Yditblog, SPO n°100/103 deuxiĂšme partie: Voici l’avenir du passĂ©, dĂ©bouchĂ© des actifs de l’Air Solide : Introducing Marina, comme promis…

A suivre, sous 48 heures :  SĂ©quence Publique d’OubliEs n° 100-103 , quatriĂšme et dernier round.Rappel : Pendant la premiĂšre partie de la sĂ©quence exceptionnelle 100-103, publiĂ©e il y a moins de 48 heures, les trois comparses usuels des SĂ©quences Publiques d’Oubli n’ont pas fichu grand-chose, en l’attente de l’Orateur YDIT – encore absent?


     En terrasse, ils sont tous les trois,  dont Germaine, les pseudo-comparses, et V3 et Vassiliki, acteurs du souvenir malin,  et amĂ©nageurs vĂȘtus de la mĂ©moire et de probitĂ© candide, autant dire les gais notaires des OubliEs. Ils attendent que le rĂ©cit redĂ©marre, ils attendent un Ydit, un Didi, un Hubert, au coin de la rue. Sans se priver de regarder passer la vie.

     Il est tard, des miettes anciennes, peut-ĂȘtre d’opposition, font de la plongĂ©e sous -marina dans la sous-tasse et leur croustillant dĂ©sormais humide ressemble Ă  un dĂ©pĂŽt de mĂ©moire. Ils attendent la source des oubliEs, soi-mĂȘme : Ydit, avec ses chemins dĂ©tournĂ©s, ses rencontres de carrefours.voltaire-loublies-mpt-17-4C06187A-0041-4946-95A1-5653C481FAA7P1220011

     Sous leurs yeux, les images de quatre-vingt dix-neuf SĂ©quences Publiques d’OubliEs- et encore quatre-vingt dix-neuf avenirs Ă  venir?

-Vasiliki : » De nouveau cette fois, pas bien compris je dis  le titre de la sĂ©quence aujourd’hui c’est : avoir de L‘Air Solide ?

–« Bah, dit Germaine, c’est comme pour les locos, la mĂ©moire tire des wagons pleins de blĂ©s divers, mĂȘme l’Ă©tĂ©, mais c’est pour mieux rouler dans la farine. L’Air Solide, c’est pour faire croire que se dĂ©barrasser des mauvais souvenirs c’est Ă©vaporer les  boulets  de la mĂ©moire sous forme de vapeur , ou les cauchemars sous forme de plumes . »

l'ombre géomÚtreandré juillard

-« Dans les faits, corrige V3 ( et pour lui  l ‘effet prime les fonds), existe une sociĂ©tĂ© trĂšs cotĂ©e  composĂ©e de braves amateurs d’actions. C’est la Compagnie de L‘Air Solide. La confrĂ©rie des solides, la bande amicale des faux-airs. »

« L’Air Solide?«  s’Ă©tonne Vassiliki. « Mais dans mon mĂ©tier, c’est la moindre des choses? « L’Air Solide », naguĂšre, ça mĂ©ritait dix ans de promenade dans la cour, vingt ans de travaux d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral , destin des fortes tĂȘtes. »IMG_9955vestiaire Ă  Tokyo

 

 

-« D’accord, d’accord, » s’emporte doucement Germaine, « c’est pas en rĂ©pĂ©tant les mots qu’on ajoute au sens. Quoique… » se laisse-t-elle Ă  songer, rĂȘvassant mollement aux maux et Ă  la rĂ©pĂ©tition, sur un petit air de Lacan.

 

 

–« L’Air Solide« , souffle V3 : ce sont des porteurs d’action qui  font chaque annĂ©e une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. Cette annĂ©e, Ydit a voulu y aller, notre Ydit, plutĂŽt que de nous prendre pour tĂ©moins hagards de sa dĂ©ambulation mĂ©morielle. »

Vassiliki, toujours sans comprendre :« Une AG? Si agĂ©, pourtant? Pourquoi pas un soviet ? Une exposition de performances ? Une chambre Ă  soi pour conserver la mĂ©moire au frais? »

V3 ne rĂ©plique pas. Tout ce qui a trait Ă  l’age lui semble une sorte d’attaque personnelle, et pour lui l’age est sans plus d’attrait que le halage des pĂ©niches sur le canal de Saint PĂ©tersbourg, ou le halal des saucisses sur la place Taksim.

Il enchaĂźne, bien qu’homme libre : « Je vais vous rĂ©vĂ©ler, moi, ce qui s’est passĂ© Ă  l’AG. Beaucoup de vieil age au bel argent -tĂȘte et poche-  d’ailleurs AG, cela veut dire assemblĂ©e gĂ©riatrique? assemblĂ©e gĂ©nĂ©reuse ? assemblĂ©e gramouillĂ©e de gribouilles canailles? »

Vassiliki a pour mission soucieuse de faire Ă©merger le vrai dans les rapports avec les passĂ©s, ainsi en-est-il de la vĂ©ritĂ© du monde depuis que son oncle Vania, sous un pseudonyme, a fondĂ© la cĂ©lĂšbre « Commission spĂ©ciale panrusse de lutte contre la contre-rĂ©volution et le sabotage », plus connue sous le si doux nom de TchĂ©ka » et qu’il l’a confiĂ©e  Ă  ce cousin rigolo et fĂ©tard – mais sĂ©rieux en affaires, ce bon vieux FĂ©lix Dzerjinski. Donc, Ă  dĂ©faut de savoir…si on inventait?

V3 le dit sans ambage et sans reproche, mais il prĂ©fĂšrerait ne pas, depuis le dĂ©but, au sujet du fameux rapport inachevĂ© de Vassiliki, il prĂ©fĂ©rerait que ne pas de rapport. Mais la Russe s’Ă©tonne : « Que sait il Ă  propos des AG, lui qui Ă©tait en randonnĂ©e vĂ©lo Ă  Ferney, avec Branca, ou autre ? hommes annĂ©es 80diderotalexandre 3 muses

 

 

 

…Tous deux, malicieusement, formĂ©s en commando du gĂ©nie creusant des mines sous la maison de Denis Ă  Langres

dans l’espoir d’y trouver  des modĂšles pour « Les bijoux Indiscrets »-ou au moins de dynamiter la postĂ©ritĂ© du dit D.D. le DĂ©dĂ©? « 

Avec la coquetterie des agĂ©s aprĂšs AG, sans rĂ©pondre Ă  ce trait sans attrait, le vieillard verdissant ajoute, d’une voix qui annoncerait une course de lĂ©vriers :

-C’est Marina, c’est maintenant.

     Il exprime cela comme un diamantaire d’Anvers regarde un bijou de la couronne : de l’avenir dans le passĂ© !

  Les deux autres s’exclament. Quoi, Marina, qui? La petite encombrante de prĂ©cĂ©dentes sĂ©quences Ă  goĂ»t de CorrĂšze mal Ă©quarrie?namgwon-lee-12-leenamgwon-201409 Marina

source Mondada Camisole by tumblr

GrĂ©goire Alexandre Exo1, 2010. ——— GrĂ©goire Alexandre Exo1, 2010.

 

La jeunette dĂ©capant l’Ă©crivain dĂ©crĂ©pi ?

 

 

La Marie qui, la Marie que, la Notre Dame ?

 

 

La Marina  coiffée gomina? Comme une latina en vacances au Burkina? InkedSPO noire nue tumblr__LI

 

« Surtout, s’Ă©carquille Germaine

(ce qui est préjudiciable au parallélisme des formes et des rails),

« de l’avenir dans le passĂ© », pour les sĂ©quences d’oubli, c’est un dĂ©sir plus qu’un programme, un dĂ©lire sans vague Ă  l’ñme!marin de marina dans miroir de l'OHIO spo_LI

–« Oui, prĂ©cise V3, hypocritement navrĂ© de cette fĂ©minine apparition dĂ©coupĂ©e au format du regard d’homme, OUI, mais nous en  sommes Ă  cent, pourtant pas lassĂ©s, en soif du sang neuf des barbares, sans SPO pour Cent, et le temps est venu, pardon si je me rĂ©pĂšte,  d’introduire Marina, si j’ose dire. Puis, exaltĂ© par ces images :

WELL, INTRODUCING MARINA ? INDEED! NOW !

( on se souvient que V3 est un anglophile invertébré)


A suivre, sous 48 heures :  SĂ©quence Publique d’OubliEs n° 100-103 , troisiĂšme reprise ( en poids lĂ©ger) .


didier jouault pour YDITBLOG , SPO exceptionnelle anniversaire,n° 100-103, deuxiĂšme partie , la Marina l’a l’Air Solide.

 

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Yditblog, SPO n°100/103 premiĂšre partie: nono l’Ă©tĂ© l’Ă©tait nunuche, mais c’est bien d’avoir de l’Air Solide : Introducing Marina, comme promis…

Pour la séquence exceptionnelle- anniversaire ( cent publications).

En terrasse, ils sont tous ici assis pas rassis, les trois, les pseudo-comparses, acteurs du rĂ©cit et dĂ©mĂ©nageurs tĂȘtus de la mĂ©moire, autant dire les arpĂštes des OubliEs. On ne les prĂ©sente plus?

Mais si : les passants d’aujourd’hui ne savent rien des parleurs d’hier. Le rĂ©cit coule comme un lĂ©zard, lĂ©zard de la rue, sans queue ni fĂȘte. Dure loi de l’Orateur Public, les passants passant sont vite en passe d’ĂȘtre dĂ©passĂ©s. Il n’y a pas de « replay » pour le fugace langage des Oublies de rue.

Donc : Germaine, la V.O. du trafic et des horaires, V3, dit Voltaire ( ou est-ce l’inverse?) Venimeux/VĂ©tilleux/Virevoltant, et la jusqu’Ă  ce jour petite derniĂšre, une Russe Vassiliki nourrie depuis plus de cent ans Ă  effacer le souvenir qui pousse, comme des champignons sur les murs de la Lubianka.Germaine et sa composition des trainsvoltaire oublies 2nue des Ă©pingles_LI

Un passant- toujours plus rare en ces temps oĂč passer c’est risquer -pourrait croire qu’ils attendent le quatriĂšme, pour une partie ou rien, ou personne ou mĂȘme : YDIT, Orateur maintenant retardĂ© par la prĂ©paration soyeuse et soignĂ©e de l’EPISODE 100 des SĂ©quences Publiques d’OubliEs.

 » 100 Ă©pisodes, reconnaissons- reconnait( donc) V3, que ce petit bonhomme toujours occupĂ© Ă  bouger parvient tout de mĂȘme Ă  figer parfois quelques heures pour s’asseoir face Ă  un Ă©cran ».

« Je soupçonne, soupire et s’Ă©tire Germaine , qui est un peu la maitresse du rail, rude morale mĂ©tallique, bien que nĂ©cessairement ductile, dans l’intĂ©rĂȘt du trafic, car pas de passage possible d’un voyageur dans le resserrement dĂ» au froid, je soupçonne que la recherche documentaire des images de dames Ă  la fenĂȘtre participe Ă  ce retard ? Que cela exige  de la minutie inventive, du type correspondance pour GuĂ©ret Ă  Limoges ou pour Mont-de-Marsan Ă  Bordeaux ».

–« Pratique regrettable, cette recherche comme ça », insinue la Russe, hardie porteuse de l’austĂšre morale militante.

Et Ydit ?  Parti le dit d’Ydit ?  OccupĂ© ailleurs ?  RencardĂ© au placard?

     V3, qui se contentait jusque lĂ  d’un demi sourire caustique et complice ( c’est bien du V3, ça ! ): « YDIT ? on le verrait bien  peignĂ© de biais, rasĂ© en laid,  habillĂ© de frais pour le rĂ©cit, brossĂ© de pied en cap ainsi qu’un cheval Ă  la redresse parti pour une course perdue sur l’hippodrome de SillĂ© le Guillaume, aube et brume, et les cavaliers cavaleurs  ne sont pas encore levĂ©s aprĂšs une folle nuit Ă  RoupĂ©roux-le-coquet ou SougĂ© sous Ganelon…Lui, tranquille, boit des verres chez Marina.« 

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     « Moi, rĂ©plique Germaine ( mĂȘme si, Ă  son habitude, les paroles ferrĂ©es organisĂ©es par l’horaire du 12h34 dĂ©raillent avant qu’on aperçoive le quai quiet ), Moi, ce matin, j’ai vu Mimioche chez Monop, je l’aime bien pour de vrai Mimioche, mais : son gendre prof de maths en prĂ©pa vient de faire un malaise cardiaque, son deuxiĂšme petit-fils (du cĂŽtĂ© de sa premiĂšre femme), on lui a repĂ©rĂ© un ƓdĂšme cervical , risque de perte de l’ouĂŻe pour lui qui se lit Louis, mais Mimioche  lui , ça va, c’est un peu comme vous, il raconte des histoires comme d’autres croquent les pissenlits : par la racine. A tout ça on voit bien que c’est plus le printemps pour les poetes! »

     Selon les usages- et les dits commandements des Organes aux noms variables depuis 17, Vassiliki craint de rater le rapport du texte :  » Pieu dans le front, croix pectorale en vermeil usĂ©, triangle de lumiĂšre sur la hanche, Ă©toile de Jacob ou David sur le haut du pubis mĂȘme pas proprement rasĂ©, ça fait tout de mĂȘme un sacrĂ© porte-faix de faits, en effet, rien de plus dans le paysage ? ».

     On n’est pas trĂšs sĂ»r de ce qu’elle entend ainsi, sans doute une accumulation d’images guerre civiles, mais une bonne incomprĂ©hension n’a jamais interdit le dialogue fructueux entre les cultures , le blanc et le noir, le rouge et le blanc, le rouge et le noir !

Tous se taisent, effaçant le désir en silence.

     Dans l’horizon de l’attente : un chameau qui danse, et son amble  mort privĂ© de cadence, l’histoire peut…

–« Ah non, pas de rime rance  avec ANSE » , proteste Germaine. Puis se tait. Comme tout le monde.

     Il est tard, des miettes anciennes, peut-ĂȘtre d’opposition, font la plonge dans la sous-tasse et leur croustillant dĂ©sormais humide ressemble Ă  un trajet de mĂ©moire. Des miettes mouillĂ©es comme des souvenirs Ă  gratter ?

