YDIT-BLOG SOIXANTE CINQ / BIS : La chasse à MM dit Le Parrain, faux-intermède. Fragment, reprise, retrait, le récit aussi peut ici jouer à saute-mouton, temps et gestes et même lieux superposés, mais garçon et fille – très comme il faut – et bien qu’au reveil, pour cette fois, nul ne sache encore ce qui eut encore lieu, ou pas ? Le souvenir s’invente en s’invitant ?

ASSEZ REDIT CELA ! AUTRE CHOSE !

D’accord. Donc.

YDIT raconte une histoire qui n’est pas si lointaine, qui  est arrivée bien plus tard, de façon parfaitement exceptionnelle : se trouver dans un lit avec une femme sans qu’il y eût affaire de désir affiché auparavant ( ce fut, des années durant, la situation dans le lit maternel, quand le père occupait seul le vaste lit conjugal, et la mère et YDIT partageaient un maigre lit, au moins ça tenait chaud) (Il n’y avait pas d’argent, on nomme cela pauvreté, ce qui ne ressemble pas du tout à la misère, parce que la misère empêche de vivre, alors que la pauvreté, seulement, limite la possibilité d’exister- surtout aux yeux des autres. )

RECIT PARALLELE :

Il  avait cette nuit-là posé une  question, lui aussi, dans des conditions tout à fait différentes, dont voici le souvenir : Solitaires tous deux, au moins quelques jours, de longue date amis, chacun son histoire de couple par ailleurs, de couple découpé, couple cou coupé, ils avaient dîné chez elle tous deux, seuls, un peu trop beaucoup bu ( le vin était bon). 

Et parlé voyages. Fred et Venise ( on lira cela vers les épisodes SOIXANTE-DIX). Ma. Ch. avait cuisiné l’une de ses recettes traditionnelles du fond de France, plats que sa famille pratiquait comme une trace de classe, une race de chasse : lièvre et vin. Ils n’avaient rien prévu, pas de cinéma pas de boite de nuit, pas de « Palace »- qu’ils ne fréquentaient pas. Ensemble,  bavarder sans façon ni mesure, et encore boire un whisky- elle en avait de très bons. Histoires légères de vieux amis.

Bien entendu -mais on le savait dès le départ-il était vite devenu impossible pour YDIT de reprendre la voiture. Le taxi n’entrait pas trop dans ses usages culturels, même s’il disposait maintenant d’assez d’argent. Ma.Ch. lui avait donc simplement proposé de dormir là, « Et ne prenons pas la peine de déplier un canapé qui d’ailleurs ne fait pas lit, ne te maquille pas en cousin à coussins pour divan d’hiver : tu vas dormir ici ( elle désigne sa chambre),  et tu restes dans mon lit comme ce que tu es : ami, tranquille et bourré »…

Elle n’avait pas dit ce qu’on n’allait pas faire, mais on le savait, depuis toutes ces années qu’ils se connaissaient, eux deux un peu, les deux couples de naguère beaucoup : diners souvent, cinémas, week-ends de marche, séjours de ski à la montage, dans l’étroitesse intime d’un studio-cabine.

Chacun récemment séparé, dîner ce soir pour parler de ça et du reste, du reste à qui s’accrocher. C’était la première fois, qu’ils découvraient une telle situation : seuls, eux deux, seuls,sans personne à rejoindre. Un peu étonnés de savoir se parler, sans  » l’autre ».

Sortant de la salle de bain Ma.Ch. ne portait qu’une vague chemise de nuit en coton parfaitement léger, ni provocante ni ménagère, une chemise qui datait de son couple à peine désuni (bien qu’on ne les imaginât pas du tout dormir vêtus, mais que sait-on des façons d’endormis des autres?). 

Sans façon ni précaution d’attitude, Ma.Ch. s’était glissée sous la couverture sans hâte.

