Reprise ? Pendant que se noue ce long double lien des souvenirs et du déni, double hélice, lin et laine, corde de peut-être, Hanged James en sujet sur fond de Dupetit-Thouars ? Chanvre et soi, Corde de pendu ? Rue Dupetit Thouars, Marcel Malbée, dit MM , le chassé fuyard, Dupetit Thouars, mais ce n’est pas là que Marie-Christine dort nue sous la couette …
Note de Madame Frédérique, assistante éplorée. Mais vaillante !
Bien sûr, et je n’aurais pas imaginé notre travail commun autrement, mon ex-patron ne me disait pas tout de lui, sa vie, ses diverses façons d’être ou d’avoir, en dehors de nos échanges quotidiens souvent nombreux, parfois tardifs (Assistante personnelle, beaux aspects, beaux regards sur ce qui se passe vraiment et où, mais aussi gestion délicate du temps, contraintes lourdes. Tout de même pas Céleste Albaret, et d’ailleurs il ne s’agissait pour Y.d’I. que de diriger – « Directeur du Vent- affirmait-il, et pas d’écrire.
Mais la progression dans mes lectures du volumineux paquet « Lettre de A. »- et quelques mises au net rendues indispensables par l’état des documents, produisent une indéniable sensation de perplexité. Par exemple, je suppose qu’un éditeur sans doute aurait supprimé le texte qui suit- dont le lien avec la narration paraît assez ténu ( mais- parce que j’ai consulté sa « Saison II, Le Jardin de Giorgio Bassani » j’observe que le procédé est constant. Ainsi, dans « Le Jardin… » assiste-t-on au siège de la ville de Malte par les Ottomans, ou suit- on le story-board d’un film américain qui raconte l’opiniâtreté d’une espionne de la CIA, finissant par la mort de Ben Laden ( le titre m’échappe)(Mme F .)
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« Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre »
(Vanessa SPRINGORA, Le consentement, prologue, Le livre de Poche, 2020.)
Note : la nature des émotions qui sont présentées ici, ou certains passages plutôt scabreux, exigeraient sans doute ce que mon ex-patron ( même dans son espace très différent de compétences) aurait nommé « contextualisation ». Et cela d’autant que la citation d’incipit est l’une des trois ( la première en haut de la première page, l’autre : en bas de la dernière page, et celle-ci au milieu) qui excluent des deux seules autres références usuelles : Rolin/Cadiot. Mais- outre que je suis bien placée ( dans la mémoire) pour ne rien considérer comme « scabreux »- plusieurs des éléments du récit ( YDIT aurait écrit : narrèmes) n’ont jamais fait partie de ce que j’ai pu connaître auprès de lui, dans la vérité quotidienne, dans notre relation, jamais douteuse, on s’en doute …( Mme F.)
NOTE que la Lectrice ou le Lecteur pourrait ajouter :
« Bon, très bien, et ça commence quand ? »
TEXTE de la « LETTRE de A. », Version B.
YDIT prétend/dit/assure/croit/imagine/raconte que sa quête de Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain pourrait se déchiffrer comme une sorte de démarche initiatique. Et que ce serait alors une forme d’élévation progressive vers une connaissance (sinon un savoir) meilleure, ou au moins une connivence plus grande avec la Connaissance.
Mais non. Menterie. Auto-duperie. Tirages d’orages d’Ydit. 
Car dès lors la route serait trop belle. Sur la piste de Marcel Malbée dit Le Parrain, sur le chemin qu’on n’est même pas certain d’emprunter volontairement, il n’y a pas de fleurs fraîches, de tendres céréales, dans les champs d’été bordant le sentier sinueux, pas non plus de lin fleur bleue, de source aimable digne de figurer dans un roman écrit en 1980 pour des vieillards fatigués, au temps du Roman Nouveau, le roman nouveau bu comme le vin dit tel. Rien que des cailloux. Des hiboux.