« Moi, dit Germaine, les miettes, je les aime pour les petits dĂ©jeuners au lit : ça Ă©gaie les plis. C’est comme un puzzle. »

     Ensuite, les trois ont dans le regard la fĂȘte des souvenirs et la joie des avenirs : c’est la fĂȘte du 100 ! C’est le vif aujourd’hui du 100 neuf ! V3 et ses comparses Ă©talent les pires des mĂ©moires sur la table un peu brinquebalante du Procope. Qui retrouverait sa sĂ©quence dans ce ‘tableau de prĂ©sence’ ?


A suivre, sous quarante-huit heures: SĂ©quence Publique exceptionnelle, numĂ©ro triple anniversaire,  ° 100/103, deuxieme partie.


didier jouault, pour YDITBLOG, N° 100-103, partie 1, Marina n’est pas si agĂ©e?

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Yditblog SĂ©quence Publique d’Oublies n°99, Le frĂŽlement du quai porte -t-il le regret d’une langue tue? (Marina 3 / 3)


Rappel : le commencement de la lecture est

Yditblog  SĂ©quence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumiĂšre d’une     langue     tiĂšde ?                            ( Marina 1/3)

et le milieu est :

Yditblog   SĂ©quence Publique d’OubliEs n°98,   Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une   langue    vivante ?                      ( Marina  2/ 3)

 

 

AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centiĂšme, des souvenirs et des images peuvent attenter Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© de personnes entre 4 et 81 ans, avant on ignore, aprĂšs on a oubliĂ©.

De toute façon, il n’y a pas de phare en CorrĂšze, si?

Vassiliki le croit : « Nous devrions nous mĂ©fier, cette petite nouvelle on dirait des attraits forts elle a ». Vassiliki aimerait que -«  ne perdons pas le temps- on se dĂ©barrasse de Marina? »
Germaine soutient l’ordre de horaires mais aussi la libertĂ© de ne pas prendre le train. Elle insinue que, « des moyens d’oublier Marina, Vassiliki en connaĂźt, hĂ©las? Un petit tour Ă  la Lubianka? »
Et si, demande V3, « et si, au fond, si l’on ose dire, la bonne façon de faire serait d’introduite Marina? »
A cette évidence, plus personne ne dit plus rien.

Faut-il introduire Marina? Pour cela , ne faudrait-il pas un vorace du narratif, un loquace du performatif ? Les trois se taisent, Ă  l’Ă©troit sur le quai 33, dĂ©part pour Troyes.

 

Puis, dans les feuillets accompagnant le roman, on sent que du temps a passĂ©, la lecture de ‘Ma vie parmi les ombres’ Ă©puise sa propre matiĂšre, d’ailleurs l’Ă©crivain se joue des temps et des fatigues des personnages. Ici, la rĂ©flexion affleure, non: explose, s’impose comme l’interruption (classique) du narratif au profit de l’expositif, vieux procĂ©dĂ©, au point que – soudain- Ydit se demanderait si sa lectrice, cette ‘Marina‘ ne serait pas un moraliste ? Une enseignante prĂ©parant la fin  du cours et une honorable sortie de scĂšne ?

     Un philosophe ? Ou, pire encore (interrogation de nature Ă  bousculer le portrait imaginaire qu’il s’en faisait, lĂ©gĂšre et jeune, en bikini noir sur la page blanche, dĂ©plaçant les bretelles -aux heures oĂč l’excĂšs de public empĂȘche d’îter  le haut- Marina page sur la plage pour Ă©viter les marques de bronzage ) et la voici philosophe de sol  posĂ©e en vrac sur de vastes fesses et un tabouret  de camping en toile, une serviette publicitaire couvre des cuisse inquiĂštes de la rougeur? Elle abandonne ses rĂ©serves au point d’ajouter l’une des deux  seules notes en distance que comporte son parcours du roman : IMG_9127 2 pages 520 et 521, deux longs passages signalĂ©s en marge (au crayon, cette fois). Le temps ou les doigts ont presqu’effacĂ©  le commentaire que YDIT dĂ©chiffrerait , tout en bas de page, les lettres sont dĂ©tachĂ©es les unes des autres :  » d’autant qu’il n’est jamais sĂ»r ( toujours aigre). »

     Enigmatique : de qui parle-ton ? Et si c’Ă©tait une amie de l’auteur?- Marina semble trĂšs sensible aux Ă©carts de perception et de vie quotidienne entre les vieilles dames trĂšs dignes, et devenues trĂšs pauvres, de la CorrĂšze Ă©voquĂ©e par le roman et sa propre aventure inattendue : le surgissement du marin dans le milieu de l’amphithéùtre de  Columbus, OHIO

l’Ă©tonnement des parents propriĂ©taires du garage de Main street, puis  leur plaisir et leur accord , car on ne refuse pas les marins dans les garages de l’Ohio, et belle-maman sait accueillir pour inviter au voyage,

– mais ( se dit-elle en se penchant pour reprendre le roman posĂ© ouvert Ă  la page 523) ils ne soupçonneraient  jamais dans quel vĂȘture elle lit et se meut, simple tshirt  et rien d’autre, pour lire cela :Ombres (2)

     A deux reprises encore, la lectrice met la main de sa prĂ©sence sur le silence du papier. La premiĂšre est la seconde intervention d’ordre informatif. Elle corroborerait l’interprĂ©tation d’une femme en vacances, ayant choisi de faire de « Ma vie parmi les ombres » l’aventure de ses loisirs : sur un mode parfaitement (et donc trĂšs Ă©trangement) discordant avec la page, un trait rouge marque toute la longueur du deuxiĂšme paragraphe, et l’encre rouge ( toujours les mĂȘmes lettres non liĂ©es) note  « St Pierre des Corps, Je 18 ao 11 18h ».

     Tiens, notre Marina sait voyager? Que ferait, cependant, un marin en Touraine, sauf Ă  convoyer en contrebande la poudre blanche du sel de Loire, sur de vagues chaloupes Ă  fond plat, au milieu d’un fleuve amoindri par l’Ă©tĂ©? Le sel de la terre? Le seul de l’amer?Le fiel de la sphĂšre Le miel de la mĂšre?

     Ici, en cette page cruciale, ce paragraphe d’une seule phrase parfaitement structurĂ©e, fluide, s’interrogeant sur la rĂ©pĂ©tition et la diffĂ©rence, sur la fondation par le verbe, -(599) surgit l’Ă©nigme. Pourquoi ce passage ? Ombres (1)   Et la notuscule , sans aucun rapport avec le roman : une indication du lieu de lecture ? Retour, en effet, de congĂ©, direction Paris, changement Ă  St Pierre des Corps? Quelle Ă©trangetĂ© de noter l’heure de lecture, comme si le paragraphe correspondait prĂ©cisĂ©ment Ă  un repĂ©rage, Ă  un repĂšre historique secret, issu d’un profond de la biographie? Ou bien, faute d’un papier sous la main, a-t-elle trivialement notĂ© un  de rendez-vous? Chez le dentiste, le coiffeur? Mais on choisit en ces cas la page de garde, plutĂŽt celle de la fin si l’on veut prĂ©server l’entrĂ©e dans le livre.

     Il est trĂšs Ă©trange, on pourrait penser prĂ©occupant, voire inquiĂ©tant de noter ces deux lignes tout Ă  fait factuelles, mais en rouge, mais en parallĂšle mais au trait signalant un passage mais sans aucun rapport avec un train, un horaire…Comme s’il s’agissait de dĂ©signer qui est qui? De lancer la corde vers le pendu? De prendre l’avant du vent comme savent faire les marins?

     Alors, soudain, la question la plus Ă©mouvante (ou la plus drĂŽle) : ce banal volume de poche, usĂ© , Ă  peine couturĂ©, n’est -ce pas le code secret qu’on utilisĂ© deux amants frappĂ©s d’une soudaine rencontre? « Et ce fut comme une apparition? », « Je vous souhaite d’ĂȘtre follement aimĂ©e? »… Toutes ces sortes de mots? Pour se donner rendez-vous? En cachette sous les yeux verts des autres, qui prĂ©paraient la liste des courses? Comme dans un roman d’avant la fin des romans?

    A bientĂŽt, -un dimanche prĂšs du phare- en l’attente d’une accumulation de dĂ©lices bretons, soleil, galets, vent coquet et crĂȘpes salĂ©es? Ou borsch au lĂ©gumes , terrine d’Ă©maux, couscous brochĂ©? Des mots de code pour approcher la vĂ©ritĂ© des amours? Des hypallages pour contrer les synecdoques, et le largage de tropes de marine ?

pexels-photo-2090484 Anfisa Eremina     Et ensuite sur le quai de bĂ©ton gras, entre les aiguillages gouailleurs d’une gare de transit sans gloire ni bonheur, Ă  la fin de l’aventure secrĂšte, une petite semaine (7 aout /11 aout) ils dĂ©posent le volume qu’ont usĂ© leurs mains de passeurs dĂ©passĂ©s, tĂ©moignage Ă©pais et invisibles d’amours en escapades ? Une semaine d’OubliEs racontĂ©e mais cachĂ©e sur l’Ă©tagĂšre de la bibiothĂšque?

Dans la mĂ©canique de l’idĂ©e passe le pas lent, le pas de loup de la mĂ©moire.

     Ou pire encore : posĂ© sur la tablette du TGV, Ă  l’insu des grands-pĂšres accompagnateurs, mais Ă  l’intention d’une contrĂŽleur, d’une pĂ©troleuse contrĂŽleuse ?

     Ou ceci encore : Marina lectrice et Ydit  viennent de se rencontrer, ils  ont Ă©changĂ© le livre tout au long du weekend, chez les amis Ă  la campagne, comme si l’on signalait Ă  l’autre un passage pour dĂ©guster le soir, un mot Ă  Ă©lucider, une formule…rien que le voisinage banal des jours vidĂ©s par le devoir de repos? MĂȘme pas d’amour malgrĂ© la prĂ©sence Ă©paisse de Marina du livre?

Et puis quoi encore? !

Ou bien,   oui,    les rendez-vous d’espions    corrĂ©ziens  , dont certains prĂ©nommĂ©s Richard, et Ă  la solde du     narratif ?


didier jouault  pour  YditBlog   SĂ©quence Publique d’Oublies n°99,  Le frĂŽlement du quai porte -t-il le regret  d’une langue  tue? (Marina 3 / 3)

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Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ? ( Marina 2/ 3)


Rappel : le commencement est :

Yditblog  SĂ©quence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumiĂšre d’une langue tiĂšde ?                            ( Marina 1/3)


AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centiĂšme, des souvenirs et des images peuvent attenter Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© de personnes entre 4 et 81 ans, avant on ignore, aprĂšs on a oubliĂ©.


 

‘Je t’entends dĂ©jĂ  dire qu’on ne peut plus ĂȘtre dĂ©shonorĂ©, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la puretĂ©, la gloire, tout ça remplacĂ© par les droits de la personne humaine’ , a murmurĂ© en souriant Marina, qui avait Ă  ce moment les cuisses encore ouvertes et humides, gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle Ă©tait une rĂ©ponse Ă  ce que je venais de dire ou simple abandon Ă  la fatigue des sens »(page 157).

     Sur le quai, la jetĂ©e, sur  la voie ferrĂ©e comme un poisson de mĂ©tal gris, les trois ‘barons’ du rĂ©cit continuent Ă  s’interroger : oĂč est passĂ© le Narrateur?

Selon Germaine, « L’absence d’YDIT, ça pose tout de mĂȘme un problĂšme ! J’espĂšre qu’il ne s’est pas pris pour EmpĂ©docle, pour ThĂ©sĂ©e, Ă  force ? »

          Vassiliki: « Ydit, on pourrait se passer de lui, aprĂšs tout. On peut se passer de tous ceux qui racontent le passĂ©, non ? »

V3 complĂšte : « Moi, je ne dois rien Ă  personne ».

      Germaine-des-rails, qui fait profession d’aimer l’ordre, on s’en doute, se demande « ce que c’est que cette chose nouvelle, cette  ‘Marina‘ »

      V3 : « On a dĂ©jĂ  eu peur avec « Tyne », heureusement elle partait pour le sud, Ydit n’a pas suivi. »

     Vassiliki  le croit : « Nous devrions nous mĂ©fier, cette petite nouvelle on dirait des attraits forts elle a ». Vassiliki aimerait que – » ne perdons pas le temps- on se dĂ©barrasse de Marina? »

     Germaine soutient l’ordre de horaires mais aussi la libertĂ© de ne pas prendre le bon. Elle insinue que, « des moyens d’oublier Marina, Vassiliki en connaĂźt, hĂ©las? Un petit tour Ă  la Lubianka? »

Et si, demande V3, « et si, au fond, si l’on ose dire, la bonne façon de faire serait d’introduite Marina? »

A cette évidence, plus personne ne dit plus rien.

 

Les feuillets accompagnant le paquet reprennent :

     Ensuite, selon un rythme indescriptible, que seule la vie autour de la lecture saurait un peu expliquer, une ligne bleue souligne (‘Ma vie parmi les ombres’ page 94) le nƓud du rĂ©cit : un univers de puissance et de rudesse a disparu, mais un autre est survenu. Lectrice Ă  plume bleue et sourcils Ă©pilĂ©s pour le sable, ombre nouvelle portĂ©e sur les mots du roman, Marina aussi, pourquoi cette diffĂ©rence offusque-t-elle le crayon au point de cette ligne rarissime?

Le bonheur d’ĂȘtre du cĂŽtĂ© du bonheur ?

 

Fabre šMPT appel à oublies 2 femme allongéecreditn alexandre_cabanel phedre éperdue d'amour coupable pour son beau fils hppolyte, 1880Inkedgorges de l'A_LI

     Tu lis Richard Millet dans le canapĂ© du dimanche, sous le soleil dans la grande piĂšce, dehors peu d’oiseaux parce qu’il y  a le vent de la marĂ©e montante ? Ou bien tu lis sur la plage de Corse, sĂ©parĂ©e du rĂ©el par l’Ă©vidence de l’ile, parfois chair projetĂ©e du rĂ©cit, d’autres fois page transmuĂ©e en statue de pierre? Marina ? Tu ne rĂ©ponds pas. Tu restes peu vĂȘtue, Marina, toujours, car le marin aime cela, mais le plaid Ă©cossais et sa lourde laine font une niche de tiĂ©deur, le soir, quand les terreurs et les effraies sont de retour, sur la jetĂ©e, sur le quai, sur le regard.

