Pour accéder au texte tel que mis en page sur WordPress, cliquez :

https://yditblog.wordpress.com/2020/10/27/en-reponse-a-votre-question/

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EN REPONSE :

Il faut rappeler un tout petit nombre de faits :

DONNEE 1 :

C’est tout à la fin de DECEMBRE 2019 que j’ai pu terminer le roman intitulé

 » Le jardin de Giorgio Bassani ».

DEPUIS, à de rares retouches près, je n’ai pas voulu modifier ce texte, sauf en ajoutant cette dérivation sans dérives : les étapes du Voyage à Taxos, chez Michèle et Laurent, espèce de méditation amusée autour des évidences de l’impudeur qu’appelle toute représentation de soi, mise en scène, qu’il s’agisse d’écrire ou de se montrer devant d’autres.

Au PRINTEMPS 2020, les éditeurs ayant refusé le roman, ou s’étant placés en silence-réponse en raison de la crise, j’ai pris le décision de mettre le texte au jour ( c’est-à-dire en fragments et en images), sur le site « WordPress ». En prologue souriant, j’ajoutai : les parcours de l’auteur chez les éditeurs.

Un tel travail a – dès lors- pris la suite et la place de celui commencé en 2015, les « Séquences Publiques d’OUBLIeS ». Par ces choix, il s’intègre dans une longue succession, à rythme variable, programmation sur un an ou presque.

Les accélérations violentes de nos histoires, crise sanitaire/crise terroriste, etc. ont pu faire l’objet de brèves allusions, pas davantage. A défaut, il se fût agi d’un autre texte- et nombreux sont déjà les produits en cours ou publiés à partir de ces crises.

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DONNEE 2 :

Par volonté de conserver une forme d’harmonie entre des séquences, je ne confectionne pas les posts (découpage des chapitres/ recherche d’images/ mise en page) un par un, mais par groupes qui correspondent à deux ou trois ou quatre chapitres. Les réalisations produites sont ensuite « programmées » sur le site « WordPress », plusieurs semaines à l’avance pour les derniers fragments travaillés. Je peux, par cette pratique d’anticipation, « oublier » le travail en cours, le mettre à distance du quotidien, sans qu’il s’abandonne à lui-même, et vivre dans l’absence de cette présence, le devoir du rythme,

bel avantage.

AINSI, le texte et les mises en page sont très décrochés des actualités- même si (on le regrette !) les échos du réel paraissent venir s’y confronter, parfois.

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DONNEE 3 :

Il va de soi que la ligne de narration ( et de lecture) va de Bassani-militant à Bassani-écrivain, en passant par la présence des Juifs à Ferrare, leur Histoire et sa fin, l’accueil des ducs, les lois raciales de Mussolini.

Mais une autre ligne, moins marquée, apparaissant comme en pointillés, vise à évoquer (sans raisonner, ni élucider car ceci est un roman ! ) les relations entre Orient ( disons Moyen-Orient) et Occident. Dans cette perspective, on a déjà pu lire (et voir) les posts à base très historique : la « traque et la fin » de Ben Laden, un peu teintés ( je le reconnais) de couleurs aventurières. Dans cette perspective, on va lire les posts consacrés (là encore selon des données historiques) au siège de Malte, point majeur de la friction OCCIDENT/ORIENT recréee par les Croisades.

L’un des personnages, on le verra, s’estime  » Chevalier d’Orient et d’Occident ».

La tonalité de ces deux séquences,

dites  » BEN LADEN » et  » SIEGE de MALTE »,

bien entendu sans le moindre hasard, entre en résonance avec les actualités, mais- j’y insiste- sans que celles-ci, très postérieures à la modeste confection de ma « série », soient ni méprisées ni détournées.

Il m’a semblé utile d’éclaircir ce point…

Bonne lecture !

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Didier JOUAULT, pour YDIT-SUIT,  » En réponse à votre question », hors texte.

