YDIT-TROIS, comme annoncé, d’abord « PREVIOUSLY » 11 : la désormais deuxième saison, celle des voyages en villes italiennes du nord, et le si long arrêt sur images de FERRARA, l’éblouissement des ruelles et de l’Histoire, les mages et Silvia -l’absente hôtesse, de qui naquirent les pages puis les posts du « Jardin de Giorgio Bassani ». Voici donc la…rediffusion telle quelle de la séquence datée du 24 janvier 2021 ( ça se rapproche, le récif du récit, le toujours implacable naufrage du narratif => « YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 58/99, Chapitre 19 – milieu. Comme un cercle au milieu d’un carré.

(Nota bene : ce « post » a fait partir d’un groupe de trois)

Dans les différents espaces du vaste « Cimitero Ebraico« , dont la vieille femme enfin m’a donné l’entrée, je marche au milieu de pyramides…

Ensuite, contournant une ligne de troncs anciens, survient une autre parcelle, plus petite, très occupée de tombes à formes diverses, cette fois, et lire les noms redevient possible. On aimerait que la gardienne réponde : chaque espace est-il dédié à l’une des «  synagogues », mentionnées en fonction des origines, l’Espagnole, l’Allemande ? A des époques diverses ? A des riches, des pauvres ?
Trois ou quatre parcelles, saturées ou vides, et l’on sent qu’on se nourrit de temps, justement parce qu’il est ici arrêté. A l’époque romantique, mais cela aurait été privé de sens, un poète fatigué aurait été représenté, en position du penseur, au bord d’une tombe, par un peintre délavé de soleil. 
Encore par surprise, apparaît soudain la tombe de Giorgio Bassani, isolée, séparée de l’entrée, mais comprise toutefois dans l’unité gravement sereine du lieu. Plus proche d’un mur séparant deux enclos, assombrie par des buissons ou des arbustes, la dalle horizontale est couverte de ces petites pierres qui marquent le souvenir et qu’on dépose après le kaddish. Perpendiculaire au sol, un bloc épais, massif, en métal, aux bords irréguliers bien que semblant un rectangle debout. Il porte un petit nombre de signes que je ne sais pas lire. Pas moins irréligieux que toujours, j’entends pourtant sourdre la voix psalmodiant la prière. Autour, on ressent l’oubli de beaucoup dont les noms s’effacent, et la piètre mégalomanie d’autres dont les sépultures sont d’inquiétants bâtiments douloureusement décorés pour l’absence de visites.
La tombe de Bassani est solitaire et dessine avec ce qui l’entoure comme un cercle au milieu d’un carré. Vingt mètres plus loin, disposées comme on s’y attend, beaucoup de tombes «  italiennes ». Je cherche des Finzi, des Contini, des Bassani. Parmi bien d’autres, fixées dans l’ombre-soleil d’un mur et protégées de vigne vierge, deux stèles verticales, anciennes, DEL RAG DARIO FINZI voisine avec MALVINA FINZI Ferr 2 ott 1842 Trieste 13 lug 1936.

Beaucoup de CONTINI. Au milieu de l’un des enclos, deux stèles verticales juxtaposées : ANGELO ENRICO BASSANI/ MEDIC CHIRURGICI 1885-1948 et DORA MINEBI/VED BASSANI 15.10.1893 -11.5.1987, les parents.
Je me souviens aussi du grand-père maternel, celui qui dirigeait l’hôpital de Ferrare, beau vieillard à cheveux emmêlés sur la photo, et je cherche en vain la sépulture. Casaere MINERTI.
Il y a toujours un absent à l’appel des morts, comme dirait Géo Josz, le héros de cette nouvelle de Bassani, où il revient d’entre les morts des camps. Je vous raconterai ça.
On envoie des photos en pièces jointes à Mark, Sergi, Cécile. Ils attendent pour répondre, à raison.
Dans un autre coin du cimetière composite, au terme d’une allée plus large, presque sombre car les arbres sont élevés, un édifice de pierre et de verre, on dirait XIXème, attire les pas.Le salon funéraire a été construit comme toute une partie ancienne du cimetière : en grand format, et en matériau de prix. La double porte coulissante est close, mais mal. Poussant sur le métal lourd (les rails au sol n’ont pas servi depuis longtemps ), on parvient à dégager l’interstice d’un passage.
L’intérieur, plutôt vétuste, garde son frais et sa dignité sous les traces de salpêtre. Au centre de l’athanie, le coutumier bloc de marbre, au format d’un carré long, une plaque épaisse, plus large en bas qu’en haut, noire. Au mur, en hauteur, séparées de deux ou trois mètres, dominant la table, des plaques rectangulaires sombres, très allongées, la première est illisible et je n’ose m’approcher, mais à déchiffrer les deux suivantes ( ou les deux premières si on lit, logiquement, de droite à gauche ?) on devine : DIO DA MORTE E VIVA / POLVERE SEI E POLVERE TORNERAI.
Pour Giorgio Bassani, la Hevra Kaddisha de Ferrare a-t-elle respecté le rituel dans sa rigueur, presque son archaïsme, offert au défunt la Tahara purificatrice par le bain rituel, et déposé au milieu de la table son dernier corps connu? Son fils aurait-il été le seul à pouvoir le toucher après sa mort pour fermer la bouche et les yeux, autrement dit, en obéissant à la tradition religieuse, accomplir ces gestes que Bassani refusa : fermer le regard et la parole sur la vérité d’une certaine Italie fasciste ?


Le corps a-t-il été, après qu’on l’eut déshabillé – uniquement recouvert du blanc linceul prescrit, mains ouvertes, paumes vers l’Eternel, bras étendus alors que souvent les chrétiens croisent les mains sur le ventre des morts? Puis posé au fond du cercueil sur une couche épaisse de paille, pour favoriser les ultimes recueillements, sans avoir passé par la synagogue  depuis la mort ?

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Didier jouault pour : YDIT-suit : Le Jardin de Giorgio Bassani, épisode 58/99, Chapitre 19 – milieu. Comme un cercle au milieu d’un carré. A suivre …

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