    Lecture : page 132, un unique mot soulignĂ© ( et sur la derniĂšre page de garde, blanche, le mot est Ă©crit comme pour s’assurer de sa prĂ©sence, suivi de la rĂ©fĂ©rence Ă  la page. »Inchoative » :

« Inchoative » : « aspect grammatical qui se rĂ©fĂšre soit au commencement d’une action soit Ă  l’entrĂ©e dans un Ă©tat ( aspect qu’on trouve dans les langues indo-europĂ©ennes, mais aussi en lituanien, dans les langues finnoises. ) Dans les deux cas est mis en jeu le passage d’un Ă©tat initial ( absence de propriĂ©té ou de procĂšs) Ă  un autre : il y a passage de ‘rien’ Ă  quelque chose’. »

 

     RĂȘveur Ydit ? La lectrice n’a pas de dictionnaire ou de tĂ©lĂ©phone, elle souligne ce qu’elle doit cependant traduire- et mĂȘme un lecteur banal doit le faire, comme « cet hapax« , page 487, alors Marina courbe sa lecture afin d’apprĂ©cier les entrelacs de subtilitĂ© d’une grammaire qui-avec une rare Ă©nergie- dans les lignes qui suivent, sĂ©pare inchoatif et prospectif ?…(ouf)

     Germaine commente les feuillets : elle se pense autorisĂ©e Ă  dire le sens car elle maĂźtrise les aiguillages. Pour elle, YDIT – en vacances ou en fuite, ou enlevĂ© par des terroristes du langage?-, YDIT parcourt ses imaginaires comme le vieil Henri visitait ses propriĂ©tĂ©s, « apprentissage par les gouffres ».

     Et il nous snobe un peu, n’est il pas ? anglicise V3

     La troisiÚme grùce/comparse/parque désigne à nouveau les feuillets du paquet, sans parole :

     Feuillet : situation universite-d-etat-de-l-ohioElle est ici et pas d’ici, l’amĂ©ricaine de l’Ohio, Marina,

lectrice interlope, qui s’est endormie dans la piĂšce encore Ă©clairĂ©e de contre-jours en cette fin d’aprĂšs- midi,

avant que les Ă©clats rĂ©guliers du phare (s’il fonctionne encore?) portent une autre forme de lumiĂšre.

    Elle lit, elle n’a pas pris la peine (ou n’a pas l’humeur) de se vĂȘtir davantage depuis ce matin, il fait beau et sa nuditĂ© entraperçue dans le  grand miroir prĂšs de la fenĂȘtre lui propose en sourdine comme un Ă©cho de ce qu’elle dĂ©chiffre sans peine, le corps si mobile et fragile de Marina hĂ©roĂŻne du roman, et tous ces corps enfouis enfuis cachĂ©s des aĂŻeules de la CorrĂšze, et la lectrice de l’Ohio est devenue

marina 1dĂ©sormais parfaitement bilingue, depuis qu’elle a dĂ©cidĂ© de vivre avec le marin : marina 3

 

allongĂ©e sur le divan, accroupie contre les oreillers Ă  l’autre extrĂ©mitĂ© de la vaste piĂšce, ou mĂȘme assise sur le haut tabouret prĂšs du bar qui marque l’espace de la cuisine, dĂ©voilant par la position une intimitĂ© semblable Ă  celle de Marina dans le roman, elle s’aperçoit sans s’observer,la lectrice Marina

contente d’une souplesse prĂ©servĂ©e, amusĂ©e de la forme rectangulaire que la taille donne Ă  la toison, et qui amuse toujours le marin, depuis la rencontre sur le campus.

 

    Dans l’OHIO, comme dans le Limousin du rĂ©cit,  on s’habille pour se cacher, depuis 1804, Ă  Columbus, l’universitĂ© sait donner le goĂ»t de la pudeur aux filles de l’Etat, surtout dans les pĂŽles de Lima ( oĂč le scribouillard et sa tante vivent dans une maison verte),

 

Ă  Mansfield (que Jeanne explore comme on essaie une combinaison interstellaire), Ă  Marion (ou Manon? poursuivie par un vieux des Grieux havre sans sac), ou Ă  Newark enfin, les quatre pĂŽles de l’Etat, qu’YDIT s’occupe Ă  visiter pendant que l’Infernal AgrĂ©gat du trio reste livrĂ© Ă  lui mĂȘme, sous les plafonds,  en salle d’attente.

 

      Ensuite, mais entretemps le marin a Ă©té  de retour, il a commencĂ© de finir le rĂ©cit  des lourdeurs de la houle, la piqure des moteurs, ce n’est pas Loti ou Conrad, mais c’est page 164, on est le soir, il dort dĂ©jĂ , l’englobe-t-elle dans la molle et trĂšs incertaine cohorte des  » parents ». Ydit s’Ă©tonne que ce passage, banal, soit l’une des rares moments – pour elle, Marina, lectrice- d’insistance, on aurait prĂ©fĂ©rĂ© une autre page, davantage vrillĂ©e par l’hĂ©lice interne de l’Ă©criture, fendue par la torpille muette du pire. On perçoit qu’Ă©merge lentement la lancĂ©e de l’amour, OHIO et ailleurs.

 

    Enfin, arrive sous la main le passage oĂč la lectrice se livre, se rĂ©vĂšle, dit d’elle plus qu’on n’aurait oser imaginer rĂȘver, en tournant le volume, pour lire le prix.

    C’est l’Ă©tĂ© plein. Rien Ă  faire. C’est prĂšs du phare, mais au fait, est-ce le phare du port, celui de la jetĂ©e oĂč l’on vient depuis longtemps, et ce phare est alors la balise de vie? Ou bien est-elle en vacances, avec sa mĂšre, toutes deux ont louĂ© une bicoque prĂšs du port, au village,

 

l’une de ces anciennes maisons de pĂȘcheurs repeintes en bleu et blanc pour que les touristes ne perdent pas les repĂšres inventĂ©s qu’ils s’attendaient Ă  retrouver ?

Il fait beau, la mĂšre a prĂ©fĂ©rĂ© rester prĂšs des roses trĂ©miĂšres, des hortensias roses et bleus. Le dĂ©jeuner lĂ©ger n’empĂȘche pas l’envie de promenade et le soleil n’impose pas la torpeur qui fait lire des livres sans se souvenir qu’on les a lus. LĂ  encore, les passages soulignĂ©s,

 

Ydit est obligĂ© de l’avouer,  se montrent dĂ©cevants. On connaĂźt sa lectrice Ă  ses traces dans le livre. Voici que Marina perd de son Ă©clat- nuit tombante.

Ce n’est pas le petit prince ou Madeleine Chapsal, mais la force du livre, en ces lignes, semble diluĂ©e dans la brume de ce jour qui va tomber, avec le retour au port des plaisanciers bruyants.  » PoussiĂšre d’Ă©toiles », souligne -t-elle autre part … Est-ce la banalitĂ© que ma lectrice a voulu signaler? Sinon, pourquoi ceci seulement parmi tant d’autres pages ?

Grand creux, ensuite. Il y a eu tant Ă  faire? Les enfants revenus de vacances? Ou bien au contraire, si « le Phare » n’était pas  » son phare » mais « un phare », le retour dans une ville et l’Ă©puisement des rĂȘves ? page 384 : ce qu’elle souligne , c’est la spĂ©cificitĂ© de ce Français, mais sans relever, dirait-on, les observations sur la perte?

 

Germaine observe : « Tout se complique entre le livre lu, celui que Marina invente, et les pages que le vent du tarmac laisse flotter entre les mains d’Ydit sur le campus de Columbus »

Mais V3, vieillard vĂ©loce et venimeux, note que « Entre temps, voici que les Grands-pĂšres

 

Ă  barbe sont revenus de la corvĂ©e de bois, sans les petits enfants bleuis sous le short qu’ils accompagnaient en TGV.

« On a perdu le fil des gĂ©nĂ©rations avec le goĂ»t des OubliEs ? « demande Vassiliki, l’attentive Slave.

A suivre, d’ ici peu – sans doute :  Yditblog   SĂ©quence  Publique d’Oublies   n° 99,  Le frĂŽlement du quai porte -t-il le regret  d’une langue tue?     (Marina 3 / 3)


 

didier jouault     pour    Yditblog    SĂ©quence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?                  ( Marina  2/ 3)

Par défaut

Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs n°97, ( Replay pour enchainement) : Le souffle de papier porte -t-il la lumiĂšre d’une langue tiĂšde ? ( Marina 1/3)

 

 Le souffle de papier porte -t-il la lumiùre d’une langue tiùde ? ( Marina 1/3)



AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centiĂšme, des souvenirs et des images peuvent attenter Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© de personnes entre 4 et 81 ans (avant on ignore, aprĂšs on a oubliĂ©) en particulier avec la distance implacable  de « l’ironie »,  et surtout si l’on regarde les mots ou qu’on lit des images.


 

Germaine, c’est tout elle! , se demande pourquoi Ydit n’est pas lĂ , malgrĂ© ce qu’il a dit (et dirait, s’il Ă©tait lĂ ?). Ce n’est pas dans ses habitudes, surtout aprĂšs plus de 120 publications, de manquer un rendez-vous.

Que va t-on dire à tous ces gens venus ici pour écouter la disparition de la mémoire ?

 

Sauf, suggĂšre la trouble Vassiliki, « sauf s’il a Ă©tĂ© retenu par l’une de ses Ă©tudiantes? »

-« Il paraĂźt, note V3 non sans une complice malice, « que certaines savent trouver la bonne posture pour arrĂȘter le dĂ©part ? »Marina 1 amalia Ferrer serreiro

 

 

Puis, tout de mĂȘme ( Ă  son age, cela s’admet, dirait Ydit avec une forme de tendre compassion), Voltaire dit V3 s’agace :

« A la question de l’absence ou Ă  celle de la faille  dans le rĂ©cit promis, pas de rĂ©ponse, et pas de doute, le doute, c’est agaçant. »
-« Et s’il avait trompĂ© de porte, propose Vassiliki, trompĂ© de couloir souterrain, entrĂ© par erreur dans la cellule d’un voisin, et hop, paf, bang? »

img_3346André Maynet, Mine de riensIMG_9119

Pour Vassiliki, toute disparition dĂ©nonce une possible dĂ©fection, les ‘Organes’ le savent, tu te lĂšves, tu pars, tu passes le mur et -hop, bientĂŽt plus de Mur 
Et le monde Ă©galement s’effondre ? ajouterait Ydit, mais Ydit ici n’est ni ne dit.

-« Et pourtant, et pourtant, » chantonne Germaine, que l’espoir jamais ne quitte, car sa vie est solide comme un horaire de chemin de fer,

-« Mais pourtant », qui, dit l’un?

-« Et si on lançait un vibrant appel? »  dit l’une

Ils font une   annonce   en trois couleurs.

monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-accueil de goupe SNCF3 dames SNCF sur quai

 

 

 

 

 

 

Tout de suite, sort de la foule, comme une fouine Ă  l’aube, et de l’ombre, comme un poisson dans l’eau, une sorte de messagĂšre vaguement douteuse, dĂ©guisĂ©e en amazone qui porterait un costume inspirĂ© de l’oiseau.

« Ah, c’est vous dit-elle, ça fait toute une sĂ©quence que je vous cherche, c’est sĂ»rement vous
 Il m’a dit, ‘Vous verrez, Marina, l’Infernal Trio, l’infernal agglomĂ©rat, ça se repĂšre


 


d’abord une Grande Rouge qui Grogne, espĂšce de Gardeuse de Gare Ă©garĂ©e, inquiĂšte comme un contrĂŽleur en habit montĂ© dans le train de 12h34 Ă  12h21, mais celui-ci est parti depuis 11h11, ce qui – admettons le – devient sujet de prĂ©occupation sur le sens de rotation de la terre


 

 

...puis une Ă©bauche usĂ©e de vieillard jeune, il ressemble de plus en plus Ă  une vieille demoiselle qui n’aurait pas la langue dans sa poche mais bien pendue, et capable de tous les grands Ă©carts, et qui en gagne en bonne mine, joyeuse souplesse, et gaillarde rĂ©pĂ©tition


 


enfin un Ă©chalas de sexe indistinct et  d’incertaine origine mais d’accent slave (ou balte?), un peu douteuse dans les Ă©bats du dĂ©bat et les suivis des dĂ©buts, mais solide ( au fond) sur son projet ( sa mission, mĂȘme) de rééditer (pour finir?) un rapport sur les activitĂ©s du PĂšre pour les services » 

 

L’Indicible AgrĂ©gat (dont l’acronyme amphigourique est : IA) s’étonne, s’ébroue, s’esbigne, s’étiole par anticipation, menaçant de refuser le paquet puis lĂąchant une dĂ©charge en bonne et due forme.

On regarde, on touche, on palpe, on sent, on questionne : C’est d’Ydit? C’est Didi?

c pain et fromage

Papier cadeau ouvert, des feuillets, un volume, un mot.

 » Désolé, vraiment, les filles, 

pas eu le temps de vous prévenir,

je pars d’urgence en vacances,

mais j’ai confiance,

vous ferez le job sans moi,

YDIT « 

UN volume :

L’édition  date de 2003 et le folio de 2006. Mais l’une des mentions manuscrites (p.202) fait Ă©tat du

« Dimanche 7 aout 2011 PrÚs du phare »

L’écriture est Ă  la fois solide ( les attaques, le 7″ et une certaine  inhorizontalitĂ© de ‘2011’, trĂšs peu de lien entre les lettres )

La quatriĂšme de couverture pose un double repĂšre pour Ydit : l’étiquette « Occasion » et sa couleur singuliĂšre indentifient la grande librairie ( parisienne en ce cas) dont les six Ă©tages permettent de chiner beaucoup de bons livres dĂ©classĂ©s par leur dĂ©fraicheur. Ici, une autre Ă©tiquette marque l’insolence de la ‘solde’ : 2 euros ( et prĂšs de 700 pages, c’est donnĂ©, on peut en lire de travers quelques unes)  et porte trace de la date de mise en rayon. On devine que la prĂ©sentation sur l’étalage, pour attirer l’Ɠil du promeneur, contribue Ă  l’acte fortement impulsif de l’achat de volumes plus ou moins carrĂ©s.marina 4

 

 

L’état gĂ©nĂ©ral est un aveu ; le volume a longtemps -ou souvent- Ă©tĂ© promenĂ©, selon cette habitude qui Ă©tonne encore plus d’une : il est rare qu’on puisse croiser Ydit sans un livre Ă  la main, serait-un volume Ă©pais pour une attente courte, une station de mĂ©tro, un fauteuil de dentiste. Pour ce volumineux roman imprimĂ© en corps 11, on pourrait probablement estimer la lecture globale  entre 14732 stations de tramway ou une rude randonnĂ©e solitaire en montagne, et une longue semaine de convalescence immobile aprĂšs un accident de chasse ou de scooter des neiges 



et beaucoup plus si le lecteur, encore fatiguĂ©, laisse l’habituelle rĂȘverie parallĂšle interrompre le fil vertueux de son parcours.