De toute évidence : la présence, les gestes, les mots de Marcel Malbée, dit M.M., Die Pate, restent présents malgré leur oubli – paradoxe apparent. Surnagent du flux mémoriel, tout particulièrement, les mots qu’on entend toujours dans leur tonalité doucereuse, presque à peine insistante, comme la voix ayant été celle même d’un père attentionné.(On sait désormais que la distance de Père affichait la volonté de ne pas s’attentionner)
Ses mots toujours prononcés dans le noir du lit, le lit pas si large avec son ridicule « cosy » de bois verni, vase à fleurs sèches et livres Pardaillan, les paroles de ce moment d’y aller, quand il n’y a pas d’échappatoire, d’y aller comme de sauter de la carlingue ventre vide et trappe ouverte, »GO! » « GO! » quand on ne peut plus se dresser avec la volonté de dire non- et d’ailleurs oserait-on jamais dire non, oserait-on jamais refuser l’hypothèse d’appel au réel plaisir, qu’on sait coupable, bien sûr, bien sûr, affirmons le : coupable, mais aussi réel, tangible, vif et gluant, tout premier plaisir. Vogue la planche, à dessein. Il faudra des années ensuite pour apprendre que le plaisir n’est pas coupable- reproche majeur.



Les mots du soir – il n’a pas éteint la lumière, mais tourné un peu l’abat-jour de la fausse lampe Daum – dont la réponse n’est pas un autre mot -qui aurait dû être « non », de toutes les façons « non », à chaque fois « non », la première fois surtout « non ». Mais précisément le gamin ne dit rien (toujours, pendant longtemps, il ne dit rien, n’ayant rien dit d’abord)(Et ce que dit aujourd’hui Ydit, est-ce mieux que Rien?).
Marcel Malbée, dit MM dit Le Parrain n’a besoin que de peu de mots, dans son geste premier. Le gamin, ensuite, sait comment répondre à la demande, on apprend vite la posture, il se plie aux gestes que son absence de « non » inexorablement va entraîner, gestes qu’il n’est pas utile d’évoquer ici, tant ils sont faciles à imaginer et au fond si peu nombreux, après les premiers mots de Marcel Malbée, les mots qu’on entend toujours dans leur tonalité doucereuse, presque à peine insistante, comme la voix ayant été celle même d’un père attentionné, peu après qu’ils soient tous deux allongés, dans le lit pas si large, un lit de solitaire parfois visité, les mots à chaque fois identiques alors que la réponse a été donnée d’un geste souple des reins, la première fois pour longtemps :
« Tu es sûr que tu n’as pas trop chaud ? Tu pourrais enlever ton petit pyjama ? ».
Puis M.M. dit Le Parrain aide le gamin à tirer vers les pieds la culotte dont il a dénoué la cordelette, lentement, lentement, main qui prend le temps du désir.
« Tu es sûr que tu n’as pas trop chaud ? Tu pourrais, petit, enlever ton pyjama ? ».
Comme une antienne d’un passé malsain, le refrain d’une comptine qui mimerait la vie.
Ce à quoi l’on allait bien sûr arriver, si peu de gestes au fond, se déroulait ainsi dans une atmosphère de mensonges et de non-dits, de masque et d’hypocrisie- qui traduisait sans doute une incapacité pour Le Parrain dit MM à affronter dans la lumière à la fois le désir et son acte.
Le gamin aurait préféré ( sauf si le souvenir, lui aussi, est menteur, ainsi que souvent) que le protocole épargnât cette fausse autorisation muette de chaque début, « Oui, dénoue la cordelette, vas-y, pas la peine de traîner, ose le faire toi-même », comme si c’était inattendu, improvisé, malgré les statuettes sur le meuble sombre dans l’entrée,
et presque ( ainsi) explicable par la surprise.
Le gamin aurait préféré ( sauf si le souvenir là encore est menteur), qu’on se posât franchement nus, ici ou là, sur ou sous le drap de nylon, fraîchement nus sans la comédie d’attendre, et hop, puisqu’on est là pour ça. Fais ton truc, fais le moi, faisons ça, comme ci comme ça, ceci tout ça, et ne pose pas de fausse question.
