YDIT-BLOG, Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX: Silvia n’est pas venue à Sylvanès, deuxieme milieu, 3/4 le reporteur de France Musique dans l’abbaye qui chante.

Cette fois  l’ordre chronologique des fragments inclus dans «  La lettre de A. »VERSION B. facilite ma tâche.

« La LETTRE de A. », VERSION B    SYLVANES suite 

Abbaye, musique. Le jour, c’était le grand soleil du sud en été. Ydit marchait sur ses cuisses bronzées, musclées à force de parcourir au soleil le chemin entre la ferme et l’abbaye, tel un bon paysan de jadis : 6 ou 8 Kilomètres entre « l’appartement du Grand », à la ferme, et l’abbaye. On le voyait, le jour, écrivant un peu, bavardant beaucoup, avec les stagiaires, pas seulement les jeunes filles iconophiles, et avec le pianiste, grec, le pianiste, prétendait-il, ou les visiteurs très rares ( en ce temps, l’Abbaye était peu connue, un Festival depuis l’a rendue célèbre, inaccessible, arrogante comme souvent le trop de succès).
La trentaine un peu passée, les muscles bruns, le bonheur d’être ici, le pur plaisir sensuel d’exister dans la musique le jour, le silence nu la nuit, l’absence entre chien et loup, les paroles, le soleil, pour rien. Dormir sous le ciel et seul : patience dans l’azur, ou encore ta tête se détourne, le nouvel amour .On sait que le sentiment du bonheur physique vous donne physiquement l’air de connaître le bonheur. C’est d’ailleurs ce que dit sœur Agathe. Au sujet de Marie. Ainsi soit-il

Pour le reste, les sales rumeurs sur les « retraits » de Frère André, elle n’en n’avait cure (forcément). Tous ces gens là, pas loin de l’abbaye, dans ce Sud frétillant, ça faisait beaucoup d’ennemis. Tous contre Frère André…

Selon sœur Agathe, ce n’étaient que mensonges, au sujet de Frère André, des jeunes stagiaires, de la clôture absolue des Granges au portail infranchissable pour les non-initiés, où l’on ne pénétrait que sur invitation, formelle, du Père André…Une sélection par  la promesse des talents et donc l’éducation des corps, ajoutait la sœur, sans ricaner.

Car une Clarisse jamais ne ricane. Car une naïve jamais ne cancanne. Car une puriste jamais ne boucane. Etc !

Trois jours avant le concert, un  très jeune reporter de France Musique s’était joint au groupe, assistant aux répétitions, participant aux repas. Joli,  vêtu d’un short marine à courtes dimensions et longs rebondis, de mocassins beige et d’une franche insouciance parisienne, souriant à son avenir. Il avait rejoint le duo du scriptorium paisible, l’après-midi : pianiste grec, Ydit, saveurs de jazz, senteurs de cailloux asséchant le vin rouge. Sa tentative de Satie avait glacé le pianiste grec. Après le dîner dans le frais scriptorium de  l’abbaye,  on l’avait  accueilli par exception  parmi les initiés des «  Granges ». Sœur Agathe disait : « Pour le festival de Frère André, c’est mieux que ce jeune garçon soit bien soigné. Un reporter  de France-Musique ». Bien sûr. Les Granges. Le Soir. Intimité de la prière. Interdit aux non-pratiquants. Short marine à courtes dimensions et longs rebondis, du lin sans probité candide.

Cet univers était étrange : musical, élitiste, iconophile, mais ouvert aux inactifs et laïques, aux inactifs ( sœur Agathe avait réussi à prêter un vélo à Ydit qui parcourait les collines, le pianiste grec avait renoncé à l’accompagner, trop de vin au déjeuner, de « Pall Mall » dès le matin) – pourvu qu’ils règlent leur séjour.  On n’exigeait pas de prier, pourvu qu’on ne se prétendît pas en vacances, mais en retraite ou en travail. Ydit avait prétexté sa thèse sur l’Afrique. Entre les moments assez bruyants des déjeuners dans le réfectoire des moines, silence et musiques alternaient dans une harmonie apaisante par sa puissance maîtrisée. En somme, cela ressemblait assez à la vie de Ydit en ce temps. Pas de Marcel Malbée  embusqué à l’horizon du souvenir, et on ne connaissait pas encore James, futur Hanged.

La belle vie . Ainsi fut elle !

