YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-DIX NEUF ( bientôt CENT ??) / Comment je n’ai pas commencé à faire du petit vélo, à écrire certains souvenirs d’enfance commencés par Y, à parcourir à genoux la montée de la rue VILIN, à me déprendre d’espèces d’écrits : TROISIEME et DERNIERE MARCHE RUE VILIN : – autrement dit Parc de Belleville ( Paris 20 ème) tendance fresque de la commune et shorts de touristes

Venu habiter- ma dernière demeure – près du parc de Belleville où l’on traverse la rue PIAT ( Piat, élu de Paris, en 1871, et ici, La Commune est partout présente, La Commune exceptionnel moment de radicalité fraternelle et sociale , et j’aime qu’une arrière grand-mère maternelle habita rue Ramponneau, la dernière barricade tombée à la fin de la « Semaine sanglante »), ici – Belleville la Rouge – un artificiel balcon de béton sur la colline domine Paris ( des gens plutôt jeunes y viennent adminer les couchers de soleil, boire des bières, fumer des joints, écouter des sons, polir leur peau), une plaque sur un grillage célèbre la disparition de la fameuse rue Vilin, je ne peux que traverser les fantômes de « Lieux » qui rappellent le nom de Pérec- soudain revenu

s’installer dans le présent de ma mémoire proche.

« Lieux » : amours, errances, personnages, écritures, angoisses, livres (ou projets), gueules de bois et achats pornos, depression et désirs,

Tous ces ans plus tard, redécouvrant Pérec à travers les fragments inédits, une personne en pleins feux de l’abscence réapparait soudain au-delà du « faiseur de génie » sous les feux du succès. Derrière la barbe rigolarde, le visage tendu de la Disparition ( soi, un peuple) montre la fêlure originelle. Et  c’est la fêlue de tout homme confronté à une blessure, une violence, une part d’enfance à jamais dispersée.

Alors, ce Pérec mort et soudain de nouveau vivant, son fantôme, le fantôme de Pérec bande-t-il encore ?

Dans le parc où se promènent de jeunes mères et de vieux marcheurs, dans le parc où l’on se détourne la tête avec des bières ou du shit, devant la plaque PEREC/VILIN, le fantôme vient-il parfois regarder l’absence en face ? Ricaner en songeant à ce Gérard qui se pendit un matin à Paris ?

 

«  Soif de rangement  = mettre sa vie en ordre : petits tas, petits casiers, les années, l’une après l’autre, les souvenirs empilés; devenir seulement comptable d’un passé à peine passé; puis ressasser « ( ‘Lieux », p. 169).

 

 

A QUOI BON YDIT , si le fantôme de pérec bande encore, les après -midi de soleil, dans le parc de belleville où s’allongent de rêveuses jeunes femmes ? A QUOI BON, l’autant d’épisodes écrits et programmés ?

 Les nombreux épisodes à venir de la SAISON IV (close en août 2026…) , écrits, emboités par leurs mises en jeu, condamnés par la programmation implacable ( dix fois modifiée mais désormais inerte), fallait -il et pouvait-on admettre l’idée de les publier, tels quels, encore ? Maintenant que – soudain– au milieu de leur silencieuse programmation, de leur quasi oubli ( tant de tout passé depuis les jours de leur écriture ) – réapparaissait le fantôme rieur de Pérec, ses infernales réussites – comme ses parfaits échecs- tel  » Lieux » – maintenant ne fallait il pas, courageusement, humblement, stupidement aussi , appuyer sur la touche : supprimer.

Se débarasser, ainsi, du bruit de fond permanent de « La Chasse au parrain », de cette rumeur insidieuse et continue, essaims de guèpes et de personnages, Bob, Tyne, Morane, Fred, encore trop présents, permanentes piqures dans le rythme régulier de leur implacable publication. Et puis, même assourdis par la volonté d’innocence, les éclats des guerres et des pouvoirs déglingués, les coups de poings toujours plus nombreux sur les pauvres et les solitaires, ces fracas de l’actualité ajoutaient à l’interrogation. Encore du texte sur le coût des morts ? Sur le goût des mots ? Oser, encore?

Bob et Morane

Puis, les oeuvres passent au rythme des pinceaux, des tiroirs remplis, des étagères que pose un menuisier serbe dans la nouvelle chambre d’amis ( plus de 80% des livres n’ont pas été déménagés, dont certains ouvrages de Pérec), le déménagement peut se dire enfin terminé, divers Pérec rangés dans la bibliothèque, voisinage exploré, on retrouve les copains, on goûte les restaurants simples repérés, on dure sur les terrasses au soleil d’avril pour un café, la rue VILIN est photographiée de haut en bas, et inversement, et ses environs aussi, traces de la Commune, panneaux, fresques, places aux noms de dirigeants communistes, de femmes résistantes : l’Histoire du monde redevient la toile déjà pleine d’images sur laquelle se peint en trainées claires ma nouvelle histoire d’après SOIXANTE-QUINZE venu.