ASSEZ REDIT CELA ! AUTRE CHOSE !
D’accord. Donc.
YDIT raconte une histoire qui n’est pas si lointaine, qui est arrivée bien plus tard, de façon parfaitement exceptionnelle : se trouver dans un lit avec une femme sans qu’il y eût affaire de désir affiché auparavant ( ce fut, des années durant, la situation dans le lit maternel, quand le père occupait seul le vaste lit conjugal, et la mère et YDIT partageaient un maigre lit, au moins ça tenait chaud) (Il n’y avait pas d’argent, on nomme cela pauvreté, ce qui ne ressemble pas du tout à la misère, parce que la misère empêche de vivre, alors que la pauvreté, seulement, limite la possibilité d’exister- surtout aux yeux des autres. )
RECIT PARALLELE :
Il avait cette nuit-là posé une question, lui aussi, dans des conditions tout à fait différentes, dont voici le souvenir : Solitaires tous deux, au moins quelques jours, de longue date amis, chacun son histoire de couple par ailleurs, de couple découpé, couple cou coupé, ils avaient dîné chez elle tous deux, seuls, un peu trop beaucoup bu ( le vin était bon). 

Et parlé voyages. Fred et Venise ( on lira cela vers les épisodes SOIXANTE-DIX). Ma. Ch. avait cuisiné l’une de ses recettes traditionnelles du fond de France, plats que sa famille pratiquait comme une trace de classe, une race de chasse : lièvre et vin. Ils n’avaient rien prévu, pas de cinéma pas de boite de nuit, pas de « Palace »- qu’ils ne fréquentaient pas.
Ensemble, bavarder sans façon ni mesure, et encore boire un whisky- elle en avait de très bons. Histoires légères de vieux amis.
Bien entendu -mais on le savait dès le départ-il était vite devenu impossible pour YDIT de reprendre la voiture. Le taxi n’entrait pas trop dans ses usages culturels, même s’il disposait maintenant d’assez d’argent. Ma.Ch. lui avait donc simplement proposé de dormir là, « Et ne prenons pas la peine de déplier un canapé qui d’ailleurs ne fait pas lit, ne te maquille pas en cousin à coussins pour divan d’hiver : tu vas dormir ici ( elle désigne sa chambre), et tu restes dans mon lit comme ce que tu es : ami, tranquille et bourré »…
Elle n’avait pas dit ce qu’on n’allait pas faire, mais on le savait, depuis toutes ces années qu’ils se connaissaient, eux deux un peu, les deux couples de naguère beaucoup : diners souvent, cinémas, week-ends de marche, séjours de ski à la montage, dans l’étroitesse intime d’un studio-cabine.
Chacun récemment séparé, dîner ce soir pour parler de ça et du reste, du reste à qui s’accrocher. C’était la première fois, qu’ils découvraient une telle situation : seuls, eux deux, seuls,sans personne à rejoindre. Un peu étonnés de savoir se parler, sans » l’autre ».
Sortant de la salle de bain Ma.Ch. ne portait qu’une vague chemise de nuit en coton parfaitement léger, ni provocante ni ménagère, une chemise qui datait de son couple à peine désuni (bien qu’on ne les imaginât pas du tout dormir vêtus, mais que sait-on des façons d’endormis des autres?).

Sans façon ni précaution d’attitude, Ma.Ch. s’était glissée sous la couverture sans hâte.
Dans le mouvement-comme le drap remontait beaucoup la chemise- YDIT avait pu apercevoir qu’elle ne portait rien dessous, comme d’habitude sans doute, chez des amis. Jamais, auparavant, même dans l’étroitesse du studio-ski ( soudain il se souvient d’elle riant, retour de piste, skis encore au pied, torse nu en nage), ou dans le déshabillage rapide et sans gêne au retour d’une randonnée prise dans l’orage, il n’avait vu la couleur de sa toison. Très proches, dédaignant comme à l’époque on faisait les marques extérieures de pudeur, les quatre de naguère avaient tenu un accord tacite : nues et nus, à l’occasion, oui, vestiaire bref ou prêt de maillot , bien sûr, mais seulement comme par hasard, comme sans sexe vivant.