L’étrangeté gagnait les façons de se rencontrer. Le jeune reporter avait quelques années des moins qu’YDIT, et un savoir beaucoup plus grand. Dans les pauses de la répétition, la Diva fuyait le soleil et partait réparer sa voix. Le reporter  avait pris l’habitude de rejoindre Ydit, sur les pierres dévastées du cloître en cours de relèvement, carrés longs taillés que des herbes un peu clandestines disputaient à la lumière. On restait au soleil, allongés comme des lézards entiers, on devisait musique  avec lenteur– Ydit n’en savait que si peu- et livres – Ydit croyait en connaître certains. On marchait dans la campagne voisine, levant à deux les sauterelles en passant devant le préau désaffecté de la mairie-école. Plus loin, les ruines carrées de la commanderie du Temple rappelaient que la pierre passée construit l’avenir. Des arbres de la liberté y poussaient, un par révolution : terre radicale socialiste. MLais arbres essouflés par la durée du Temps.

La veille du concert, pour la Générale, le reporter avait installé YDIT auprès du preneur de son, dans la régie provisoire et dans l’ombre  : double privilège.

Ensuite, l’ovation éteinte, le reporteur, pantalon serré, l’avait – d’office- invité aux agapes en nombre réduit, dans la bibliothèque de l’évêque, d’habitude fermée, car elle contenait d’anciens volumes précieux, dont un exemplaire princeps du « Dictionnaire philosophique » et un autographe de JL Borgès sur «  La Bibliothèque de Babel » «  J’écris pour moi, pour mes amis, et pour adoucir le cours du temps ». Frère André avait semblé surpris, agacé, de voir YDIT parmli eux ici, dans le presque Saint des saints. Mais Sœur Agathe, Clarisse complice en bavardages d’épluchages, cantinière naïve et cancannière placide, lui avait murmuré à l’oreille que l’on pouvait accueuillir YDIT parmi la douce bande des Gentils.

Après le dîner, dans la nuit claire, le reporter était resté longtemps avec Ydit, près d’Ydit, pantalon serré contre Ydit . La chaleur avait à peine disparu, le pianiste jouait un peu en sourdine, seul, dans le scriptorium, lentement, fermement, pénétrant le silence des pierres comme on déguste un rayon de soleil vers Athènes au matin. C’était nostalgique,  déambulatoire  et doux comme du Modiano.

Mais « non », finalement, Ydit répondait au reporteur qu’il ne se joindrait pas au groupe des Granges. Ce groupe léger, malin, secret. Non, ce soir, ni demain. Il aurait pu, bien sûr, il avait tout ( presque ?) pour ça, mais non. Il n’était pas très sûr de savoir pourquoi « non« , mais pas la peine d’insister, « non », pas envie de ce groupe léger, malin, discret, malgré les horizons de plaisirs pratiques. Cette fois , certainement, clairement :  » NON ».

Aujourd’hui, oui : on apprend à dire « non », même quand il est trop tard. Les garçons admis au stage de langue, dans le secret des « granges » , avaient-ils des cordons au pyjama?

Après le concert, le reporter avait vite regagné Paris, non sans laisser adresse- quartier chic – et numéro téléphone écrit à la main ( à l’époque, outils frustes).

Il espérait vraiment qu’on se reverrait. Il l’espérait beaucoup. Il y comptait. Presque il y tenait. Il l’avait répété, s’accompagnant d’un sourire qu’ailleurs on aurait qualifié d’irrésistible, puis fermé, comme à regret, la portière de la Peugeot Radio-France, que conduisait l’ingénieur du son, pressé, lui : sa femme l’attendait.

Mais Ydit n’était pas certain de désirer encore ce mélange de  méfiance et de curiosité que le cloître imparfait dessinait comme une fumée. Pas le désir de ce labyrinthe nouveau à parcourir à genoux, comme les chemins de Jérusalem au sol des cathédrales. Il n’était pas très sûr non plus de savoir pourquoi refuser le dîner chez le jeune reporteur à short bleu et cuisses arrondies. Ni : quand accepter ? Ni : Pourquoi ? Ni : Pourquoi pas ? Il n’était pas très sûr. De rien, ni du contraire. Mais, depuis le sriptorium pourtant éteint, le pianiste grec lui adressait un lumineux message sur l’origine du monde.

____________________________________________________________________________________________

Didier JOUAULT , pour YDIT-BLOG / Nouvelle saison, Saison IV, Episode TRENTE-SIX : Silvia n’est pas venue à Sylvanès, deuxieme milieu , le reporteur de France Musique. A suivre le 31 mai, un VENDREDI ( toujours les contraintes de calendrier en ces périodes chargées d’absences), la fin de cette séquence Sylvanès.

Par défaut

Laisser un commentaire