Mais le lecteur n’était pas un chasseur ni un scooter.

L’émotion, en feuilletant chez le libraire ce volume fanĂ©- qui narre l’usure d’un monde et les bonheurs amers d’y avoir Ă©chappĂ©- provient des mentions infrapaginales dont la premiĂšre : « PrĂšs du Phare. Dimanche 7 aout 2011 », Ă  l’encre bleue.

C’est en Français, les dates ne correspondant pas, on ne suppose pas que le scripteur soit Virginia dans une promenade au phare, c’est  peut-ĂȘtre une lectrice elle aussi nommĂ©e Marina? Presqu’involontaire, longeant par la suite le fleuve proche, on guette ces pierres trop coupables et complices pour emplir les poches si l’on entrait dans l’eau, car la mĂ©moire de l’une est l’avenir de l’autre.

-Encore une de ces allusions incomprĂ©hensibles, s’exclame Germaine, sauf par les associĂ©s de la Hogarth Press qui ont reçu en cadeau de noĂ«l un volume de trente-deux pages, illustrĂ© par Dora Carrington, Two Stories, deux textes,  ‘Trois Juifs‘ et ‘La marque sur le mur’!

Ensuite, on voit aussi, page 459, en perpendiculaire au texte imprimĂ©, une mention manuscrite encore Ă  l’encre bleue, qui rĂ©fĂšrerait Ă  un anglo-saxon( d’oĂč les Ă©carts entre les diffĂ©rentes lettres), parfaitement bilingue : – le premier mot est mal dĂ©chiffrable : « Soleil? Sonil? Souil ?, la suite est claire :  » me 10 ao 11 11h1/2 pm ».

Bilingue, mais pas au point sans doute d’identifier les tropes auxquels fait allusion un Ă©crivain trĂšs soucieux de la langue :dans la phrase, page 142 , deux mots sont soulignĂ©s Ă  l’encre bleue (  »la commisĂ©ration qu’elle ressentait non seulement Ă  son propre endroit mais  pour l’espĂšce humaine tout entiĂšre, son cas douloureux valant, par cette sorte de synecdoque ou d’hypallage pour tous sans ĂȘtre une maniĂšre de se plaindre comme un homme »(
)IMG_9131 2

La lectrice n’a construit que peu de traces pour l’ensemble du livre, dont l’épaisseur rassemble cependant plusieurs centaines de milliers de signes et davantage encore si l’on ajoute les silences, les reprises de respiration Ă  l’issue d’un chapitre, les grignotements de chocolat indispensables en raison de l’effort d’endurance, les remontages indiscrets des bas sur le point de filer Ă  l’anglaise, les retournements de situation et sur le matelas nu, reprises de maquillage en quittant le sauna Ă©teint, et des balancements imperceptibles, quoique  virtuellement nausĂ©eux, du TGV.

Dans le train, des grands pĂšres souriants et saisis en pleine digestion de l’Histoire, ancĂȘtres  Ă  mƓurs et morales peut-ĂȘtre douteuses, accompagnent (ou surveillent?) leurs petits-enfants que la dĂ©couverte du monde ( et des voyageuses en train de lire en short dans le train court ) enthousiasme encore, pour quelques dizaines d’annĂ©es, ce qu’Ydit comprendrait, s’il n’était pas enfui en vacances.

Le dĂ©sir vient de l’imaginer, Marina, et s’impose alors cette figure  du roman, la jeune Ă©tudiante devenue amante, dans ce livre elle parle souvent nue dans le lumiĂšre d’un drap, parcourue de caresses et traversĂ©e de mots, elle aussi venue de cette terre limousine. MaĂźtresse si jeune et si audacieuse, figure libre de ses actes, posĂ©e devant les figures rigides, douloureuses, mais radieuses des aĂŻeules de CorrĂšze, bien loin de toute histoire de mots, de tout  rivage et de tout voyage



pour enluminer les pages d’heures oĂč ne sont vraies et profondes que les aĂŻeules, leurs amies, leurs maris, leurs marins, leurs univers de la terre paysanne.  » Nous sommes ici, ensemble, au cƓur de cette nuit d’hiver, plus nus que nous ne l’avons jamais Ă©tĂ©, et que nous ne pourrons jamais l’ĂȘtre, si tant est qu’un homme puisse ĂȘtre aussi nu qu’une femme qui s’abandonne » (p.652).

De façon exceptionnelle, la marque n’est qu’une imperceptible pliure en haut de page. Impossible, alors, de savoir ce que (page21), la lectrice voulait retrouver ou signaler. La superposition des femmes, l’arriĂšre grand’mĂšre Bugeaud? L’amoureuse juvĂ©nile, Marina? La poĂ©tesse, Marina TsvetaĂŻeva qui dĂ©robe son dĂ©sespoir en choisissant la corde?

Le point central est Marina, partenaire du corps et d’apostrophe tout au long du long roman, Ă©tait-ce le passage ‘repĂ©ré’ page 21 : « Je regarde Marina se dĂ©plier dans le crĂ©puscule d’hiver , plus nue qu’elle ne l’a jamais Ă©tĂ©, mĂȘme quand elle approchait tout Ă  l’heure son pubis de ma bouche, la tĂȘte renversĂ©e en arriĂšre, les yeux clos, lente et lourde, possessive, triomphante ? »
     Mais, probablement, le tout dĂ©but du chapitre 4, page 289, le personnage puissant et livrĂ© de Marina offre -t-il, dans son impudeur, la clĂ© en nĂ©gatif des autres femmes du livre, et de la vie « en gĂ©nĂ©ral » mĂšre, grands-mĂšres, grands tantes, et surtout l’immense nostalgie ( vive amertume ?) de l’écrivain en regard du monde et des valeurs disparues :

‘Je t’entends dĂ©jĂ  dire qu’on ne peut plus ĂȘtre dĂ©shonorĂ©, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la puretĂ©, la gloire,

tout ça remplacĂ© par les droits de la personne humaine’ , nu s'en tete revu 2

 

 

a murmuré en souriant Marina, qui avait à ce moment les cuisses encore ouvertes et humides,

 

gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle Ă©tait une rĂ©ponse Ă  ce que je venais de dire ou simple abandon Ă  la fatigue des sens »

 

 


A suivre, d’ici peu ( mais sait-on jamais?),  Marina 2/3   Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?


didier jouault pour Yditblog n° 97

 

Par défaut

Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs n°97, Le souffle de papier porte -t-il la lumiĂšre d’une langue tiĂšde ? ( Marina 1/3)



AVERTISSEMENT :

A l’approche de la centiĂšme, des souvenirs et des images peuvent attenter Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© de personnes entre 4 et 81 ans (avant on ignore, aprĂšs on a oubliĂ©) en particulier avec la distance implacable  de « l’ironie »,  et surtout si l’on regarde les mots ou qu’on lit des images.


 

     Germaine, c’est tout elle! , se demande pourquoi Ydit n’est pas lĂ , malgrĂ© ce qu’il a dit (et dirait, s’il Ă©tait lĂ ?). Ce n’est pas dans ses habitudes, surtout aprĂšs plus de 120 publications, de manquer un rendez-vous.

    Que va t-on dire à tous ces gens venus ici pour écouter la disparition de la mémoire ?

 

     Sauf, suggĂšre la trouble Vassiliki, « sauf s’il a Ă©tĂ© retenu par l’une de ses Ă©tudiantes? »

-« Il paraĂźt, note V3 non sans une complice malice, « que certaines savent trouver la bonne posture pour arrĂȘter le dĂ©part ? »Marina 1 amalia Ferrer serreiro

 

 

     Puis, tout de mĂȘme ( Ă  son age, cela s’admet, dirait Ydit avec une forme de tendre compassion), Voltaire dit V3 s’agace :

« A la question de l’absence ou Ă  celle de la faille  dans le rĂ©cit promis, pas de rĂ©ponse, et pas de doute, le doute, c’est agaçant. »
-« Et s’il avait trompĂ© de porte, propose Vassiliki, trompĂ© de couloir souterrain, entrĂ© par erreur dans la cellule d’un voisin, et hop, paf, bang? »

img_3346André Maynet, Mine de riensIMG_9119

     Pour Vassiliki, toute disparition dĂ©nonce une possible dĂ©fection, les ‘Organes’ le savent, tu te lĂšves, tu pars, tu passes le mur et -hop, bientĂŽt plus de Mur …Et le monde Ă©galement s’effondre ? ajouterait Ydit, mais Ydit ici n’est ni ne dit.

-« Et pourtant, et pourtant, » chantonne Germaine, que l’espoir jamais ne quitte, car sa vie est solide comme un horaire de chemin de fer,

-« Mais pourtant », qui, dit l’un?

-« Et si on lançait un vibrant appel? »Â  dit l’une

Ils font une   annonce   en trois couleurs.

monsieur-prevot-culture-sens-moral-culture-patriotisme-accueil de goupe SNCF3 dames SNCF sur quai

 

 

 

 

 

 

Tout de suite, sort de la foule, comme une fouine Ă  l’aube, et de l’ombre, comme un poisson dans l’eau, une sorte de messagĂšre vaguement douteuse, dĂ©guisĂ©e en amazone qui porterait un costume inspirĂ© de l’oiseau.

« Ah, c’est vous dit-elle, ça fait toute une sĂ©quence que je vous cherche, c’est sĂ»rement vous… Il m’a dit, ‘Vous verrez, Marina, l’Infernal Trio, l’infernal agglomĂ©rat, ça se repĂšre…

 

…d’abord une Grande Rouge qui Grogne, espĂšce de Gardeuse de Gare Ă©garĂ©e, inquiĂšte comme un contrĂŽleur en habit montĂ© dans le train de 12h34 Ă  12h21, mais celui-ci est parti depuis 11h11, ce qui – admettons le – devient sujet de prĂ©occupation sur le sens de rotation de la terre…

 

 

...puis une Ă©bauche usĂ©e de vieillard jeune, il ressemble de plus en plus Ă  une vieille demoiselle qui n’aurait pas la langue dans sa poche mais bien pendue, et capable de tous les grands Ă©carts, et qui en gagne en bonne mine, joyeuse souplesse, et gaillarde rĂ©pĂ©tition…

 

…enfin un Ă©chalas de sexe indistinct et  d’incertaine origine mais d’accent slave (ou balte?), un peu douteuse dans les Ă©bats du dĂ©bat et les suivis des dĂ©buts, mais solide ( au fond) sur son projet ( sa mission, mĂȘme) de rééditer (pour finir?) un rapport sur les activitĂ©s du PĂšre pour les services »…

 

     L’Indicible AgrĂ©gat (dont l’acronyme amphigourique est : IA) s’Ă©tonne, s’Ă©broue, s’esbigne, s’Ă©tiole par anticipation, menaçant de refuser le paquet puis lĂąchant une dĂ©charge en bonne et due forme.

     On regarde, on touche, on palpe, on sent, on questionne : C’est d’Ydit? C’est Didi?

c pain et fromage

Papier cadeau ouvert, des feuillets, un volume, un mot.

 » DĂ©solĂ©, vraiment, les filles, 

pas eu le temps de vous prévenir,

je pars d’urgence en vacances,

mais j’ai confiance,

vous ferez le job sans moi,

YDIT « 

UN volume :

L’Ă©dition  date de 2003 et le folio de 2006. Mais l’une des mentions manuscrites (p.202) fait Ă©tat du

« Dimanche 7 aout 2011 PrĂšs du phare »

     L’Ă©criture est Ă  la fois solide ( les attaques, le 7″ et une certaine  inhorizontalitĂ© de ‘2011’, trĂšs peu de lien entre les lettres )

     La quatriĂšme de couverture pose un double repĂšre pour Ydit : l’Ă©tiquette « Occasion » et sa couleur singuliĂšre indentifient la grande librairie ( parisienne en ce cas) dont les six Ă©tages permettent de chiner beaucoup de bons livres dĂ©classĂ©s par leur dĂ©fraicheur. Ici, une autre Ă©tiquette marque l’insolence de la ‘solde’ : 2 euros ( et prĂšs de 700 pages, c’est donnĂ©, on peut en lire de travers quelques unes)  et porte trace de la date de mise en rayon. On devine que la prĂ©sentation sur l’Ă©talage, pour attirer l’Ɠil du promeneur, contribue Ă  l’acte fortement impulsif de l’achat de volumes plus ou moins carrĂ©s.marina 4

 

 

     L’Ă©tat gĂ©nĂ©ral est un aveu ; le volume a longtemps -ou souvent- Ă©tĂ© promenĂ©, selon cette habitude qui Ă©tonne encore plus d’une : il est rare qu’on puisse croiser Ydit sans un livre Ă  la main, serait-un volume Ă©pais pour une attente courte, une station de mĂ©tro, un fauteuil de dentiste. Pour ce volumineux roman imprimĂ© en corps 11, on pourrait probablement estimer la lecture globale  entre 14732 stations de tramway ou une rude randonnĂ©e solitaire en montagne, et une longue semaine de convalescence immobile aprĂšs un accident de chasse ou de scooter des neiges …

…et beaucoup plus si le lecteur, encore fatiguĂ©, laisse l’habituelle rĂȘverie parallĂšle interrompre le fil vertueux de son parcours.

Mais le lecteur n’Ă©tait pas un chasseur ni un scooter.

     L’Ă©motion, en feuilletant chez le libraire ce volume fanĂ©- qui narre l’usure d’un monde et les bonheurs amers d’y avoir Ă©chappĂ©- provient des mentions infrapaginales dont la premiĂšre : « PrĂšs du Phare. Dimanche 7 aout 2011 », Ă  l’encre bleue.

     C’est en Français, les dates ne correspondant pas, on ne suppose pas que le scripteur soit Virginia dans une promenade au phare, c’est  peut-ĂȘtre une lectrice elle aussi nommĂ©e Marina? Presqu’involontaire, longeant par la suite le fleuve proche, on guette ces pierres trop coupables et complices pour emplir les poches si l’on entrait dans l’eau, car la mĂ©moire de l’une est l’avenir de l’autre.

