YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQUANTE-TROIS/ Docteur MEUNIER 4/6 : Grenades asphyxiantes en téléconsultation.

Note de Madame Frédérique :

ydit dit : J’avais pris des notes silencieuses plein mon carnet, et sur une grande feuille à carreaux, écoutant la suggestion assez imprévue de MEUNIER-la-Docteur-Prévention d’addiction, surprenant métier, boule de cristal pour empêcher l’image.

Rendez-vous reporté, texto in extremis ( quelle impertinence, aurait songé le Vieux Duc de Fred ) pour « cause d’enfant ». Obtenir un rendez-vous, en visitant plusieurs fois d’un pas de miel et d’un oeil de coquelicot la belle de l’accueil, avait laissé le temps d’explorer davantage les pages annuaires de la fac. MEUNIER, donc ?

MEUNIER, Clémence : Thèse ne permettant pas de savoir ce qu’elle sait, comme d’habitude, d’ailleurs très détournée ( sujet : Le taux de lecteurs de Céline chez les internes de dermatologie, hopital de Charenton), (ça gratte, Céline?) et un diplôme sur Thérapies cognitivo-comportementales et motivationnelles des addictions, statégies de prévention situationnistes pour les Plus de Soixante Dix ans, Paris, Université Paris Descartes, 2018, Prof. Guytounet DEBORD.

Rien de mieux pour YDIT.

Pour le rendez-vous suivant, ( en réalité le fantasme n’en tient plus le compte ) l’inaltérable incapacité du logiciel « Rendez-vous » à tenir compte des réalités horaires de la gentille MEUNIER, (écrire « gentille » aurait été, chez Proust, tendre la jouet au soufflet) s’était combinée à des obligations professionnelles : c’était 16h20, donc inutile d’arriver avant 17 heures, on la connaît. Au bar de l’accueil, la factionnaire de plus en plus complice – et compatissante- aurait ajouté : « au moins ! », et tendu un volume d’attente : Rolin ou Cadiot, selon la tête des clients.

Quand YDIT s’approcha, les principales portes des stations du métro avaient bouclé leur grille de nuit.

« Par une sortie un peu lointaine, il parvint a retrouver le jour« .

Cette formule à elle seule aurait conduit à plusieurs séances de consultation chez la docteure MEUNIER. Mais, pour l’heure, il s’agissait plus évidemment (et olfactivement) d’anti-émeute. En approchant, on ne pouvait éviter les fumigations roboratives mais lacrymales des grenades de dispersion. Deux couleurs s’affrontaient dans l’atmosphère fumeuse de la fin d’après-midi. Le camp bleu paraissait suréquipé d’immobilité à l’abri de barrières épaisses entourant toute la place, et le rempart s’entrouvrait – on aurait dit 1214 – pour de redoutables « sorties » de grands gaillards qui avaient de toute évidence surinvesti dans le cuir, de la tête aux pieds, et gagné leur droit à une forme de brutalité. Très mobiles, très dispersés, très violents, circulaient en face des groupes aux torses et visages maquillés de noir. La route menant au Cabinet de MEUNIER passait – environ – par le milieu du terrain de dialogue. Comme si on faisait un pique-nique au milieu du champ à Bouvines. Pas question de faire retraite, cependant.

Sans trop craindre pour lui-même, ni bleu ni noir, YDIT avait essayé de revendiquer sa liberté de passer. Son argumentation, développée il est vrai sous la forme la plus brève, avait manqué de force, sinon de conviction.

Car que faire d’ un coup, sinon que l’on l’évite ?

Sur le clavier, MEUNIER nota : ne s’est pas présenté. Ce jour là, faute du remède illusoire de la demi-heure à 80 euros, YDIT écrivit l’épisode CINQUANTE TROIS, le Frère- mais on a compris de quoi il s’agit, que Madame Frédérique mit en ligne la semaine dernière, ici-même, fidèle à sa promesse, depuis la reception à domicile du lourd paquet de fatras divers, nommé « Lettre de A, Version B »- en hommage à « Extérieur Monde« , l’interrogeant roman de Olivier Rolin, écrivain friable. On se souvient de tout cela , qui est ancien? Rolin, prétexte et déclencheur de l’envie d’écrire, et pas sur n’importe quoi, mais sur « Le Sujet  » : le garçon et son Parrain, jadis.

Ensuite, par souci de progresser (où l’on reconnaît son impatience de trouver l’ombre jaune de Marcel Malbée dit MM, dit Le Parrain immobilisée entre les mains de BOB et MORANE, juste avant l’éviscération espérée lente), et malgré toute les règles du face-à-face, YDIT accepta une consultation en Visio avec la Docteure Meunier. L’épidémie en avait popularisé l’usage barbare. Image contre image, et rien de visible sur « les entours ». Ce jour là, son Iphone était en sevrage, l’image tressautait comme un échange de longs procédés au sein de l’Ecole Freudienne. Docteure et lui finirent par se dire qu’ils ne pouvaient pas se voir. Plutôt que se parler suffisait. Meunier prétendit : Je sens que vous ne progresserez pas tant que vous ne me direz pas encore mieux quelque chose d’encore plus intime. Toujours plus intime pour assasiner la mémoire de l’intime. 😯 euros la demi-heure. Pas se mettre à nu, mais se dévoiler l’intime…

C’est ainsi que- suivant le conseil un peu enfantin de docteure Clemence MEUNIER, YDIT rédigea FRERE que plus tard ( pas plus tard que la semaine prochaine) Madame Frédérique mettra en ligne, sous le numéro Episode CINQUANTE-CINQ (quoi, déjà ?), redoublant (selon sa « mission »)les paroles de plusieurs publiantes ou parleuses ( car surtout des femmes) encore très nombreuses à raconter leur vrai sur  » Le Secret« , ce qui leur a été fait. ( observez que le flux des paroles, depuis, s’est notablement diminué).

