YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 39/99, Chapitre 13 – Le récit de la castagne/ début.

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MIEUX VAUT CLIQUER SUR CE LIEN , l’OUVRIR, patience=

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Chapitre 13

Plus tard, vers 14 heures, l’assaut des Ottomans paraît faire vaciller l’occident.

Ensuite, car on avance toujours malgré l’avant,  sur le site qui permet de communiquer entre les propriétaires et leurs ‘invités’, Silvia et le voyageur avaient échangé quelques formules de commentaires, convenues et banales.

Depuis, aux lignes élogieuses mais distantes du prétendu touriste, lors de ce premier passage à Ferrare, il arrivait que Silvia répondît avec une émotion et un empressement peu coutumiers. Presque toujours, l’échange se limite à des congratulations sans suite sur, d’un côté, l’excellence de l’accueil et, de l’autre, la perfection des mœurs du visiteur, BnB laissé impeccable. C’est inutile et mièvre comme tous les livres d’or. Juste pour l’image de soie.

Quelques jours après que le voyageur eût quitté Ferrare la première fois, alors qu’il avait selon son programme regagné Paris par Milan, l’hôtesse du jardin rose rue Belfiori, 33 B, avait brutalement demandé : « J’ignore tout des usages d’un Parisien inactif, que fais-tu aujourd’hui par exemple ? ». Interrogation de pur genre phatique. Mais radicalement hors des usages. A sa place, au narrateur, je me serais méfié. Mais lui, jamais : resté naïf- ou indifférent aux humeurs. Se méfier? Se couper la main de l’espérance.

Silvia écrivait ensuite : «  Caro, il y a dix jours que tu es venu ici, dans mon petit jardin rose, et d’autres ‘invités’ depuis ne m’ont pas permis d’effacer la trace de ta présence- si différente – j’espère que tu auras l’occasion de revenir pour que nous bavardions avec notre langue étrange faite de sourires, de mots prononcés à tort et à travers, de gestes des mains ».
Surpris, intéressé de l’intérêt (car quoi  d’autre intéressant?) curieux de la curiosité (etc. !) l’ex-hôte faillit répondre d’un provocant « J’écris Paludes », mais il n’était pas certain que ce fut compréhensible, de nos jours, surtout à Ferrare, où l’on ne jure que par ce bon vieux Giorgio, son jardin, son Finzi et tutti quanti, les continents des Contini incontinents(l’ancêtre avait mal fini, comme souvent au milieu des familles conquérantes)
« Je travaille, mentait-il, sur ‘Les guerres de la renaissance XV-XVI’, chez Autrement, un bouquin de Thomas F.Arnold, déjà ancien, il date de 2002. Mais ces guerres n’ont pas été refaites depuis. Enfin, je le crois. Ce ne serait pas dans les usages. Donc pas de risque. »

Elle n’avait pas du tout perçu ce type d’humour.

-« Que lis-tu, de si long« ? demande pendant ce temps NERO, le guide un peu toc spécialisé en « Ferrare la mystérieuse » (qu’on ne vous a pas encore présentés,  ni la mystérieuse ni le guide, patience, il aura ses heures de scène, et ses intermittences d’attention, dans l’ancien ghetto tout le monde le connaît, on a bien le temps, on arrive à peine au chapitre Treize- et vous avez compris qu’il y en aura environ à peu près Quatre-vingt-dix-neuf. En tout. Si tout se passe bien.)

Néro – l’homme double, on le verra bien assez tôt, s’assied sur l’une des chaises métalliques du jardin rose. Le soleil donne une lumière trop vive encore pour qu’on puisse lire par-dessus l’épaule de Silvia. «Des commentaires sur Airbnb » ? Il n’a pas l’air d’y croire.
Silvia répond qu’elle anime le réseau. Formulation particulièrement moderne. Il faut entretenir l’appétit des voyageurs. Depuis longtemps, le label «Italie » ne suffit plus, même pour des Chinois, des Moldaves, des Turcomans, des Tibétains…. Elle demande à NERO ( tantôt majuscule tantôt minuscule, selon les jours, personne n’échappe à ça) s’il veut entendre le commentaire du Vieux Français, en traduction ? Qu’il aille se servir un verre, le frigo du BnB est resté en marche.