    -Encore une de ces allusions incomprĂ©hensibles, s’exclame Germaine, sauf par les associĂ©s de la Hogarth Press qui ont reçu en cadeau de noĂ«l un volume de trente-deux pages, illustrĂ© par Dora Carrington, Two Stories, deux textes,  ‘Trois Juifs‘ et ‘La marque sur le mur’!

     Ensuite, on voit aussi, page 459, en perpendiculaire au texte imprimĂ©, une mention manuscrite encore Ă  l’encre bleue, qui rĂ©fĂšrerait Ă  un anglo-saxon( d’oĂč les Ă©carts entre les diffĂ©rentes lettres), parfaitement bilingue : – le premier mot est mal dĂ©chiffrable : « Soleil? Sonil? Souil ?, la suite est claire :  » me 10 ao 11 11h1/2 pm ».

     Bilingue, mais pas au point sans doute d’identifier les tropes auxquels fait allusion un Ă©crivain trĂšs soucieux de la langue :dans la phrase, page 142 , deux mots sont soulignĂ©s Ă  l’encre bleue (… »la commisĂ©ration qu’elle ressentait non seulement Ă  son propre endroit mais  pour l’espĂšce humaine tout entiĂšre, son cas douloureux valant, par cette sorte de synecdoque ou d’hypallage pour tous sans ĂȘtre une maniĂšre de se plaindre comme un homme »(…)IMG_9131 2

     La lectrice n’a construit que peu de traces pour l’ensemble du livre, dont l’Ă©paisseur rassemble cependant plusieurs centaines de milliers de signes et davantage encore si l’on ajoute les silences, les reprises de respiration Ă  l’issue d’un chapitre, les grignotements de chocolat indispensables en raison de l’effort d’endurance, les remontages indiscrets des bas sur le point de filer Ă  l’anglaise, les retournements de situation et sur le matelas nu, reprises de maquillage en quittant le sauna Ă©teint, et des balancements imperceptibles, quoique  virtuellement nausĂ©eux, du TGV.

     Dans le train, des grands pĂšres souriants et saisis en pleine digestion de l’Histoire, ancĂȘtres  Ă  mƓurs et morales peut-ĂȘtre douteuses, accompagnent (ou surveillent?) leurs petits-enfants que la dĂ©couverte du monde ( et des voyageuses en train de lire en short dans le train court ) enthousiasme encore, pour quelques dizaines d’annĂ©es, ce qu’Ydit comprendrait, s’il n’Ă©tait pas enfui en vacances.

     Le dĂ©sir vient de l’imaginer, Marina, et s’impose alors cette figure  du roman, la jeune Ă©tudiante devenue amante, dans ce livre elle parle souvent nue dans le lumiĂšre d’un drap, parcourue de caresses et traversĂ©e de mots, elle aussi venue de cette terre limousine. MaĂźtresse si jeune et si audacieuse, figure libre de ses actes, posĂ©e devant les figures rigides, douloureuses, mais radieuses des aĂŻeules de CorrĂšze, bien loin de toute histoire de mots, de tout  rivage et de tout voyage…

…pour enluminer les pages d’heures oĂč ne sont vraies et profondes que les aĂŻeules, leurs amies, leurs maris, leurs marins, leurs univers de la terre paysanne.  » Nous sommes ici, ensemble, au cƓur de cette nuit d’hiver, plus nus que nous ne l’avons jamais Ă©tĂ©, et que nous ne pourrons jamais l’ĂȘtre, si tant est qu’un homme puisse ĂȘtre aussi nu qu’une femme qui s’abandonne » (p.652).

     De façon exceptionnelle, la marque n’est qu’une imperceptible pliure en haut de page. Impossible, alors, de savoir ce que (page21), la lectrice voulait retrouver ou signaler. La superposition des femmes, l’arriĂšre grand’mĂšre Bugeaud? L’amoureuse juvĂ©nile, Marina? La poĂ©tesse, Marina TsvetaĂŻeva qui dĂ©robe son dĂ©sespoir en choisissant la corde?

     Le point central est Marina, partenaire du corps et d’apostrophe tout au long du long roman, Ă©tait-ce le passage ‘repĂ©rĂ©’ page 21 : « Je regarde Marina se dĂ©plier dans le crĂ©puscule d’hiver , plus nue qu’elle ne l’a jamais Ă©tĂ©, mĂȘme quand elle approchait tout Ă  l’heure son pubis de ma bouche, la tĂȘte renversĂ©e en arriĂšre, les yeux clos, lente et lourde, possessive, triomphante ? »
     Mais, probablement, le tout dĂ©but du chapitre 4, page 289, le personnage puissant et livrĂ© de Marina offre -t-il, dans son impudeur, la clĂ© en nĂ©gatif des autres femmes du livre, et de la vie « en gĂ©nĂ©ral » mĂšre, grands-mĂšres, grands tantes, et surtout l’immense nostalgie ( vive amertume ?) de l’Ă©crivain en regard du monde et des valeurs disparues :

‘Je t’entends dĂ©jĂ  dire qu’on ne peut plus ĂȘtre dĂ©shonorĂ©, aujourd’hui, et donc que nul n’est honorable, l’honneur, le sang, la puretĂ©, la gloire,

tout ça remplacĂ© par les droits de la personne humaine’ , nu s'en tete revu 2

 

 

a murmuré en souriant Marina, qui avait à ce moment les cuisses encore ouvertes et humides,

 

gardant cette position par une sorte d’impudeur dont je ne savais si elle Ă©tait une rĂ©ponse Ă  ce que je venais de dire ou simple abandon Ă  la fatigue des sens »

 

 


A suivre, d’ici peu ( mais sait-on jamais?),  Marina 2/3   Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs n°98, Le passage du marin trace-t-il la promesse d’une langue vivante ?


didier jouault pour Yditblog n° 97

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Yditblog S.P.O. N°96 / 123 Dans l’attrait de la nuit prend toujours racine la fleur de la terreur.

« Encore un jour qui commence mal », dit un homme dans le public, clairsemĂ© ( mais si on sĂšme davantage, les tiges Ă©touffent en grimpant).

« C’est l’homme, qui semble clairsemĂ© ? » s’interroge la suave Slave, jamais en reste d’une mĂ©comprĂ©hension trĂšs volontaire, d’une mĂ©connaissance Ă  pointe, puisque c’est ainsi que les hommes vivent.

Ydit raconte ( c’est- on l’aura notĂ©- ce qu’il prĂ©fĂšre).

Il avait Ă©tĂ© nommĂ© depuis peu dans le dĂ©partement. On avait organisĂ© une « tournĂ©e » de rencontres. Ce soir, dans un chef-lieu de canton, il avait dĂźnĂ© avec une dizaine de personnages locaux.livres afrique

 

Ils  accueillaient l’arrivant avec les habituelles demandes, et l’offre d’histoires locales : ici, disaient-ils, vieille prune en main…

 

…vers les marais noueux ou les chemins de liĂšge, sorciĂšres et rebouteux  savaient les mots de l’indicible. Mais nous sommes des gens simples, et amants de la LumiĂšre, rien de grave.IMG_5615

« Il est tard, vous savez, on n’est pas Ă  Paris, on se couche tĂŽt chez nous ».

Avant le creux blanc du sommeil, toujours lent Ă  conquĂ©rir, les autres Ă©taient partis, laissant Ydit payer seul sa dette Ă  l’insomnie.

A chaque fois, trop tĂŽt, pour l’hĂŽtel.

 

–« Inutile de sonner, il y a un code », disait la patronne. Elle ajoutait : « Vous ne trouverez rien d’ouvert, Ă  cette heure, en ville, ni personne, pas mĂȘme une dame sur un boulevard,  mais il n’y a pas de risque, on est tranquilles, dans nos pays, s’il y avait des voleurs, ils se coucheraient tĂŽt. »

     Devant l’hĂŽtel, la voiture noire du service. Natif d’ici, le chauffeur est au lit en compagnie depuis longtemps. C’est l’heure de ne pas rouler.

Ydit raconte : Si l’on dĂ©ambulait, on passait la place de la RĂ©publique, ancienne place d’armes, puis on tournait vers la belle mĂ©diathĂšque installĂ©e dans le marchĂ© aux grains. Alors, on descendait par la rue du prieurĂ©, forte pente au flanc de l’ancien oppidum. sur le parvis

briques mur crevasses

Elle  passait devant les deux hĂŽtels particuliers Renaissance rĂ©unis par une passerelle de mĂ©tal blanc, et le bloc durable fait par la vieille salle de rĂ©union oĂč les nazis avaient installĂ© leurs malĂ©fices en 40, face Ă  la maison close.

 

YDIT :Vite, sans presser le pas, on arrivait en limite de la ville, aprĂšs le garage Renault et ses grilles peintes en noir. Puis, le sombre silence des prĂ©s cachĂ©s derriĂšre leurs barbelĂ©s. Plus rien, ensuite, sous la nuit de lune mouillĂ©e. La question, unique, toujours la mĂȘme : Ă  quel endroit poser le demi-tour? Ici Ă  gauche, le goudron se fait chemin. Quelques derniers pas, le pied touche la terre, la chair quitte les os, on devient sa propre histoire dans l’immatĂ©riel du parcours.

« J’irai jusqu’Ă  cette cahute effondrĂ©e. »

Depuis le  creux de la pĂ©nombre, dans le coeur des tĂ©nĂšbres, une voix l’interrogeait soudain sans brusquerie, lourde et lente, faite d’humeur simple et de bois chaud :andrĂ© juillard

« -Est-ce que vous m’aimez ? »

Ydit raconte qu’il a coupĂ© le fil de la marche.

« Dans l’attrait de ma nuit prend toujours racine la fleur de la terreur. »Â 

     La femme – mais la voix disait mal son genre- le presse de ne pas entrer : qu’il reste en lisiĂšre de la lune sur le chemin de terre battue. Autour, il y a cette odeur que les vaches donnent Ă  la terre grasse d’ici quand elles ne dorment pas, elles non plus.

La voix, depuis son fond de nuit, Ă  son tour raconte.chouette effraie 2 Mais que Ydit, d’abord, veuille s’asseoir sur la souche encore vivante sous sa forme d’orange cou coupĂ©. Qu’il ouvre les nƓuds de la cravate de laine, de vent, de chanvre.

Rien ne se passe.

Pourquoi ce silence ?

     Ydit raconte qu’il Ă©tait impossible d’apercevoir qui parlait sous le toit percĂ© de l’abri. Elle disait : « Je ne mens pas, jamais, sauf Ă  moi-mĂȘme parfois, si la parole est difficile. Je voyage, on vous l’a dit, que je voyage ? Je bouscule les distances dans le corps d’un effraie, l’oiseau des sagesses anciennes, l’Ă©mergeant des lumiĂšres d’outre-lieu  dans la nuit des hommes .

    Je suis  le coeur de son  corps en plumets, je vis de mouvements dans l’air, je sais aussi entrer dans l’esprit d’une plante et la dĂ©terrer vers sa lumiĂšre qu’elle ignore encore. C’est ainsi, mais enlevez votre veston de promeneur innocent, voila pourquoi je peux vous dire  comment un chardon nous Ă©coute, et comment une valĂ©riane nous entend, vous et nous, les humains, comment elles jugent nos sarcasmes, nos cruautĂ©s. »

     Ydit avait retirĂ© la veste. La chaleur des repas lourds du soir. On ne voyait plus que cet anonymat nocturne des visages qui marque l’insouciance du rĂ©el. Des oiseaux Ă©pais se posaient sur un pieu, une Ă©chelle mystĂ©rieuse.

     « Si vous dĂ©sirez – mais je sais que vous dĂ©sirez la chaleur, comme tous les hommes, sans connaĂźtre les buches ni le feu, alors vous devez sentir le meuble de ma terre sous votre peau… »

     Ydit raconte qu’il dĂ©laçait les chaussures, approchait pieds nus. La respiration des vaches s’essoufflait derriĂšre la sienne, profonde. La voix lui conseillait de ne plus avancer, il ne verrait de toute façon rien de l’invisible, sauf les masques menteurs des discours P1200825file  plĂątrĂ©s, tenus en laisse par des comparses.

 

 

Elle se tait. Ydit s’allonge. Elle dit :

« C’est que je suis une sorciĂšre blanche. Ce que je sais faire le mieux…J’ai embrassĂ© l’aube d’Ă©tĂ©, moi aussi. Elle souffle fort. Ecoutez ce que je fais trĂšs bien pour les gens d’ici, c’est cela qu’attendent les parents, c’est m’asseoir auprĂšs de ceux qui vont mourir et me saluent. Comme vous, ils sont allongĂ©s, ils sont en cours d’achĂšvement, pieds nus, leur paletot lui aussi devient idĂ©al, ils vont nous quitter. »IMG_1429Branly , SudamĂ©rique -costume rituel

 

 

 

 

 

« Ceux qui planent encore entre deux vies, comme les oiseaux, qu’ils hĂ©sitent Ă  devenir, enfants et malades perdus par le temps de vivre, alors je m’asseois.

AuprĂšs d’eux je m’assois. »

 

 

 

 

« Je les Ă©coute, je couds mes plumes d’effraie Ă  la peau de leurs trophĂ©es, j’Ă©coute lentement comme ils respirent, au milieu des machines sauvages  qui les enchainent Ă  la vie de l’hĂŽpital, Ă  l’illusion que tout corps est durable,

 

et je suis lĂ , griffes paisibles posĂ©es Ă  la tĂȘte du lit, regard blanc ouvert, seule dressĂ©e dans la vacuitĂ© de la nuit des hommes,

 

je reste là, personne dans la ville sauf les oiseaux, et moi, mon plumage couvre le mourant et son coma de sa fausse présence, je veille sur  les hésitations informelles de la forme interrogeant sa propre destinée, pas besoin de les toucher, pas besoin de bouger ni planer, je ne leur parle pas, ou presque jamais,

je suis un oiseau qui sait parler mais veut se taire, je leur adresse la parole, ainsi pour vous ce soir, si je perçois que la ligne de  crĂȘte d’un coma va les pousser dans l’obscur de l’autre monde, andre juillard 2mais je suis une sorciĂšre blanche, une sorciĂšre des lumiĂšres,

moi,

je les retiens alors avec des paroles d’oiseau, des paroles d’effraie, afin qu’ils ne quittent pas le bord de la vie blanche pourquoi

 

je veille, longue veille, pourquoi cette veille,img_2932

et je les accompagne, peu Ă  peu, dans leur  douleur de vivre et leur inquiĂ©tude du passage, dans l’instant que pose la durĂ©e de la nuit,

dans la faille,

entre ĂȘtre et partir, et les voici peu Ă  peu qui retournent leur regard moribond vers les pĂąleurs tiĂšdes et mousseuses de la vie…

Le jour se lĂšve, il est temps de vivre. Les mains de la vie respirent comme des passereaux sans poids que le vent abat sur les champs Ă  la place des glaneuses, mais ils ne perdent jamais le sens du vol.

