
Texte de YDIT : Lettre de A. , Version B., sous le post-it orange, ceci :
Pendant 25 ans la fatigue d’écrire, pour rien que pour finalement inventer l’ombre portée d’Adèle et du Lézard, fictives présences dans une maison vraiment vide ? Fatigue, et beaucoup à faire, dont aussi le chemin avec les Filles et les Frères. L’écriture c’est ce qui vient après (sauf si on est un écrivain), et après il est en général trop tard. Septante et davantage sont agréables pour cela. On a le temps de ne pas fuir. On peut se permettre de rester dans la faille, ou sur le pic, plus rien à craindre. On a le droit d’interroger une jeune femme, inconnue, dans une galerie : « Vous ne trouvez pas qu’il se fout de nous, l’artiste ? » et elle ne s’effraie pas de l’agression. Elle répond. Dialogue. Sourit, sans inquiétude. D’accord pour insupporter le mot « artiste ». Comme si on disait « marquis ». Puis on parle. On se regarde les yeux.
On sort prendre un café. On se couvre d’un plaid rouge en terrasse. Rue de Bretagne. Rue de Turenne. Les galeries du « Haut-Marais », immeubles toujours superbes et productions parfois médiocres, c’est la vie, l’écrin et la paille. On lira les épisodes de « Anonymus project » deuxième semestre 2024 ( on y vient ! ) Il fait froid. On pourrait s’échauffer ensemble. Elle fume une Camel. Plus tard, elle aurait de petits seins et des gestes affectueux.
Toujours la même illusion. Mais, à septante et très davantage, il n’y aura pas de plus tard. Voila pourquoi on peut parler ici. Eros présent au coeur du cadre, mais silencieux. De cela aussi on devisera, épisodes deuxième semestre 2025 , « Vermeer et la Liseuse ».

Tandis que Septante et plus se construisaient en silence, en détruisant parfois ce qui les nourrit, YDIT avait trouvé cette agréable histoire de direction des services départementaux, un métier à peine moins imbécile que la plupart, mais en grand, et au centre sur la photo, et primes à hauteur, et puis ensuite les missions d’inspection générale, babioles qu’on lui assurait utiles (aimable, il affirmait le croire, rien à y perdre).
Quand tout s’arrête de se prétendre utile, que faire? Quand la fatigue ne se dresse plus en prétexte ?
Et c’est là qu’Ydit s’était mis à écrire : inventer, se souvenir. Car, aussi gravement qu’on affectât de l’ignorer, le mépriser, le dénier, il suffit de croire à son propre souvenir : il suffit d’abaisser un peu l’écluse et le flux du flot tout emporte.
Autour ça parle, et donc dedans ça revient. On raconte les peines. On écrit, ça se souvient.

Ensuite, des années plus tard, ceux qui étaient au sous-sol, fantômes de placard, punaises de grenier, voici qu’on les revoit : les personnages oubliés, quasiment momifiés, au fond du sous-sol, masqués, l’éternité pour eux, fossoyeurs de toute fausse quiétude.
Ensuite, encore des années plus tard, on vit ainsi réapparaître à l’horizon, tranquilles, presque bonasses, malgré les années de nuit et de poussière qui ne les ont pas recouverts de néant, ou au moins d’absence, on a vu comme des revenants les figures puissantes de l’effroyable duo, victime et acteur, pour YDIT, la double face, celle du Marcel Malbée, dit M.M. Die Pate, l’auteur, et celle de Hanged James, la victime,
tous deux réunis par ce qui a été produit dans leurs vies. Ce qu’on a produit sur eux dans leur vie. Voyez : les voici qui montent en scène, qui se traînent sur les planches, lui dans sa poubelle quotidienne, l’autre près de son arbre de refus, pas besoin de machiniste habile pour les enluminer d’une poursuite. On n’échappe pas si la lumière s’impose.
A présent il n’y a plus qu’eux à regarder sur les écrans, comme si on dévoilait brusquement – dans les tarots qu’on tire ce matin sur la table- la figure du destin et la figure du pendu. Demandez à un astrologue. Dites-lui de juxtaposer face à face, après le tirage, près de la tasse vide de café fort, le destin et le pendu, la roue de la fortune et le pendu. Demandez-lui au tarologue demandez-lui au lecteur de cartes ce que ça veut dire la roue de la fortune et le pendu dans la même main ? La main de Marcel Malbée ? Mais ça se devine, n’est-ce-pas ?
Note de Madame Frédérique :
Lorsque j’étais son « assistante préférée », (mon ex-directeur m’appelait Madame, jamais Frédérique, même lorsque nous finissions très tard une éprouvante journée, en ces heures où, de toute façon, la nuit est pleine, les chambres vides, les familles lointaines, ouvrant l’espace pour une intimité involontaire, piège affectueux dans lesquels on pourrait s’engouffrer de fatigue et de solitude, un soir, ou par tendresse complice, à force de partages forts, (le public ne comprend pas cela), lorsque nous passions le temps à travailler, j’avais observé qu’Y.d’I. ( je préserve son anonymat, mais on saurait le reconnaître) répugnait à dicter, à prendre les gens pour des micros. Tout comme il chassait la Répétition- malicieusement, méticuleusement.
Cependant, à relire le fragment précèdent, à cause d’un rythme particulier, sans doute, je crois y reconnaître la transcription d’une dictée, dans le Iphone de service, peut-être, Un soir encore plus tard que le devoir, puis d’une saisie en texte par l’habileté du logiciel, d’autant que- on le sent- le fragment n’évite pas les redites, les doublons, le double, l’incertitude. Mais je m’aperçois que- c’est le risque! – je détourne le rôle de présentatrice « objective ».
TEXTE de YDIT : Dans la vaste anxiété du monde, qui sans cesse s’aggrave, contrairement à cette ironie de l’espoir des temps où YDIT travaillait pour Gédéon, le Sénateur ( on racontera cela en détail) ( en 2025) ( quelles années ! ) ( Tout programmé : congés!)
Gédéon, la naine noire, quand on croyait à la progression du monde vers le mieux que lui-même, quand on croyait que le progrès des hommes serait le progrès de la fraternité, un peu, de l’équité, peut-être, et maintenant, au cœur de l’anxiété du monde dans la terre ravagée par notre histoire même, qui croire d’autre que le chuintement que murmurent les eaux usées par la lessive du plaisir, et que voir sinon cette arrogance des vainqueurs mâchant le destin des vaincus ?

