YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, il veut incendier les genoux de M.M.

Voici le 21 février, les mercredis de YDIT, pas seulement ce 21 février, maisdepuis le 14 février pour commencer – oui – pour une succession de trois épisodes que ( sans les relire) on sait cousus de peine et taillés vifs dans l’étoffe de la tristesse. On aura fini avec « ça » le 28 février- une année bissextile, c’est bien qu’il y ait du reste pour souffler.

Die Pate, ce temps-là, hélas revenu avec les « aveux » de tous les autres suintant leur détresse et leurs coupables,   ces années, surtout, ce sont des millions de dimanches sur les genoux de MM Marcel Malbée, dit Le parrain, tout le monde l’appelle sans article « Parrain ».

En image- mensonge et vérité-, même quand le vieux poele à charbon de la pièce à vivre s’essoufle ( car le charbon est coûteux)- le gamin apparaît en short dès que le temps le permet. Vieux pull en grosse laine provenant des bonnes oeuvres de la paroisse mais short – de scout sans patrouille? De filles intranquilles ?  Marcel Malbée – invisible toujours- lit longtemps et commente un peu un étonnant périodique, « l’Os à moelle ».

Toujours, après le déjeuner à quoi participe Grand-Mère-Savait ( on racontera cela ), un geste ( un cocker ferait de même), affectueux geste, accueillant, et YDIT apparaît comme un double sur les genoux de Marcel Malbée, assis en équerre, ou assis les cuisses en parallèle. Ce qui est mieux. Pour Parrain. Pour la chaleur, la fraîcheur, la tiédeur, la candeur ( fausse )( dès l’après première fois, où ne fut pas dit « non »)

Le gamin ne perçoit rien de l’émotion probable, Parrain presque toujours pose une main sur une cuisse, affectueux Parrain, mine de rien Parrain, petit plaisir Parrain, pose une main très au chaud la-haut,le gamin ne sent pas de chair qui vibrerait, rien, mais c’est la place du gamin aussi, pour les milliers de dimanches, pour vivre, cuisse à cuisse les longues, si longues, ennuyeuses,

si ennuyeuses, interminablement reprises et toujours plus ennuyeuses, parties de MONOPOLY. Parrain et lui sont assis à la table de bois, à demi débarrassée.

Au centre, un saladier, qui sert aussi de cendrier.      

Presque toujours, l’une des mains de Parrain est posée sur une cuisse de gamin, ce qui doit être un souvenir mensonger. Car comment jouer au Monopoly d’une seule main? Le gamin n’achète ni ne vend, c’est Marcel Malbée qui joue pour lui, c’est Marcel Malbée qui joue avec lui, et c’est Parrain qui lui tient gentiment la main pour le mouvement des cartes, des pions, des billets, des maisons, comme c’est attendrissant, il s’occupe bien de son filleul, non ? Il lui apprend bien les gestes, non ??.

Au cours du jeu – mouvementé, conçu ainsi-, Parrain par instants recale le gamin aussi près que possible sur les genoux. Sans l’étoffe, jolies petites fesses rondes, les laver ensuite, conseil de la mère quand il revient des nuits chez Parrain, plus tard. Mais il y a l’étoffe. Pour l’instant ?

Entre le repas et les parties, ou quand chacun s’est tout de même lassé de l’inepte jeu (acheter des « maisons » avec de faux billets tandis que le charbon manque un peu…), la famille s’occupe. Parrain lit son journal. Les autres suivent des westerns sur l’écran, qui vient tout juste d’arriver ici, cadeau ( ou salaire?) de parrain à noel. Ou des cartons gris à lettres amovibles blanches qui annoncent les résultats des matchs,

Brive 15/Aurillac 12.  Dimanche, c’est match.

Entre deux séances-genoux ( quel jour Parrain retrouve-t-il le gamin sur ses genoux alors qu’a eu lieu depuis peu l’immémorielle « première fois »? Et que YDIT « non » n’a pas dit. Pas dit « NON », et maintenant ce dimanche le voici à nouveau qui s’étale cuisses nues dans son éternel short, malgré le froid, sur les chauds genoux ? Quelle complice confusion, et dans l’avenir, donc, d’autres fois prévisibles ? Dès la deuxième fois, puisqu’on n’a pas dit non, il y aura une vingtième)…

Entre deux séances -genoux, avant l’heure de raccompagner à trois (Père, Parrain, Ydit) La Grand-Mère-Savait jusqu’à sa maison de retraite, Ydit met en scène de façon éclatante (et sans le savoir), ce qu’il voudrait pouvoir dire, ce qu’il faudrait savoir faire advenir, ce dont il faudrait ne pas se souvenir.