Quoi qu’il en ait été, Ydit bouda – régression banale.. Puisque Docteure Meunier jugeait qu’ils n’était pas nécessaire de se voir, rageur, il ne se présenta pas au rendez-vous suivant, annulant vingt minutes avant, chacun son tour. Le choc de l’absence.

Arrivant à l’heure, à la séance encore suivante- vingtième ? ( car la bienséance des séances est leur régularité d’approche de l’infini) – il décrivit les arabesques délicates mais bruyantes des bleus-gnons et des black-blocs combattant au milieu de la place, entre vitres bien ravagées ou grenades mal explosées, ce qui justifiait son absence, mais il savait qu’elle ne le croyait pas. Elle se contenta, fatiguée voyait-on, d’un geste de sa proie détaché, signifiant « on s’en fout de tes pâles excuses ».

MEUNIER, selon un protocole vite installé, depuis tous ces mois – des années peut-être? – tapait le clavier en relançant les questions. Où ? (on le savait! Forêt Noire, vomi dans le bac à géranium, Saumur le drap compluicfe de MAMIE, Dupetit-Thouars, pyjama inusé), Quand ( tout le temps)? Comment (par-ci, par-là)? Combien de fois? Dans la chaleur inhabituelle de la salle de bains, dangereuse douceur de chez Marcel Malbée, car la famille, elle, c’était le baquet d’eau tiède au milieu de la cuisine froide, auprès de la cuisinière en fonte : comment dire  » NON » à la chaleur d’un certain confort, c’est ce qu’on avait malheureusement ignoré. Certes, s’impatientait la Meunier, Docteure, mais combien de fois? Au juste? Comptées sur les doigts d’une main ? Qu’on sache le détail. Elle l’avait sur le bout de la langue.

Ydit, le dit, l’avait ici dit, assidu à l’assez dit, mais la répet. semblait structurante. L’inverse de l’oubli.

Ydit faisait le tour, lui, de la réponse, toujours, toujours, comme n’entrant pas au chateau, ni au jardin de Tarbes avec des fleurs, mais ça n’aidait pas du tout la prévention de la diction. Pas de barrage contre ce maléfique. Au moins aurait-il essayé, en venant ici, persistant comme un houx, un pou, un loup, de ne jamais commencer cette déraison double : La CHASSE AU PARRAIN, et – en conséquence- l’entrée sauvage dans « ROMAN-IMAGES », saison IV. Simultanément. Deux lièvres à la fois, mais pas tant de foi. Docteure MEUNIER n’avait pas brossé les chaussures de vieille peau retournée. YDIT les regardait sous le bureau. Mais Docteure MEUNIER avait aujourd’hui brossé ses cheveux dans le bon sens, avec un soin visible, variable d’un mois selon l’autre. YDIT les regardait quand elle entrait le dialogue sous le clavier.

Photo de cottonbro sur Pexels.com

« Vous m’observez ? » semblait dire son regard quand elle s’éloignait de l’écran. Ce qui se produisait de plus en plus souvent.


Elle hausse à peine (mais tout de même) les épaules. Cela s’aperçoit qu’YDIT la fatigue – on se demande pourquoi YDIT vient ? D’ailleurs, pense-t-elle peut-être, YDIT devient le genre de client à qui proposer à chaque fois la téléconsultation, surtout sans visio : rien que la parole, au bar du théâtre de l’Atelier pendant l’entracte,ou aux Bouffes du Nord, même dans le couloir de correspondance à la station Grands Boulevards, avant la réunion de Frères, à la caisse du Monop pour changer de crème après-rasage : tous ces lieux propices à l’expression plate du moi calme.
Au fait, pense-t-il peut-être, elle devient le genre de femme qu’on invite – pour commencer- au « Canon de la Place », quand elle ne s’occupe pas des enfants de la crèche dont elle est référente? C’est là qu’il l’avait vue déjeuner en bonne et revigorante compagnie, dans un épisode précédent.

Elle dirait : « Transfert ? ». Il dirait : « Pépère!  » Elle dirait : « Déjeuner ? » Il dirait : « Canon de la Place ! ». Elle demanderait s’il ne fait pas la cuisine (pour son dossier). Se faire cuisiner.

En réponse, YDIT dépose l’enveloppe qu’il a préparée comme les vieux faisaient jadis des honoraires du médecin traitant, petit volume, fort titrage (à défaut de tirage). Le voici :

Et ton sourire trop léger
De toi à moi
Les paroles libres
Les gestes retenus
Des mains ailées qui avançaient pour tout ouvrir
Alors dans la trame serrée livide se découvre
La blessure inouïe dont je voudrais guérir*

Oui, c’est un peu excessif, et MEUNIER n’ouvrant pas l’enveloppe, on ignore si elle aussi consomme ?

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  • Pierre REVERDY,  » Pour éviter l’écueil » – Main d’œuvre, 1925, Gallimard.

Didier JOUAULT, pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison 4, Episode CINQUANTE-QUATRE. /MEUNIER 4/6 : Grenades asphyxiantes en téléconsultation. A suivre, la semaine prochaine : FRERE , pas très rigolo, un peu cul un peu glauque. On a pris l’habitude ?

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