Note de Madame Frédérique :
Comme détaché du reste, et cependant du pareil au même dirait-on revenant, immobile immolé oublié dans le fatras nommé » Lettre de A. Version B » que vous et moi tentons encore à ce jour d’inventorier ou d’explorer, le fragment qui suit n’est pas numéroté, et fut imprimé sur un papier un peu différent, plus gras, plus vélin-félin, de sorte qu’il aurait été déplacé, volontairement ou non, ou qu’il ferait même peut-être partie d’une version antérieure, archaïque, rédigée imprudemment à la première personne de YDIT – ce qui est au plan grammatical insensé…Ou même d’une préfiguration d’une Saison V ? I prefere do not !
« Lettre de A », version B
Texte de YDIT:
Je me décidai tout de même à tenter de revenir vers une page, à revenir vers cette pénombreuse lumière d’une solitude qui écrit, et j’ai ouvert un vieux carton. Modelage et musique, tout cela pas très frais. Peu à peu, sans choix et sans grâce, j’y avais déposé une série de documents dépourvus de tout statut, découverts au hasard des errances. Feuillet dans une corbeille à papier, à part ça vide. Sur un banc d’église, page lisse. Au sol, en limite du trottoir, brouillon gribouille. Dans la poche-révolver d’un jean’s d’amie resté au sol ( ça, non, jamais : on ne met pas les mains dans les pantalons des amies quand elles n’y sont plus).
Fragments disjoints et privés d’avenir, quoique chacun lové sur sa propre certitude d’existence, fût elle insignifiante : de quoi longtemps lire et murmurer dans les nuits de l’insomnie, ou dans l’étau des tôts matins, les matins frais et frèles de l’écriture, quand bien même celle-ci, l’écriture, n’eut-elle été qu’un projet sans cesse reconstruit, sans cesse abandonné, sans cesse enfui, comme ceux par exemple de regarder devant soi, de perdre du poids, de lire davantage, de ne plus désirer les filles inconnues du Luxembourg, de bavarder moins et demain mieux, de boire moins et marcher plus, divaguer moins et donner plus.
J’ai ouvert le carton, décidé à y remettre un peu de vent, un peu de souffle, un peu d’émotion, dans les voiles efflanquées d’un voilier immobile, dont la chaine rouillée grinçait autour d’un bite mal peinte, près du port.
Le feuillet plié en 8 a sans doute été un peu humidifié par une pluie légère de mai qui a posé dans la fine épaisseur les traces des cailloux, ou simplement du gros sable, (celui-là fut trouvé sur une plage irlandaise) puis a écrasé la feuille. Extrait de son caniveau, le document reste lisible.
C’est la page 5 du livret d’évaluation de Timéo B (CM 2).
Pour l’ensemble ce n’est pas très bon. Massivement les notes de l’élève sont inférieures à la moyenne de classe. Il atteint 13,41 alors que la cohorte est notée 15, 83. « La honte »

Dans la rubrique lexique, Timéo B n’est pas si mauvais pour les sous-rubriques /le dictionnaire /les familles de mots/ termes et termes génériques et termes particuliers. Marcel Malbée, dit M.M. dit Der PATE, paraissait en connaître peu, des mots, et ceux qu’il apprit au garçon n’étaient ni les plus beaux de la tribu, ni d’un usage facile pour ménagères de cinquante ans. Pour les gestes, c’était mieux direct au but. On parvenait toujours à ses fins. Une fois lancé, pourquoi balancer? D’ailleurs, et l’YDIT d’ici le dit DIDI en conserve la trace : puisqu’on est occupé à ceci qu’on n’a pas choisi, ne perdons pas de temps, plus vite fait, mieux fini.
En mathématiques dans la rubrique « grandeurs et mesures » Timéo s’en tire plutôt mal pour les angles ou encore le périmètre et c’est un peu meilleur pour les conversions de longueur, bien que, matière longueur, MM dit Le Parrain ne fût maître que de peu.
Cela fait sourire : on dirait la fiche d’évaluation d’un pousseur de phrases, d’un pousseur comme d’une barge, derrière la péniche ou plutôt devant, d’un pousseur sur le quai d’une rame de métro à Tokyo (mais les images de pousseur à Tokyo, que j’ai en tête, ne serait-elle pas totalement obsolètes ?).
Bref : l’évaluation passionnément délirante et minutieusement implacable à laquelle s’expose toute tentative non pas d’écrire (car elle peut rester clandestine) mais de publier. Tyne l’Africaine-et son infini reflet du désir tendre. Gédéon le Sénateur, et l’ombre interminable du vide satisfait. Même sur un écran de tablette ou de téléphone, par à-coups de riens réguliers, petits riens régulièrement postés, hebdomaires épanchements, depuis longtemps déjà, ainsi que ici, ainsi que YDIT dit qu’ici il dit, chaque semaine, ou presque , l’épisode, comme une paisible marée que ne détourne aucun mascaret.