Par le jeu, du maquillage, il dit, Ydit, tout ce qu’on devrait savoir, mais personne n’écoute, personne n’écoute jamais, peu importe au fond, pas la peine d’écouter, de faire encore cet effort, de faire l’effort de faire semblant de l’effort, puiqu’ils savaient, tous, ils savaient, tous ils savaient, tous ils le savaient, qu’il ne faut pas oublier de se les laver quand on va (désormais) chez Parrain, et tous se taisaient.

Dimanche, dix fois : le gamin va dans la cuisine carrelée, petite, mal tiédie par la cuisinière qui sert à chauffer l’eau des ablutions du dimanche matin, encore un peu propre. Là, Ydit caché se travaille le masque, se compose le visage et s’expose (sans le savoir), le message.

On l’aperçoit, dans son short beige, les fesses posées contre l’émail protecteur de l’évier par endroits éclaté. Il a posé le petit miroir sur la table à toile cirée. D’une entorse ancienne il reste une bande de soins. A l’école ( plus tard au collège ? ) la maîtresse veut quelques tubes de gouache. Le gamin s’entoure le front, serré, fort, et dans la glace impose à son crâne une marque d’impact rouge, de balle, venue de Western à la télé sans doute, sans savoir au fond à quel agaçant jeu il convoque la famille. Qui ne voit.

  Quand il revient dans la salle à vivre, la Grand-Mère-Savait se montre agacée, ce gamin est stupide, et ça gâche la peinture, c’est cher. Mère ne dit rien, elle fera la lessive, et c’est un petit garçon si gentil avec tout le monde, et premier à l’école, il faut bien laisser passer quelques babioles.

Dans la cuisine, Ydit reste seul, on ne s’occupa pas de lui, on le sait un petit garçon sage qui ne ferait pas de vraies bétises. Il pose sur un peu d’eau la coque en plastique du petit bateau de pirates reçu à noel, jouet récupéré dans les offrandes de la paroisse de la Sainte Famille, pour les pauvres du père Martin, rue Paul de Kock.

Cette fois, le gamin perce la coque, avec la pointe de l’épluche-légumes, et il s’amuse à voir couler dans l’évier le petit jouet. Surtout, surtout bien sûr, il le récupère avant la fin, toujours le récupère, et colle ( colle liquide, filante sous les doigts, blanchâtre, très vite sêche, on peut la nettoyer avec le bord d’une serviette nid d’abeille, si besoin ) il colle sur l’orifice de menus morceaux de celluloid découpés dans les baleines pour chemises que la mère (en cette période) coud à domicile et qu’il va livrer chez la grossiste.

Ainsi, toujours le bateau est sauvé, ouf, coque percée, mais bateau récupéré, donc toujours l’enfant un dimanche suivant, un dimanche toujours, perce de menus trous dans la coque, et regarde le naufrage par lui provoqué, puis peu après par lui évité, c’est vrai qu’on peut flotter malgré l’atteinte ? Ydit ne sait pas le sens du jeu. Il perce, répare, flotte : la vie depuis Parrain.

D’ailleurs, personne ne regarde ces jeux un peu idiots, pourvu qu’on ne dérériore pas trop le jouet, qu’il puisse encore servir, dit Grand-Mère-Savait, quand elle vient chercher un verre d’eau dans la cuisine.   

D’autres fois, YDIT allume des feux divers dans le cendrier très en usage, ou dans le plat à salade resté pour qu’on se mette à jouer au Monopoly. Paisible, sans aucune intention ni fébrilité, il fait brûler tout ce qui est à portée de la main, ça provoque de tout petits feux en vase clos, de la flamme en bocal, de l’incendie sous-verre, une autre chaleur, pas le charbon rare, ni la main de parrain, feu qu’il s’amuse à éteindre avec une mini figurine de pompier, jouet provenant de la paroisse.

Et dans la superbe indifférence générale Ydit fait brûler le jeu, la main de Parrain, les genoux de Marcel Malbée, l’haleine de Die Pate quand on est sur se genoux, les mots croisés de  » l’Os à Moelle », et seule Grand-Mère-Savait, de nouveau dit que c’est agaçant, les odeurs que font les tickets de PMU en brûlant, mais personne ici ne répond, car nul ne s’intéresse à ce qu’on brûle ainsi, dans le vase clos du dimanche, qu’on brûle et qu’on éteint. Parce que, tout de même, avouons-le une fois, encore : on n’a pas su dire NON.

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Didier JOUAULT pour : YDIT BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode VINGT-QUATRE : BLESSER LES DIMANCHES, 2 sur 2, Fin, incendier les genoux de M.M.  PIRE à VENIR , La semaine prochaine, l’apparition dans la fenêtre, douloureux épisode.

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