YDIT blog Hors saison, saison 4, épisode Quatre-Vingt CINQ, Fred lui demande s’il se souvient, neuvième souvenir de marche dans la marge du récit : YDIT répond qu’il errait dans les villes, et c’était vers BORDEAUX, le chat du TGV, l’avant-dernière évasion hors d’une prison, cet enfermement qu’est la quête de Marcel Malbée. Après BORDEAUX, PARIS, et puis, NULLE PART

Bien après l’arrêt en gare, la voyageuse inconnue, Sylvaine, s’était levée, avait souri largement, et-désignant le panier-« Vous pouvez me le garder, c’est une petite chatte sans problème » ?

Même roulant vite et lisant Rolin, en train, on aime savoir ( c’est la raison même pour quoi on écrit des romans-images) : YDIT s’était donc penché pour faire la connaissance de la « petite chatte sans problème ». Il avait fallu se lever, encombrer un peu le couloir, déplacer le panier qui avait semblé trop léger tout de suite, trop immobile.

Derrière la porte du panier, derrière l’espace du grillage de jonc, une grosse peluche à forme de léopard observait YDIT de ses yeux en vert bleu noir d’émail Monoprix.

Quand Sylvaine avait été de retour, elle lui avait demandé si tout allait bien et si tout s’était bien passé ? Il avait hésité, autant l’avouer, à commencer une conversation en dérive, à demander d’où venait le chat, si elle lui ferait avoir des petits ?

Sylvaine puisqu’ on parlait projets, elle n’en avait pas des projets, ni même  des projets pour lui, l’animal, qu’elle ne désignait pas d’un vocable précis, elle disait « lui » , « la bête », « ma chatte », sans y penser.

Puis, tirant un peu mais en vain son short contre le haut de ses cuisses pour que le risque d’impudeur n’entravât point son récit, ou plutôt sa réflexion, soudain grave et volubile cependant, Sylvaine dit :

« …Après tout, même pour un simple voyage de retour, tout projet, ça n’a de sens que par les surprises, même désagréables, gestes imprévisibles, mots inconnus portés seulement par l’échec de leur propre devenir, car aucun mot n’est capable de devenir, sentiers qui se désherbent sous la houe de la mémoire…D’autant plus qu’il reste façonné par de l’incertitude, tout projet n’a d’autre usage, au fond, que de Ré-susciter et de Re-trouver, n’est-ce-pas? Qu’il s’agisse d’amis, d’émotions, de la foi étonnante, à chaque fois ce n’est que plaisir ou déception, mais il est certain que ce n’est pas rien, et le projet a cet usage : retrouver des commencements… »

Dès qu’on bouge, le monde s’entrouvre. Il s’effondre où se magnifie. Septante et davantage étant venus ( et encore plus depuis le début de la Saison IV), dès qu’on bouge on rattrape le vent perdu.

Portant le panier si léger, maintenant YDIT raccompagne Sylvaine chez elle. Leur échange à crée comme un pont de singe entre les marcheurs de ravins. Elle habite un très grand appartement au vingt-deuxième étage d’une tour, le quartier des Olympiades, Paris 13e, une grande dalle à tous vents d’abord asiatiques, gamin en planche à roulettes sur le béton ( pas d’ombre de Marcel Malbée, ici, mais sait-on?), traiteur chinois en faillite depuis le COVID, flaque d’urine à peine sèche, trace d’un vomi tardif, et petits sacs d’herbe à peine vidés, tout l’attirail authentique, même pas une invention de narrateur fatigué..? Impulsif ? Imperturbable? Immersif? Abrasif ? Le narrateur ?

Soudain, sur la dalle, YDIT a oublié ( encore ! ) comment s’adjectivait le narrateur en pull jaune ou en Noir et Blanc format 1958, son narrateur dans la Saison 3 « Le jardin de Giorgio Bassani ». Il ne sait plus si le Personnage Sylvia, cette belle hôtesse un peu tricheuse, à moitié cachée sur la terrasse du jardin rose à Ferrare, ressemblait à Sylvaine, ou pas, et si c’est un peu la même Histoire ? Toujours un peu la même Histoire ? La même (Histoire? Ombre? Tempête de mémoire ?)

FRED pense que : il lui suffirait de le décider, mais que ça ne lui servirait à rien de le décider.

Dans l’appartement du 22e , Sylvaine lui offre à boire, une canette de coca zéro ou du Earl grey Mariage Frères ? Ensuite, lui dit sans la moindre malice : «  Je dois libérer la petite chatte, sinon elle s’ennuie et dépérit . Vous ne souhaiteriez tout de même pas ça ?»

Elle quitte la pièce. L’appartement est à peu près vide de meubles. Plusieurs paniers, cages, volières forment Le mobilier. Tous sont occupé par une peluche. Rie de plus que des peluches.

Dans l’appartement vide, longtemps YDIT attend. Quoi ? Rien ne surgit, pas Morgane, pas Nadja, pas Silvia.

Dans la chambre voisine, qu’on ne visite pas, on pourrait imaginer qu’ il y a HANGED JAMES,

…gentiment présent, même pas tournoyant sur lui-même, et qui lorsque le mouvement de la vie lui permet de faire face offre son sourire amical et goguenard, un peu tendre et lassé donc, comme s’il s’apprêtait à dire ( quoi qu’il soit impossible de plus rien dire dans son état) à demander :

«  Alors quoi, mec ? Tu pers encore ton temps ? T’encanailles le souvenir dans un panier pour chatte ? ».
 

Rien ne se passe. YDIT et lenrécit restent immobiles, l’un dans l’autre. Après  un silence long FRED (patiente et pragmatique) demande :

«  Et ensuite, lorsqu’elle revient, Sylvaine ? »

Ensuite, sans la moindre hésitation, abusant de son droit illégitime, irraisonné mais implacable de narrateur une fois pour toutes décidé à ne répondre que par les fuites, sans hâte YDIT choisit : le fondu au noir.

Coupé.

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Didier Jouault pour YDIT blog Hors saison, saison 4, épisode Quatre-Vingt CINQ, Fred lui demande s’il se souvient, neuvième souvenir de marche dans la marge du récit : YDIT répond qu’il errait dans les villes, et c’était vers BORDEAUX, le chat du TGV, la dernière évasion hors d’une prison, la quête de Maecel Malbée.

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