YDIT blog Hors saison, saison 4, épisode QUATRE-VINGT-QUATRE, Fred lui demande s’il se souvient, huitième souvenir de marche dans la marge du récit : YDIT répond qu’il errait dans les villes, toujours dans les villes, la nuit, et c’était vers BORDEAUX, cette fois, ou peut-être Nantes ? Montpellier ? le chat du TGV. La poursuite de Marcel Malbée, avec les étapes du souffle à reprendre, car – contrairement à cet épisode, la poursuite n’a rien de SHORT.

Fred lui demande s’il se souvient, ou même à quoi il pense quand elle est dans ses bras, ou à quoi il pense quand elle n’est pas, ou à quoi il pense quand elle enfile ses bas ( elle qui se rhabille toujours par le haut d’abord) et YDIT répond qu’il errait dans les villes

«  On installe des carrosseries transparentes pour admirer son moteur en roulant (p.112) et «  on bloque le temps, on bouge plus. On se colle à la lumière comme des papillons. On sert un verre de Chivas ordinaire, on fume des Dunhill rouges, on veut sa Citroën Maserati crème » (p.104) (Olivier cadiot, ibidem)

Écrire le roman-images, rêver la montée immobile de l’Aqua Alta de VENISE mentir avec la puissance ineffable des passés invérifiables à TOURNUS ?, à VERDUN ? ou ailleurs qui est installé partout,, et puis, après le café au bar, prendre le train, découvrir le panier du chat dans le TGV, et finir en fondu au noir .(Pour cette SAISON IV, voir épisodes 71-72-73, et 76-77 et aussi 80-81)

Fred intervient, elle qui toujours hésite entre le plaisir d’écouter et le désir d’interrompre, malicieuse et pragmatique, secrête et impudique,

Fred (la présence indéchiffrable de Fred on aura compris que c’est une image fluctuante de l’infini flou)

(comme autre part – surtout plus tard, en 2026 peut-être- celle de TYNE la Blanche -Africaine) FRED intervient car elle ne supporte pas qu’Ydit choisisse la sandale d’Empédocle pour entrer dans le stage d’Olympie.

(Heureusement, BOB et MORANE sont occupés par leur enquête au PMU de la rue Dupetit-Thouars, ils disent « PMU » pour mieux retrouver l’atmosphère « années soixante » de Marcel Malbée dit MM dit Le Parrain, de sorte qu’ils n’ont pas le temps d’exprimer leur incompréhension d’Empédocle et d’Olympie)

Bref, dit Fred, chaque jour au matin se pose une question-que les années à venir pour toi vont sans doute rapidement modifier, avec tout ce Septante et bien davantage étant venu, mais tu ne le diras sans doute pas : après le café, un autre café en terrasse (on est sortis), après le footing conservateur (de forme et d’humeur), après les mails divers (on socialise pour survivre même l’hiver) après les derniers chapitres de « Histoire de la littérature récente » (avec Olivier Cadiot on croit vite arriver au bout, on a tort), après l’exposition chez Pinault où Arnaud (on regarde, on finance,on regrette, on s’en va ) après le dîner du soir, le spectacle, les réunions fraternelles, les soirées à la maison de la poésie, le cinéma rejoint à pied juste à temps, après…

oui oui, après : quoi ?

FRED : elle sourit en nouant se lacets, quasiment rhabillée, sauf au mileu – comme le sont les meilleures histoires – et elle (FRED) dit qu’écrire c’est le choix de ce qui ne sert à rien, c’est le choix le plus incertain : de plus, contrairement au sexe, ça ne se met pas en route à chaque regard sur le clavier, à chaque dictée devant l’écran. D’ailleurs, souvent Fred en fait le reproche, YDIT acquiert une sorte d’expertise maligne dans la découverte d’activités multiples qui lui permettent de ne pas «  s’y mettre » : pas un petit bricolage à faire ? Une « tribune » essentielle à lire, bien qu’aussitôt oubliée? Des fruits verts abandonnés chez la libraire serbe de la rue du Rendez-Vous? Le vin à chercher pour les amis du soir ? Une lettre décommandée à porter à La Poste? Quelques photos de nus à lire sur le site familier qu’on ne nomme pas ?(un nu est d’abord un récit ). Ou sur les collections intimes personnelles, intérieusement cachées par le clos des paupières?

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A la gare TGV de Aix-en-Provence, presque allongée sur les bancs de lattes en bois sinuant comme des serpents sages sous son corps simple et souple, Sylvaine somnolait ou sommeillait, visage couvert par une revue ouverte, dont le titre a été oublié. Sylvaine c’était le prénom que portait en larges lettres le tot bag posé sur son ventre.

