« C’est à Port-Soudan que j’appris la mort de A. Les hasards de la poste dans ces pays firent que la nouvelle m’en parvint assez longtemps après que mon ami eut cessé de vivre. »(Olivier ROLIN, Ibid.)
Note de Madame Frédérique :
Dans mon rôle d’ex-assistante préférée ( on peut décrire ça ainsi) – que je découvre ingrat chemin faisant – j’ai toujours pu observer que mon ex-patron Y.d’I (tout le monde dans le métier le nommait YDIT) savait faire preuve d’une certaine capacité à contrôler la plupart de ses émotions, (sauf en quelques circonstances, probablement écho à son origine sociale ). Cela avait été encore plus vrai lorsqu’il avait accepté d’entrer au Cabinet d’un ministre, où je l’avais rejoint.
(photo Alain Giami) Très vite, mon ex-patron avait compris son erreur, et cependant il ne l’avait jamais montré. Quelques fragments, comme celui-ci, paraissent avoir rompu avec cette auto-obligation de réserve. Dans une émission savante de France Culture, j’ai entendu le mot « ENDOPHASIE » ( je crois). Le langage intérieur, quand des mots se forment dans le désordre de la parole qu’on ne prononce pas, qu’on dit – à peine- pour soi. YDIT a sans doute été un véritable Endophraseur quasi professionnel.
On se demande comment ( et aussi pourquoi ?) il a pris le temps, pris la peine, de rédiger (puis de dicter à son ordinateur) les fragments discontinus ( en apparence) de sa « Lettre de A.- Version B ». Dans les soirs venus de son Midi le Juste ?
Texte de YDIT : Lettre de A. , Version B.
Tu es là dans un sous-sol, même pas labyrinthe, parce que labyrinthe on y entre, on y va pour tuer le minotaure, on sait qu’on va le tuer, c’est le destin, et qu’on va ensuite tuer de nouveau avec la voile noire sur le mat du retour.
Tuer Marcel Malbée dit MM Die Pate, le destin. En retrouvant la piste d’Une chasse au Marcel Malbée, tout semble soudain parenthèse, immense, involontaire, mais parenthèse.
Parenthèse : YDIT a parcouru les routes intérieures et les plis de peau de FRED, on la connaît un peu déjà, les bavardages serrés autour des livres et des crus de la vigne ou du corps, l’inflexible et si tendre FRED aux mains de marée montante.
On verra cela encore.
Parenthèse : YDIT a vécu beaucoup d’autres vies, comme un chat qui retombe dans sa peau. Entre autres, parmi celles qu’il racontera en dix-sept fragments, vers 2024-2025, le travail avec Gédéon-Le sénateur-qui se voulut ministre : médiocre et finalement assez triste histoire, surtout d’hommes et de pouvoir, du commun désir du pouvoir.
On verra cela plus tard,aussi.
Parenthèse : YDIT a aussi joué avec le Noir et le Blanc : L’Afrique, les textes, les recherches, une thèse, et la blonde Africaine, aux seins de bambou,
TYNE la blonde amoureuse à la cervelle de fer et au corps de liane.

On verra cela aussi. Sénateur et Africaine, deux fils de récits tendus de rocher à déchet, laine et lin, cheveu et coton, soie et chanvre,noir et blanc, deux liens, deux brins pour une corde. Une corde pour le pont avant l’horizon. Une corde pour le cou sans horizon.
Ydit, ainsi, d’année en année, sans même savoir qu’il fuyait une évidence (l’apparition de James sous sa forme Hanged au centre d’une baie vitrée, blanche et muette, un matin), YDIT a beaucoup travaillé, écrit, rédigé, pensé, amusé, bu, rigolé, picolé, couché, promené, touché, dormi avec : Fred. Tyne. Lola.
Même Erika ( silence sur Erika,
c’est le roman de FRED) . Et bien sûr pas seulement que. Mais les autres ( hormis la famille, préservée dans le silence) sont des ombres près d’un puits au soleil. Fils de sueurs tôt évaporés.
On verra cela plus tard. Encore cent-vingt épisodes, ça laisse de la marge.
Parenthèse : Aussi, presquez vingt ans durant- et pas de vingt ans après, il est trop tard pour les rebondissements – YDIT a tant et tant signé, écouté, dirigé, reçu en audience, visité, signé, discouru, réuni, lu le courrier,
rencontré, serré la cravate et les mains, signé, partagé, obéi, roulé, ouvert les manches et les portes, beaucoup obéi (mais ça on ne sait pas encore si on verra plus tard), souvent désobéi en secret, mais de tout petits secrets, pas Le Secret .
Parenthèse : Aussi, YDIT a beaucoup parlé, diné, pensé, gesticulé, disputé, déambulé (dextrogire!) avec la bande des Frangins, se voyant attendrissant et ridicule, attentif et distant des soirées entières (mais ça on ne sait pas encore si on verra plus tard)