Dans cette exagération-là du monde, Septante et plus étant venus,
l’inquiétude s’installe de nouveau dans les déplis du matin.
Plutôt, elle s’arroge une place de reine dans les débuts de ces nuits dont les commencements paraissent ne jamais commencer, de ces nuits dont l’entrée depuis longtemps reste si périlleuse à traverser, portail d’incertitude, comme si l’horizon du sommeil se déplaçait avec le mouvement de la nuit, dans ces heures d’encore si tôt et de déjà si tard, où se réinvente maintenant un visage de l’anxiété à couleur de nuage et peau d’orage. L’infranchissable portail de la nuit .


Alors, et d’autant mieux que Septante et davantage sont venus, s’ouvrent les caves où l’on pénètre pour boire au goulot les pétillantes récoltes de la mémoire ; s’escaladent les terrasses où l’on étale le corps au-devant du soleil, nu, pour regarder la chaleur du passé dissoudre la peau et la sueur y tracer des laves de souvenirs, tandis que plus loin ( on s’en souvient?) on observe Adèle la mirabelle qui tourne sur le drap rouge l’horizon blond de ses vieux et ronds seins, que ne regarde le lézard .
Alors caves et terrasses, portes ouvertes, fuites ouvertes : la complétude ets au creux de l’écriture, et seulement là.
Au fond, se souvenir, raconter, chasser le Marcel Malbée, choisir BOB et MORANE, les vaillants Détectives domestiques,
le faire poursuivre par BOB et MORANE afin de le tenir là, sous les dents, vieux mais vivant, et l’assassiner lentement, l’empayouter, le martifrayer, le gaspitrouer, le déchipercer,
tout cela pour le détruire avant qu’il soit déjà détruit par sa propre finitude d’homme ( on vérifiera cela ! Début 2026… ), au fond – tout cela, les intermèdes FRED l’assistante ou on ne sait trop bien quoi, et Gédéon-le Sénateur et TYNE la pâle voix d’Afrique ( on lira tout cela, en 2025), tous les comparses, les villes, les démarches des filles dans les curieux espaces des villes, au fond toute cette histoire n’est-elle probablement qu’un vaste prétexte, une vaste digression, une puissante excursion extra-diégétique ( batifoleries de langage, dirait MORANE) dont l’unique but et ceci : oser se permettre de saisir la porte d’écrire, la tirer dans violence, et s’enfouir dans les caves des mots, et s’enfuir dans les paroles des terrasses. Disparaître. Cesser enfin d’y être, ici. Nier qu’on est encore là-et pour si peu en fait. Si peu : soi-même.
Là, derrière la porte d’écrire : enfin libéré de l’anxiété. Enfin absent du monde.
Loin de Marcel Malbée revenu de force dans le tableau du réel.
Un peu comme de longues vacances. Ou un congé-maladie longue durée.
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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode DIX-NEUF : le destin et le pendu, la porte d’écrire. A suivre… le rythme est pris, chaque semaine, sauf repos des braves, ou interruption intempestive et inattendue de la programmation pour « accident voyageur », donc à se revoir le mercredi 24 janvier, après » soleil cou coupé »…