YDIT, quant à lui, revenait, seul, et regardait le monde.

Sylvaine, avec l’annonce du train, s’était levée, sans cesse s’avançait vers le quai. Elle était une fille jeune, friselis blond apparu derrière la revue, qu’elle avait abandonnée sur le banc, démarche paisible dans le short d’une étroitesse privée de réserve (banalité du temps), une sorte de chemisier blanc léger, opaque toutefois : impossible de rien savoir sinon l’étoffe des apparences.

Mais (hélas ! ) on reconnait ici le Ydit dit Didi, à ses tics en toc : images.

Fred aurait exprimé ses doutes quand à la réalité de l’image -tellement coutumier fantasme de conscrit sorti de sa chambrée-mais elle aurait aussi désapprouvé le regard du narrateur sur son personnage, un personnage vêtu de vain et de nudité candide, ou presque.

MAIS,-répondait le plus souvent YDIT-ceci est un roman, et nous écrivons de l’imaginaire, dans cet espace singulier rétif à la censure, et encore davantage lorsque sous la cape lourde du respect on sent poindre l’ongle pointu du nouveau puritanisme.

Dans le récit du roman-images, à quoi tu penses quand je ne suis pas là, le personnage Sylvaine passa devant. Un panier d’osier entravait assez le mouvement pour qu’YDIT entreprit de lui proposer une aide, qu’elle avait refusée « Pas besoin merci » , et même sur la plateforme en haut des marches « ça ira encore ici merci » .

Tous deux voyagèrent  face à face dans le même « duo ». Non, elle ne préférait pas le sens de la marche, merci.

Sylvaine-où prétendue telle- avait posé sous ses genoux le panier de jonc serré, ouverture vers le couloir. L’animal dormait, sans doute. Elle lui parlait cependant, le calmait entre autres lorsque la bruyante contrôleuse Germaine, volubile à son usage, passa.

Sauf à dormir, rêver, se taire, se terrer, se tirer, on ne pouvait ignorer Sylvaine, juste en face, qui avait grignoté quelques biscuits salés De Michel et Augustin, les ronds au comté, puis bu quelques gorgées de coca zéro en canette 33 cl.

A un moment elle avait désigné le livre entre les mains de YDIT : c’était qui, c’était quoi, c’était comment, ça valait la peine ?

YDIT BLOG

Pour faciliter la compréhension générale du récit, alors que le lecteur pourrait facilement se perdre dans les correspondances ( et sans doute est-ce fait tous ces mois ensuite ): c’était Olivier Rolin, par exemple où Olivier Cadiot , deux bases uniques de  » citations » ici ( on essayera plus tard de jouer avec tous les Oliviers, dans la saison V): « Histoire extérieure de la littéraruire contemporaine dans le monde », ou à peu près.

Sylvaine, Rolin ça ne lui disait rien, Cadiot non plus, et très vite son envie de parler avait disparu.

Fred reconnaît bien YDIT, les yeux plus vifs que l’accroche : pas du genre à engager la conversation avec une inconnue, serait-elle de vain vêtue, serait-elle porteuse pour viatique principal d’un short encore accourci par l’assise, et d’un panier à chat muet, qu’elle réconforte parfois.

BOB et MORANE observeront plus tard, las et même agacés – hypocrites ! – que depuis le commencement de ses posts, en 2015, YDIT semble avec une nâvrante obstination continuer à considérer le short comme une sorte de timbre à porter sur toute enveloppe de récit, à coller sur toute carte postale de mémoire, à engager comme des vignettes dans un album de jadis : timbres, cartes postales, album, autant de mots en voie de disparition, en tout cas disparition des usages, ce qui n’empêche pas que l’image du short( dont ici-même ci-dessus et ci-après) reste l’indice, le marqueur, le marque-page presque, et un peu comme le logo de marque des « saisons » YDIT-BLOG.

Bien après Lyon, Sylvaine s’était levée, avait souri largement, et-désignant le panier-« Vous pouvez me le garder, c’est une petite chatte sans problème » ?

Même roulant vite et lisant Rolin, en train, on aime savoir ( c’est la raison même pour quoi on écrit des romans-images) : YDIT s’était donc penché pour faire la connaissance de la « petite chatte sans problème ». Il avait fallu se lever, encombrer un peu le couloir, déplacer le panier qui avait semblé trop léger tout de suite, trop immobile.