Parenthèse : Aussi YDIT a beaucoup et beaucoup et encore beaucoup vécu la vie à deux, et les histoires d’amour longues ou brèves, et le soir au théâtre, le petit restaurant de quartier, le salaire de la femme de ménage, le cinéma même si on est fatigué, le canapé à changer, les enfants à changer, les enfants à endormir, les enfants à conduire, les enfants à regarder, les enfants toujours tant aimés, la lessive à penser, les promenades en montagne et les visites de musée à N.Y.C. ou Athènes ou Paris (mais ça on le verra pas : l’intime des partages avec d’autres encore présents ne peut se dire sans l’assentiment des autres : silence, donc, sur ces bonheurs, famille, amis, complices.)(sauf à corriger une erreur immense : GIL, la collection des Livres de Poche d’origine, c’était 1000 titres, 1000 couvertures , et non pas cent°
D’ailleurs on verra plus tard, mais « plus tard » est plus court qu’on pense. Septante et plus étant venus, si l’on dit « Plus tard », c’est déjà « Demain ».
Et pendant qu’on s’occupait à tout cela, esprit, mains, langage, pieds attachés à produire tout ce fatras, » Lettre de A. Version B » aussi, pendant qu’on s’amourait avec Fred, ou Tyne, ou Lola, ou Erika, pendant qu’on s’acharnait avec Gédéon, ou les bonheurs des soirs fraternels, pendant qu’on écrivait noir et blanc dans l’Abbaye, et puis tout le reste, l’immense et simple reste du quotidien, l’ascenseur qui monte lentement, la voiture à ranger au parking, l’arbre de noël, des livres pour tout le monde, toute la vie familière familiale, amoureuse, amicale, fraternelle ,pendant tout ce temps-là, sauvages et toutefois en sommeil, les personnages dans l’ombre continuaient à ne pas bouger? Bravo. Ce qu’ils avaient de mieux à faire : les morts. Bravo. Merci. Tranquilles dans l’Azur. Surtout ne rien remuer. C’était mieux.
(l’abbaye, Sylvanès, on racontera)
Comme des punaises tapies au fond d’une plinthe, et qui attendent une nuit pour dévorer votre joli sang, soudain : on s’en aperçoit au réveil, Septante et davantage étant venus… Surgis de la plinthe : Die Pate/ Hanged James, Le Parrain, le Pendu, l’un les mains fébriles et l’autre la corde frétillante. Jolie compagnie. Tout ça parce que le monde entier semblait soudain ne parler que d’eux, Hanged James et Die Pate, les amis de Le Secret, les victimes, les avocats, les journalistes, les confesseurs, les arpenteurs de vie intime, ah la bonne parole pour le bon public. Et toutes les punaises de la plainte.
A tant, unis dans Le Secret, quelle mémoire résisterait ? Maintiendrait la force de l’oubli ?
Salauds de raconteurs confessant leurs oublis et leurs douleurs.
Les voilà qui obligent au partage du réveil de Le Secret.

Pendant ces jours, mois, ans, tous ces moments d’un directeur du vent pendant longtemps occupé à cela : diriger la marée, pendant presque 20 ans, diriger la marée, diriger le vent. Ridicule. Tant de faux gestes pour de vrais riens. Mais bien rétribué pour cette bonne action, logé, presque nourri, de mieux en mieux salarié, décoré, voituré-chauffeur, et entendu quand on parlait : comment ne pas s’y complaire, à diriger le vent vers rien, mais dans les formes ? La famille de l’enfance, elle, n’avait rien de tout cela, on s’en souvient. Pas même capable d’être écoutée. Sauf dans la queue du matin aux toilettes à la turque sur le palier froid. L’endroit où l’on parle: « c’est encore resté à moitié sale« .
Et si l’on regarde la violente réapparition de Le Secret, tenu de main fébrile par Hanged James (à gauche) et Die Pate (à droite) ; si on regarde au fond des yeux le miroir jusque-là recouvert par la voile noire du déni à dents de fauve et gants de griffes, alors – si tard, Septante et de plus en plus étant venus, on sait qu’on n’a peut-être rien fait, toutes ces années, rien au fond que se préserver des choses vues dans le regard de Die Pate ou de Hanged James, rien que prendre ses peurs à son cou et filer vite, vite, loin, loin au dedans de l’oubli.

Salauds de récitants qui écrivent leurs oublis et leurs douleurs de Le secret.
Les voilà qui obligent au partage du réveil. Parrain Die Pate s’amuse de leur jouissance ébahie, retrospectivement coupable. Facile !
Puis le voici, surtout lui : Hanged James, que l’épouse découvre au matin, tournoyant placidement au bout de sa corde, en plein milieu de la fenêtre qui donne sur le jardin et son gros arbre si proche, et qui vous offre son sourire amical de compagnon goguenard, comme si depuis sa pendaison il s’apprêtait à vous demander :
« Alors, quoi, mec, et toi ? Tu t’en es sacrément mieux tiré, on dirait, non ? Mon salaud.»
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Didier JOUAULT, pourYDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode QUINZE Directeur du vent et bagout du Secret. A suivre, chemin faisant, hebdomadairement, ou à peu près. Un bon gros trimestre déjà, toujours ça de fait, non ? On se retrouve le MERCREDI 20 DECEMBRE, et ensuite une petite pause, fin d’année, autre chose à faire, repos, mais plus tard :
ADELE et le LEZARD continuent !