YDIT-TROIS Saison 3 Épisode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, AAA sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger?

Rappel – pour les mémoires lourdes : YDIT s’interroge de plus en plus (sinon de mieux en mieux !) quant à la possible façon de poursuivre une petite fuite sur des pistes un peu défoncées (l’addiction ?), muni de skis un peu trop courts (à l’inverse de ses ans). Entre deux consultations – autrement dit rêveries – le voici qui s’adonne à son toxique, le récit. Le bon docteur l’a envoyé se faire voir par les AAA. FRED, la grège observatrice, femme aux yeux talentueux, et Toton Hugo, le fantôme aux cheveux de vent, commentent un récit : YDIT chez les AAA. « Un peu compliqué par l’épaisseur des allusions, les allusions, » dit Tonton, dans l’épisode précèdent (à moins que cette réplique peu glorieuse, même Misérable, ait été coupée au montage ?), les allusions c’est comme la sauce béarnaise, si t’en prends trop tu noies la tête de veau.

Parfois, étrangement, l’HUGO ( ici sollicité dans sa fonction de polygraphe républicain, teigneux, coureur de tirages et de jupons, le roi du double foyer) s’abandonne à la vulgarité d’un soir de Pub à Guernesey. Maintenant, les deux comparses ne disent plus mot. YDIT reprend le récit de la soirée : au moins, les AA savent de quoi ils parlent, c’est leur propre addiction, leur maladie, leur grandiose calamité, leur défaillance mais aussi leur succès : leur méthode. T

Toujours la même. Écouter, plaindre, partager, attendre. Un peu la vie, non ? Donc, ensemble, ils plaignent la rupture de jeûne ( de Jeune? Ironise Fred) de la pauvre Phèdre, pour aller jusqu’aux « Propos sur le bonheur », tout ici ( les AA!) s’inscrit dans le contexte d’une rupture de sevrage, d’accord, on est prêt à consommer tout ce qui vous tombe sous la main, même un annuaire des maisons d’écrivains maudits, mais il faut en effet considérer cette griffure comme une blessure, c’est une immense rechute.
Rompant- mais à voix très basse- l’ordonnancement cérémoniel de la compagnie réunie, un vieil homme qui sent le chat glisse à l’oreille de sa jeune voisine (une Virginie) qu’il n’osera certes l’avouer, mais en week-end, il pleuvait tant, de plus on s’ennuie à son âge, plus de minettes et trop de minous, bref il a repiqué avec une injection de Robbe-Grillet, pas du meilleur, un vrai labyrinthe. Elle s’étonne, rougit, ( pas du tout à cause des minous et des minettes, le vieillard est connu pour son imaginaire) elle se torture les phalanges, puis tout de même avoue : Moi, je me suis tapé une nuit avec « L’Amant », je m’en remets à peine. J’ai -pour rire- l’airain qui se fendille, me voila comme toute avachie, haletante, un tiers épuisée, un tiers ravagée, un tiers néantisée.

Tonton Hugo note que c’est un milieu où l’on aime se citer les uns les autres ?

YDIT : L’animateur des AAA devenus AA (mais aviez-vous noté que le rire se raccourcit tandis que le temps passe?) l’animateur fait mine de se croire sur un plateau : si plusieurs parlent, personne n’écoute. D’un signe aimable il commande la musique, Pavane pour une infante défunte, ça calme toujours les ardeurs des participants. Puis, c’est quand même moins tarte que Le Boléro. C’est un joli détour.
Au retour, Philomène s’engage dans un long monologue – ici banal, chacune parle de soi pour soi, c’est la règle : autant le dire, depuis six mois, elle multiplie les efforts, avec force et vigueur, elle s’interdit tout volume et tout crayon, même pas le moindre trait d’eyeliner sur le premier post-it venu, rien, c’est bien qu’on soit ici ensemble, parce que vous, vous savez comme c’est dur, elle continue qu’elle voudrait y croire encore, malgré tant de rechutes, partielles, certes, ici même elle en fit le récit, mais tout de même, se priver si durement, si longtemps, soir après soir, salon après salon, brunch après brunch, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » .

Fred : c’est Elle qui est si connue pour faire des lignes ? Étirer son énumération comme une file d’attente pour le test CoVid devant la pharmacie ?

Philomène a continué, pendant cette (on l’avoue) assez inopportune interruption, mais que refuser à Fred qui ne refusa rien? Philomène, entretien après entretien, bavardages à la terrasse du « Hibou » après bavardage à la terrasse du « Hibou » , et tout cela pour finalement -faute de préparation- consommer ce qu’on a sous la main, du Daphnée du Maurier, du Gilbert Cesbron, du…je ne sais même plus comment il se nomme, le type de « hommes en blanc »

L’Animateur (un vrai spécialiste !): «  Il a aussi écrit « J’étais médecin avec les chars », ce qui ne signifie évidemment pas qu’il soignait les engelures de René ou Tina (ou Marie-Claude ?…), à Céreste ou l’Isle sur Sorgue.« *

Un frisson parcourt l’assistance, comme écrirait un auteur absent. Ici on aime l’allusif, on vénère la devinette, et les gâteries de l’Animateur concourent plus d’une fois au sentiment d’appartenance. Rien de mieux que le sentiment d’appartenance, ces temps-ci, n’est-ce pas ? L’entre-soi fait sa loi.

