Bob et Morane

YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode SOIXANTE-QUINZE…..Deuxième article d’une série d’entretiens: La méthode manque de méthode et la procédure est assez rude !

Notre lectorat se souvient d’un démarrage un peu toussif, par échange de mels.

Nous rencontrons enfin les deux héros de « La Chasse au Parrain », dans le sous-sol du bar-PMU ( on dit plutôt FDJ) « Le Temple et le Lycée ». A les voir- en chair et en os après toutes ces images incohérentes au fil de l’YDIT BLOG, et leurs mels  assez obscurs (voir édition précédente de notre page culturelle) , on risquerait sans doute de les juger ridicules.

Car, pour continuer leur enquête-poursuite (se demander si elle s’achèvera jamais fut légitime !) sur le méprisable cas de Marcel MALBEE, dit MM, Die Pate, BOB et MORANE (ici dans cet ordre toujours alphabétique), les Détectives définitivement pas Sauvages, ont revêtu leurs habits de poussière, leurs manteaux de cendres, leurs capes de broutilles, leurs capuche de bagatelle (pour parodier les formules excessives de YDIT).

Grimés en moins que rien, habillés en plus-que-passé, ils racontent qu’ils prétendaient ainsi passer invisibles dans les lieux que – recontent-ils –  on leur fit visiter : les archives des municipalités. En attendant les allées des cimetières, précisa BOB, toujours plus rapide. Même si l’allure doit être lente. Dans les cimetières.

À vrai dire, s’agissant d’ÉTAT CIVIL, les deux héros secondaires, mais baladeurs de pages, s’attendaient à rencontrer (déranger/provoquer) le pire : « des araignées sans venin courant sur des filets d’archives afin de terroriser les papillons du passé ». La métaphore – évidemment « filée » en ce cas – vient de MORANE, qui  a ensuite voulu l’extirper avant sa  publication ici-même, hop, trop tard. On ne censure pas les articles des pages culturelles, surtout ceux de Louise TOFFIN!

Le récit, qu’entrecoupent les gorgées de ménetou-salon rouge servi à 13 degrés (Celsius), superpose narration et analyse, rappelle de FRED les commandes et de YDIT les dérobades : si la cohérence est douteuse, les personnages sont pittoresques. Toujours ça de bon, pour notre page hebdomadaire de culture et loisirs.

Bob et Morane

D’abord, prétendent-ils, par acquit de conscience, ils ont visité ensemble et tour à tour,  l’une après l’autre, les premières mairies d’arrondissement de Paris, dont le nombre a récemment diminué, sans qu’eux-mêmes abaissent d’autant leurs notes de frais… Notre lectorat sait que, à Paris, le frais n’est jamais sûr, mais le coût certain.

La méthode manque de méthode, ils l’avouent  ce matin lors de note rencontre de sous-sol FDJ : faute de connaître les sites spécialisés, ou de s’y abonner (mais on les solde déjà si bas, rappelle BOB !), les comparses infinitésimaux prirent la décision d’interroger en direct les bureaux d’État-Civil . Sur place, à visage découvert. Mains à plat sur le comptoir d’accueil. Vêtus de questions et coiffés de patience, ils entraient sans frapper : que sait-on ici de Marcel Malbée ? Carré !

Procédure assez rude, et infaillible pour -entre autres- se voir vite «  signalés » à l’Autorité :  En y songeant a posteriori, nos deux interlocuteurs (souvent libertaires) affirmeraient volontiers que, par définition, l’Etat-Civil est en collusion avec les autorités. BOB : « Par construction, cette part essentielle de nous-mêmes, à savoir de qui l’on  nait et de quoi on meurt, ça ne peut laisser indifférent l’Etat, civil ou pas ». Morane : « Surtout que, Civil, l’État de l’est que pour punir ». « Et surveiller », renchérit son binôme. On se souvient qu’ils ont des Lettres, ou au moins des citations. Nos lecteurs apprécieront.

Mais nous brisons leur dialogue vain – car trop d’exemples déjà de ce  Je ne sais quoi et presque rien, au cours d’Ydit-Blog, depuis ces années de babillage..

