INCIPIT 1 : On aurait pu commencer ainsi : « Quand Pierre-Alain, mon père, épousa Marie-Jeanne Le Goff, il n’avait qu’une lieue à parcourir pour passer de la ferme de Kerveillant, en Plozévet, au bourg de Pouldreuzic où il allait vivre désormais avec sa femme. »( Pierre Jakez HELIAS, « Le Cheval d’Orgueil », Plon, 1975).
Mais on a choisi ça :
Note de Madame Frédérique : Post-it jaune sur la couverture
du paquet adressé chez moi au nom de « Madame Frédérique », parmi sept autres :

« Radio de nuit, courriels du matin, livres du midi, amis du soir : une atmosphère à écouter du Baschung à plein tube, un verre de MacAllan dans la main, voila ce qui a lieu cent ans après 1922, et qui n’était pas si mal, quatre ans après 1918, 1922, et qui surprend un peu, Septante et plus étant venus, et qu’on regarde les étalages des libraires, les vitrines des réfugiés, les archives des boucheries, les innombrables copies de Vénus, -et celle du Titien qui est le premier nu peint et montré – parfois – sans prétexte mythologique.
On ne peut pas montrer du doigt » l’Origine du Monde » sans se le mettre dans l’oeil, écrivait LACAN.
Puis commence le TEXTE de la « LETTRE d’A », Version B, reçue de mon ex-patron :
TEXTE de YDIT : Alors ça pourrait commencer ainsi : sur l’écran noir et blanc dans un cadre serré on verrait d’abord un bidonville, à Nanterre par exemple, avec tout ce que cela signifie un bidonville en terme de misère, en terme de désordre par rapport à l’imaginaire de la ville, en termes d’absences de la simple humanité de douleur et d’abandon, en absence d’espérance, en termes de solidarité. Cent ans plus tard que 1922. C’est l’image d’un chaos. Et puis la caméra se déplacerait : un zoom dans le temps nous montre une presque ville construite avec des matériaux puissants et riches, du béton armé, peut-être aussi des pierres bien taillées par des compagnons habiles, avec probablement le recours à des équipements très complexes, des machines luxueuses, et de coûteux experts en organisation des travaux. Là où le bidonville stagnait dans l’horizontalité d’hommes solitaires, la ville s’est bâtie dans la verticalité d’une entreprise qui veut aller toujours plus haut. En pleine mutation de main non pas de compagnon, mais de main de Maître. Si l’on regarde avec le regard de Godard, on observe sur l’écran, cette fois en couleur, une superbe TOUR de beaucoup de mètres et autant d’étages. C’est l’Administration qui habite là, c’est le Préfet tout en haut, c’est là que s’exerce le contrôle de l’Etat.
C’est ici que Ydit a commencé le plus long de ses travaux.

La tour de contrôle.
La tour qui contrôle encore quoi ?
La tour de contrôle.
La tour qui contrôle encore qui ?
La Tour qui contrôle les imaginaires, les mémoires, les récits ?
Cette tour, solitaire et arrogante, est-ce la tour infernale, est-ce la tour de Nesles, expérience parfaite de l’adaptation progressive du savoir théorique des architectes à la mobilité imprévue de la matière du sol ? Est-ce que ce sont les Twin Towers détruites par la ferveur d’un fanatisme, ou l’image sombre d’un tour de Babel conduisant à la disparition de l’unité des hommes entre eux ?
(image André Maynet )
Mais dans le temps qui me reste, YDIT, moi, désormais Septante et plus étant venus, je voudrais aussi répondre à cette lettre à peine ouverte, celle de Rolin(**), que je cite, puisque – pour l’instant- nous en sommes à peine à l’Incipit. Le parcours sera long. Traversé de visiteurs en rondeurs. Enluminé de peintures étranges (*). Près de cent-quarante épisodes, trois ans. Parcours.
Mais éclairé aussi (me mettrait-il en garde) par ce compagnon ignorant même qu’il m’accompagne. Ou que j’existe à part.
« C’est à Port-Soudan que j’appris la mort de A. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m’en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. Un fonctionnaire déguenillé, défiguré par la lèpre, porteur d’un gros revolver noir dont l’étui était noué à la ceinture par une lanière de fouet en buffle tressé, me remit la lettre vers la fin du jour. Son visage sans lèvres, aux oreilles en crête de coq, était un perpétuel ricanement. On eût dit son corps sculpté dans le bois sardonique d’une danse macabre. Comme presque tous ceux qui survivaient dans la ville, son office principal était d’ailleurs le racket et l’assassinat. Comment s’était il procuré le pli, je l’ignore. Peut-être l’avait-il volé à la Mort elle-même. » (Olivier Rolin, « Port-Soudan »)
Après cela, ces mots d’écrivain, hésiter le jet d’écrire s’explique. Aussi : longues attentes, tentatives, surprises, interruptions, révisions. Puis- tout de même-, car Septante et davantage étant venus on se met à compter, YDIT se reprend à conter. On s’y met.
______________________________________________________________________________________________________
Didier JOUAULT, pour « YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode DEUX, Dans la Tour le lettre de A. A suivre dans une semaine environ : épisode TROIS « Retour du narratif » (rien de moins?), le LUNDI 25 SEPTEMBRE, après-midi, avant le whisky de 18 heures.
(*) Peinture : ici – et cela sera souvent le cas, il en est d’accord – une des jeunes femmes d’André Maynet, prolifique et très délicat- si on regarde bien – auteur de dessins entre autres publiés sur Facebook
(**) Non sans surprise, la photo d’Olivier Rolin en » Stop » comporte deux L. Une suffit pour les envols un peu boiteux, tels celui-ci.

