YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE Présentation de Tyne première partie : au numéro 47, montée de la montagne.

Note de Madame Frédérique :

Présentation de Tyne n°1

Certains mots, désormais, doivent être pendus haut et court. Lorsqu’Ydit  connut l’Afrique, « nègre » n’existait déjà plus que pour une sorte de chose vendue en boulangerie : meringue couverte d’éclats de chocolat, « Tête de nègre ». Qu’on pût avoir choisi ce nom, pour une boule à croquer ensuite, c’était déjà -dès l’origine- toute l’arrogance de l’occident. Au Pré Saint-Servais, « Impasse du Pré », évoquée jadis dans quelques « Séquences Publiques d’Oubli », l’Africanité n’apparaissait que sous les aspects du Nord. On disait « Les Algériens », peu importait qu’ils vinssent depuis le Maroc, c’était la guerre.

Plus tard, peut-être, Ydit fera-t-il le récit de ce policier en pélerine vu étendu bien mort à la sortie du métro Porte des Lilas ( mais ce souvenir violent ne cachera que les mots de la mère sur celui qu’on aperçoit plus loin, le père, parlant avec un homme plus jeune, et soudain il faut marcher plus vite, ne pas les regarder,pouquoi pas ?), ou de ce dimanche après-midi soudainement tonitruant : une bombe venait d’exploser dans le HLM voisin où habitait un journaliste de

« l’Humanité », le journal du parti communiste.

Mais ce n’est pas dans l’ordre du temps, l’ordre du jour, l’ordre des choses. A présent, toutes paroles libérées de leur honte (même si à leur libération bousculée succède peu à peu une sorte de silence un peu las), et puisque le récit en a commencé, l’ordre impératif du narratif, expansif, détersif, expressif, nominatif, exige ceci seulement, et ceci entièrement, comme on a dit, comme on dira : la sage poursuite un peu chaotique de « La Chasse au Parrain », entremêlée à la Complainte un peu dramatique d’Hanged James, jusqu’à ce temps dans les temps et les siècles ( ainsi devrait-il être ! ) où l’on en sera tout de même allégé, à présent que tout le monde parle de « ça ». On. Allégé. Tout de même. Croyons-le. S’alléger de cela. Le Secret. Le Secret mis au jour par ses parleuses même.

Mais l’Afrique n’est pas à côté de la flaque où le narrateur pose les bottes, pour en diluer la boue rouge des pistes (ceci est une métaphore due à BOB, un soir où- dans un  bar de Port-Soudan– il devisait en devises locales, accompagné de MORANE et de quelques verres, sous l’oeil un peu fatigué de ROLIN, écrivain). L’Afrique, pour Ydit, pour toujours s’appelle Tyne, autrement dit une autre forme de l’horizon indépassable de la mémoire heureuse. Encore une formule à la MORANE ?

MORANE : des phrases comme ça, on devrait avoir honte, plutôt…
BOB ( vidant le verre de côtes de Lyonnais) : si on avait honte, tu ne serais pas là.
MORANE : Et les autres non plus.

BOB : non plus, les autres, pas là.
MORANE : Et sans eux, que faire?
BOB : sans eux, se taire, se terre, vers.

Au cours des 200 000 mots ( moins, à force, arrivé l’Episode vingt-sept : 150 000? ) mots qui restent à tirer comme des cartouches bleu-gris ( couleur des Septante et plus venus ), Tyne dit l’Africaine aura pour rôle – dans la trame sale de la chasse- d’embellir les récits de mémoire maigre  (beaucoup de séquences Gédéon/Le Sénateur, illuminées par les images de ROSE : en 2025, dans un an, selon le programme), par les rotis d’antilopes suant leur graisse sur la braise, ce que sont les rites et  mots sacrés de l’Afrique.

Tyne est l’ Africaine. La blonde Africaine. Personnage.

Tyne, Septante et même davantage étant venus, où en es-tu de tes visages blonds et qui savaient changer selon l’orage, le goût du café, le sens de la caresse – et même avec le bruit que font les pages des livres quand on les tourne et les creux du corps si on les voit ? Ton visage de bambou, tes yeux de forêt et de rhizome ? Longtemps après que nous avons bifurqué nos tendresses, des heures j’ai cherché la trace de toi. Mais Tyne ne laisse pas de trace, sauf sur les carrés des photos où elle posait avec douceur et indécence- simplement là et nue, images d’album qu’YDIT inlassablement avait regardées, avant que l’incendie les détruise.

Longtemps, parmi les vitres à reflets des musées, partout dans les voyages vers l’Afrique, la trace de tes images, YDIT l’a cherchée, au Dahomey, au Togo, en Haute-Volta, au Cameroun, tous ces anciens pays de la colonisation, toutes ces terres de surprise et de récits, dont les noms depuis ont été changés par leurs héritiers, mais qui sont restés tels qu’en eux-mêmes l’africanité les préserve, noirs et profonds,

royaux et magiques, secrets et sacrés. Lorsque je te connaissais, souvent, tu m’initiais  par des bribes de chant sombre à cette autre histoire ancienne de la  forêt des hommes de l’Afrique, aux secrets noirs des Afriques préservées des colons, avant les malheurs imposés par la modernité.