Un peu las d’être ici, en mairies (Paris en comptait 20)  de 1 à 11 en vain, reprend MORANE d’une voix sèche,  voilà  qu’on arrive dans le douzième. Grosse bâtisse obèse posée près d’une voie de chemin de fer transformée en « balade fleurie » : tout le choix parisien, dispendieux tape-à-l’œil. « C’est joli et facile d’accès, le douzième, dit BOB, c’est plein d’arbres et de bois », et c’est le dernier mois, le dernier signe, bon signe…

Mais, s’ interroge MORANE devant nous, vous savez que le XIIème a  changé de numéro quand Napoléon III s’est offert l’élargissement de Paris, ajoutant parmi d’autres ce Belleville (alors village) où YDIT naquit ? Où désormais, de nouveau, en 2025 il habite ? Du coup, pour nous autres, Détectives d’arrondissement, les adresses, tout le truc, ça complique les recherches.

MORANE :Encore davantage si l’on doit comparer le calendrier républicain et celui d’aujourd’hui.

Sauf, admoneste le comparse, qu’on cherche un type né après 1870, donc, tu t’en fiches, des fiches.

Et sur cette affirmation à la fois juste et inutile, soudain se lèvent les détectives, s’enlèvent les micros, s’élèvent les mains : « Aurevoir, la petite dame, et à la prochaine, si votre canard veut bien ! »

Il n’y a plus qu’à reprendre le train de 15h27. Car le rédaction ne paie pas longtemps la chambre à l’hotel de la page.

Mise en page, illustrations-montages : Rose AUBERT ( merci à elle une fois encore)


Didier JOUAULT pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode SOIXANTE-QUINZE…..Deuxième article : La méthode manque de méthode et la procédure est assez rude, série de neuf articles , pages Loisirs et Culture.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode SOIXANTE-QUATORZE….Série d’entretiens page culturelle : « Un surprenant commencement : les mels des détectives ».


Didier Jouault pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode SOIXANTE-QUATORZE….Un surprenant commencement : les mels des détectives. Série d’articles de Louise TOFFIN, envoyée spéciale à DUPETIT-THOUARS

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YDIT-BLOG SAISON IV EPISODE SOIXANTE TREIZE, texte ( titre disparu, parution du 12 mars restituée le 13 mars ) : refrain de HANGED JAMES, FRED, Venise 3/3, mais en fait AQUA ALTA de la mémoire

Y.d’I,  mots de «  La Lettre de A. », version B

Ensuite, entre les signes de ce Roman-Images, sautant de ligne en ligne comme un singe sa liane, comme un roi sa Diane, comme un égoût sa vanne, comme un fou son âne, ensuite, encore ensuite, après les détours de FRED, la marée de l’Aqua Alta vise à l’immobilité, bizarrement.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, mais en haut c’est mieux, en haut de l’Aqua Alta toutes les écumes se valent, écumes des regrets, écumes des oublis, écumes des projets, et seule une désatreuse ( bien que dérisoire) tendance à la décrue pose les méfaits de l’âge sur la vivacité d’un narrateur alternatif, impulsif, offensif, itératif, inchoatif, gérondif, pensif et droit comme un if, rétroactif comme tout bon menteur de narrateur, car ici-même tout décroît sans peine, après Septante, sitôt passée la ligne des Septante, lorsque septante et de plus en plus davantage sont bien venus, car Septante s’efface derrière l’allumage prochain d’Octante, narrateur dégressif et régressif narratif, c’est la pente, sans pinte, sans peine et sans regret, bien sûr, car comment regretter une pente?

GIL , plusieurs fois, dit : « après quatre-vingt, rien. « 
Episodes ? Années? Cahier de souvenirs?
Bonbons de Stilnox? On ne sait.

Passer le jour, passer la nuit : traverser d’un rien vers un autre, en souriant, le verbe aux dents et une parole fraîche à la main. Comme une paysanne rêvée de Greuze ou une courtisane peinte de Fragonard : la cruche brisée ou l’escarpolette levée, c’est toujours le même lieu du secret qu’on entrevoit, sur la toile, la page, sous l’étoffe ou le symbole.

Sexe nu, peut-être, nus ici et alors ? Intimité, sur l’image : NON, l’intimité profonde n’est jamais de la surface de la chair, toute fesse à l’air n’a l’air que des dessus, l’intimité vraie n’est que par ici, pour ici, cette si longue Lettre de A.Version B.