Derrière la porte du panier, derrière l’espace du grillage de jonc, une grosse peluche à forme de léopard observait YDIT de ses yeux en vert bleu noir d’émail Monoprix.

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Didier JOUAULT pour YDIT blog Hors saison, saison 4, épisode QUATRE-VINGT-QUATRE, Fred lui demande s’il se souvient, huitième souvenir de marche dans la marge du récit : YDIT répond qu’il errait dans les villes, toujours dans les villes, la nuit, et c’était vers BORDEAUX, cette fois, ou peut-être Nantes ? Montpellier ? le chat du TGV. La poursuite de Marcel Malbée, avec les étapes du souffle à reprendre, car – contrairement à cet épisode, la poursuite n’a rien de SHORT.

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YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-TROIS. Série d’entretiens page culturelle. Sixieme article : « Bob se demande si ça vaut la peine de trouver autre chose que ce qu’on cherche ».

YDIT BLOG

6 – Sixième article : Bob se demande si ça vaut la peine de trouver autre chose que ce qu’on cherche ?

BOB, en est revenu à sa mélodie en sous-sol : Donc, on en était là : dans la guinguette au bord de Marne, les deux jeunes, 15 et 16 ans, parmi eux MM Le Parrain, la main déjà bien pleine, et il avait suggéré : on le fait chacun pour soi côte à côte dans l’herbe ? Et MX Le joli, père de YDIT,  rigolard, suggérait : si on le fait chacun pour l’autre ? MM, aguiché, prétendit alors même, selon MORANE, qu’avec la bouche du coup, quant à exercer son talent sur l’autre, et tour à tour, ça marchait pas mal non plus, et que même, question de goût, ça approfondissait les approches sans gâcher les baloches (MORANE a toujours disposé d’un vocabulaire équivoque). 

Notre lectorat (*), on s’en doute, aura compris que, soudain, les détectives que nous rencontrons sont passés – directement – de l’archive authentique à la pure imagination (d’ailleurs ici impure imagination conviendrait mieux) : nul ne sait rien sur ces deux jeunes gens, Parrain et Père, hormis leur probable rencontre en suivant leurs respectifs pères musiciens dans les concerts de bord de Marne. La sale croissance tendancielle du récit vers l’allusion à l’obscène, propre (ici impropre conviendrait mieux) aux récits du YDIT-BLOG a sans doute à sa manière contaminé les Détectives .

BOB : revenons aux Archives secrètes de l’hôpital : Colette regarde Sidonie, qui observe l’écran sur son épaule. 

BOB et MORANE sont trop éloignés pour lire autre chose que les grands titres. Va-t-on les faire monter dans cette galère du souvenir, gaie ou sordide, selon qui regarde l’image, de ces deux jeunes personnes découvrant les nouvelles possibilités de leur univers ? Le temps passe, les présences des enquêteurs sont clandestines. « Résumons », abrège Sidonie en appuyant sur la touche « Fin de session » :

Les détectives assurent qu’ils répliquent avec fidélité le discours de leur nouvelle complice : pour les Père et Parrain, c’est ainsi que tout aurait commencé entre eux sur un bord de Marne juste après la première guerre. Tout s’éclaire ? Ou rien ne se comprend ? Car quelle fidélité ensuite ! Juste après la deuxième guerre, MX le joli, le  papa chéri de Ydit, selon mes documents, épouse Madame Thérèse, encore mal remise du décès d’un premier époux sur le front, comme cela a été raconté ici, dans YDIT BLOG, vers la fin de l’année 2024, sauf erreur, une histoire avec une petite boite en bois, et dedans ses papiers d’État, au premier mari de Mère,  et aussi dedans la balle unique. 

Mais, conteste Sidonie en Archiviste éclairée, toute cette histoire – sans doute d’amour – d’une part, on n’a aucune façon de la connaître ; d’autre part, ce n’est pas du tout notre sujet du jour.
BOB, comme soudain sorti du vaste mais périlleux trou noir du Temps des Amours, rappelle :  le menu du jour, c’était  et c’est : de quoi est donc mort MM Le Parrain, Die Pate ? Et on ne peut pas dire qu’on ait avancé sur le front de la  connaissance.

Morane pense, pour conclure l’entretien, qu’on en sait beaucoup plus, maintenant, sur autre chose : les origines de l’histoire ou (mieux !) l’histoire des origines.

BOB se demande si ça vaut la peine, de trouver autre chose que ce qu’on cherche.
Morane (avec un peu de mépris) : tu devrais savoir, pourtant, que c’est pourquoi un écrivain écrit ?

