« Un événement encore remarqué par personne, attendez patiemment la bonne lumière, pourrait être vu » (p100) » et « Il n’y a aucun complot. Il n’y a jamais de complot ? C’est encore pire. C’est un complot involontaire. La responsabilité se divise à l’infini. Personne ne peut faire coïncider l’immense série d’évènements avec le réalité finale» (Olivier Cadiot, ibidem) : peu à peu et tranquillement tuer MM dit Le Parrain.
TEXTE de YDIT, Lettre de A., Version B. A se laisser aller sur le clavier ( qui appelle à la frappe comme le soleil requiert à la fois la brûlure et le verre d’eau, la caresse et le sommeil, le voile et la nudité), on oublie de vivre, lire, parler. L’absolu silence solitaire de l’écriture. Si on écrivait le quotidien au passé : on dirait le pourquoi du vieux pull rose, l’odeur du concert dans le vieux collège, le bruit fragile de la faïence contre la table de bois, la grimace déçue d’une représentante du personnel en Comité Paritaire, sa façon de tourner les pages avec agacement, et cependant le dialogue apaisé à la sortie, chacun son rôle, on dirait aussi : « Encore un détail, Monsieur le Bourreau ? »



Mais YDIT , le dit Yd’I Didi, n’est pas ici pour ceci que voici.
Maintenant, la suite et le but sont clairs : après ce Temps perdu, puisque l’émergence publique de Le Secret a rompu l’ordonnancement serein de l’oubli facile, maintenant il s’agit de poursuivre Marcel Malbée, MM, dit Le Parrain, de le trouver, de l’avoir là, sous la main crochue, l’étouffer, même si vieux et cassé, tant pis, n’espère tout de même pas mourir cassé de lui-même, trop facile, quand même le disloquer un peu, le disloquer beaucoup, le briser menu, l’effacer. Faire disparaître. Avant qu’il soit mort tout seul. Ce serait dommage. On regretterait. D’avoir raté.
MM dit Le Parrain s’assied autour des tables où l’on écrit en tournant dans l’intérieur de soi-même, interrogeant les esprits de jadis, prend appui sur le guéridon cerclé de cuivre, convoque tout le monde, y compris les inconnues croisées sur une terrasse, et fantasmées en amies endormies vers le comptoir, auxquelles on n’a plus le temps de rêver – puisqu’assassiner Marcel Malbée devient à présent l’Urgence. Sinon, il prend peu à peu toute la place. Or, Septante et davantage étant venus, la place, ça va manquer. De plus en plus. Plus ça avance, moins on attend, sans doute. Sauf qu’on voudrait que « çà » – la belle vie- se termine hors de la présence de Le Parrain. On attende de l’exterminer tant qu’on a le temps.
En dépit de toutes les traverses- tentatives de fuite ( histoire de l’Abbaye-la -Retraite, de Fred la rieuse amoureuse, deGédéon Le sénateur, de Tyne la blonde africaine, tout ce qu’on va raconter, dans quelques EPISODES, avec 200 000 mots, même Erika, aussi on racontera cela, récit au long cours des détours) l’unique point de mire est et sera désormais Marcel Malbée MM dit Le Parrain, l’unique objet de tout ressentiment.

S’en tenir à cela : peu à peu et tranquillement et parfaitement tuer Marcel Malbée, dit MM dit Le Parrain. L’assassiner même pas proprement. Le meurtrir même pas délicatement. L’homme qui sait tout sur les pyjamas de garçonnets, ou comment s’en débarrasser, quelle qu’en soit la couleur, et encore mieux comment se dénoue, geste preste, le cordon léger, autour de la taille, la taille, naguère : la corvée, comme la dîme. Imposée par lui comme sans y toucher : tu tailles, je taille, la taille. Propre et poli. D’ailleurs Marcel Malbée dit MM ne touchait au pyjama que pour le ramasser au pied du lit. Puis le ranger au crochet de la salle de bains. Quand on aime, on range. Au matin, il le rapportait au gamin, qui le revêtait sous les draps : à cet age, on ne se promène pas fesses nues, même si rondes et fraîches.
Ainsi va le récit, parfois, qu’il s’éclate contre le premier rocher venu, puis, fond percé, va sans bruit et sans douleur s’échouer sur une berge à peine cachée par les herbes du marais.