On peut alors, en ce temps de d’histoire (l’histoire d’une chasse au Marcel Malbée dit MM, Le Parrain, e récit ne sait que raconter son infini commencement) on peut tourner la tête vers le reste de la très vaste pièce où l’on écrit, où l’on tente de taper sur le clavier les sentiments certains (peut-être?) et les souvenirs confus (sans doute ! ) d’un roman-images dont

Et  maintenant, soixante ans et bien davantage depuis étant passés, l’on s’aperçoit alors que, près de la cheminée à l’autre bout du long rectangle où YDIT écrit, pendant qu’on rêve et pendant qu’on chemine sur le clavier, pendant qu’on serpille la marée Alta de la mémoire, rêvée au plein de sa hauteur, pendant ce temps qu’on perd ou qu’on passe à écrire simplement, il y a toujours la présence de HANGED JAMES. Posée sur l’épaule droite, ou la nuque, selon les soirs, selon les insomnies, encore l’image désolée de lui, ainsi que noué au terme de sa corde l’humanité le tord.

Tranquille dans l’azur, car il se balance paisiblement dans le carré de la fenêtre, pendu pas pressé de se mouvoir, plus grand-chose à dire, déjà bien mort bien que mal mort. Le  vieux compagnon impassible, compagnon involontaire et indicible, usé lui aussi mais plus en profondeur par l’étranglement des « mains de vieux sur les bourses imberbes », LUI désormais rigole sans ardeur et sans malice, présence à peine perceptible, dans le quotidien du rêve, dans le quotidien du vivre banal. Parfois, dans un pas , c’est son ombre qu’on devine.

Son masque  vide affiche un sourire sardonique. Sourit-il cependant, ou s’agit-il d’une grimace que maquille la volonté de tout dire? Va savoir. YDIT peine à déchiffrer le masque mortuaire de ce pendu d’il y a si longtemps -son frère si proche et toutefois tellement différent qu’il ne sut jamais apprendre à survivre au-delà d’une main de vieux, d’une bouche de vieux, d’un cul de vieux. Surtout si on l’a connu de face et en vrai. Qu’on parlait avec lui de Joyce en buvant du vin blanc sous la tonnelle.

Et de Marcel Malbée, dit M.M., dit Le Parrain, grand amateur de pyjamas pour garçonnets, au point de collectionner les catalogues de « La Redoute », on en dit quoi ? On en sait quoi? On en veut quoi ? On y peut quoi, surtout, à présent ? Des milliers de mots, des centaines de jours à écrire, poursuivre les images, POURQUOI ? ON y peut QUOI ?

Seuls BOB et MORANE sauraient, si MORANE et BOB savaient l’art de l’enquête ? Mais, engagés à la suggestion de FRED, ils ne savent rien du réel sauf le mensonge qu’elle leur en fait à chaque fois qu’elle verse, en liquide, dans un sous-sol de bar, quartier du Temple, Paris, proche de la place de la République, leur salaire de détectives sots et vagues.

Ils savent encore moins la réponse à l’effroyable question :

A jamais l’interrogation trouble fait vaciller le matin. Celui-là, HANGED JAMES,  n’a d’autre destin, épisode dix, épisode cinquante, épisode d’ici et même après le mot « FIN » de l’épidode ultime, d’autre vaniteuse prétention que tenir compagnie au récit, au récit de ceci de jadis ici inscrit par celui-ci YDIT, Y.d’I. dit YDIt, le YDIT de Didi, mais aucun récit ne peut se poursuivre sans sa compagne, sa jumelle, sa marâtre : la question sans réponse. Pourquoi pas moi?

Et chaque fois que l’histoire déambule dans la plaine ( car Septante et davantage étant venus, les gorges ont été creusées depuis longtemps au fond des plateaux de la mémoire, et les cours naguère brouillonnants sont apaisés) ,

chaque fois que l’histoire parcourt de son eau paisible les terres enrichies d’alluvions anciennes où tout peut pousser sans que rien soit planté, chaque parole en germe devenant fleur à volonté,

chaque fois -dans l’ombre- il y a HANGED JAMES, le fruit qui pend, l’ami pendu à la fin de la nuit, la question du pourquoi, Hanged James, l’ami de la mort qui paisiblement (désormais ! ) attend au coin de la rue,  de toutes les rues de tous les matins, au cœur de la fenêtre, parmi les plantes vertes un peu fatiguées du balcon sur la rue, dans les fentes du parquet au grenier,

dans les tiroirs sur mesure de la bibiothèque,

dans les irréguliers rayons de la bibliothèque,

ou dans les volutes du tapis persan au mur,

ou dans les trous que font les taupes dans la pelouse,

et lui les pieds presque dans le sable, et lui presque le tire-bouchon dans le vin : il y a HANGED JAMES,