Notre prochain article ne portera pas sur ce sujet, souvent abordé dans nos pages Culture et Société. Mais nous retrouverons les Détectives BOB et MORANE, lors d’un antépénultième  entretien, pour apprendre comment détourner le secret médical.

Mise en page, illustrations-montages : Rose AUBERT ( merci à elle une fois encore)

(*) Rappel : la personne assumant la rédaction en chef exige la parité dans l’adresse, mais on préfère « Lectorat », vif, au lourd « nos lectrices et lecteurs »


Didier Jouault pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-TROIS. Série d’entretiens page culturelle. Sixieme article : « Bob se demande si ça vaut la peine de trouver autre chose que ce qu’on cherche ».

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Pour les membres de notre lectorat (*), rapide rappel : 

Même s’il reste tout à fait limité, le phénomène YDIT-BLOG atteint à présent des publics divers, qu’en d’autres temps on aurait qualifiés des Happy Few. L’audience reste confidentielle, mais les rumeurs s’installent. Surtout, une double  question traverse de plus en plus souvent les « commentaires » et « re blogs » : Ydit est-il l’auteur du YDITBLOG  (on s’interroge surtout sur les montages d’images ) ? A-t-il, enfin, réussi à retrouver le personnage central, ombre absente mais portée sur et par tout le récit : Marcel Malbée, dit Le Parrain ? 

Voila pourquoi, plus longuement que prévu (sans doute 9 articles au lieu de 6 ?) nous nous déplaçons avec (à présent) une régularité certaine pour rencontrer dans un sous-sol de PMU (on dit FDJ) deux des protagonistes pas si mineurs : BOB et MORANE.

Dans le petit café un peu désuet de ce quartier historique, nous retrouvons nos deux Détectives-Ravages (ainsi qu’ils se nomment par une salutaire auto-dérision). Le garçon de café commence à nous connaître : Menetou-Salon ou Saumur-Champigny pour ceux que j’interroge, et thé vert pour moi. Nous nous sommes quittés dans une réserve des Archives, plus précisément au cœur d’un récit sur les Archives,  et l’on venait – au grand désarroi de BOB et MORANE, d’observer la preuve du décès : Mort de Marcel Malbée, Die Pate, fin de la CHASSE AU PARRAIN ?

Bien sûr qu’on n’allait pas en rester là, dit Morane. Surtout que ça mettrait fin aux virements de Madame FRED. Mort, peut-être (**), mais de quoi ? On était sûrs qu’YDIT exigerait de la savoir. Une bonne si possible longue et  de préférence douloureuse maladie ?

Sur le geste de son comparse, MORANE mime : « moi j’ai rien dit », et le récit peut reprendre :

Selon BOB :  Sidonie, qui soudain gràce à eux ne s’ennuyait plus, pour elle une seule piste restait possible : les Archives de l’Hôpital. Elle y connaissait  une charmante collègue de promo, tant pis pour la cantine – soit dit en passant la rapport qualité prix est parfait, il faudra revenir -, on allait acheter un kebab-frites sur le faubourg, on pouvait arriver pour la réouverture des bureaux, des tiroirs de la morgue (ces cousins des mémoires d’écrivains)…

Vous partez ? demanda Sécurité les voyant passer à 3, et si j’ai un client pour un décès ?

Jules et Jim Truffaut

Impériale, Sidonie : un décès tout frais, on peut toujours attendre.
Et les voici, car Sidonie connaît son Paris, arrivés à temps : rue Descos (en sortant par l’arrière de la mairie), la coulée verte de l’ancienne voie ferrée au-dessus de l’avenue Daumesnil (arrogante construction de parisiens trop riches), vingt-trois mètres sur la chaussée mal entretenue de la rue de Rambouillet, à gauche rue de Chaligny, en passant devant l’ancienne caserne modifiée en appartements pour socio-bobos et boutiques bio-bobos (Sidonie tenta un début d’histoire du quartier naguère populaire, mais BOB et MORANE s’en fichaient, racontent-ils), puis la malicieuse entrée de l’hôpital, enserrée de terrasses de cafés comme une double haie de garçons d’honneur à la sortie de l’église.

À Paris, dans ce quartier, les terrasses n’ont jamais été si pleines que depuis qu’on sait pouvoir y mourir en novembre. Ce qui surprend aussi pour l’adresse où l’on va mourir : l’hôpital. Sidonie montra sa carte de guichetière-archiviste de classe exceptionnelle, on la salua, elle entra, elle salua, elle passa, la classe. Elle embrasse Colette et Colette embrasse Sidonie, historiques retrouvailles.