Alors, dans la paresse d’une terrasse où bavardent les jeunes femmes du quartier, dans la douceur d’un verre de rouge avec les amis à qui on fait visiter « Belleville la Rebelle », peu à peu la question s’atténue, s’efface, disparaît. Quelle était la question, au fait ?

Pure paresse : et parfaite humilité : à quoi bon tout interrompre parce qu’on a croisé, soudain, l’ombre de Pérec mélangée avec le souvenir d’une Histoire ?

That’s it.

_________________________________________________________________________________________________________

Didier Jouault , pour : YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-DIX NEUF (bientôt CENT ??) / Comment je n’ai pas commencé à faire du petit vélo, à écrire certains souvenirs d’enfance commencés par Y, à parcourir à genoux la montée de la rue VILIN, à me déprendre d’espèces d’écrits : TROISIEME et DERNIERE MARCHE RUE VILIN : – autrement dit Parc de Belleville (Paris 20 ème) tendance fresque de la commune et shorts de touristes.

Par défaut

YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-DIX HUIT / Comment je n’ai pas commencé à faire du petit vélo, à écrire certains souvenirs d’enfance commencés par Y, à parcourir à genoux la montée de la rue VILIN, à me déprendre d’espèces d’écrits : DEUXIEME MARCHE RUE VILIN : – disons Par de Belleville tendance canette de bière et mégot de shit

Venu habiter- ma dernière demeure – près du parc de Belleville où l’on traverse la rue PIAT ( Piat, élu de Paris, en 1871, et ici, La Commune est partout présente, et j’aime qu’une arrière grand-mère maternelle habita rue Ramponneau, la dernière barricade tombée à la fin de la « Semaine sanglante »), ici – Belleville la Rouge – un artificiel balcon de béton sur la colline domine Paris ( des gens plutôt jeunes y viennent adminer les couchers de soleil, boire des bières, fumer des joints, écouter des sons, polir leur peau), une plaque sur un grillage célèbre la disparition de la célèbre rue vilin, je ne peux que traverser les fantômes de « Lieux » qui rappellent le nom de Pérec- soudain revenu s’installer dans le présent de ma mémoire proche.

Avec »Lieux », en ce début de 2025, derrière le mécano méticuleux d’un faiseur de formes (et de récits  réussis tel « La vie, mode d’emploi »), apparait bien davantage qu’ailleurs – même dans les textes les plus autobiographiques-  le tsunami ( les marées noires succesives) de l’angoisse, de la déprime grandeur catastrophe, de la mise en cause de soi par soi : multiples allusions au doute, au vain, à l’échec, par une liste d’amantes ou de « coups », comme cette liste griffonnée, jointe dans l’enveloppe au « Texte 63 » ( Saint Louis, souvenir 3)( Perec décrit la rupture ancienne avec Suzanne, qui le ravage encore), liste  qui commence ainsi  :

 

 » 1953 Huguette, 

1955 une putain

1959 Marceline

1959 Jeannette… »

( « Lieux », p.275)

Le tapuscrit joint au texte 41 ( Saint Louis, Souvenir, 2),  écrit le samedi 25 avril ( mais le texte 41 a été écrit le vendredi 2 octobre 1970, six mois plus tard ) , explore le néant :  » Je suis de la merde et je mérite que ça m’arrive. Je ne supporte pas le silence, l’indifférence » (‘ »Lieux », p.201). L’identité, page sur page, grille sur grille, mots croisés et brûlés, l’identité ne revient pas , fondée qu’elle fût, et perdue qu’elle est dans cette rue VILIN, largement écrite/décrite, et désormais détruite ( il ne reste pas une pierre de ce qu’elle a été,  même sur quelques dizaines de mêters de tracé conservé) 

 

« LIEUX », notes intimes , souvent spontanées ( le cadre est rigide, l’écriture semble libre)  : les angoisses répétées, les moments d’exaltation, les mépris comme les dégoûts, les minables jalousies ( du succès , de la renommée), les ruptures amoureuses , les  » souleries » fréquentes, les  » gueules de bois » ou les  » trois vodkas d’un coup »…la présence discrête de l’analyse ( Dolto jeune, Pontalis adulte : du beau monde !), mais avec le dédoublement du deuil et de l’oppression passée, avec la permanente obsession de l’absence de soi et des autres, à soi et avec les autres, jeu de Go ou pas, la certitude des mensonges quand on fémit de faire semblant, toujours faire croire que Perec ça existe, l’infervale vacuité de l’absence maquillée en vieille comédienne un peu pouiffiasse : « l’ECRITURE », et tous les mots pour ne pas se souvenir qu’on n’est pas? Et le cynisme désespéré:  » Je payais l’analyse avec la pension des Allemands » (« Lieux », p.75) il s’agit de la pension de « réparation » pour les camps).   Aussi :  » Je ne suis pas triste. C’est plus grave. Je touche une limite, un mur » (p.206).