YDIT avait gagné le lit de Ma.Ch., lui aussi assez ivre, et la mémoire aujourd’hui ne permet plus de savoir s’il y était entré entièrement nu, (mais probablement oui, on le devine) ou s’il avait conservé quelque chose comme on portait en ce temps. En revanche le souvenir est vif qu’un moment, peu de temps après, (la similitude avec la question de Marcel Malbée dit Le Parrain est soudain blessante), il avait demandé d’une voix sentant le vin :
« M.Ch, Tu n’as pas trop chaud ? Tu ne veux pas enlever ta chemise ? ».
Ma Ch n’avait rien dit, d’abord, puis – soulevant maladroitement la chemise – « T’es chiant, Ydit, d’accord, trop chaud, mais la chaleur c’est le dîner, on a trop bu, d’accord j’ai trop chaud moi aussi, je l’enlève, la chemise, mais maintenant tu dors et tu touches à rien, et tu n’apporterais pas un verre d’eau ? ».
Ce qui fut fait, verre et nudité, pour boire assise elle ne se couvrait pas du drap, on sait bien qu’à très peu de gestes près, un regard, un frôlement, l’affleurement du désir neuf peut remplacer la paisible et neutre ( neutre? un peu louche?)complicité amicale,
et l’on glisse ainsi du présent facile au plaisir gracile,
et que parfois on le regrette un peu (« Allez on avait trop bu, on n’en parle plus, ça ne sert à rien »), mais le discours officiel, entre eux, dans l’éveil fragile de ce délicat matin, le discours fut que non, de son intimité chaude il ne découvrit jamais la saveur (et au lever elle enfila sans hâte la chemise, sans même tourner le dos, comme entre eux quatre d’habitude).
Septante dépassé, Septante un peu usé, YDIT peut avouer qu’il avait regretté que rien n’ait eu lieu qui soit rapporté par la mémoire.

Il aurait, alors, aujourd’hui encore des images à goût de sensualité, ainsi qu’il en conserve tant, mémoire ou papier ou clé USB, mais non : souvenir, à la place ( car le trois-pièces de Ma. Ch. donnait sur le Square du temple), du tissu glissé par Marcel Malbée, dit MM, le mauvais souvenir taché de honte (la similitude avec la question de Marcel Malbée dit Le Parrain est soudain violente), il avait demandé d’une voix sentant le vin : « Tu n’as pas trop chaud ? Tu ne veux pas enlever ta chemise ? », et que la suite fut de peaux nues construite.
Avec Marcel Malbée, aussi, ratage de l’image : si quelques rares gestes sont nets, extrêmement présents dans leur précision au coeur de la mémoire, leur hâte, leur expression, à l’inverse aucune représentation du visage et jusqu’à la représentation de la silhouette, rien de ce qui a été public ne subsiste : on n’y voit rien.
M M dit Le Parrain, utilisait la métaphore de la chaleur « Tu n’as pas trop chaud ? » comme si c’était du jeune corps de ce garçon-là près de lui qu’émanait une étonnante et excessive chaleur, qu’il fallait réguler, qu’il fallait régler, en dispersant la chaleur, en l’épuisant, comme si c’était le gamin l’agresseur, et alors pas d’autre issue que d’ôter le pyjama, autrement dit d’évaporer la chaleur du désir venue d’ailleurs : le corps du garçon…
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Didier JOUAULT, pour « YDIT, saison IV, episode SOIXANTE CINQ Ma Ch dort nue sous la chemise de nuit ( à venir, dormir nue en chemise, et pyjama, deux : frapper le Parrain , épisode SOIXANTE SIX)