Comparés, MORANE et BOB semblent de maigres opuscules de campagne électorale

posés sur un bureau à côté d’un complet-Proust

YDIT, Saint-Antoine, Gallica
Image retouchée de la Ville de Paris / BHVP présentant l'hôpital Saint-Antoine, Cote 1-EST-02379

SIDONIE émeut COLETTE et elle obtient de lire les détails. Munie de renseignements nouveaux, assez inutiles ici, elle « croise », habile en artifices et en intelligence : non sans quelques déceptions, elle creuse, elle creuse ?

Tous regardaient, (assis autour de cappucini en plastique, au Relay de l’hôpital) et une fiche au nom de YDIT avait  fait sursauter MORANE, puis BOB, et même Sidonie (Colette ne levait pas les yeux de l’écran, d’autant que sa frange d’épais cheveux noirs gênait un peu) : découverte.  On apprenait qu’avait été musicien le père de Marcel M, l’effroyable Parrain,  et Artiste lyrique – en fuite ! –  tel fut le père de Marius X, selon d’autres fiches lui-même père (quoique si peu) de YDIT : si l’on en croyait les documents un peu clandestinement tirés du réseau numérisé, les deux garçons – MM et MX , parrain et père, s’étaient selon toute invraisemblance rencontrés dans un café-concert encore ouvert à la fin des années DIX, celles du vingtième. Ou une guinguette attardée ? Étrange vaguelette de stupeur sur le groupe des quatre, aux archives. On tient sinon le noeud, du moins la source.

Quoi qu’il en fût,  à en croire (le faut-il ?) quelques détails arrangés ou vérifiés sur le dark net, leurs deux pères, Die Parrain et Le Père, deux Artistes impécunieux, s’étaient ensemble produits, surtout le week-end, pour de leur mince talent améliorer le maigre ordinaire familial. Dans un article sérieux comme celui-ci, force est d’y croire, tout « Alexandre Dumas / Monte Cristo » que paraisse le procédé ; on doit y croire que : l’un jouait du banjo, accompagné parfois de Lulu à l’accordéon, l’autre poussait des notes de ténor exténué. Die Pate et Le Père. Rien moins. Poussant la note de concert de conserve dans une guinguette.

Pendant ce temps, MM dit le Parrain (Die Pate ici chassé) et MX dit Le Joli (père de YDIT),  ils avaient 15 ou 16 ans, découvraient que s’intéresser manuellement chacun à eux-mêmes dans la solitude amère d’une maisonnée triste, postulait moins de plaisir, et surtout de perspectives variées, que de s’intéresser chacun à la même chose, mais ensemble, d’une belle union harmonique, et en rythme avec le banjo de papa… Les Caf Conc ou les guinguettes, on s’en souvient, c’était propices à ces moments écartés à deux permettant de mieux faire connaissance avec l’unité de l’être dans la chair, ainsi soient-ils. 

D’un geste large mais fatigué, MORANE saisit le bras du garçon qui passe : la même chose !

Le récit, les découvertes, la même chose ! ( retour au même : le désir du plaisir)

Trois lycéennes en parade, t-shirts moulés pour saouler la foule, shorts réduits pour emplir l’aorte, baskets blanches pour sniper les hanches, remontent l’escalier, retour des toilettes, et BOB suspend son vol (d’archives) – comme son récit (plus ou moins mensonger, mais on s’y fait, si fait, cher Lectorat).
On dirait en effet, cher Lectorat (*), que le récit, pour ces gens-là, coïncide mal avec le passage des hirondelles, des demoiselles, des ailes et des belles. 

Habituée à cela (et pourrait-on dire dès les premières publications de YDIT-BLOG ! ), on n’a plus qu’à tenter d’attraper le train de 15h27…

Mise en page, illustrations-montages : Rose AUBERT ( merci à elle une fois encore)

(*) : la personne assumant la rédaction en chef exige la parité dans l’adresse , mais on préfère «  Lectorat », vif, au lourd « nos lectrices et lecteurs »

(**) Non : indubitablement, État-Civil faisant foi !


Didier Jouault pour YDIT-BLOG, nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-DEUX. Série d’entretiens page culturelle. Cinquième article : « Et les voici aux Archives du 184 rue du Faubourg Saint-Antoine ».