Perec, « Un homme qui dort »? Un homme plutôt qui court le plus vite possible en fuyant sa propre absence, même dans les jeux affreux ( épuisants) de  » La disparition », « Elis Island », « W »…, un homme vivant (mal) qui fuit le mal fait à d’autres ( sa famille disparue, les camps, tous les morts juifs et autres ), qui persévèrent -eux- dans l’existence, au milieu des errances, des recherches, des cadres et bi-carrés latins où l’écrivain tente (diablement sournois) d’enfermer l’absence définitive à soi . Un Perec perdu dans le fond du silence intérieur, qui publie, se propage en hype-actif ( et que le prix Médicis pour  » La vie, mode d’emploi « , en 1978, sauve enfin du désespoir, avant que le cancer s’en occupe directement ?).

Dans  » Lieux »( rappelons le : projet abandonné, inédit tel quel), les descriptions de  » l’Origine du  monde » ( la rue VILIN) forment un portrait d’une catastrophe en cours :  déjà tous les magasins sont fermés, et les HLM  » semblent récentes mais déjà vieilles », et  » à partir du n° 3 les immeubles cessent d’être ravalés », et le vocabulaire du désatre domine , « immeuble condamné », « magasin condamné », portes murées », « fenêtres aveugles « .

Plus tard, après la « dèche » véritable de la jeunesse, un peu d’argent ( puis pas mal d’argent, assez pour bien vivre sans autres travaux que les écrits) , les sorties, les théatres, beaucoup de « restos », une vie quasi mondaine et tant d’amis ( dont la liste des invités pour une double crémaillère). Mais les notes prises pour « Lieux », dans les chapitres (enveloppes) « Reel » ( notes sur observations in vivo) cumulent les absences, les ombres vides de personne, les fantômes de passagers absents  dans leur costume, les vides  et fermetures ( cafés, boutiques), les destructions ( carrefours, rues) . Ce monde, sous le masque infiniment (- mais pas infailliblement – ) rieur de « Perec à la télé » est celui de l’absence, de la fracture, du déni aussi, mais encore de la destruction intime et des faillites répétées, des réussites achevés mais – au fond du fond- inutiles.

Quand on lit « Lieux », la rue VILIN  »  (à la fois Origine et signification du monde et de sa Disparition ) c’est (id est :  les notes sous enveloppes, ouvertes et réunies pour l’édition) – dans l’imprescriptible programme imposé par le  » bi-carré latin » , le rue VILIN apparaît

 

1969 février

1970 juin/juillet

1971 janvier/décembre

1972 octobre/novembre

1974 ( en 1973, projet » oublié ») octobre/novembre

1975 septembre

1976 fervier/mai

1977 janvier/mars

1978 avril/juin

1979 mai/juillet

1980 avril/aout

1981 :mars/décembre.

Mais la rédaction des notes ( réel) ou des « souvenirs » s’achève en 1975, précisément avec deux enveloppes-projets  » VILIN »  ,  N°137 « VILIN souvenir 6″ : vide. N° 138,  » VILIN réel 6″, quelques mots crayonnés sur une feuille de carnet à carreaux :

 

en rouge

« Travail =  torture

Sur un des panneaux de ciment qui couvrent la presque totalité du côté impair de la rue »

en noir, plus gros : 27-9 1975 vers 2h du matin. « 

 

Etait-ce vers deux heures du matin ( nécessairement non ! ) que Pérec parcourt les fonds d’un bouquiniste à la recherche, avec  » espoir de trouver un vraiment porno , mais les rares achats sont toujours plus que décevants « (« Lieux », p.253).

Pérec est mort en 1982.

Beaucoup de temps, avant que les manuscrits de « Lieux » soient complétés, ouverts, beaucoup de temps avant que la stupide et indifférente marée des ans lui fasse passer le « pot au noir  » de septante et davantage venus, Pérec est mort- douloureusement.

Voici que je retrouve tout cela, je réinvente mes lectures faites il y a quarante ans pour la première,  » Je me souviens ». Je repeins sur le portait de Perec en gloire un Pérec en désespoir.

Se débarasser, ainsi, du bruit de fond permanent de « La Chasse au parrain », de cette rumeur insidieuse et continue, essaims de guèpes et de personnages, Bob, Tyne, Morane, Fred, encore trop présents, permanentes piqures dans le rythme régulier de leur implacable publication. Et puis, même assourdis par la volonté d’innocence, les éclats des guerres et des pouvoirs déglingués, les coups de poings toujours plus nombreux sur les pauvres et les solitaires, ces fracas de l’actualité ajoutaient à l’interrogation. Encore du texte sur le coût des morts ? Sur le goût des mots ? Oser, encore?

 

 ————————————–

Didier Jouault pour : YDIT-BLOG, Nouvelle saison, saison IV, Episode QUATRE-VINGT-DIX HUIT / Comment je n’ai pas commencé à faire du petit vélo, à écrire certains souvenirs d’enfance commencés par Y, à parcourir à genoux la montée de la rue VILIN, à me déprendre d’espèces d’écrits : DEUXIEME MARCHE RUE VILIN : – disons Par de Belleville tendance canette de bière et mégot de shit

Par défaut