L’animateur de la séance AA, soucieux d’apaisement, rappelle ce qu’on lui a narré : des AA qui avaient choisi la voie violente de la cure -un séminaire à Cerisy, une décade musicale à La chaise Dieu -espérant qu’on les tiendrait à l’écart de leur addiction, et les soignants – pourtant tous des professionnels de valeur, directeurs de collection, traducteurs du sanscrit, critiques à « La veillée du Perche », même parfois éditeurs à fonds perdus de revues poétiques, en somme l’élite, – s’étaient vu déborder : en faisant une ronde, ils avaient découvert des volumes cachés dans les buissons par les curistes, des volumes introduits clandestinement par les AA qui s’en servaient, en prétendant sortir pour fumer, juste une petite vaporette, rien qu’une taffe, et hop, à la place, ils gobaient sous le coude un chapitre d’Angot, une page de Queneau, deux poèmes de Roubaud, tout ça en vitesse, des volumes entre les arbustes, quelle honte, quelle indignité, de la came autant qu’on voulait, ou plutôt qu’on ne voulait pas.

Geste : Musique ! On perçoit qu’il est bouleversé, l’Animateur.

YDIT, du fond de la salle, silencieux, s’imprègne du rituel AA : ici, on fait semblant de se taire pour mieux parler, mais la parole circule : on lui tend- comme s’il était un habitué de l’ ADDICTION (mais les AA d’ici réunis l’ont reconnu comme tel !)- une quatrième de couverture sur laquelle, désespéré, Bardamu (étonnant pseudo) a écrit avec rage et désespoir , pendant que les Maures et la mer montent au port : « Et alors, comment finir avec l’ addict au Raissi ? Se faire interdire de librairie? Se détourner des bibliothèques? Contourner jusqu’aux boutiques des musées du Louvre où des scélérats vendent même des romans de la momie ? « 

Tonton Hugo se demande si toutes ces allusions, ça ne va pas faire un peu trop ? Fred -l’agrégée de base- répond que dans le genre « faire trop », le Tonton, le Hugo, enfin pas la peine d’approfondir, si ?

On en reste là, surtout qu’on n’a pas tenu (c’était prévisible) l’engagement de la limite à 1000 mots. Dépassement de 40%, on se croirait chez un psy.

Fred : si vous effaciez cette remarque, on en sauverait vingt-sept, des mots.

Et la tienne supprimée avec : trente en moins.
Tonton Hugo estime qu’on s’en fiche, du beaucoup de mots, du trop de vocabulaire. On existe avec ça comme avec le sang dans les veines. Même si on atteint dans les 1500. Fred confirme qu’on le reconnaît bien là. : toujours un mot de plus. YDIT affirme qu’il faut conclure :

S’il avait la réponse à la question du sevrage, YdIT n’aurait pas visité les Auteurs Addicts (mais c’est peut-être plutôt les Auteurs Anonymes ? Les Affranchis Avilis -comme les nomme un producteur radio à jamais préservé de la tentation du livre.)

À la sortie, l’Animateur rejoint YDIT et dit à YDIT : alors, prêt à ? (c’est une ligne où l’on aime les dentales et la liaison !)

YDIT : Au fond, pour se débarrasser de l’ADDICTION au Raissi, à l’affliction de la fiction, de cette implacable pulsion vers le texte qui embarrasse la vie et repousse le sommeil, pour casser la chaine intérieure, ouvrir le piège, pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger ? Viser progressivement à briser toute lame et toute l’âme de toute fiction, l’éliminer comme une trop bonne humeur, la tirer comme du mauvais sang ? S’interdire la folie fascinante du RAISSI (à ces mots, l’animateur s’amuse : tant de naïveté !), c’est déshabiller le vieil homme, revenir aux nudités primordiales d’avant tout RAISSI, toute HISTOIRE ?

Sans le dire, Tonton Hugo juge que, se déshabiller, alors ça oui, se mettre à nu ou presque, sans doute YDIT s’y adonne-t-il déjà un peu trop dans ces pages ?.. Fred ? Je dois dire : rien à dire ! Mais il aurait promis d’aller se rhabiller au lieu de babiller?

On se sépare sans conclure, c’est la vie : YDIT reviendra-t-il participer aux cercles des AA ? Albertine et Phèdre, se tenant la taille, les saluent en passant.
Sinon, dit L’animateur, j’ai l’adresse d’un bon centre de détox, des psy solides comme des comptables, pas des verbeux comme ici, est-ce que ça vous intéresse ?

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Didier JOUAULT pour YDIT – TROIS, Saison 3 Episode 11 : Pour ne plus faire tant d’Histoires, sans doute faut-il s’alléger, comme dirait Saint-Léger Léger? Mais qui donc voir ensuite ???

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