YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SEIZE: Histoire d’Adèle et le Lézard, 1 sur 2, début…

Texte de YDIT :  Lettre de A. , Version B.

«  SVEVO,(…) j’aime, dans ses «  Ecrits intimes », l’ironique modestie de cette phrase que je me suis contenté de reprendre à mon compte : ‘ je ne comprends pas comment, dans ma sotte vie, il peut m’arriver une chose aussi sérieuse que ma vieillesse ‘ » ( Olivier Rolin, ibidem)

Les sueurs de l’été, au retour de la fastueuse randonnée dans les gorges ou les pics, leur chaleur tendue et tendre, portées partout sur les épaules où elle ne pèsent pas le poids du fantôme en habit de pure tolérance. Parmi eux HANGED JAMES, lui déjà, lui encore, lui toujours, tourne sans fin, mais sans détresse, sans rire, mais sans tristesse. Depuis des années à présent, mon vieux Hanged James, c’est un habituel compagnon immensément absent, et qui de là – le fait du faîte de l’arbre sans fête- lance un signe de sa tête pour rappeler qu’il y a des sources en voie de surgissement, des heures en voie de délabrement, et qu’il serait donc temps -cher YDIT! – de s’occuper de cela même, au lieu de perdre en vain tous ces moments, à ne rien faire qui vaille de s’en occuper : lire Vassili Grossman ou regarder « Le Bureau des Légendes » jusqu’au bout, nuit et soir après nuit, trop longue liste de vents brassés, Mac Allan pas loin.

Raconter la poursuite du parrain, de Marcel Malbée, dit MM, dit le parrain, la décision n’a pas été facile. En dépit de l’affolante pression des paroles qui, autour, de dévoilent , se racontent, se détaillent l’impudeur et s’explorent l’abus. Mais et ce fut aussi l’occasion, en terrorisant les souvenirs, de retrouver la trace, le visage (sans son usage hélas ), les souvenirs des formes et des mots  de FRED. De TYNE. D’autres. De toute cette vie sans Parrain- heureusement oublié, enfoui, enfui.

Autant d’accompli. Une nuit jadis(trop jadis! ) Fred m’a dit en sourdine, de cette voix à jamais troublante : «   Die Pate, Le parrain, à force tout de même, à ton âge, Septante et largement davantage étant venus, avant de mourir tu devrais t’en débarrasser ». Utilité publique, pensait-elle.

«  Le parrain où comment s’en débarrasser ». De quoi ne pas faire un drame. Juste un meurtre. Pourtant  malgré la volonté de massacrer finement, il y a des soirs ou la fatigue est trop grande, comme il y a des matins ou le désir est trop faible pour démarrer la chasse aux parrains. Donc, la vie d’elle-même invente une autre diversion.

DIVERSION, belle, bienvenue : autant que ceux et celles de YDIT en profitent…

DIVERSION : Aujourd’hui, dans la maison d’été que prête Nadia, il fait 38° sur le balcon, 38° plus tôt sur la terrasse d’où l’on voit un paysage débarrassé de toute construction moderne, 38° en face direct du passé que toute forêt contient. Et pas de tour à l’horizon, avec son paquet de bazars intitulés  » Lettre de A., version B. »

Dans les bacs mal entretenus par Nadia et sa famille, les fleurs usées peinent à dresser leur tige et il fait trop chaud pour savoir comment l’on pourrait trouver, trouer le parrain.

«  Je ne suis le centre de rien, même pas de mes récits : je voudrais m’en tenir à cette éthique d’écriture «  ( P. 79) »

(Note de l’Assistante dépositaire de « La Lettre de A. »,

Madame Frédérique, ainsi m’appela-t-il par jeu même lorsque nous eûmes ces moments très proches, un temps : « p .79 ? »,  D’accord, mais de qui, Rolin ou Cadiot ? – les deux seuls ouvrages pluri-cités dans ce fatras prétendu roman-images

Entre-temps, au soleil toujours protecteur des mollesses, on est assis à moitié sur la chaise africaine qui vous tient le bassin comme dans un angle droit et qui vous convie à penser que la rêverie elle-même exige l’équilibre. Afrique, on y reviendra.

A cet endroit de la terrasse le voisin ne voit rien. En face, au-delà de quelques toits anciens d’une grange oubliée, pas de vis-à-vis. Alors on peut rester nu dans la torpeur ou l’aigu du soleil. Dans les bacs usés, les fourmis ont installé leur élevage mais les pucerons (dirait-on) hésitent à persévérer dans l’erreur. L’eau manque. Hormis sur ma nuque.