C’est en lisant « Extérieur monde » d’Olivier Rolin, c’est en parcourant les déambulations rieuses et tristes dans sa mémoire si pleine, c’est ainsi qu’est revenu le désir (le souci ?) décrire depuis l’extérieur devenu le dedans. Il m’a fabriqué, pour moi, au cours du temps des livres généralement courts, toujours pleins, pour lesquels une possible larme à l’œil sèche sur la joue au soleil de l’ironie.
Sur la terrasse de chez Nadia, quand il n’y avait pas la tentative de la visiteuse Adèle, avec son lézard de hasard,
Adèle, sa tentation de se transformer en tentation ( récit d’ici même aussi déjà fait, épisodes SEIZE et DIX-SEPT) ), tendue et presque dévétue dans la lumière de l’après-midi, à cette heure grave, mélangée, ou le sommeil peut resurgir dans la sieste, Adèle dormait, la tête posée sur le cuir de lézard, je lisais particulièrement ce passage :
« Le temps qui altère les lieux, les visages, ménage des caches où les mots se terrent pour ressortir un jour, intacts. Comme des capsules de vie éternelle »
(Extérieur monde, p.127)

Reprendre l’écriture, on ne cesse pas de s’en étonner, malgré le temps de l’été, malgré le bonheur de la coupure, la tentation de ne pas reprendre souffle, car quelle impudence imprudente ! – relancer la clavier gris, c’est comme d’avoir posé l’allumette sur le papier et le petit bois de la cheminée, crissements, chaleur soudaine mais fragile, c’est comme d’avoir ôté le premier sous-vêtement de l’autre, glissements, senteur subtile mais forte, et tout cela sans qu’on puisse revenir en arrière, jamais d’arrière pour l’écriture sauf à devoir infiniment dommages et intérêts.
Déja dit ? Souvent, ici, retours et répétitions, l’urgence n’est pas le dévoilement du récit, mais la rythmique des accords d’ambiance. Récit-images : rythmes. Retours, déambulations, reprises, ok pour pas de ko.
On peut encore espérer s’en tirer par la fuite de l’érudition moqueuse, et c’est ici qu’il faudrait parler en même temps de FRED et du Vieux duc, à nouveau, si ce n’était déjà fait, Episodes VINGT et VINGT- ET UN.
Il y a si tant de mois de cela.
L’avantage du détour narratif vers les moments de mes propres origines, Fred et les maximes (Fred et les maximes ça pourrait faire un joli titre de roman), l’avantage c’est qu’on diffère la chasse au Parrain, Marcel Malbée, dit MM, Der Pate. Ou Die PATE. Toujours ça de pris. Presque, on effacerait les comparses Détectives ravages, BOB et MORANE, mais non, ils veillent, les vieux, tenus de loin en laisse par FRED, qui les solde si hautement, et Samuel , le père songeur.
Quatrième âge, Septante et toujours davantage étant venus (car le 22 aout un an de plus), maintenant l’avenir se doit pourtant d’être vu brièvement.
YDIT raconte l’Afrique, la Blanche Tyne aux yeux profonds
et jambes hautes, et Marie Claude P , qui lui avait dit dans un couloir de vieux trains verts ( il n’avait pas sommeil, assis sur le strapontin près de toilettes, elle encadrait le voyage) : « Avec ta raie au milieu, on croirait Proust ». ET lui – quinze ans : C’est qui Proust ?
Mais la rayure était-elle aussi à l’intérieur ? Cachée ? Secrête? Interdite de parole? Le secret de famille pour tapisser l’intérieur de ma mémoire seulement, mais
…tout le monde savait? OUI, TOUT le MONDE, Mamie qui ne disait mot, Père et ses verres aux arrondis rouges, Frère et Ses Garçons à fesses rondes, Mère- mensonge et la petite boite en bois, Episodes TRENTE-SIX à CINQUANTE-DEUX, entrecoupés de diversions, TOUT LE MONDE

Avoir en tête cela: TOUT LE MONDE SAVAIT ET TOUT LE MONDE NE MOT DISAIT. ET ALORS, MAINTENANT? ENCORE LA MEME CHOSE SUR TOUT AUTRE CHOSE ?
Trouver l’arrêt du train des souvenirs, et ne pas descendre en marche, attendre son quai, inquiet. Descendre à l’arrêt, pour effacer le parrain, le faire disparaître, équarrir sa mémoire, émietter ce qu’il fut ou au moins ce que j’ai en mémoire qu’il voulait être en son faire de fer.
Mais que reste-t-il de ce qu’il fut ? Mon ombre de septante et bien davantage court après lui, son ombre est morte avant la mienne, tant mieux, je n’aurais pas aimé que son ombre me courût après le long des sommeils et des insomnies, l’ombre et le soleil, aux bords où nous fûmes laissés, s’accordent à dévorer notre course avant que le soleil se lève aussi, ainsi de suite.
Alléluia. Mazel Tov. Ainsi soit-il. inc’h Allah, ne lésinons pas :
Quatrième âge, Septante et très davantage étant venus, l’avenir se doit donc d’être vu brièvement.
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Didier JOUAULT, pour YDIY-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE VINGT SEIZE: une solitude qui écrit la présence. Rassurez vous : Gédéon n’est pas loin et Tyne non plus. Ils reviennetn. Après la légitime pause d’été. OUF .A suivre- mais vous le savez- le 7 septembre ou en replay (flèches en bas, ici).