Comme Silvia, sur le site, s’interrogeait sur ce qu’on pouvait bien chercher là-dedans, ce bouquin de Arnold, « Les Guerres de la Renaissance« , le passager racontait les nouvelles armes, les nouvelles défenses- ce qui n’est pas sans rapport avec « La Mura » de Ferrare, l’épaisse muraille de briques de pierres et de terre ceinturant la ville, comme un vigile ceinture la gamine sortie avec le flacon de Mademoiselle N°5, pourtant c’est un faux, directement importé du Gand Bazar d’İstanbul, « Monsieur, un faux de chez faux, je vous jure, y’a qu’a sentir ». « Je m’en fous de tes explications, et je suis pas là pour sentir les poulettes, tu l’as payé ou pas ? Sinon, je t’envoie passer l’après-midi chez le vieux Gabriel, un spécialiste de l’age vert, t’en verras de toutes les couleurs, des numéros, c’est tout sauf un ange. »

Silence. Puis, Silvia lit, presqu’en criant (car NERO est encore près du frigo, qu’est ce qu’il far fouine ?:
« La poudre et les canons requièrent des bastions d’angle qui permettent de couvrir toutes les données de tir. Les chevaliers deviennent cavaliers, l’art de la guerre c’est de moins en moins la beauté de mourir dans l’honneur sur un champ de bataille ordonné, de plus en plus la grabouille, la tripouille qui farfouille, la ratatouille, la castagne, boue sang et larmes. »
A ce moment NERO apparaît de nouveau dans l’espace triangulaire du petit jardin rose rue Belfiori, numéro 33 B – mais si on n’a pas encore retenu le numéro…. Silvia peut ainsi baisser la voix. Elle poursuit sa lecture.
Selon le visiteur français, le siège de malte, en 1565, est un bon exemple. Pour l’Empire Ottoman, pour le sultan, le célèbre Solimane, Malte est un fort enjeu symbolique, puisque les tout derniers vestiges, les ultimes héritiers des grands ordres chevaleresques (Templiers, Hospitaliers) y ont leur siège spirituel et matériel, réserves d’or et butins d’armes, palimpsestes mystérieux et protocoles secrets : les comptes de l’Occident. C’est aussi, comme le montre le premier regard sur une carte de la Méditerranée, la base parfaite pour s’attaquer à la Sicile, l’Italie…et davantage. Si on La Clé ouvrant la porte muette entre Orient et Occident, passez muscade ( et aussi encens, soies, pavots). Une clé d’or, un homme veille. Toc. Rappel géographique?

Et puis, ajoute l’un d’eux,  » Obama/Ben Laden,c’est encore une histoire -au fond- d’Orient et d’Occident. »

– « Tu charries, dit l’autre, me ramène pas un Navy Seal dans le jardin comme une ombre dans ma lumière. »

« Tu ne comprends pas : Occident et Orient, il n’y a que ça, depuis toujours et pour la suite, le reste c’est de la poudre aux yeux, Obama/Ben Laden, le siège de Malte et même le virus venu de Chine, encore maintenant et plus tard, c’est toute l’histoire du monde, et ça va pas finir comme ça. »

Et alors ils se prennent encore à parler du siège de Malte. On ne sait pas où on va, mais on y va- comme on dit dans les romans de Bassani. Enfin, peut-être?


didier jouault pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 39/99, Chapitre 13 – Le récit de la castagne/ début. A suivre- lentement, ça chauffe ! On est jeudi ? Bon, je me débrouille. dans deux jours, ça ira ? Bon pour le week-end pluvieux ? La fin des congés des élèves ?

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