
« La LETTRE de A. », VERSION B
Il y avait eu cette période heureuse où la force de l’oubli l’avait emporté sur toute urgence de regard.
On pouvait, on a pu soixante-dix ans et plus, entrer dans une pièce, une ville, une vie, un souvenir, sans apercevoir du coin de l’œil le couple si mal apparié- bien qu’en paire : Die Pate et The Hanged Jammes. Depuis, le présent a imposé son passé à toute tentative de futur propre.
YDIT-BLOG, saison 2, FERRARE, le cimetière juif, la maison de Bassani enfin trouvée au coin de la rue, bonheurs simples, ici même , sur cet écran, on peut le retrouver : la saison de l’ignorance. Séquences d’errance heureuse.
On oubliait encore ce qu’on avait trop su.
Par quelle extrémité cette fois (étant poussé aux extrémités car tout le monde à présent parle de « ça », son Le secret) par où tirer la queue du roman-image ?
ET cependant JAMES, lui, pas déjà HANGED ? Pout tous deux, YDIT/LUI, l’époque de la complicité en silence avec le vieux aux mains lourdes. YDIT, lui, dans la proximité nocive mais jouisseuse de Marcel Malbée dit M M Die Pate : identiques demandes, mêmes yeux fouisseurs du vieux, la cordelette du pyjama serait dénouée comme une sale histoire, YDIT le savait.
JAMES, à lui, contre lui, mais dans sa jouissance brève facilement obtenue, un sexe touché comme par une brûlure, des fesses arrondies comme sous le fouet, un corps dénoué de sa pudeur, parce qu’on a trop chaud, bleu et blanc, rouge et vert, le pyjama, (certes pas de lin blanc, ça coûte trop cher, on n’avait pas d’argent, nous, seulement Die Pate, un peu davantage, voiture, couscous chez le Marocain, verre de sylvaner, voyage en Forêt noire, toujours il faut répéter cette différence sale, la pauvreté). SUR JAMMES, quel geste ? 
Et pourtant, l’un (YDIT) qui traverse les épisodes souvent joyeux du quotidien sans jamais rencontrer les ronces de la souffrance mémorielle.
Et pourtant l’un (YDIT) qui parcourt la vie comme si la mémoire avait subi l’extinction d’une race : la race des souvenirs, et caracole dans le bois pour le footing quotidien, et part en avion visiter des villes et des gens, regarder le sable sur le dos des filles sur la mer, boire des vins secs sur des bars bruns, rire au théatre, s’agacer dans les livres. S’agacer d’un livre, quel luxe ! Plaisirs et légéreté couleur joie de vivre : YDIT.
Et l’autre, JAMES, un matin, dans la « bulle » étroite de la fenêtre : HANGED !
La différence, comment la comprendre ? L’injustice, comment l’accepter ? La distance, comment l’effacer ? On reste ébahi, déchiré, coupable de cette discordance, involontaire.
Reste l’explication de ceci trouvé si tôt : l’écriture.
Comme un marais, un désert, une jungle, une caverne, un sommet, un égout, un miel neuf sur le pain chaud, un matin frais au balcon de l’hotel avec FRED : l’écriture, de quoi s’occuper le ventre, les doigts, l’entrelacs compliqué des souvenirs. Se divertir. Prendre la fuite. Se décentrer. Se déconcerter. Se surprendre demain d’avoir écrit cela hier. Sans pour autajt barguiner sur l’Ecriture comme absolu ou Etre-en-soi, non écrire pour… se barrer.
Sauvetage absolu.
On devrait apprendre à écrire à tous les petits garçons privés de pyjama. Ils n’écriront jamais trop. Même s’ils ne racontent pas. Même s’ils font semblant que non.
Ydit hésitait, en écoutant des chants d’Afrique de l’Ouest (on y reviendra, on racontera encore : la blondeur noire de TYNE, ah quel amour déjà présenté) .
Il aurait pu (avec bonheur et paresse), se passer de raconter l’Abbaye de SYLVANES.
L’avenir aurait été le même, Septante et plus étant venus. A cet age , on ne conte plus ?
Mais non. Trop tard. Le pli est pris. Raconter comme marcher, tant qu’on peut, tant qu’on sait. Entrer dans la cave de l’écriture, monter sur la terrasse du récit, s’enfuir, s’enfouir. Le mot se lève, il est temps d’écrire.
Récits de SYLVANES, quatre épisodes. Tant pis, après tout ( et avant la fin, qui serait la fin de cette poursuite sombre et vive), tant pis si l’avènement de la chute en est retardé. Chute, drame, non ; catastrophe, étymologiquement dit du Grec : fin du poème, dénouement, c’est drôle de savoir que, en Français, le mot transporte ses violences de désastres ( les Anglais : Disaster/ pas de Grec, donc, mais la racine des Normands, jadis envahiseurs : Désastre), comme si la « fin du poème », de toute évidence, marquait le surgissement de la calamité.
————————————————————————————————————————————————-
Sylvanès :

C’était il y a quarante ans, ou presque. Avec l’accord de la communauté religieuse, vouée à la musique et à l’icône, YDIT logeait pour un mois dans l’appartement que des paysans, à six kilomètres de l’Abbaye, avaient construit en annexe de la ferme, de l’autre côté de la route étroite. Mais le fils- on s’interrogeait en silence dans les cafés imbéciles du village, le fils, le « Grand des Maraignac » – ne se mariait pas, bien qu’il fréquentât beaucoup et souvent l’abbaye. On le savait proche de Frère André,
qui le recevait aux Granges- accès interdit au commun des fidèles ou stagiaires. On parlait de cela avec les yeux, sans rien dire, en l’observant passer, avec sa drôle de façon d’être.
YDIT, lui, ça lui convenait, l’appartement désert de l’autre côté de la route face à la ferme : anonyme et confort façon rurale ( meubles lourds, velours), une épaisse valise de manuscrits et de livres, des images de tableaux célèbres posées sur la cheminée, la table (La Liseuse de Vermeer, La Saint Anne de Vinci, La Vénus d’Urbain, pas que des nus- contrairement à sa réputation- et pas encore Garouste, dommage, on n’apprend jamais assez tôt son Garouste).
__________________________________________________________________________________________________________
Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE QUATRE : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, 1 sur 4 , première partie, début. A suivre : le vendredi 10 mai ( oui ! ), rupture des habitudes, on vous l’avait dit, mais calendrier contraint : congés, jours fériés…respect des travailleurs -et des mémoires ! Sauf si -soudain- par un regard inattenbdu en » sondage », YDIT changeait les dates de paruition,- pour …souffler, souffler sur ses doigts gourds , à la sortie de l’hiver