Gentiment présent, même pas tournoyant sur lui-même, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc, comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état) à demander, le petit gars malin du petit matin :

«  Alors quoi, mec ? T’oses pas ? T’oses vraiment jamais pas ?

Répondre à la question ? POURQUOI ? Pourquoi pas aussi TOI ? »

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YDIT-BLOG, Nouvelle Saison, Saison IV, Episode SOIXANTE DOUZE en songeant aussi à Frère, hélas, et à Père , pas mal non plus le grand frère, pas mal le petit Père, FRED à Ydit demande s’il se souvient, et il répond que plus tard il errait dans les villes, pour dé-marcher la mémoire : donc deuxieme séquence-souvenir, deuxième sur dix, VENISE de nuit, VENISE milieu (Venise en trois marches, trois manches)… MOINS qu’habillés, MOINS que nus (mais on s’est habitués?)( au nu qui ne dénude pas ?). Tout cela commence à faire un peu de tiédeur dans le quartrier de l’Arsenal, Orient de Venise, non ?

Note de Madame Frédérique :

Dans les précédents fragments du volumineux dépôt « Lettre de A. » – imitation de Rolin -parvenu après la disparition de mon ex-patron codé Y.d’I, souvent dit YDIT, le personnage de « FRED.» semblait, au moins par instants, se superposer à ma propre image d’ancienne assistante particulière, tenter de s’imposer sans s’opposer, espèce d’anamorphose non souhaitable. Dans des interventions que mon ancien directeur aurait qualifiées de «  extra-diégétiques », La FRED en question se permettait une familiarité de mauvais aloi ( sauf si on a une liaison, peut-être?). La FRED se transformait ( à mes dépens hélas) en personnage à part entière. Cela n’est pas ce qui m’ennuie le plus. Mais- en de nombreux endroits- , La « FRED » tenait sa partie au cœur de scène érotiques – et pas des moindres, on va le lire, promenades fesses à l’air sous la jupe ou petites acrobaties en couchettes : pas du tout mon style ! Et encore moins de poser nue sur une terrasse – de sorte que la fusion des prénoms prête à confusion sur la fusion des corps. Y.d’I et moi, lui dit YDIT, et moi Mme Frédérique, au cours de ces années, n’avons pas eu cette sorte de relation, en tout cas pas de cette façon. Et je ne fréquente pas les trains de nuit. Trop lents. Malodorants.

Mais, depuis mon ouverture déjà très ancienne du volumineux carton «  Lettre de A. », après la « disparition » de mon ex-patron, il reste inimaginable pour moi de prendre quelque part que ce fût à cette étrange suite de textes- hormis les commentaires en introduction, tel celui-ci, désabusé, fidèle, attentif, lointain, comme neutralisé par le temps. Tout ce temps.

TEXTE DE YDIT :  « Lettre de A. », version B. VENISE II sur III

Avec « Fred et les Maximes » du Vieux Duc ( voir épisodes VINGT et VINGT et UN ), (et d’ailleurs comme toujours avec Fred) c’est bien sûr un peu des deux. Mémoire et Mensonge.

De Fred, aussi, achevant d’une pointe de langue experte la brûlure du Mac Allan ambré (pas le moins coûteux ! Presque honte parfois du prix du verre, mais pauvreté des origines n’induit pas réduction des plaisirs, écrivait CIORAN), j’aurais plaisir à raconter certains moment de notre voyage d’amoureux clandestins à Venise.