L’écriture, c’est prendre l’eau. L’écriture, c’est prendre l’eau. L’écriture, c’est prendre l’eau.
A vrai dire, sans doute YDIT aimerait-il que cette résurgence du récit, aujourd’hui, soit jouée sur une portée dont Olivier Rolin serait la clé, celui « Port-Soudan », celui d’ « Un bar à l’hôtel Crystal », ou de « Extérieur monde », celui qui écrit :
« Il me semble que cela pourrait se dire ainsi : vient un moment où l’on sent le besoin d’une récapitulation. J’ai dit une récapitulation, pas une capitulation. Tout le contraire. Un geste où il y a de l’orgueil avec du doute.(« Extérieur Monde », p. 48).
Olivier Rolin, tel une image de collection un peu brouillée, collée dans l’album par un gamin dont la salive n’est pas si nette. Carambar ? Malabar ? Sucé n’importe quoi ?
Olivier Rolin, son étrange cosmopolitisme, son mélancolique désir d’effacer du monde les limites, celles des pays, des rencontres, des émotions, des villes, des livres, des mémoires. Mélanger, retrouver, aussi effacer, boire, secouer : le shaker du récit.
Il y a des hommes-livres, qu’on aurait au fond aimé être, au moment de taper sur le clavier : des gens presque ordinaires, femmes et hommes avec qui on partage un pli de faille, une zone de blessure, comme une fraternité dans l’imprécision de vivre.
Olivier Rolin fait tout évidemment partie d’eux. Voici que j’ai un Frère qui ne sait pas l’être. Un vrai Frère, mon aîné de clavier. Pas comme le Frère de sang – on lira cela plus tard, pénible celui-là, entouré de ses Jackys et de ses pianistes. Rolin, lui. Avec sa mélancolie de vieil activiste, rangé des Affaires Explosives, sa nostalgie de routard fatigués des routes, son goût de l’alcool (et aussi les excès au lendemain complexe), le goût et le désir des femmes, de leur présence, de leurs apparitions, de leur probabilité de renfort, par la force du désir et la puissance de la tendresse, de l’évidence d’une sensualité que le short d’une fille à la fois contient et révèle, dans le jardin du Luxembourg. Sur le pont d’un cargo dérouté. Dématé? Débouté. Dans les couloirs de l’Hotel Crystal.
A-t-on le droit, pour soudainement partir sur le chemin de Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, pour s’engager sur la route sombre du meurtre attendu, a-t-on le droit de revendiquer une écriture, l’œuvre d’un vivant ?
Des hiboux sans regard claquent leur bec fauve en serrant leur griffe, sur la barrière.
Voilà tout ce qu’il me reste à l’aube, étrange viatique pour le geste lent toujours trop rude de se lever.
Sur le marché de Cucuron ou de Mortagne-au-Perche, ou plus tard ( toute dernière minute , ultime ajout) celui d’Aubigny -sur yNère, dans le salon de thé Chez Françoise, avec le soleil sur l’étang que protègent des platanes, ou la fameuse petite brume matinale sur les murs jaunes, les bonheurs sont multiples. Ils sont bons à goûter d’une lèvre légère, les bonheurs, et pourquoi faudrait-il aller courir les chemins clos pour chercher une liberté dans le mouvement, alors que la chasse et fermée ? On peut aussi bien rester ici. Bonheurs nombreux, sereins, certains. Arrêt sur image sage. Toute image dont est gommé Marcel Malbée dit MM est bienvenue. C’est partout, ici : Paris, Ferrare, Tinos, Essaouira. Pourquoi partir à la chasse au Parrain?

Oui, déjà dit, et alors ? La vie, presque toujours déjà dit, non ?
Sur le marché du cours de Vincennes les bonheurs sont fragiles mais certains : odeur de la rôtisserie, couleurs des fruits, la grasse rougeur des cerises, la flasque pâleur des fromages, les pointes rondes des légumes rangées comme des seins de touristes dans le T Shirt serré, musée de La Vie Romantique, un mercredi après-midi. Le plaisir ici est de se sentir vivant et surtout de goûter au passage la saveur tendre des jeunes mamans qui font le marché avec les enfants gouaillant tout près, jeunes mamans d’été en short abrupts, dans l’étoffe bleue coupée ras que la forme tire vers le soleil du regard. Et que faire de Marcel Malbée ici ? Pas vu sur le marché, le Parrain ! A quoi bon se gâcher la vue, la vie au nom de M.M.? Nulle ombre du Die Pate, cours de Vincennes. Allez, BOB, MORANE, les détectives pas sauvages, vous venez, on s’en va ?On prend mes clics et vos claques ? On n’attend plus ?