                                      Chaque désir à son tour regagne la cage ouverte, et je me dépouilleIMG_6636

de mon néant.

Alors, au matin sonnĂ©, je quitte leur nuit, je quitte la chambre d’hĂŽpital. Dans quelques minutes l’infirmiĂšre de garde arrivera,

elle dira la stupĂ©faction de la rĂ©mission, elle appellera l’interne mal rĂ©veillĂ© : l’improbable bascule qu’improvisent les vivants qui ont Ă©tĂ© poussĂ©s Ă  vibrer encore un peu selon les flux du sang, et s’arriment une fois de plus aux berges de la lumiĂšre. »marina 5

 

Longtemps, le silence occupe l’espace. On sent la veille des vaches, autour, et leur immense sĂ©rĂ©nitĂ©.

Des lueurs apparaissent vers l’horizon

 

 » Toujours je suis lĂ , si les parents ou ceux qui aiment ont fait appel Ă  moi comme ils savent ici, sans crainte et sans douter du rĂ©el secret de ma voix, alors, ceux qui naviguaient leur nuit dans l’incertain du coma se laissent conduire par moi du cĂŽtĂ© de la vie.

     Je suis une sorciĂšre blanche, c’est l’aube, ils vivent, je pars, je me cache, on ne me voit pas dans l’Ă©tonnement de la chambre, je pousse mon corps de plumes et de paroles Ă  s’embarquer en silence dans le corps des plantes, dans la silhouette vague d’une promeneuse, et je disparais, Ă  nouveau. »

     Ydit raconte qu’il s’Ă©veille sans lourdeur et sans faute. Il fait froid, il avait trop bu de cette vieille goutte, il a dĂ» dormir, il a rĂȘvĂ© sans doute. Des livres anciens seront venus se rĂ©citer eux-mĂȘmes dans l’Ă©perdu de la mĂ©moire oĂč l’explosion des ombres veille en sourdine.

     Les plis du rĂ©el coupent le paysage de ses souvenirs, comme les plis de la chair façonnent les parcours Ă©mouvants sur le corps – surtout les vieux corps- dont les visages creusĂ©s disent les cheminements intimes, leurs dĂ©sirs, nos repentirs.

     Dans le bosquet ouvert Ă  la mĂ©moire, la sorciĂšre sait-elle oĂč se trouve la clĂ© du blanc et du noir?

Voltaire le sait, il sait tout : « Plus un mot est lĂ©ger, plus il est clair, et ce qui est grave est clair ». IL demande Ă  Ydit s’il  se souvient de tous les livres ?

Ydit rĂ©pond qu’il a oubliĂ© ce qu’il a lu, ce qu’il a bu aussi, mais qu’il se souvient de tout ce qu’il a rĂȘvĂ©, ce qu’il a dĂ©fait.

Germaine dit que « sa mĂšre Ă©tant Ă  l’hĂŽpital, elle avait aussi invitĂ© une sorciĂšre blanche, connue sur les quais. Rien de plus, rien de moins. Mais les trains savent partir Ă  l’heure de l’attente, mĂȘme quand les rails n’ont pas Ă©tĂ© passĂ©s Ă  la paille de fer du langage. »

Vassiliki hĂ©site, elle se passerait bien de parler ; mais comment Ă©chapper Ă  l’indissociable du trio : « Le rĂ©cit de la sorciĂšre ce n’est qu’invention de la mĂ©moire fatiguĂ©e, dit-elle.Puis ajoute qu‘elle a connu des lieux oĂč l’on enrichit Ă  la main la mĂ©moire des coupables. »

Quant Ă  lui, Ydit se souvient  de son AUBE : « Au rĂ©veil, il Ă©tait midi ».


Didier Jouault, pour Yditblog, SĂ©quence Publique d’OubliEs numĂ©ro 96


 

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Yditblog n° 95 /122 : l’Excellence c’est le silence dans la distance, (surtout les jours de marchĂ©)

Ydit raconte : arrivĂ© la veille du « programme » prĂ©vu pour l’Excellence dans sa ville, samedi c’est marchĂ©, chaudement vĂȘtu d’EDL et de probitĂ© candide, il avait lentement parcouru la ville Ă  pied dans le froid.

A preuve, la SĂ©quence Publique d’OublieS  d’hier,  2 avril , numĂ©ro 94 :

Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque.

wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/10561


2/   Au matin…

Impossible de se coucher dans le costume de neige : pendant la douche, sur la tiĂ©deur d’un radiateur, Ydit avait dĂ©posĂ© le bas trempĂ© du pantalon, le cuir des Richelieu ayant traversĂ© la BĂ©rĂ©zina.

Au matin, pourtant pressĂ© en-dessous du matelas comme celui d’un reprĂ©sentant de commerce, le vĂȘtement paraissait avoir fait le voyage jusqu’au bout de la nuit. Les chaussures, malgrĂ© la machine Ă  cirer du couloir, portaient de larges aurĂ©oles blanches laissĂ©es par la neige, comme des traces de mauvaise sueur dans la traversĂ©e du dĂ©sert.

A l’heure, l’Assistante Volumine attendait Ydit Ă  cĂŽtĂ© de l’accorte d’Accor. L’Excellence serait en retard, c’Ă©tait la neige. De toute façon, avec ce temps il n’y aurait personne, mĂȘme jour de marchĂ©, on lui avait pourtant dit. En plus comme savait Ydit, Monsieur son Excellence n’entendait rien au sujet du jour, dommage que le JournĂ©e Nationale d’Hommage tombe un samedi, jour dans Sa ville. Sans parler des Anglais, « Au fait, c’est quoi cette histoire d’Anglais, IL m’a envoyĂ© un texto hier soir, tu l’affoles pour rien, t’es pĂ©nible avec tes vannes. »

Et, sans ĂȘtre indiscrĂšte, elle aimerait savoir comment Ydit avait fait pour plonger tout habillĂ© dans la piscine, pourtant fermĂ©e le soir ? « Le temps de passer Ă  la maison pour un petit repassage Ă  la main du matin, si tu veux je te redresse tout le toutim en cinq minutes vite fait? » Le tĂ©lĂ©phone sonnait : Finalement, l’Excellence serait Ă  l’heure. Pas de repassage vite fait. Une autre fois ? Avec plaisir !

Sur place, quatre Anciens combattants, deux Ă©lus d’opposition, huit enfants des Ă©coles (on allait fermer une classe ?) et deux Adjoints vivaient une existence Ă  peu prĂšs sereine en faisant subir aux viennoiseries de la cantine municipale le sort d’une contre-offensive dans les Ardennes.fencore un dessert de thĂ©atre

L’Excellence avait froid. Volumine posait sur le pupitre de bois ancien la chemise bleue du discours neuf, et ça faisait tout de mĂȘme beaucoup d’adjectifs pensait Ydit, rĂȘveur.

« Et alors, Ydit, Vous avez revu  mes EDL ? Et…vous ĂȘtes tombĂ© dans le bassin Place du 18 juin , hier soir ? »

D’un Ɠil vif et navrĂ©, l’Excellence parcourait les quelques mots et chiffres, pour la rĂ©ponse Ă  la presse, tout Ă  l’heure. Ce matin, la presse : « FroidVal libĂ©rĂ©« : « Tous les bassins de la ville gelĂ©s, que va-t-il se passer pour les canards »?

Personne d’autre, la voiture de TĂ©lĂ©RĂ©gion bloquĂ©e par les frimas- ou le vaste ennui.

IL traversait la piĂšce rendue immense par l’absence, serrait des mains, tutoyait un ancien, saluait la maitresse d’Ă©cole et ses sbires – des gens de l’est toujours Ă  ses basques. Un groupe de femmes, venu des quartiers qu’avait traversĂ© Ydit la veille, s’abritait de la neige en attendant le camion-pizza.lingerie asian girls

 

On le voyait bien , qu’IL hĂ©sitait, l’Excellence, Ă  ouvrir le dossier bleu, sortir le discours, « Monsieur le Sous-prĂ©fet, Messieurs les PrĂ©sidents des associations de lutte pour et de combat contre, chers amis », mais le sous-prĂ©fet Ă©tait requis par le dĂ©neigement et les amis par on ne savait quoi. Excellence-Maire dans les Alpes de Haute Provence, ça doit ĂȘtre plus rigolo, tout de mĂȘme?

 

Enfin L’Excellence disait , en modulant son rythme, le discours longuement discutĂ© mot Ă  mot par l’habituel duo : Ydit et « LaPlume », comme si les 2749 mots risquaient de rencontrer un destin dangereux pour celui de l’Excellence ou mĂȘme de la France.

Souvent, le matin, si tĂŽt, la langue tourne Ă  l’Ă©vanescence. On attendrait un moment d’Ă©cart hagard : « Sur l’Ăźle une file d’hĂ©mophiles s’empile et dĂ©file ». Mais rien. Les enfants des Ă©coles sont dressĂ©s Ă  la Jules Ferry ; on applaudit le discours de la RĂ©publique. Ensuite, ils caressent les jus de fruits dans le sens de la langue. Les adjoints restent, seuls:  » T’es vraiment sympa d’ĂȘtre venu, remarque t’as raison, aujourd’hui c’est marchĂ©. »

L’Excellence tend Ă  YDIT la chemise bleue, vide : le discours est restĂ© sur le pupitre, qu’un employĂ© commence Ă  ranger. « On se demande bien pourquoi on vous a fait venir. » Pertinente interrogation. « Et surtout je ne vois pas ce que vous avez bien  pu faire avec votre costume? ».

Ydit Ă  Volumine « On a le temps de passer chez toi pour un petit coup de main? » Elle rĂ©pond que non, les enfants vont revenir de l’Ă©cole, et puis ce sera l’heure du train.

Mais, te plains pas,  ça va ĂȘtre un bon souvenir, la nuit et la mission Ă  FroidVal, un truc Ă  raconter plus tard, non?..

Elle s’amuse et cite :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,
Avance l’inconnu, prĂ©sence demi-nue.

Au retour, le wagon de PremiĂšre est encore plus froid.


« Bon, dit l’un des comparses, et la suite ? Parce que, pour ĂȘtre sincĂšre, rarement si peu de gens s’intĂ©ressent Ă  si peu de choses, non ? »
Ydit : « Ensuite, c’est Menton, la journĂ©e mondiale de la lecture chez les nonagĂ©naires, et pour accompagner l’Excellence, c’est plutĂŽt Raffa, Raffa c’est le roi des Fables de La Fontaine chez les grabataires des Alpes de Haute Provence, ou encore, les bons jours, il fait aussi les versions des histoires d’eaux pour les institutrices en retraite Ă  Bormes les Mimosas. »
« On comprend, murmure l’invĂ©rifiable V3, on comprend qu’il ait fait si belle carriĂšre ! »


Didier Jouault, Yditblog 95 , L’Excellence c’est le silence dans la distance, surtout les jours de marchĂ©

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Yditblog n° 94 / 121 : l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore-ou presque

Ydit :

« Dans les angles d’un couloir, se rencontre l’Excellence. »

Germaine, telle une vieille de village dĂ©couvrant un exemplaire originel de l’EncyclopĂ©die en Persan, ricane. Selon elle, des formules amphigouriques, ou mĂȘme Ă©quivoques, ça ne soutient pas le cas d’Ydit ! Surtout en quatorze pieds.dj lecteur dans le dĂ©sastre

Ydit persĂ©vĂšre : Donc, au matin, il rencontrerait l’Excellence, et lui remettrait la chemise cartonnĂ©e bleue. Il ajouterait, en verve :

« -Sir, vous l’avez en Anglais.

-Y aura des Anglais?

-Y en aura peut-ĂȘtre.

-Des Anglais? Mais pour quoi faire, des Anglais?

-C’est l’anniversaire, ils ont Ă©tĂ© du voyage, ils peuvent toujours venir, ce sont des Anglais.

-They can, but they do? s’interpellerait et interjetterait l’Excellence, qui avait Ă©tĂ© bon Ă©lĂšve de Mlle Jeanne en SixiĂšme au cours Saint PĂ©guy d’Arc.

Ydit confirmerait, ça frémissait (des rumeurs sales), il y aurait des Anglais, et surtout du Cheshire, avec leurs chats  et des sourires à la Chester Himes, La reine des pommes.

L’excellence enfin s’alarmerait (outre qu’il n’aurait dĂ©finitivement jamais compris la moitiĂ© de ce que disait Ydit) :

–ET mes EDL, ? Ils sont en Anglais aussi?

Ydit rĂ©pondrait que non, aujourd’hui, c’Ă©tait pour les handicapĂ©s, mais ce fut  aussi la date des Anglais ici jadis.

–D’accord, d’accord, les handicapĂ©s, mais tout de mĂȘme pas des handicapĂ©s anglais descendants des Anglais de jadis, quand mĂȘme? D’ailleurs, ils en ont aussi beaucoup, des handicapĂ©s, les Anglais, au fait ? »

L’Ă©change serait interrompu : les premiers invitĂ©s entreraient dans la salle, peu nombreux, mais il suffit d’un-on le sait- pour que le spectacle commence.

Et donc ? s’inquiĂšte La Slave, pour qui un public c’est d’abord un procĂšs- hĂ©ritage culturel indĂ©passable. « Avec celle-lĂ , pourrait dire germaine, mĂȘme en hiver il y a toujours une fosse Ă  creuser. »

 DONC – ( si une logique jamais promeut ses rĂ©cits ? )(on peut en rĂȘver) Ydit raconte :

1/    La     veille  :

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marchĂ© dans une mauvaise rime :

D’un pas lourd dans la nuit, un peu sourd et sans bruit,

Avance l’inconnu, prĂ©sence demi-nue

« Tout de mĂȘme », observe non sans  malice la suave slave, « vous avez un usage licencieux de compter le e muet qui
 »
La reine des rails et des quais l’interrompt d’un jugement sommaire comme un destin de Goulag :« Peut-ĂȘtre, mais c’est au moins clair et net, on dirait le brouet de Victor fatiguĂ© par sa Juliette ».