Fred  demande au narrateur intempestif, convulsif, compulsif, alternatif, itératif, (et rarement allusif, hélas, dit-elle, en lectrice des « Bijoux indiscrets« ) s’il va tout de même oser raconter son épisode vénitien ? Proust et Mann, et même Sollers. Elle ne comprend pas l’enjeu narratif, surtout si l’on estime que cette série à pour vocation la Chasse de Marcel Malbée, dit MM, dit le parrain dans le simple et trivial objectif de le trouver, (nous comptons sur l’inventivité de BOB et MORANE, détectives sans partage) puis de le coller au mur, de lui offrir un coup de genou massif dans les parties, aussi de le gifler longuement avec des mains de velours dans des gants de fer cela, ensuite on verra bien si les restes fumants appellent encore le pal rouge et le braséro plein. Ou si le démantibuler sereinement suffit à sa peine.

FRED ajoute : Casser Malbée, frapper le Marcel, désosser M.M., le bruit du remords (n’avoir pas dit NON), mais n’y entend pas l’écho d’un coup sur mon rond cul roux (exceptionnel mais condamnable excès d’un mari, dont l’intention n’aurait pas été seulement punitive, prétend FRED, sans détail de la scène assez primitive : fessée qu’un soir son mari donna à la Dona?) .

FRED ajoute : « Mais il échoua, l’époux, à me mouiller dans cette histoire, car je n’émarge pas de ce poing là – d’ailleurs ouvert en tapette comme pour une goguette de Lorette, oublions cela aussi : YDIT le Dit Didi, n’est-il- pas que ta ministre te fessa ( voir S.P.O.), et pour moi mon mari rata, chacun sa voix. Restons en là sur ces coups, bas. BOB et MORANE- mes employés- le tenant, le Marcel, le Malbée, il sera temps de tant tenter l’attente du coup ».

YDIT : Donc nous étions à Venise, dans ce temps libre des années 80. Le mari de Fred, qui ne se contentait pas d’être abattu faute de la battre, n’ignorait rien du voyage d’amoureux ni de l’adresse du compagnon de wagon-lit. Cette époque- naïve – banissait sur ces points le mensonge bourgeois et la spectacularisation du rapport intime : pas de faux séminaire en prétexte, mais l’annonce (faite au mari) d’une réelle parenthèse : tendresses, visites, émois divers, hotel sur un canal, sandwiche-coca sur une marche devant l’éternel musée de la Peggy, caresses et fouille à corps le reste du temps – et il en resta beaucoup. Transparence de l’obstacle, l’eau, la peinture, un nuage, ou le célèbre petit sous-vêtement que si souvent FRED oubliait de porter. A Venise, point de Petit-Bateau? Surprise !

Pendant quatre jours, il avait tenté de l’initier à sa ville, et chaque heure passant FRED paraissait s’emparer de toute pierre, du moindre bar- même le snob Harry’s, d’un carré de ciel jaune sur un mur bleu, d’une tombe de Bassani dans le cimetière juif, et même du chat bien dressé que l’aubergiste habile mettait à disposition des clients sur la pierre ensoleillée d’un porche brun.

Ydit s’en agaça un peu dans le temps qui passait. Il serrait un peu ses sourires et ses mains, pourtant aptes toujours à la caresse.  » Tu ne dis rien ? » dit-elle, comme ils sortaient d’un entretien avec le conseiller culturel du consulat – vague projet de canular.

Tout cela parce qu’il a fallu fermer, se fermer tout le temps et de partout, se fermer de Marcel Malbée, dit Le Parrain, tellement convenu avec sa stupide question sur les chaleurs relatives d’un lit avec ou sans pyjama, fermer les sens et les perceptions à défaut de fermer les cuisses, fermer les écoutilles, s’enfermer au – dehors de soi. Ce qu’on reproche au Parrain, ce n’est pas le poids de ses mains sur un corps, si peu de choses à vrai dire en d’autres jours, mais c’est l’apprentissage du silence intérieur, du mensonge de soi à soi, l’érection du secret en habitude de faux-échange avec l’univers, et de la dissimulation en usage de dialogue avec le monde- sauf ceux qu’on aime.

Consentement ? Dissimulation !

La veille- cela fut dit ( cf.épisode précédent), YDIT refusa au coucher la simple et inévitable évidence du désir, leur sereine et chaude évidence . Ce soir maintenant est  celui de ce moment délicat : le retour.

Le «  RETOUR »…Fred demande encore une fois à Ydit s’il va vraiment raconter ça ?

Ydit : pourquoi ne le ferait-on pas ?

