YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 52/99, Chapitre 17 – milieu. Sur la plaque de le rue Mazzini, on lit.

A nos âges, sourire, passe encore, mais séduire !


NOTA BENE : meilleure appréciation de la mise en page soignée sur :

https://wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/12074


Aujourd’hui encore ( ou faut-il écrire à présent à nouveau) je reconnais la beauté de Ferrare : l’implacable et cependant très douce certitude des larges remparts, leur obligation pérenne. Il y étaient, ils y seront, couverts d’arbres, arrachés pendant la guerre, replantés, espace idéal pour le coureur matinal, l’amoureux de midi, la dealeur des nuits. Il faut être à Ferrare, comme dans une nuit après l’amour, comme dans une aube avant le combat : tendu et paisible, être ici, parcourant les dix kilomètres de la circonférence, plutôt que de boire des Spritz à Mantoue en regardant passer des Françaises, des verres de Lambrusco à Bologne en comptant les Allemands, ou des tasses de ristreto servies par des Italiennes sur la place Mazzini à Modène.Ferrare s’éblouit de se voir vieillir, sans que les rides servent à personne, une aïeule désargentée mais digne, le contraire de Venise.


Silvia, dans la rue d’une ville inconnue, même entourée de ses vêtements très coordonnés qui forment comme l’uniforme singulier d’une brigade à soldat unique, Silvia bien ajustée sans excès à sa silhouette droite, la reconnaîtrais-je?

Mais je retrouverais aussitôt dans chaque ruelle l’odeur singulière de La Mura le matin.
C’est devenu l’empreinte du plaisir.

Depuis mon précédent passage, il y a moins de cinquante jours, dans les trains comme partout, je tente de lire le tout Bassani. En particulier la nouvelle sur la plaque commémorative, avec l’anti-héros Géo. Bassani évoque ici l’après-guerre, les remontées de vieux fascistes comme des reflux de digestion à peine commencée, c’est la nouvelle qui a provoqué mon désir de me lancer sur le chemin menant à la maison de Giorgio Bassani, à son jardin secret, à ce qui reste du bruit des balles sur le court de tennis ou le corso Roma, de balles sur les murs bordant les douves du château d’Este, pour exécuter des Résistants.

Sur la plaque de la rue Mazzini, celle qu’on regarde si on essaie de voir et pas seulement de passe, dans le récit on lit un nom en trop, un en trop parmi les Juifs disparus. Et à l’inverse un en moins, sur la véritable plaque en façade rue Mazzini, patronyme qu’on a ensuite ajouté, la gravure est moins nette, TREVI, ILDEBRANO, un nom qui trouve sa place bien en-dessous de la trop longue liste des exterminés, parmi lesquels des BASSANI, les uns en dessous des autres :

BASSANI-CARLO BASSANI-GUISEPPE-

BASSANI-LAMPRONTE BASSANI-MARCELLA



Depuis le tremblement de terre de 2012, la synagogue est restée fermée, on la dirait comme déshabillée de sa judéité même avant les fracas de l’Histoire.
J’entre demander chez « Mandoline », conseillé à distance par Silvia, s’il y aura deux couverts ce soir, mais non, un groupe de festivaliers a pris toute la place. Au bout de la via Carbone, sur la piazetta S. Agnese, c’est comme une cour des miracles : quatre diseurs de bonne aventure, chacun sa méthode, des filles déguisées en rien du tout, deux ou trois marchands d’amulettes, onguents, babioles, herbes rares, d’ailleurs un légère odeur carrément de shit flotte quand on passe devant le pub irlandais, sur le côté de la piazetta, en face du vieux cinéma.

J’imagine, sortant par la porte latérale de la petite église franciscaine, désormais close ainsi que beaucoup à Ferrare ( et ne parlons pas de Venise ou Jean-Paul Kaufmann lui-même a rencontré l’absence et traversé le silence) je vois un alchimiste acharné recueillant la matière première de son Grand Œuvre, cette matière à jamais préservée par le secret de la transmission, et pourtant ici très accessible à qui sait en reconnaître la présence.
Après les retrouvailles avec mon éblouissement de naguère, et le dîner renforcé par un bon rouge sang d’Emilie Romagne, je recommence- allégé cette fois- ma déambulation redécouverte de Ferrare, une déambulation un peu délabrée et pas mal, pas mal quoi ? Enervée ? Attendrie ? Surprise ?

Le festival des musiques de rues est une espèce de « Fête de la musique » très dense, multiple, bavarde et tonitruante, « carrément vulgaire » (ou vigoureusement populaire ?) Ferrare, ce soir, fait un pas de côté hors de son réel, qui est tout entier dans son passé : modestie princière et café sans sucre.

Des touristes multipliés par leur ivresse débutante consomment la ville en glissant d’un chanteur à une violoniste, d’une fanfare à un groupe ex-punk délavé par l’insuffisance de sa propre musique. Tout le monde s’occupe les mains avec des gobelets de bière vite bus, des paninis en voie d’effondrement, des burgers éclatés sous la pression de la mayonnaise baveuse, de verres de rosé. Oui, du rosé, à Ferrare, on n’ose y croire. Au début de la rue Saraceno, l’une des artères de l’ancien ghetto, une sorte de barrage coquin est bâti dune planche posée sur deux tonneaux, burger végé, bière, debout, 8 euros, et ne se projettent pas sur le mur les images des habitants de l’immeuble regroupés de force dans l’école juive, rue Vittoria, juste à côté, juste ici, quelques pas mois loin dans la ville et le passé, l’école où Bassani enseignait, pare qu’il avait été interdit de lycée public depuis 1938, les premières « lois raciales », avant de partir, d’échapper aux rafles nazies en 43.

BASSANI-CARLO BASSANI-GUISEPPE-

BASSANI-LAMPRONTE BASSANI-MARCELLA

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Didier Jouault pour : YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 52/99, Chapitre 17 – milieu. Sur la plaque de le rue Mazzini, on lit.

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