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YDIT blog Hors saison, saison 4, EPISODE QUATRE VINGT-UN, Septième marche de nuit en marge du souvenir des jours : Fred lui demande s’il se souvient, YDIT répond qu’il errait dans les villes, comme souvent, septième séquence-souvenir sur dix : Verdun, vous n’avez pas visité la ville haute, mon légionnaire ? DEUXIEME PARTIE ( fin )

VERDUN, Bar-le-Duc plutôt, le soir après diner en terrasse (la serveuse était fatiguée), distance prise avec « les autres » du séminaire à verdun. On errait, on s’arrêta. L’homme qu’on voit marche sur une béquille, lentement. Evidemment, on dirait qu’il sort de l’ombre sous l’arbre, qu’il sourd fragile du triangle sombre d’une place, mais il n’y a pas de banc, et il semble souffrir à rester debout. Trop rond de graisse ( la maladie ? l’accident?), crâne rasé de près, et rien d’un mendiant, d’un punk à chien, d’un marginal pauvre, sale, usé. Est-ce encore lui ? Le Légionnaire d’Ukraine ? Il raconte avoir été battu à mort par  » la famille ». On ne le croit pas. Devrait-on le croire ? Mais c’est le tard, le retour, usure après le jour des mots vides d’un séminaire lourdement payé, il faudrait le croire, on passe. Sur les hauteurs de la ville d’autres morts ont été assemblés, jadis.

Ensuite déambulation par les marches, haut la ville, bas le fleuve, les fenêtres ouvertes sur le jazz et d’impossibles rencontres -toujours esquissées, encore ratées. Ainsi est la chose-vie, départs sur les quais de Niort où l’on aurait dû rester pour vivre la rencontre d’une belle personne, fuites dans les descentes de Bar-le-Duc où l’on aurait dû écouter le récit mensonger d’un faux combattant. Seul le mouvement vaut la peine. Et la peine ne vaut rien.https://yditblog.wordpress.com/wp-admin/post.php?post=10254&action=edit

C’est juste : lorsque  YDIT revient dormir dans son hôtel de Verdun ( l’ancien Mess  luxueux des officiers, « offert » par les entreprises ayant bâti citadelle et forts, et fortunes locales), il est de toute façon trop tard pour quoi que ce soit d’autre que de dormir, si on peut.

Mais peut-on jamais ? Dormir, est-ce possible sans le sexe, du Stilnox, un Mac Allan Ambré ( du plus fort au plus cher) ? Sinon, la nuit comme d’une matrice où l’on ne peut revenir, à peine né .

L’hotesse à l’accueil – un certain sourire- fait surgir à nouveau le quai de Niort, comme si tous les abandons- les plus menus, les plus inquiétants aussi- forçaient à revivre les séparations initiales, brutales. On croit se séparer tout le temps, mais ce n’est que la répétition d’un première fois.

A TOURNUS, quelques semaines auparavant, pour une mission semblable, séminaire de même abusivement payé, YDIT avait retrouvé les sensations d’une précédente visite, cinq ou six ans plus tôt. A l’époque, exceptionnellement et bizarrement, il avait été logé, seul , dans une sorte de Airbnb posé sur un joli menu jardin. Le second soir – celui du «  dîner de choix-« , à table il avait un peu vanté les fleurs- du jasmin, des roses ; d’autres moins spectaculaires. Georges et Françoise avaient suggéré d’y prendre un verre, apporté de leur hôtel. On avait bu et parlé, gens et mission. Quand Georges avait dit qu’il était fatigué, et voulait se lever tôt pour un footing sur le chemin de halage, Françoise lui avait souhaité bonne nuit. Sans partir.

Elle et Ydit avaient marché dans la nuit, les étroites et rares ruelles de la ville. Nuitée : la ville, de nuit, l’errance, cent fois, deux cents fois, lors des missions ou séminaires, peu de sommeil ensuite, mais c’est ainsi que les hommes rêvent, la nuit, ça marche, dans le silence et l’ombre, ça marche et ça surgit, le rythme des pas, le rythme des vides intérieurs, on ne connaît rien de ces murs, et l’on apprit tout de ces heures, on découvre, on invente, on passe, on note, on oublie : la vie, la vie du récit pour se « narrer un bon coup », comme dirait , à une lettre près, un légionnaire de Bar-le-Duc.

Mais du jardin de Tournus, près de la Collégiale massive, rien ne reste plus, pas davantage cette fois, rien qu’une ombre sur un quai, un geste à la portière d’une voiture qui démarre, ensuite.

Retour à Verdun ( bonheur sans réserve de ces villes, trop connues mais préservées en leur nombril).  Façade d’hotel éteinte. Touristes anglais qui chantent leurs bières. Françoise, même étage. On dirait soudain que 14-18 est une invention de maître d’école.