Le très émouvant souvenir est celui du train de nuit qu’il avait choisi pour assurer une exclamation à la fin du paragraphe « Fred et Venise ». C’était un peu autour de minuit qu’ils avaient monté les marchés du wagon. Dans le compartiment, ils étaient seuls : le train délabré n’attirait plus les amoureux assoiffés par les souvenirs du Trans-Orient Express. FRED-YDIT avaient fermé  le verrou. Pas d’autres réservations qu’eux-mêmes. Et eux-mêmes ne se réservaient pas Robustes amoureux.

L’idée était venue simplement. On avait attendu que le second service du wagon-restaurant réduisît à rien tout risque d’un passager qui se tromperait de porte. Le contrôleur était passé. La douane était passée. Le room service était passé. Le désir ni le goût du jeu n’étaient passés.

On aimerait mener le récit, c’est ce que prétend Ydit, certainement pas comme s’il s’agissait d’une page érotique posée au milieu d’un roman-images afin d’en relancer la dynamique (surtout que, en ces jours de maintenant, l’allusion à l’érotisme conduit la lectrice ou le lecteur à tourner les pages avec un certain agacement). Il faudrait raconter cela dans l’immense simplicité de cette séquence-fréquence du désir, et de son aimable évidence, sans besoin de cancaner son Lacan, ni de sinuer son Sigmund, juste parce que cela venait ainsi entre une femme et un homme, cette femme et cet homme, en ce temps là de l’Histoire, cette période crue d’un monde croyant à la simplicité. Donc, ils étaient tous deux debout, dans le compartiment.

Moins qu’habillés, moins que nus. Leur Secret à eux, propre et net, rien à voir avec le Secret souillé de temps et de paroles qui nourrit les récits de qui n’a pas dit « non »- ainsi que YDIT.

Alors Fred  se tenait des deux mains à la couchette médiane à laquelle YDIT s’agrippait de loin, et tout cela bousculait, son homme-sa femme, tout cela, ouvrant la porte le voyageur indiscret ( pour une Modification?) aurait pu apercevoir que ce n’était pas si simple l’union des cœurs et de leurs sexes au milieu des cahots,  l’emboitement chaotique (diraient-ils ensuite).

A l’occasion d’un mouvement un peu approximatif, comme ils se rattrapèrent le visage au dernier moment d’un virage, elle ajouta même que c’était acrobatique, l’amour, en train de fer, ce dont nul ne doute plus. Dans l’essouflement du rail, leur l’érotisme n’avait pas été dégradé par la difficulté de poursuivre  le mélange des sexes. Trop glissants de désir, sans cesse déboités au milieu par les cahots d’en bas, ils avaient – comme ils savaient aussi – garanti le plaisir par des lèvres et des mains. Mais n’en avait-t-il pas été de même, jadis, pour Marcel Malbée, dit Der Pate, le Parrain, MM, l’impossibilité de poursuivre le geste du mélange jusqu’à l’accomplissement, par crainte des traces blessées que le garçon porterait ?

Ensuite, tout de même, et avec regrets habillés, short en coton bleu pour lui, chemise en lin blanc pour elle, ils avaient tenté de dormir trop serrés sur une couchette unique. YDIT, ainsi que de son usage, poursuivit le sommeil comme un chasseur de prime sans monture en vain.

La première fois que FRED-YDIT se revirent ensuite, deux semaines plus tard, comme ils bavardaient  peau contre peau, elle buvant l’infini thé, lui gobant une Camel, Fred dit :

« Dans le wagon de Venise, j’aurais dû y penser : il suffisait que je me retourne, debout, dos vers toi, abimant la poitrine sur la couchette du milieu, son cuir brun, que j’aurais marquée de sueur et de désir, la pointe des seins sur le grain du lit, et tu aurais de derrière pu t’arrimer à mes hanches, solide clé, au lieu de nos sursauts disjoints, et d’aileurs

toujours pour toi mes hanches rempart contre les cahots,

pour chaque voyage, pour chaque image, mais tant pis : je ne regrette rien même si j’ai mal joui de nous -mêmes dans le train de nuit.« 

Ydit : avec les soubresauts du train, et les détours des rails italiens, s’arrimer de dos c’était te plier à un autre risque, petite glissade, grand début, imprévue proximité d’entrée, pas sans douleur.

