RESUME EXPRESS : le personnage YDIT, sa mémoire ayant été « réveillée » par les récits récents, se souvient des jours et nuits avec et chez Marcel Malbée, dit MM, dit Le Parrain, qui lui demandait si- dans le petit appartement rue Dupetit Thouars- le gamin ne voulait pas enlever tout son pyjama, tant il fait chaud. Il n’avait su dire NON à la suite. Il sent revenir en lui cette image et cette injustice : James, lui aussi à sa façon privé de pyjama et corps convoqué, n’a pu rester si longtemps vif et joyeux. Hanged James. Aidé d’un duo bavard d’enquêteurs, BOB et MORANE ; renforcé par TYNE et FRED, deux compagnes de jadis, YDIT se lance à la poursuite de Parrain. Tout ceci est évoqué/imagé au flambeau d’une mémoire menteuse. Tout ceci est raconté/illustré en lambeaux dans un « fatras » de documents expédié à une ex-assistante ( Madame Frédérique, désignée présentatrice), sous l’appellation « Lettre de A. Version B.« , en hommage à l’incipit de « Extérieur Monde » (Olivier Rolin). La chasse au Parrain, où l’image parle aussi, est entrecoupée de diversions diverses. Commencée en août 2023, la publication prendra fin en août 2026.
Note de Madame Frédérique :
A présent, la mémoire encore ment par omission, en écho des longs dimanches sur les genoux de M.M. dit Parrain, et du Monopoly, des blessures au front, épisodes VINGT-TROIS et VINGT-QUATRE : impossible de savoir pourquoi ils étaient là, les trois, Mamie, Ydit? Mamie ?
Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, ni même où l’on allait ( à Paris?), encore moins d’où ils venaient, tous trois : en simple évidence les trois étaient dans cet hôtel médiocre, on n’avait pas d’argent bien sûr, il avait fallu économiser ou bien il n’y avait plus de chambres libre ? En tout cas, Mamie la grand-mère était là : on la promenait peut être ? On la ramenait de sa campagne pour la mettre dans la maison de retraite ? On avait réalisé le pélerinage du bar-tabac PMU de Saumur, hospitalier aux putes pour mariniers de Loire, qu’elle avait « tenu » jadis – selon les rumeurs de famille ? Massive mamie mamelue.
Quoi qu’il en fût, on voyait les trois là dans un lit double de taille banale, avec l’encadrement minable en bois, une table de chevet et son dessus en faux marbre et un pot de chambre. Hotel de province pour voyageurs pas riches, années soixante.
On les voyait, les trois, là, dans un lit double, dans le lit ensemble, simple proximité familiale que connaissent très souvent les pauvres (dès qu’on a un peu d’argent on ignore que la promiscuité est le quotidien de la pauvreté).
On était supposé dormir pudiquement tous les trois, mamie tournant le dos, le garçon au milieu, Marcel Malbée dit MM dit le parrain, à gauche. Chacun sa place, les agneaux seront bien gardés du loup. Comme la vieille ronflait un peu, Marcel Malbée dit MM ne s’était pas interdit quelques caresses, sans aller toutefois jusqu’à sa formule célèbre sur le pyjama qui tient trop chaud. Mais la cordelette peu serrée d’un pyjama de garçon représente un obstacle facilement franchi, et Marcel Malbée dit MM, d’une autre main (en avait-il donc tant ?) s’occupait comme il pouvait de son propre carré privé, toujours lent à trouver la bonne vitesse, une main sur chacun des corps mâles, au lieu maximum de l’intimité, le petit déjà plus vite réactif ( il s’en voulait, mais que faire sinon s’absenter ?).