Au matin, tôt, Google dit tout. Et ça détend ( Ydit s’inquiétait d’avoir négligé l’homme à la béquille, croisé en pleine nuit au sommet de l’escalier, autre source d’insomnie).

On s’en doutait, à Bar-le-Duc, il n’y a pas de cantonnement du 3 ème REC, groupement de Légionnaires, qui d’ailleurs n’existe pas. Il y a bien, troupe de choc, coups tordus, un 1er REC, mais à CARPIAGNE, ce qui fait loin, à l’est de Marseille. L’article  de la ville évoquant le départ d’Orange ( « après 47 ans de présence ») précise ( et on tient ici, espace de texte, à saluer le langage, et l’allusion à Rimbaud pour la Légion, très fort !) :  «  Le 1er REC n’est pas plus de Carpiagne que d’Orange, il a des semelles de vent, il n’a d’amour que pour l’aventure et le baroud et de tout ce dont il est fait c’est bien cela qui le rend ‘à nul autre pareil’ » , semelle de vent, tu parles, semelles de plomb. Pour le 3 ème, c’est un REI ( Régiment Etranger Infanterie ), cantonné Avenue de France…à Kourou depuis 1973, régiment le plus décoré de la Légion étrangère dans l’armée de terre française, annonce le moteur- chercheur.

Mais pas d’homme à la béquille, cassé par « La famille ».Ou ceux de  » la Piscine ». Ou les Gitans vengeurs.

Personne non plus à l’Oreille cassée?

Sur le chemin herbeux de halage, depuis la terrasse de ma chambre au premier, je vois trois filles en train de courir, elles approchent, allure assez militaire ( des gendarmes ?), j’essaie de lire ce qui est écrit sur leur maillot tandis qu’elle arrivent tout près, mais c’est très gênant aujourd’hui de regarder de face les maillots des filles ( voila pourquoi on photographie les shorts de dos ), elles vont imaginer que j’essaie de suivre les seins vivant sous le tissu mouillé de sueur, et porter plainte. Je pense à les photographier, pour déchiffrer ensuite, mais j’imagine leur colère, si ce sont des gendarmes, des légionnaires, du 15 ème ETC, elles ont sans doute une arme de défense sur elles, un poignard de combat caché dans les chaussettes ( ailleurs ça prend trop de place, ou c’est trop raide, trop pointu pour une Princesse Tam Tam), aussi je vais mourir transpercé d’un jet habile d’arme blanche, mieux vaut retourner à Google et au plantureux plateau petit déjeuner d’intervenant au séminaire. Attendre la visite amicale d’une stagiaire qui pré-demande une hospitalité pour l’heure de la sieste.

Au loin deux groupes de jeunes hommes, eux-aussi pour le footing matinal ( exercice militaire ?), leurs maillots, que je regarde quand ils passent – identifient une compagnie de CRS. l’ Eminence de leur survétement, non plus, n’est pas pointue.
On devine comment la tête de « Mon Légionnaire » rencontré la veille, fabrique ses narrations avec les fragments successifs de la vue, des compagnies, les miroirs de la vie. Tout comme quiconque écrit : avec des morceaux de vérité cachés par des lambeaux d’imaginaire. Je les observe, carrés, jeunes. Tout cela fait de beaux torses, de belles cuisses, mais toujours pas intéressé. Je pourrais passer l’adresse à Marcel Malbée ?

Rapidement, je lance la recherche, sur le site de «  l’Est républicain », en posant la question à l’archiviste proposé  par «  nos contacts au journal » , mais je sais par avance ce que je vais trouver. Il disait dans la ville haute, mon légionnaire : « On en a parlé dans  le canard, il y a trois mois de cela, et moi, sitôt revenu d’Ukraine pour une permission et surtout pour mon debrief Piscine, Berthier quoi, vous pensez, avec tout ce que j’avais vu, donc j’ai dit que je voulais la vengeance et que je savais combattre, je l’ai dit partout en voulant un combat à la loyale, alors ces fils de pute m’ont attendu, ils m’ont cogné à la barre de fer, à quatre contre moi, j’ai eu trois côtes cassées , encore ça c’est rien, mais deux fractures du fémur, y a qu’à voir comme ils ont tapé, de ça aussi on, a parlé dans le canard. L’Est Républicain, vous lisez?« 

A la pause, je consulte les résultats : Rien, dit Madeleine Capsol, archiviste : même en élargissant sur un an, puis 18 mois, pas le moindre papier, ni entrefilet, sur un « Grand Père » (résistant ou pas !) tué par balle en pleine rue,  ni sur l’agression d’un homme jeune, à la barre de fer, par quatre barbares. Le plus proche, il y a deux mois : une bagarre dans un bar «  pas très bien fréquenté », origine inconnue, mais dégâts nets. Rare. Vous savez, Bar-le-Duc est une ville plutôt calme.