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YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 39/99, Chapitre 13 – Le récit de la castagne/ début.

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Chapitre 13

Plus tard, vers 14 heures, l’assaut des Ottomans paraît faire vaciller l’occident.

Ensuite, car on avance toujours malgré l’avant,  sur le site qui permet de communiquer entre les propriétaires et leurs ‘invités’, Silvia et le voyageur avaient échangé quelques formules de commentaires, convenues et banales.

Depuis, aux lignes élogieuses mais distantes du prétendu touriste, lors de ce premier passage à Ferrare, il arrivait que Silvia répondît avec une émotion et un empressement peu coutumiers. Presque toujours, l’échange se limite à des congratulations sans suite sur, d’un côté, l’excellence de l’accueil et, de l’autre, la perfection des mœurs du visiteur, BnB laissé impeccable. C’est inutile et mièvre comme tous les livres d’or. Juste pour l’image de soie.

Quelques jours après que le voyageur eût quitté Ferrare la première fois, alors qu’il avait selon son programme regagné Paris par Milan, l’hôtesse du jardin rose rue Belfiori, 33 B, avait brutalement demandé : « J’ignore tout des usages d’un Parisien inactif, que fais-tu aujourd’hui par exemple ? ». Interrogation de pur genre phatique. Mais radicalement hors des usages. A sa place, au narrateur, je me serais méfié. Mais lui, jamais : resté naïf- ou indifférent aux humeurs. Se méfier? Se couper la main de l’espérance.

Silvia écrivait ensuite : «  Caro, il y a dix jours que tu es venu ici, dans mon petit jardin rose, et d’autres ‘invités’ depuis ne m’ont pas permis d’effacer la trace de ta présence- si différente – j’espère que tu auras l’occasion de revenir pour que nous bavardions avec notre langue étrange faite de sourires, de mots prononcés à tort et à travers, de gestes des mains ».
Surpris, intéressé de l’intérêt (car quoi  d’autre intéressant?) curieux de la curiosité (etc. !) l’ex-hôte faillit répondre d’un provocant « J’écris Paludes », mais il n’était pas certain que ce fut compréhensible, de nos jours, surtout à Ferrare, où l’on ne jure que par ce bon vieux Giorgio, son jardin, son Finzi et tutti quanti, les continents des Contini incontinents(l’ancêtre avait mal fini, comme souvent au milieu des familles conquérantes)
« Je travaille, mentait-il, sur ‘Les guerres de la renaissance XV-XVI’, chez Autrement, un bouquin de Thomas F.Arnold, déjà ancien, il date de 2002. Mais ces guerres n’ont pas été refaites depuis. Enfin, je le crois. Ce ne serait pas dans les usages. Donc pas de risque. »

Elle n’avait pas du tout perçu ce type d’humour.

-« Que lis-tu, de si long« ? demande pendant ce temps NERO, le guide un peu toc spécialisé en « Ferrare la mystérieuse » (qu’on ne vous a pas encore présentés,  ni la mystérieuse ni le guide, patience, il aura ses heures de scène, et ses intermittences d’attention, dans l’ancien ghetto tout le monde le connaît, on a bien le temps, on arrive à peine au chapitre Treize- et vous avez compris qu’il y en aura environ à peu près Quatre-vingt-dix-neuf. En tout. Si tout se passe bien.)

Néro – l’homme double, on le verra bien assez tôt, s’assied sur l’une des chaises métalliques du jardin rose. Le soleil donne une lumière trop vive encore pour qu’on puisse lire par-dessus l’épaule de Silvia. «Des commentaires sur Airbnb » ? Il n’a pas l’air d’y croire.
Silvia répond qu’elle anime le réseau. Formulation particulièrement moderne. Il faut entretenir l’appétit des voyageurs. Depuis longtemps, le label «Italie » ne suffit plus, même pour des Chinois, des Moldaves, des Turcomans, des Tibétains…. Elle demande à NERO ( tantôt majuscule tantôt minuscule, selon les jours, personne n’échappe à ça) s’il veut entendre le commentaire du Vieux Français, en traduction ? Qu’il aille se servir un verre, le frigo du BnB est resté en marche.