Fred s‘amuse ; elle s’approche encore ; elle le regarde de profit ( le thé refroidit ) et lui explique, (malicieuse et pragmatique, non sans un peu d’émotion mais aussi de regret, en quelque sorte) que

son premier amour, le fameux Yves, ce garçon si brillant et si cultivé qu’elle avait connu à l’Ecole, dans la fameuse rue, se trouvait  souvent un peu embarrassé non pas pour éprouver du désir, mais pour -en quelque sorte- l’endurcir assez longtemps.

Conséquence, vite apprise : si elle se retournait à point, elle, l’amante de l’Ecole, retournée à ce point-là nommé,  elle avait tôt compris que cette façon de poser la pause- avec d’autres fouillis du regard- redonnait au réel d’Yves une souhaitable consistance, une durée bienvenue, dont il avait quelques fois usé,  avec l’accord des parties, goûtant à un autre risque, petite glissade, grand début, imprévue proximité d’entrée possible pour ce rare ( à l’époque) chemin, au début non sans douleur certes, mais aussi d’une étonnante et remarquable douceur. Que Fred ensuite apprécia, pourvu qu’on y mit quelque liant…

Avec cette habituelle simplicité qui la caractérise, même dans les plus équivoques de ses approches, Fred entreprit sans délai ni vergogne de compléter -sur cet intime sujet- le savoir et la connaissance, encore lacunaires alors, de l’innocent Ydit, souvent la tête ailleurs, toujours un peu caché/perdu dans le décor de vivre... Faute au Parrain, n’est-ce-pas ? Nouvelle – pour YDIT- façon d’approfondir l’être ensemble. Nouvelle façon de VOIR. Il s’en souviendrait.

Quelques semaines plus tard (ils n’ont jamais passé à deux que de courtes séquences de soir où d’après-midi), Fred dira, revenant de la cuisine avec l’une de ses indescriptibles mais visiblement indispensables  tasses de thé :

 « Si nous avions vécu de concert, et en dépit de délices nouvelles que je t’enseignai il y a peu,  il y aurait eu bien sûr le premier jour, YDIT,  où nous n’aurions pas eu envie de faire l’amour… »

Et je me demande comment aurait été le temps avec toi, dans une maison, sans faire l’amour ? Aurions nous jamais eu quelque chose à dire ?

Beaucoup d’années plus tard -après les séparations géographiques, au retour de YDIT revenu de «  mobilité obligatoire », – alors qu’ils avaient réussi à se rencontrer pour un dîner tendre et rieur dans un restaurant qu’ils aimaient, comme YDIT lui suggérait de finir la nuit avec elle, FRED, et qu’elle disait gentiment « non », en gardant ses mains au cœur des siennes, ( ainsi FRED vécut, parmi celles qui osent dire NON), yeux dans les yeux, et que finissant le Menetou-Salon Ydit  demandait pourquoi ? stupidement « pourquoi »: « Est-ce que ton mari est devenu jaloux avec les temps changeants ? », FRED répondit, dans l’éprouvante simplicité de l’évidence, 

A lire cet épisode SOIXANTE-DOUZE on aurait tort de penser que les histoires du sexe résumèrent l’aventure de ces deux-là. Preuve en est qu’ils continueront ( sauf erreur, sauf confusion de prénoms, de temps, de lieux et de rôles, mais va savoir…) ils continuent pour ce roman-images à batailler ensemble, soutenus des aptères Détectives Sans Age, MORANE et BOB, dans leur quête vers Die PATE, Le Parrain, dans la chasse de M.M. Marcel Malbée, l’indécent amateur de reproductions de David posées dans l’antichambre, sur la sombre commode, 12 rue Dupetit-Thouars, quartier du Temple, Paris.

Vers cette forme sauvage d’éternité qui précède la fin, septante et davantage étant de plus en plus venus.

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Didier JOUAULT, pour YDIT Nouvelle Saison, Saison 4, Episode SOIXANTE DOUZE en digérant un peu et Père et Frère, Fred demande à YDIT s’il se souvient, et YDIT répond qu’il errait dans les villes, lui : deuxième séquence-souvenir sur dix, VENISE de nuit, VENISE …MOINS qu’habillés, MOINS que nus (mais on s’est habitué?)( au nu qui ne dénude pas ?). Tout cela commence à faire un peu de tiédeur dans le quartier de l’Arsenal,non ?

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