Ydit  raconte : « Philippe, le dircab mobile, bourlinguait dans le couloir du premier, marche brĂšve et pensĂ©e vive. MĂȘme Ă  cette heure du soir tardif, la verriĂšre laissait passer une sorte de lumiĂšre venue de la façade illuminĂ©e. Et aussi le froid, le frais de la ville, sous les projecteurs.

« La politique, c’est du vivace qui se prend pour du lierre », disait parfois Philippe, au terme d’une audition de l’Excellence en commission parlementaire.

Maintenant, il s’arrĂȘtait  devant la porte ouverte- toujours- de Ydit.

«  T’es tout prĂȘt pour demain Ă  FroidVal ? Tu sais qu‘IL n’aime pas le vaseux quand IL va dans sa ville. Peaufine les EDL ». Puis dĂ©jĂ  disparaissait dans l’escalier d’honneur, pur 18Ăšme revu Alechinsky. IMG_4957De la marche cinq, sans se retourner, le dircab finissait :  » IL ne part que demain matin, en voiture, donc tu voyages seul. T’auras le temps de rĂ©viser dans FroidVal by night »

Plus tard, Ydit continue, plus tard, des oiseaux blancs Ă  ventres phosphorescents inscrivaient leur droite oblique dans les courbes neigeuses du ciel, et l’on peaufinait les EDL.

Dans le wagon, c’Ă©tait l’heure Ă  laquelle on comptait les gares, Ă©numĂ©rant d’invisibles villes que le paysage du train, briĂšvement, rĂ©vĂ©lait dans le miroir des nuages.

Germaine demande si, « Aujourd’hui, donc Ydit, pour son langage, choisit le registre de la guimauve saveur cookies et ours blanc au zoo? De la barbe-Ă -papa ? Du porridge Ă  la framboise surgelĂ©e? Elle ajoute- et les autres comparses approuvent – que si on pouvait Ă©viter l’encre rose »…

Ydit raconte : « A cette heure, en semaine, l’espace de PremiĂšre Ă©tait vide. Rien Ă  regarder, pas un visage, pas une main endormie, rien sinon le temps qui marque les coussins rouges. Sur la tablette, les dossiers, dont celui en chemise bleue, pour l’Excellence, le lendemain matin, visite du samedi dans SA ville, et c’est jour de marchĂ©- « Il n’y aura surement pas un chat, vu le temps, avait  dit Lactadine, chargĂ©e de comm., tout le monde s’en fout, mais tu sais bien , c’est SA ville, et c’est jour de marché  »IMG_8493

 

 

A la gare, dans la pĂ©nombre d’une marquise Ă  peine sortie aprĂšs cinq heures, Volumine attendait Ydit, raconte Ydit.

 

Elle Ă©tait  l’assistante pour le dĂ©partement, et prenait en charge les affaires municipales, y compris celles du quotidien local dont le tirage et la vitrine dans  FroidVal Main Street avait dĂ©jĂ  conduit vers les euphorisants les plus raides bon nombre de passants, et davantage encore de visiteurs.

Il faisait un gel d’hiver de l’est et d’ailleurs c’Ă©tait l’Hiver dans les vents de l’est. Volumine, sa famille Ă  la maison l’attendait. La prestation d’accueil avait alors Ă©tĂ© rĂ©duite au trajet jusqu’Ă  l’hĂŽtel : « Bonne nuit, Ă  demain  8 heures, LUI arrive en ville  vers 9 heures ».

Ydit raconte qu’il avait « La meilleure chambre, bien sĂ»r, tout est payĂ© ». HĂŽtesse accorte chez Accor.

Jadis, dĂ©jĂ , et plus tard encore, Ydit reste dans ses bons usages de l’homme seul : ordinateur, courriels, cafĂ©, presse, lecture sur le couvre-lit, la chambre est un peu fraĂźche. Ensuite, on l’appelle : « Le dĂźner, c’est dĂ©jĂ  tard, la cuisine voudrait partir. »

Le maĂźtre d’hĂŽtel noir et blanc sait donner des couleurs aux invitĂ©s de l’Excellence : « Une petite mirabelle ? » Le dĂźneur baignait dans la demi-torpeur du soir, cette Ă©trange lumiĂšre pĂąle et drue, presqu’invisible, des salles Ă  manger d’Hotels bourgeois dans les prĂ©fectures de l’est.

Ydit raconte que, pour lui, un lit c’Ă©tait trop tĂŽt. Mais la FroidVal dormait sur des absences et la neige Ă©paississait les rues. « Non, Monsieur, il n’y a pas de cinĂ©ma ouvert Ă  cette heure en semaine, et pour un verre, nous allons fermer, cependant, la brasserie de la gare, peut-ĂȘtre ? ».

Ydit marchait. Pour simplifier le sac du voyage, il portait le mĂȘme costume nĂ©cessaire que demain, lors des sĂ©quences municipales prĂ©sidĂ©es par l’Excellence, ce sera samedi, jour de marchĂ©. Chaussures de ville.

Dans la neige, par endroits molle et ailleurs gelĂ©e, Ydit parcourait l’intĂ©rieur de son propre silence et visitait sans peine sa propre absence. Ici, dans le dĂ©but de nuit, ĂȘtre fantĂŽme devenait banal. Le maitre d’hĂŽtel avait rĂ©citĂ© les rares gourmandises nocturnes du centre ville, La place de la MĂ©tallurgie, l’Ă©glise XIV Ăšme, le vieux Palais de Justice mais les projecteurs sont en panne, vous devriez en profiter pour en parler au Maire.

Vite, les richelieu s’imbibaient, le manteau de belle laine buvait la neige, l’Ă©charpe d’Ecosse devenait banniĂšre de viking.

Sur le bord du boulevard de l’Industrie, le pied patinait comme un alexandrin qui aurait marchĂ© dans une mauvaise rime.

Pourquoi pas, plus loin, presque l’en-dehors, la zone Ă©trange enterrĂ©e de silence oĂč l’on a jadis bĂąti les logements des pauvres? Avec le changement de municipalitĂ©, l’impasse EugĂšne Varlin est devenue rue du GĂ©nĂ©ral Leclerc, mais les pauvres n’ont pas changĂ© d’adresse.

Ydit raconte qu’il marchait, incapable d’hotel. Une voiture de gendarmes, glissĂ©e sur le verglas dĂ©butant, ralentissait Ă  sa hauteur. Errer, ici, de nuit, sous la neige et Ă  pied, se demandait le gendarme Alexandre ? Solitaire dans la zone, un nuisible ? On croyait, Ă  la Brigade : L’excellence est en ville, prĂ©caution et vigilance.

Ydit avait tournĂ© vers la ronde de nuit sa silhouette taillĂ©e pour la lumiĂšre d’un couloir. MĂȘme carapaçonnĂ©e par le gel, sa vĂȘture dĂ©mentait le terrorisme Ă  venir, et niait l’hypothĂšse d’un routard fĂȘtard perdu Ă  la suite de fraternitĂ©s nocturnes.

A l’intĂ©rieur, le brigadier se penchait pour observer sans malice l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© de la laineuse silhouette, faisait un signe, et la patrouille accĂ©lĂ©rait vers le bonheur des nuits de caserne.

Avec Ydit, raconte-t-il sur lui-mĂȘme, depuis toutes ces annĂ©es d’impunitĂ©s diverses, le bel habit et l’air saint, ou l’air de rien, avaient achevĂ© tous les procĂšs avant mĂȘme l’idĂ©e d’un dĂ©lit : c’Ă©tait et ça restait pratique.

Sa bonne mine imposait d’elle mĂȘme l’Ă©vidence du sans-danger, ou prĂ©conisait un absolu pardon des sottises de jeunesse, eĂ»t-il cinquante ans. Ydit avouait vivre Ă  l’abri de ses cravates.

Tard, mangĂ© par le froid, Ydit avait terminĂ© son tour de ville, places mortes, bancs muets de neige, et mĂȘme plus de lueurs Ă  la Brasserie de la Gare.

Dans l’hĂŽtel, le veilleur, pour d’autres, aurait dit la violence de ce rĂ©veil si loin aprĂšs minuit, mais on savait que tel Ydit, telle l’Excellence : tout est payĂ©.

Mais la chambre est un peu froide. Et demain c’est marchĂ©.


 A suivre, demain :  YditBlog   95/122

 part 2/ Au matin L’Excellence c’est le silence dans la distance


didier jouault   YditBlog n° 94 / 121 :  l’hiver is coming, mais under the neige FroidVal respire encore -ou presque.

 

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Yditblog, S P O n° 93 / 120 « ChĂ©rie quel costume j’y me mets ? »

Ydit raconte qu’il Ă©tait, en ce temps si dĂ©passĂ©, inscrit  dans le costume de  ‘Le PrĂ©sident National’

     Et, fait mine de se demander V3, « Ă§a vous fatiguait les idĂ©es, ennuyait la nervure, distrayait la raison, agaçait, menait  Ă  somnolencer, ça vous galopait de galopineries ? »

     Alors,  prĂ©sider, il raconte,  posait Ydit en face de ses propres intĂ©rieurs, et c’Ă©tait pas toujours bien pliĂ© sur les Ă©tagĂšres de l’Ă©motion, malgrĂ© les injonctions dĂ©cennales diverses.

     Passer de la tribune au pupitre, regarder les regards des quatre cents dĂ©lĂ©guĂ©s pas lĂ©gers, ça dĂ©livrait par avance-dans la nuit- d’un rĂȘve rageur, les insuffisances de l’ĂȘtre. IMG_2757

     Au milieu des heures sombres de l’insomnie habillĂ©e de doute, il s’Ă©veillait alors et notait au crayon gris d’Ă©tranges formules, sur un petit carnet blanc posĂ© sur la table de nuit noire.

Germaine demande « s’il se souvient desquelles ? Les formules pour dĂ©guster les balises de la nuit ?  Il y a tout de mĂȘme trente ans et plus de cela. »

Vassiliki se gausse et se hausse, elle bosse et brosse ses rapports, elle, c’est beau et confus comme du GĂ©ricault. Par exemple, dit-elle, j’ai retrouvĂ© dans votre mĂ©moire :

« La mangouste songeuse ne rĂȘve pas au serpent rageur, mais elle le grignote en lisant Gaxotte ».

Ou encore : « La langouste vaseuse ne corrompt pas le cresson verbeux, mais elle le traverse en disant Saint John Perse ».

Au nom des sacro-saintes  » LumiĂšres »-  vocabulaire dont il n’use que dans le dictionnaire, la littĂ©rature ne devant tout de mĂȘme pas contaminer la vie, surtout avec de stupides formules incomprises, et ensuite devenues de vraies taches sur sa culotte de soie, des sottises de jardin et pourquoi pas de poireaux vinaigrette, ou des machins avec le meilleur des mondes…- donc V3 lĂšve la main : Il n’a pas tout compris. Sans doute est-il encore trop apprenti ??porcelaine FM

Pour avancer tout de mĂȘme, Ydit raconte :

A lui, tout jeune adjoint, par malice plus que par ennui, le directeur du dĂ©partement avait dit : « Demain matin, samedi, il y a rĂ©union de tous les partenaires dans l’amphi de Creux-la-Ville. Moi, je suis pris Ă  Paris. Toi, tu y vas, tu Ă©coutes, rĂ©ponds, expliques. Et raconte moi lundi Ă …disons  8 heures. »IMG_20190307_0007l'escalier monte vers l'herbe

Il en fut fait ainsi.

Sur l’estrade mal cirĂ©e, devant des belles dames et d’obscurs messieurs (samedi matin, tous les autres avaient choisi les options Golf ou EsthĂ©tique),

 

Ydit, avait dit, rĂ©pondu, dĂ©battu. A la fin, quand on le raccompagnait aprĂšs les petits carrĂ©s de Suisse Ă  l’herbe tendre sur craquotte avec fibres et le Vittel-fraise sans glace, un couple Ă©tait venu  sa rencontre.

 

     D’ici le bout  du couloir, c’Ă©tait dit, sinon fini : » l’ACOP du dĂ©partement cherchait son prĂ©sident, le vieux directeur s’Ă©tait dĂ©robĂ©, Ydit accepterait-il la formalitĂ© de se faire Ă©lire? On lui promettait peu de sƓurs, peu de sueur, peu de larmes, peu d’alarme. »king size noir , badge, valet pique, cartesIMG_20190307_0002

     Ainsi que trop souvent, la curiositĂ© avait menĂ© son train d’enfer en direction d’un OUI.

     Ydit avait alors prĂ©sidĂ©, davantage qu’attendu. Cela, dans le dĂ©partement,  reposait les autres, un sentiment de vague satisfaction gagnait donc l’ACOP nationale. Le PrĂ©sident tenait Ă  dĂ©jeuner avec lui, Ă  Montauban, prĂšs d’un garage, lors d’une AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale annuelle. « Alors, si c’est pour une Ɠuvre »,  rĂ©pondait Ydit.

– « Toujours ĂȘtes vous un Ă©lĂšve bon », feint d’admirer Vassiliki, au point d’en perdre Ă  nouveau des brins rĂ©cemment nouĂ©s de sa grammaire Ă©lĂ©mentaire du Français de prolixitĂ©.

     Ydit raconte : Selon les sages usages de l’ACOP, il  avait prĂ©sentĂ© sa candidature Ă  l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale, ainsi que sa belle mine, un costume propre et un langage bien repassĂ©s mais sans cravate, et on l’avait Ă©lu sans barguiner au Conseil d’Administration. Dans le dĂ©partement le vieux directeur s’amusait de son Adjoint, Ydit travaillait, parcourait le samedi les « RĂ©gionales »,

     lisait dimanche les budgets et projets, avec ce sĂ©rieux distant et amusĂ© qui laissait un peu mal Ă  l’aise des interlocuteurs familiers du Premier DegrĂ©.