Arrêté du 22 août 1945 ( Ydit avait précisément – 5 ans ), N°2576, réorganisant l’enseignement primaire en Afrique occidentale française (J.O.de l’A.O.F., 1er septembre 1945, p. 707-35)

« Article 2

Enseignement primaire élémentaire

L’enseignement primaire élémentaire ( qui comprend trois cours ayant chacun deux années d’études) a pour objet essentiel d’agir sur les populations africaines en vue de diriger et d’accélérer leur évolution. Cet enseignement est donné uniquement en langue française.

Il est strictement obligatoire pour les enfants de fonctionnaires et de militaires de carrière, sauf indications contraires du médecin.

Les gouverneurs détermineront pour chaque colonie les conditions dans lesquelles cette obligation pourra être imposée aux enfants des familles de chefs. »

Dans le cœur trop battant de ces récits mal conservés, Ydit poursuivrait sans faillir ni tracas les traces de Tyne, éternel amoureux, traces quand ils eurent enfin terminé l’envoi irrégulier de photos d’eux, images du simple jour, carrés du tout-venant soyeux comme un Hermès, échanges comme des adolescents d’une autre époque, comme une femme et son prisonnier, photos légères ou dramatiques, érotiques et passagères..

BOB et MORANE, détournés de leur mission majeure (gaspiller Marcel Malbée, l’ébarbouillir, le dépeciter), ont enfin, de cette Tyne Africaine, trouvé l’adresse trente ans plus tard, par des moyens qu’on ne peut dévoiler ici, secrets et sacrés. Dans les mots du griot et les sonneries sourdes du tambour construit avec la peau des morts, ils ont remonté le flot du fleuve vers sa source, et pointent l’adresse comme s’ils maniaient une pagaie de la barque rituelle.

TYNE : au 47 montée de la montagne, à Garvas.

Après une nuit de train solitaire, Ydit est arrivé au matin, dans la gare de Garvas, presqu’aussi lointaine que La tour de Carol, mais Brigitte Fontaine ne chante pas le chef de gare ( et qui se souvient de Brigitte Fontaine?) si loin de l’Afrique aussi, et le taxi maussade en maugréant  l’a conduit montée de la montagne.  

« Arrêtez vous au 27 » : si l’ on s’approche trop d’un cœur de l’histoire, le feu cesse la couvaison discrète et sort vous mordre le ventre.

Ydit restait là, groupé avec lui-même sur son corps dans le siège arrière de la Mercédès noire, à regarder rien ni personne, à regarder une façade et se percevant soudain trop nazi, trop flic. Montée de la Montagne Pas très loin, renforçant la regrettable impression d’expédition punitive contre le village, BOB et MORANE ( déguisés en grisaille du matin ) s’attachaient (attachants détectives d’usage sage) à mimer le sommeil innocent des amoureux repus, la langueur monocorde du tronc délavé qu’emporte le fleuve Congo. YDIT – très loin de la rue Dupetit-Thouars, numéro 12, premier étage à droite, double porte de velours bordeaux, et le David en bronze imité,- YDIT patientait pour concurrencer l’imprévisible.

 Puis disant au chauffeur qu’il peut y aller,  inutile d’attendre, cela se devine qu’il ne se passera rien, jamais il ne se passe rien tant d’années plus tard, quarante ans, et cependant YDIT est venu, YDIT a pris le train de nuit, commandé un couple de MORANE et BOB, et YDIT que voilà est ici, devant le 47, Montée de la Montagne, à Garvas,  ce matin frais. On attend. Rien ne se passe. Nulle ne sort, liane jolie.


Un peu clandestin,  mal maquillé, à présent effacé de lui-même dans l’abribus aux affiches exotiques déjà, et il attendait de voir- tant d’années plus tard- il s’impatientait de savoir qui pousserait la barrière en bois devant la grande maison très méridionale, pas laide, pas belle, la maison de TYNE, 47, Montée de la Montagne, à Garvas… Il savait que tu serais la même dans tes souplesses ajustées, toutes ces années ensuite, mais le blond de ton corps serait devenu blancheur de la tête (et l’angle rose de ton sexe qui avait été si net sous la blondeur ?),  et le pâle de tes cheveux qui les amusait lorsqu’ils parlaient du bleu-noir et du vert-émeraude  et du brun-roux de l’Afrique ?

Présentation de Tyne :

Elle fut la porte de son couchant, l’horizon de son lever, le delta de ses amarrages.

Tyne, récite YDIT dans le coin transparent d’un abribus déserté, TYNE je me baigne dans le velu de ta blondeur nègre, Tyne, je me roule dans le fleuve frais et fort de ton blanc récit d’Africaine, Tyne en noir et blanc comme un échiquier, comme un labyrinthe de palais crétois, comme un pavé mosaïque dans la loge des frères tailleurs de pierre.

Mais, tout le monde sait cela : la porte de la mémoire ne s’ouvre même pas sur des ombres, et seuls des mensonges nommés souvenirs parviennent à l’ouvrir, parfois.

Reste à continuer d’écrire : roman-images .

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Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison 4, Episode TRENTE Présentation de Tyne première partie : numéro 47, montée de la montagne. Suite de la presentation, banalement, la semaine prochaine, mercredi, milieu d’après-midi, 10 avril encore une occasion de mettre du temps dans son thé.

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