Dans le mouvement-comme le drap remontait beaucoup la chemise- YDIT  avait pu apercevoir qu’elle ne portait rien dessous, comme d’habitude sans doute, chez des amis. Jamais, auparavant, même dans l’étroitesse du studio-ski ( soudain il se souvient d’elle riant, retour de piste, skis encore au pied, torse nu en nage), ou dans le déshabillage rapide et sans gêne  au retour d’une randonnée prise dans l’orage, il n’avait vu la couleur  de sa toison. Très proches, dédaignant comme à l’époque on faisait les marques extérieures de pudeur, les quatre de naguère avaient tenu un accord tacite : nues et nus, à l’occasion, oui, vestiaire bref ou prêt de maillot , bien sûr, mais seulement comme par hasard, comme sans sexe vivant.

YDIT avait gagné le lit de Ma.Ch., lui aussi assez ivre, et la mémoire aujourd’hui ne permet plus de savoir s’il y était entré  entièrement nu, (mais probablement oui, on le devine) ou s’il avait conservé quelque chose comme on portait en ce temps. En revanche le souvenir est vif qu’un moment, peu de temps après, (la similitude avec la question de Marcel Malbée dit Le Parrain est soudain blessante), il avait demandé d’une voix sentant le vin :

« M.Ch, Tu n’as pas trop chaud ? Tu  ne veux pas enlever ta chemise ? ».

Ma Ch n’avait rien dit, d’abord, puis – soulevant maladroitement la chemise – « T’es chiant, Ydit, d’accord, trop chaud, mais la chaleur c’est le dîner, on a trop bu, d’accord j’ai trop chaud moi aussi, je l’enlève, la chemise, mais maintenant  tu dors et tu touches à rien, et tu n’apporterais pas un verre d’eau ? ».

Ce qui fut fait, verre et nudité, pour boire assise elle ne se couvrait pas du drap, on sait bien qu’à très peu de gestes près, un regard, un frôlement, l’affleurement du désir neuf peut remplacer la paisible et neutre ( neutre? un peu louche?)complicité amicale,

et l’on glisse ainsi du  présent facile au plaisir gracile,

et que parfois on le regrette un peu («  Allez on avait trop bu, on n’en parle plusça ne sert à rien »), mais le discours officiel, entre eux, dans l’éveil fragile de ce délicat matin, le discours fut que non, de son intimité chaude il ne découvrit jamais la saveur (et au lever elle enfila sans hâte la chemise, sans même tourner le dos, comme entre eux quatre d’habitude).

Septante dépassé, Septante un peu usé, YDIT peut avouer qu’il avait regretté que rien n’ait eu lieu qui soit rapporté par la mémoire. 

Il aurait, alors, aujourd’hui encore des images à goût de sensualité, ainsi qu’il en conserve tant, mémoire ou papier ou clé USB, mais non : souvenir, à la place ( car le trois-pièces de Ma. Ch. donnait sur le Square du temple), du tissu glissé par Marcel Malbée, dit MM, le mauvais souvenir taché de honte (la similitude avec la question de Marcel Malbée dit Le Parrain est soudain violente), il avait demandé d’une voix sentant le vin : « Tu n’as pas trop chaud ? Tu  ne veux pas enlever ta chemise ? », et que la suite fut de peaux nues construite.

Avec Marcel Malbée, aussi, ratage de l’image : si quelques rares gestes sont nets, extrêmement présents dans leur précision au coeur de la mémoire, leur hâte, leur expression, à l’inverse aucune représentation du visage et jusqu’à la représentation de la silhouette, rien de ce qui a été public ne subsiste  : on n’y voit rien.

M M  dit Le Parrain, utilisait la métaphore de la chaleur « Tu n’as pas trop chaud ? » comme si c’était du jeune corps de ce garçon-là près de lui qu’émanait une étonnante et excessive chaleur, qu’il fallait réguler, qu’il fallait régler, en dispersant la chaleur, en l’épuisant, comme si c’était le gamin l’agresseur, et alors pas d’autre issue que d’ôter le pyjama, autrement dit d’évaporer la chaleur du désir venue d’ailleurs : le corps du garçon…

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EXTRAIT en reprise, comme d’une vieille chaussette : Didier JOUAULT, pour « YDIT, saison IV, episode SOIXANTE CINQ   Ma Ch dort nue sous la chemise de nuit  ( à venir, dormir nue en chemise, et pyjama, deux : frapper le Parrain , épisode SOIXANTE SIX)

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