Comme Silvia, sur le site, s’interrogeait sur ce qu’on pouvait bien chercher là-dedans, ce bouquin de Arnold, « Les Guerres de la Renaissance« , le passager racontait les nouvelles armes, les nouvelles défenses- ce qui n’est pas sans rapport avec « La Mura » de Ferrare, l’épaisse muraille de briques de pierres et de terre ceinturant la ville, comme un vigile ceinture la gamine sortie avec le flacon de Mademoiselle N°5, pourtant c’est un faux, directement importé du Gand Bazar d’İstanbul, « Monsieur, un faux de chez faux, je vous jure, y’a qu’a sentir ». « Je m’en fous de tes explications, et je suis pas là pour sentir les poulettes, tu l’as payé ou pas ? Sinon, je t’envoie passer l’après-midi chez le vieux Gabriel, un spécialiste de l’age vert, t’en verras de toutes les couleurs, des numéros, c’est tout sauf un ange. »

Silence. Puis, Silvia lit, presqu’en criant (car NERO est encore près du frigo, qu’est ce qu’il far fouine ?:
« La poudre et les canons requièrent des bastions d’angle qui permettent de couvrir toutes les données de tir. Les chevaliers deviennent cavaliers, l’art de la guerre c’est de moins en moins la beauté de mourir dans l’honneur sur un champ de bataille ordonné, de plus en plus la grabouille, la tripouille qui farfouille, la ratatouille, la castagne, boue sang et larmes. »
A ce moment NERO apparaît de nouveau dans l’espace triangulaire du petit jardin rose rue Belfiori, numéro 33 B – mais si on n’a pas encore retenu le numéro…. Silvia peut ainsi baisser la voix. Elle poursuit sa lecture.
Selon le visiteur français, le siège de malte, en 1565, est un bon exemple. Pour l’Empire Ottoman, pour le sultan, le célèbre Solimane, Malte est un fort enjeu symbolique, puisque les tout derniers vestiges, les ultimes héritiers des grands ordres chevaleresques (Templiers, Hospitaliers) y ont leur siège spirituel et matériel, réserves d’or et butins d’armes, palimpsestes mystérieux et protocoles secrets : les comptes de l’Occident. C’est aussi, comme le montre le premier regard sur une carte de la Méditerranée, la base parfaite pour s’attaquer à la Sicile, l’Italie…et davantage. Si on La Clé ouvrant la porte muette entre Orient et Occident, passez muscade ( et aussi encens, soies, pavots). Une clé d’or, un homme veille. Toc. Rappel géographique?

Et puis, ajoute l’un d’eux,  » Obama/Ben Laden,c’est encore une histoire -au fond- d’Orient et d’Occident. »

– « Tu charries, dit l’autre, me ramène pas un Navy Seal dans le jardin comme une ombre dans ma lumière. »

« Tu ne comprends pas : Occident et Orient, il n’y a que ça, depuis toujours et pour la suite, le reste c’est de la poudre aux yeux, Obama/Ben Laden, le siège de Malte et même le virus venu de Chine, encore maintenant et plus tard, c’est toute l’histoire du monde, et ça va pas finir comme ça. »

Et alors ils se prennent encore à parler du siège de Malte. On ne sait pas où on va, mais on y va- comme on dit dans les romans de Bassani. Enfin, peut-être?


didier jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 39/99, Chapitre 13 – Le récit de la castagne/ début. A suivre- lentement, ça chauffe ! On est jeudi ? Bon, je me débrouille. dans deux jours, ça ira ? Bon pour le week-end pluvieux ? La fin des congés des élèves ?

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