Oui, à Verdun, Douaumont plutôt, fort fameux pour les tueries de boches par des nègres, comme disait le plaisant vocabulaire d’époque, dans les environs, par endroits,

en visitant, se découvre dans les buissons une plaque pour un mort, très isolée. Un héros tué en se tirant ? Cherchant des latrines anonymes ? Un véritable héros ? Un type de la Légion, pas encore blessé ? Un passant déguisé en permissionnaire ? Bar-le-Duc, au contraire, est une ville plutôt calme.

Ce qu’on ne maîtrise pas, c’est imaginer, c’est d’entrer dans un récit sans que le chemin conduise à des pages et des pages plus ou moins absurdes, ou véridiques, documentées, impossibles mais documentées. Même un type rasé, blessé, perdu, au sommet d’un escalier, solitaire pour toujours, même lui à Bar-le-Duc, un soir de séminaire, il sait faire ça.
Fred demande si , encore, c’est donc cela que tu vas faire, toi YDIT ? Raconter ?

Le parrain, MM dit le parrain, il me fait penser à cette formule des transports en commun : «  la descente doit s’effectuer à l’arrêt ou en présence d’un quai »

Se mettre en mesure de trouver les deux, l’arrêt, le quai, sans doute au fond est-ce le projet de ce récit, de ces pages et images « HS », HS autrement dit  hors saison. C’est donc, oui Fred, ce que je suis occupé à faire. Rester en plein de H.S.

« L’inquiétante construction progressive d’un point géodésique fastidieux », c’est la première phrase qui reste de mon rêve du matin.

La phrase, peu à peu, s’installe dans les demi-bruits de l’éveil, tasses sur les plateaux de la terrasse voisine, bruits de pas, de vêtements, et tous ces pépiements des oiseaux à l’aube. En bas, un client de l’hôtel claque fort sa portière.

On ne sait pas du tout pourquoi cette phrase – dénuée de sens vrai- a pu exister, s’installer, peu à peu, dans le réseau métaphorique mais incohérent du rêve , et autour du mot : géodésique.

Parce que, dans la nuit fatiguée, on se souvient que dans la solitude, on aurait aimé savoir comment ils vivent, les gens ? Les gens d’ici, qui ont retapé plus loin une vieille grange, inventé beaucoup d’espaces, choisi, acheté, apporté des objets, lampes, jeux, casseroles, chaussures, tuyau d’arrosage, buffet, et cette vaste baignoire ancienne de fonte faïence. Savoir, dans la maison louée, comment ils vivent les gens, ce qu’ils se disent quand les enfants sont sur la terrasse. Ce qu’ils aiment  cuisiner – pas trop cher ?- avec d’exotiques produits laissés dans le frigo, comment ils ouvrent  la bouteille de chablis ( plusieurs sont allongées près de l’évier), comment ils marchent quand ils se lèvent en retard d’avoir trop bu, comment ils brossent leurs dents avec ce dentifrice à la framboise mûre, comment ils lisent ou écrivent, et comment ils écrivent, comment ils se caressent et se pénètrent, comment ils rêvent quand ils rêvent et comment ils se réveillent avec dans le cœur d’une phrase le mot « géodésique »

Mais ça va prendre du temps : la vie est un long détour par des labyrinthes.

Dans la chambre voisine, qu’on ne visite pas, on pourrait imaginer qu’ il y a

HANGED JAMES,

gentiment présent, même pas tournoyant sur lui-même, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de me faire face m’offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc, comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état) à demander :

«  Alors quoi, mec ? ».
 Evidemment nul ne peut dire ce qu’il attendrait en matière de réponse.

Après  un silence long l’rinevitable Fred demande : «  Et ensuite, lorsqu’elle revient, l’Histoire de la mémoire?  Alors quoi, mec ?..»

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Didier JOUAULT, pour Ydit-blog YDIT blog Hors saison, saison 4, Episode Quatre Vingt un : Septième marche de nuit en marge du souvenir des jours : Fred lui demande s’il se souvient, YDIT répond qu’il errait dans les villes, septième séquence-souvenir sur six, Verdun, vous n’avez pas visité la ville haute, mon légionnaire ? DEUXIEME PARTIE ( fin )

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