YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 44/99, l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, Chapitre 14 – fin .

POUR une LECTURE  de la version originelle mise en page:

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Alzheimer aussi pour toi, mon vieux G.B., pas de raison de lésiner.

     D’autant, Giorgio, que tu aimais ressembler à Mama, tout faire pareil. Mais je n’en savais rigoureusement rien non plus : à M., je n’avais pas encore développé cette étrange curiosité globale, un peu naïve, un peu nocive, un peu maligne -tumeur grandissante- pour l’auteur du «Roman de Ferrare ». « Fais gaffe, disait Mark, si tu continues à trop te pencher, tu vas glisser dans le Bassani. » Il ne savait pas si bien dire, on le verrait dans le dernier chapitre

( techniquement, je le dis avec un peu de relents de pédanterie, c’est une « anticipation ». Mais pas de risque : nul sauf moi ne peut feuilleter le roman pour glisser vers la dernière page.Et je peux choisir l’autre dénouement).

Il était tard dans la nuit chaude de M. la populeuse. Naomi travaillait en Skype avec la côte est dans son bureau, Edith était partie se coucher. Je ne sais pas pourquoi Mark et moi avons évoqué Florence, en finissant un tout petit ( trop petit) fond de Lagavulin ambré, tiède à point.
Florence, elle fut un temps l’une de ses anciennes amoureuses, de quinze ans plus jeune, l’aventure avait été belle, courte. Avec Florence, ils étaient allés bien sûr à Florence, et nous avions pudiquement évoqué les fantômes que des amours anciennes laissent errer dans les villes, avec une pugnace présence, au point de parfois interdire qu’on y retourne. Ces présences qui détournent les avions pour les voir rouiller en vain sur le tarmac déserté de la mémoire.

     J’avais parlé de Fred et Venise, sauf qu’il n’existe nulle part de fantôme assez puissant pour empêcher qu’on revienne encore et encore visiter le fantôme absolu qu’est Venise. Je n’avais rien dit de Fred à Jumièges, de ma fine pochette Petit Bateau, ce n’était pas le moment des émotions d’Eros…On avait renoncé à ouvrir le Talisker 18 ans que j’avais apporté, en hommage à notre dernière mission commune, au moins dix ans de cela. « Tu te rends compte, et je ne crois pas que c’était déjà ce whisky-là. »

     Mark s’étonnait que j’aie bientôt soixante-dix ans. A force on ne compte plus sur ses doigts. Et, demandait-il, les autres ? Sergi ? Pas loin de soixante-quinze ? Cécile, notre petite jeunette, petite dernière, touchait la soixantaine. On comprend que ça fatigue. Surtout les Juniors de l’Agence.

     Ce sont des âges déraisonnables pour l’action, mais propices pour descendre dans la galerie des souvenirs, il en reste un filon à exploiter. Si on ne tarde pas trop. Du coup, on a ouvert le Talisker, même si c’était un autre whisky autrefois.

Une bulle de couleur indiquait, sur la tablette restée ouverte après la recherche de je ne sais quelle précision, sur la maladie d’Alzheimer, je crois, un message.
C’était Silvia, de Ferrare.

     Dire que j’avais failli l’oublier serait très excessif. Mais le temps commençait à effacer les mots.

Le message c’était : « Ciao, Caro. Je n’ai pas oublié ton passage dans mon jardin de la rue Belfiori, au 33B, ni ta gourmandise pour les gâteaux de Ferrare. Et j’espère que tu n’oublies pas ce qu’il te reste à faire « dans les murs » ?

« Et Bassani, à qui tu t’intéressais, je crois ? La fin de l’été, ici, c’est le festival de musiques de rues. Les jardins sont ouverts tard. Il y a beaucoup de monde, mais ce serait une belle façon de traverser les nuits à nouveau. A bientôt ?Je t’attends ? Oui ! « 

     Étrange texte : l’hôtesse avait compris ça :  l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, un faux décompte pur un faux départ, un maquillage du silence, un babillage posé contre les Placoplatre du souvenir.

     Mark, ayant lu, me disait : « Petit frère, mon poteau, tu n’as plus qu’une solution pour la fin de l’été : retourner planter des semences, dans ton nouveau jardin, à Ferrare. Et te déguiser en Narrateur Spéculatif« .IMG_3626

Dans le miroir doré du roman le narrateur se prépare aux dévoilements.

« Et hop, dirait Sergui, encore un prétexte pour se Narcisser ». « Il n’a pas même besoin de prétexte, ajouterait Cécile, c’est ainsi qu’il se cache le mieux. »

En route, puisque c’est ainsi, pour Ferrare.

     C’était d’autant vrai qu’un nouveau message venu de Silvia s’inscrivait en bulle colorée:

« Et puis, je n’ai pas oublié, Caro,  que tu veux explorer ce prétendu jardin dans la maison de Giorgio Bassani ».


Didier JOUAULT pour YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 44/99, Chapitre 14 l’Histoire n’est qu’un habillage de l’absence, – fin. A SUIVRE…dans une petite huitaine ?(On ne veut pas vous envahir le confinement)

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