Sur la terrasse il y a aussi Adèle. On n’a pas encore parlé de Adèle. Tout le monde ignore ce qu’elle fait là mais c’est Adèle. On ne parlera plus, ensuite de Adèle, après ce couple d’épisodes, seize et dix-dept. Intermède. Interlude. Interpôle. Adèle ce qu’on sait d’elle, après tout, c’est ceci justement qu’elle est là, sur les planches usées de la terrasse d’où l’on voit un jardin jamais jardiné. Venue en passant.

Dans le soleil ainsi nous sommes trois : le lézard, le livre et moi, chacun se demandant qui va s’échapper en premier de l’espace du réel.

Adèle. Depuis 20 ans elle avait disparu ou presque. Auparavant, avec elle, Adèle,  on marchait bien, c’était une amie de famille. Puis comme souvent les distances de la mémoire. La vie continue derrière le décor.

Au hasard d’une série de rencontres j’avais questionné André découvrant qu’il porte le même nom, assez commun du reste. Mais oui, Adèle était bien sa demi-sœur, généalogie un peu compliquée, oui elle vivait bien,

elle allait bien, et c’était bien.

Ensuite, nous nous étions croisés, mais il n’y avait pas d’urgence. Adèle avait été contente et j’avais été content. Pour des raisons pratiques sans intérêt, nous nous étions  retrouvés seuls, après déjeuner, sur les marches rondes et larges au bas de l’immeuble 18e ou vit André. Elle avait envie de la campagne. J’ y allais souvent dans la maison que me prêtait Nadia, contre une somme assez modique. Cette formule, prêter contre de l’argent, ça sent un peu Molière. Et, dirait Fred, l’admirable est inoubliable Fred, tu devrais tout de même arrêter avec les allusions que personne ne comprend. On dirait du Sollers.

Réapparue, Adèle s’invite à présent d’elle-même. Je peux passer ? demande-t-elle, déjà au bout de la rue  d’en bas, comme si le Morvan était à deux stations de métro de Ménilmontant.

La maison de Nadia ce sont aussi des promenades nombreuses, des chemins creux et la ville proche, terrasse légère, jardin goûteux du salon de thé dans la rue piétonne, Chez Françoise, dédales anciens du vieux quartier qui descend très vite vers le fleuve, au-delà des remparts encore solides, quoique velus de mousse.

Voilà pourquoi sur la terrasse il y avait soudain Adèle, en plus du lézard, du livre et du YDIT.

38° c’était beaucoup, j’aimais ça. Adèle on  ne sait pas, juste on la voyait sur un coin de terrasse près des fleurs amoindries par la chaleur.

«  L’été au Luxembourg est érotique. Robes légères, dont l’ourlet (ô Baudelaire ! ) bat mollement des jambes bronzées, maillots découvrant des bras fins, shorts minuscules, soutien-gorge sous la mousseline, seins entraperçus, fines sandales, tennis »( Rolin, Extérieur Monde, p.125)

Au milieu de la terrasse dont les planches sont mal jointes, posées peut-être sur une voie pour elles majeures, des fourmis passent, rapides. Elles glissent sur mes pieds, au milieu des poils, mais cela ne nous fait rien, ni à elles ni à moi, ni au livre et encore moins au lézard dont on soupçonne à quel point il envisage paisiblement son dîner. Comme un Matzneff sans masque. Soudain l’une, imprévisible, me pique. On dirait une ancienne abusée qui parle à la radio. Pourquoi venir troubler ma quiétude ? Je secoue la jambe dans l’immobilité que le soleil écrase et les ondes de mon geste – inattendu dans sa rudesse – parviennent jusqu’aux écoutes d’Adèle à peau de mirabelle.

Allongée sur une serviette très rouge et son ventre resté plat, elle n’a pour l’instant pour toute ambition que de résister à la sieste. Va-t-elle maintenant, à cause de ce geste des fourmis, de la piqure,  va-t-elle sans y penser se redresser ?

Pour aller au cinéma ce soir ? Se retourner exposant ainsi à qui la verrait (mais nul ni nulle ne le verra) une poitrine dont tout est ignoré, depuis au moins 30 ans, depuis que nous ne nous plongeons plus ensemble, au hasard de l’été, dans le ruisseau de la balade, la mer de la crique bretonne, la piscine municipale au fond du Lot, écume exigée, maillot très facultatif ; pourquoi l’étoffe, quand on a le héros : le soleil.

Pourquoi la fausse-pudeur quand on a la véritable lumière du regard ?

Depuis au moins trente ans que YDIT ne l’a pas vue ? Mais , ici, lumière et chaleur, faut-il renouer avec l’innocence du regard ?

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Didier JOUAULT, pour  YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode SEIZE : Histoire d’Adèle et le Lézard, 1 sur 2, début… A suivre , petite diversion, deuxième partie, épisode DIX-SEPT, bientôt. On respire un peu ? Mais on finit le détour Adèle avant de finir l’année ? Non ? Oui! Rendez vous : mercredi 27 décembre. Puis pause. Réellement .

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