Le garçon entendait bien que la grand-mère ne ronflait plus; la grand-mère s’était un peu retournée, elle restait sur le dos, comme attentive, pour s’assurer que…Mais oui, c’est ça? Le garçon entendait bien que sa respiration, c’était celle d’une grand-mère qui ne dort pas, non pas d’une vieille qui somnole entre deux rêves. Non, indubitablement une grand-mère qui ne dort pas, qui écoute et attend que ça se passe, sans doute sans plaisir, pure indifférence, ou ennui, c’est tellement fini » tous ces trucs là« , pour elle. Puis, elle aimait bien Marcel Malbée, dit MM, un homme tout à fait charmant, serviable, qui la transportait dans la 4CV, amateur de bons mots tirtés de « L’Os à moelle », et pas tant que ça elle n’aimait le garçon, petit fils stupide et gringalet, idiot avec ses bandeaux de tissu blanc marqués de gouache vermillon sur le front le dimanche après-midi, et trop de livres à la main.
Trop de livres, tout le temps. A quoi ça, sert?..
Marcel Malbée, dit MM, dit le Parrain continuait de chercher à conserver chez le garçon la forme pleine qui était rarement parfaite chez lui-même, c’était facile, le gamin réagissait vite à la stimulation, surtout des petites bourses menues, si mignonnes à cet age.
Tranquillement, doucement, sans brusque mouvement (pour ménager son corps, son vieux cœur), mamie la grand-mère s’est assise sur le bord du lit. Puis s’est levée, sans allumer (l’enseigne dehors suffisait), puis a gagné les toilettes qui se trouvaient naturellement sur le palier (n’imaginons même pas des toilettes à l’intérieur de la chambre, juste un lavabo de faïence dans un coin), pour un petit pipi de nuit fréquent chez les vieillards, même sans avoir de prostate, les grands mères n’en portent pas.

Dehors, la grand-mère a pris son temps, tout le temps long qu’il lui fallait, sans doute qu’elle cherchait les toilettes, sans doute que ce n’était pas allumé dans le couloir, sans doute qu’elle avait peur de tomber, Mamie, se disait la garçon. Sans doute que c’était loin au bout d’un escalier, sans doute qu’elle s’était un peu perdue en revenant ? ( Pendant que Marcel Malbée s’occupait de lui, le garçon s’occupait d’autres choses).
La Grand mère prit assez de temps pour que la manœuvre, alors accélérée, de Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, parvint au banal résultat, ouf ouf, le garçon jaillit où s’abreuve subrepticement Marcel Malbée, penché là au tout dernier instant, pas de traces sur les draps. Du coup, pas besoin d’aller chercher la fine serviette blanche un peu rapée.
Grand mère retrouve la chambre quelques secondes à peine plus tard, mais le garçon ne veut pas comprendre pourquoi, approchant, puis à la porte, Mamie fait tant de bruit malgré la nuit, elle pourrait éviter, ça va déranger les voisins, tant de bruit avant – précautionneuse, avec lenteur, comme si on ne voulait éveiller personne – d’entrouvrir la porte de la chambre et revenir se coucher sans bruit cette fois, sans mot, sans geste.

Elle pense probablement ceci : Des histoires comme celle là, ces machins, ça ne tire pas à conséquence, c’est pas comme si le garçon était une fille, alors là non, mais avec Marcel Malbée, ça peut faire de mal à personne, ça lui apprend ses trucs, et elle en avait vu bien d’autres, et des plus sales, dans son PMU tabac, la grand mère, à Saumur, avec les bateliers de la Loire. Pas de quoi déranger ou se fatiguer, surtout que Marcel Malbée est vraiment un type sympa, lui, pas comme le gamin, petit-fils sournois avec ses déguisements idiots en mort au front, et toujours un livre à la main, c’est agaçant.

C’est ainsi que cela se passe, pour le garçon, selon lui : depuis le début, tout le monde sait, quand il reste la nuit rue Dupetit-Thouars, tout le monde sait, quand il vomit dans les bacs à fleurs en Allemagne, tout le monde sait, quand il troue son front d’un vermillon rouge sur un faux bandeau le dimanche, tout le monde sait, quand ça sort en jets et fait plaisir au passage, tout le monde sait… A croire, donc, bien sûr, que tout cela est banal, et qu’on ne voit pas pourquoi- donc encore- on dirait non. 
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Didier Jouault pour YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode TRENTE-NEUF : Comme les serveurs, les mamies aussi se taisaient… fin ( 2/2). La suite, le 25 juin, sale date, sale nuit, encore une mauvaise nuit pour les poetes disparus : pas vraiment plus réjouissant…