Partis pour la Fin de Partie ? 
À défaut ce sont des jupes légères, au marché, ou des robes courtes sur la cuisse, diverses formes aux couleurs saillantes, qui imposent dans les yeux ces gestes si émouvants qu’elles font pour payer, pour ranger des fruits rouges dans le caddie, tandis que le mouvement du corps -oubliant le danger de sa présence- affirme pour leur forme une existence involontairement érotique.
Le sexe ( **** : si on dicte ce mot dans le micro de l’ordinateur à partir des notes manuscrites,
le logiciel Windows remplace les 4 lettres par des étoiles).
« …je voudrais moi aussi danser au bord de la mer, en grand manteau trempé de pluie, avec celles que j’ai perdues : mais je sais que c’est un rêve (…) c’est le même genre de travail que j’entreprends : rabouter ; coller des dizaine d’éclats de souvenirs, en recomposer un vase imparfait, fracturé, dont je ne serais que le vide central « ( Rolin, Ibid, p.48)

Ecrire cela, ainsi. Eclats de souvenir, vide central. Car ceci est un Roman-Images : pas juste le récit de Le Secret, on s’en fiche du factuel. Mais le souffle de comment écrire cela? Oeuvrer avec cela. Faire du langage. Mais le soir vient. Sur le marché devenu désert, comme dans toute la vie des jours, il y a des soirs où la fatigue est trop grande pour dormir, et l’on n’a plus envie d’écrire, de lire, on n’a plus envie de se dire qu’il faudrait chercher Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, pour le trouver, le trouer, pour l’effacer au terme d’une chasse sinon éternelle du moins sans doute infinie. Ne sert à rien. Hé, les Détectives pas sauvages, BOB et MORANE, on prend un verre et la fuite ?
Fatigue. Trop tard. Et tous les autres qui s’agitent, dehors, dedans, messages, mels, boucles pas d’or, tout ça. Il y a des nuits au sommeil fuyant, nuits solitaires, et les fantômes – vieux amis troués d’os et de vent- redondent leur inutile présence : rien ne se passe, ne se pousse, ne se peut. Un peu découragé par l’ampleur du souvenir revenu. Trop fort. Trop lourd. Trop vieux, Septante et davantage étant venus, pour retrouver cela au bout du chemin.
Rien à dire. Rien à faire. Sauf un Stilnox avalé dans un double McAllan. Traitement non pas de cheval, mais de cochon. Inch’Allah. Sinon pas de sommeil ?
Oui, déjà dit, et alors ? La vie, presque toujours déjà dit, non ?
MAIS, dans le soudain nocturne, YDIT ne dort pas mieux, car son faux-double, Hanged James, est l’infini présent :
Partout, sur chaque branche d’arbre des jardins secrets
il y a désormais HANGED JAMES, gentiment affiché, même pas tournoyant sur lui-même, pendu tout net,
et qui (lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face)
offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc,
comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état),
ou à demander :
« Alors quoi, mec ? Vas-tu enfin t’y coller ? Tu vas l’effacer ? Tu vas le disparaître ? Oui, ou merde ? ».
Evidemment nul ne peut dire ce qu’il attendrait en matière de réponse, Hanged James….
Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUATORZE : Peu à peu à peu à peu et tranquillement assassiner MM dit Le Parrain, Die Pate.. A suivre ….Mais ça ne s’annonce pas rigolo comme un Comic’s 1980, contrairement aux (fausses) promesses. Donc : Episode QUINZE ? Mercredi prochain, évidemment. Vous avez perdu la date ? Mercredi 13 décembre. Ca aurait pu être un vendredi. Mais pas le 13, alors. Vendredi sera le 15. Bref, mercredi 13, au moins ça n’ajoute pas de confusion ! Assez comme ça.