     Ensuite, la SecrĂ©taire GĂ©nĂ©rale et le TrĂ©sorier Principal  de l’ACOP voulurent eux aussi dĂ©jeuner avec lui, comme s’il eut Ă©tĂ© une midinette en chaussettes ou un  tablier sans bavette. Ils construisaient l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale de l’annĂ©e suivante, cachĂ©s dans une discrĂšte brasserie de Cherbourg : On adorait Albert, le prĂ©sident, mais il se fatiguait, buvait sans doute un peu trop dans les cocktails, et pas seulement, bref, Ydit devait accepter une charge de vice-prĂ©sident, et se prĂ©parer. Il y avait bien RADOC en starting bloc, mais on verrait. Et puis, RADOC…

     Germaine : « On le connaĂźt, Ă  prĂ©sent, notre Ydit, je parie qu’il a dĂ» rĂ©pondre qu’il manquait de temps, qu’il avait dĂ©jĂ  une famille,  et aussi du travail, je suis sĂ»re qu’il a dĂ» aller chez le coiffeur rue des Beaux-Arts, relire Proust sans retard, s’acheter des Churros maquillĂ©s Ă  la crĂšme de noisette, revoir Godard, froisser d’un geste pictural son paquet de Camel sans filtre, et hop  le voila vice-prĂ©sident, un petit quart d’heure plus tard. »

     Ydit reprend le rĂ©cit : L’annĂ©e d’aprĂšs, Ă  Laval, car l’ACOP visitait les terroirs comme une cour, l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale devait  sagement prolonger son ‘bureau’, pas de surprise.

     La veille, dans l’hĂŽtel oĂč chacun songeait sur son propre avenir et celui plus vaste de l’ACOP, Albert-le-PrĂ©sident Ă©tait venu frapper Ă  la porte d’YDIT. L’accompagnait le Conseiller du Ministre invitĂ© habituel. SecrĂ©taire GĂ©nĂ©rale et TrĂ©sorier Principal approuvaient la dĂ©marche, c’est tout dire. On avait bu du jus de tomate (Ydit) de l’eau de rose (le Conseiller), un triple Talisker (Albert). « Conclu ? Il valait mieux rester entre amis ». On se retirait dans la chambre comme on va saluer le soldat inconnu d’un briquet Bic un jour de brouillard. A suivre.

     Une lourde nuit plus tard ( Germaine craint le surgissement rĂ©current de la langouste vĂȘtue en  mangouste, hĂŽtes patauds des songes Ă  pinces,  mais non), ils Ă©taient Ă  nouveau tous les trois dans un  couloir sombre menant Ă  la tribune.

     Car dans les sous-sols la pĂ©nombre peint les portraits de la lumiĂšre sur le canevas du dĂ©sir, et jamais de repentir possible. IMG_20190307_0004Albert-le-PrĂ©sident s’arrĂȘtait, disait qu’il avait rĂ©flĂ©chi Ă  la suite de leur Ă©change. Il s’arrĂȘtait, donc. Il n’en pouvait plus. Il n’en voulait plus. Il refusait que RADOC, non RADOC, c’Ă©tait le passĂ©, il fallait qu’Ydit fĂ»t le futur. Albert passerait la main Ă  l’issue de l’assemblĂ©e, Ydit devait prendre la suite, pas Ă  discuter. Il valait mieux rester entre amis, bĂątis de l’Ă©galitĂ©, la fraternitĂ©. Le conseiller non plus ne discutait. Ni personne, ce n’Ă©tait pas les usages de l’AssemblĂ©e.

Ydit rĂ©pondait aux interrogatrices de la presse rĂ©gionale, dans la journĂ©e – Oui, oui, le PrĂ©sident serait lĂ  pour le rapport moral, et il se prĂ©parait.IMG_20190307_0003
Vassiliki se demande « si, mais on le suppose, on le craint, on le regrette, Ydit avait remarquĂ© les longues jambes couronnĂ©es, quand marchait l’interrogatrice, de petites fesses dans l’offertoire du jean’s trop serrĂ© ? » « Propos d’un autre temps!«  proteste Germaine, et Vassiliki   se replie et se renie.

Ydit revient Ă  l’essentiel : le marrant du narrĂ©.

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     Pour se remplacer soi-mĂȘme, devoir unilatĂ©ral, et complĂ©ter l’Ă©quipe, un nouveau Vice-prĂ©sident s’imposait. Lors des annĂ©es ou des tournĂ©es, on avait observĂ© le bon GĂ©rard : c’Ă©taient eux deux mĂȘmes, lui et sa femme, d’ailleurs, qui avaient attendu Ydit en bas de la tribune, craquotte ail et fines herbes vert-prĂ© en main, lors du tout premier samedi Ă  Creux-la-Ville. Depuis, en train, on avait bavardĂ© vacances, bains nus dans un lac de montagne,- « GĂ©rard adore ça ! », libertĂ©/fraternitĂ©, puis pensĂ© aux avenirs.
Ce soir, aprĂšs le dĂźner, trop de mots et trop de mets, Ydit  prenait la route de leur chambre. GĂ©rard serait l’affaire et ferait bien. Ydit  raconte qu’il pensait en marchant Ă  comment dire, « Chance » ou « Travail », il avançait lentement, silencieux.

Il arrivait derriĂšre la porte, posait le geste sur son visage.

     De l’autre cĂŽtĂ© on disait : « GĂ©rard, mon gros, tu sais bien, Ă©lever le papillon c’est promouvoir la chenille, et je peux avoir plusieurs orgasmes d’un coup ! »

     D’un peu plus loin, GĂ©rard ne commentait. Silence.

     Il posait ensuite la question majeure : « Au fait , chĂ©rie, quel costume je mets demain pour l’assemblĂ©e ? Le noir ou le bleu? Je sais pas bien. »

     On l’entendait se rapprocher de la cloison. Il continuait : « Et la cravate, tu penses quoi? La  rayĂ©e ou la rouge avec des points ? Remarque, tu vas me dire que ça dĂ©pend de la chemise ? Silence. C’est vrai que ça doit aller ensemble, hein, ChĂ©rie?.. »

     Il Ă©tait Ă  prĂ©sent, Ydit le sentait, juste devant la penderie, derriĂšre la porte.« D’ailleurs quelle chemise je mets, tu crois, pour demain, ChĂ©rie??  C’est vrai,  faut que ça aille avec le costume, en fait, c’est mieux ?  Lequel je mets, alors,  tu crois, le bleu ou le noir? ChĂ©rie? »

Ydit raconte : Gérard,

je le voyais en jarretelles noires sur peau blanche,

je le voyais debout en God Save the Queen,

je le voyais en fumeur caché dans les toilettes du lycée,

je le voyais, ribaud raté  piquant les carottes rĂąpĂ©es  de son grand frĂšre de pointes d’ail fĂ©brile,

je le voyais remontant le  boxer-short à fleurs mauves et braguette en sourdine,

je le voyais cachant d’une main commode des revues indicibles mais pas invisibles,

je le voyais en Schubert qui cherche les arrĂȘtes,

je le voyais lisant Proust en commençant par la fin ou Céline en oubliant Pétain,

je le voyais en mĂ©diathĂšque ravagĂ©e par les tornades sĂšches de l’absence.

Germaine conclut : « Et donc, naturellement, vous avez rebroussĂ© chemin, sans mĂȘme frapper ? »

YDIT RACONTE QUE  » Vous et moi nous allons

Comme s’en vont les Ă©crevisses

A reculons, Ă  reculons »

( Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire ou cortĂšge d’OrphĂ©e, 1911)


didier jouault   pour   Yditblog   n°93    ChĂ©rie quel costume j’y me mets ?

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Yditblog SPO 92/119, Lorsque cinq ans auront passĂ©, tu sais parler, mais c’est tout seul (scĂšne 3/3)

RAPPEL : SĂ©quence publique d’oubliEs numĂ©ro 91/ post numĂ©ro 118 : De grandes baies vitrĂ©es dĂ©pourvues de rideaux, il faut avec peine les occulter.


Pour la troupe »Le carrĂ© du PrĂ© », c’est la vaste tournĂ©e Ă  L., deux reprĂ©sentations, Ă  commencer samedi soir par le théùtre municipal, bondĂ©.

« Ce soir tous ont bien jouĂ©« , dit Sergio « MĂȘme l’ami, mĂȘme Anne ». Le maire approuve, c’Ă©tait mieux que le Paris-L., dernier match de foot, 4 Ă  1, une vraie dĂ©gelĂ©e, et puis ces masques, ces costumes, la musique de Raval, enfin Ravel. Il se lĂšve, clique son verre, dit merci, merci, trois fois merci. A la revoyure.
La troupe est pauvre : il faut partager la chambre, lits jumeaux Ă  l’hĂŽtel du cheval rouge. Sergio veille Ă  Ă©viter tout mĂ©lange, pas d’Anne prĂšs d’Ydit : demain on joue, sans mercurochrome ni sparadrap!


Yditblog SPO 92 spot 119, Lorsque cinq ans auront passĂ©, tu sais parler mais c’est tout seul (scĂšne 3/3)


Dimanche, c’est matinĂ©e, et alors en matinĂ©e on joue, c’est tout.
En route, une voiture se perd.

Pas étonnant, si le Sergio conduit comme Ydit décrit, observe Germaine.

Pas de riposte.
On se perd, dans les corons, sur les ruelles tracĂ©es de rĂȘve plat et de pavĂ©s. On ne voit aucune indication, il faut tourner ici, inventer le chemin, c’est par lĂ , non ?..

Le trop lourd déjeuner à la Pizzéria de la Mairie passe trÚs lentement, mais on dégrise- en partie. On redit son texte. On perspective ses gestes.

On révise comme un étudiant à la maison, ça régresse.IMG_20190226_0015

Dans les dĂ©tours du labyrinthe Ă©mouvant, la groupe atteint la salle de l’Association des Amis du Fond. Sans doute en raison d’anciens usages miniers, on la nomme « Salle du DĂ©versoir ».
Debout, on y avale d’autres desserts, un coup de rouge, Saumur-Champigny Ă©ventĂ©, pendant qu’on prĂ©pare la comĂ©die de vesprĂ©e.

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De grandes baies vitrées dépourvues de rideaux, il faut avec peine les occulter.

Deux ou trois projecteurs qui vont étouffer la lumiÚre. Des chaises en métal encore empilées.

Une poussiÚre grise et comme fébrile traverse chaque rayon de soleil, qui la pÚse.

« Rien n’est grave, Ydit », rassure Sergio : « Sur chaque scĂšne, ton geste apprend Ă  l’espace ce qu’est la rĂ©alitĂ© d’un geste. »

Anne, Ă  l’arrivĂ©e, avait dit que tout ici paraissait atteint de dĂ©sert. OUBLIe abandonnĂ©e : Anne le souvenir de la honte, Anne de B. , le tout petit appartement crĂ©pi de faux-plĂątre aigu, les pointes au mur prĂšs du lit Ă©troit oĂč l’on naviguait nus. Comme on s’agitait un peu, ainsi que d’usage en cette sorte de circonstances, les aspĂ©ritĂ©s du revĂȘtement griffaient la peau plus vite encore que le rythme du dĂ©sir. Quittant son lit, Anne de B. devait se maquiller au mercurochrome et se rĂ©parer au sparadrap, ça faisait un peu session de clown pour enfants leucĂ©miques dans les hĂŽpitaux de Nevers.

Sergio, qui aimait tricher avec les mots pour paraĂźtre rĂ©flĂ©chir, rĂ©pondait que c’Ă©tait « justement ça, le théùtre, l’essence de tout livre : il n’y a rien, l’absence, le vide et soudain c’est si rempli de mots qu’on pourrait croire Ă  la rĂ©alitĂ© de l’existence, enfin presque, si on avait un peu bu », et il vide son verre. Sur la porte on avait lu cette unique affichette : 15 heures, matinĂ©e, club théùtre, le dramaturge assassinĂ© par les franquistes, et les comĂ©diens de Paris.

Des paravents figuraient les coulisses, les toilettes servaient de loge, on Ă©tait prĂȘt Ă  entrer en scĂšne ainsi qu’on Ă©crit : corps et paroles dans une apparente vĂ©ritĂ©, qui confine vite Ă  la stupiditĂ©.

Sergio, raconte Ydit, avait du goût pour ces formules creuses, qui éblouissaient de leur charge vide les plus jeunes des filles dans la troupe.

Un peu avant l’heure, c’est le silence de la scĂšne. Personne, dans la salle.

ancient architecture aspendos building

Photo de ugur uu011fur sur Pexels.com

De la cour vers le jardin, on s’adresse des signes, on interroge Sergio, masquĂ© pour son rĂŽle. On Ă©crit des testaments, on attend, on rĂ©cite des lettres d’adieux devant notaire, IMG_20190226_0017on va monter la tranchĂ©e. Sauf que l’en face est vide. Vers qui diriger la baĂŻonnette du regard ?

C’est un peu aprĂšs 15 heures qu’entre une jeune femme avec son air timide.

Elle pousse Ă  peine la porte d’un spectacle sans doute commencĂ©, mais qui l’espĂšre, et elle ne le sait pas. Elle retire ses lunettes, si elle en a.
« Ainsi va la vie », aurait dit Sergio. Elle observe la salle oĂč les chaises disent un avide questionnement Ă  l’absence. Une esquisse de dĂ©part, elle s’est trompĂ©e sans doute? Mais voici que Sergio sort du paravent: « On va commencer ! »
Elle s’assied au quatriĂšme rang, prĂ©sente des explications. « A l’UniversitĂ©, le théùtre, son mĂ©moire, l’auteur, elle voulait tout voir de lui, elle avait ratĂ© la troupe, Ă  Paris… Ă  Paris , elle avait voulu voir la piĂšce, et la voici donc, elle avait pris toute cette route, dimanche, matinĂ©e,pour la troupe, jusqu’au coron de L., pas facile Ă  trouver la salle, riait-elle, on se perd dans les ruelles, pas de flĂ©chage, excusez moi, c’est combien la place au fait? »

Enfin elle comprenait que, seule, et eux tous, en face, sur la scĂšne venus ensemble, elle seule, c’Ă©tait insolent comme un spectacle de toros  pour une reine anglaise. Elle proposait qu’on en reste lĂ  ? « Le carrĂ© du PrĂ© » s’exclamait, reprenait l’ombre derriĂšre les paravents, et proposait Ă  la spectatrice de donner les trois coups.

Et la voici elle qui regarde, seule, installe son attention, fouille la source des mots.

Tous les autres jouaient leur scĂšne.


Vite, les corsets montraient les poitrines sous l’Ă©toffe des paroles : le texte Ă©chappait, les scĂšnes dĂ©rivaient, on improvisait dans l’humeur tiĂšde qu’offrent les fins de saumur-champigny. Elle riait, sur scĂšne on s’apostrophait, mais c’Ă©tait pour ne parler qu’Ă  elle, la femme du quatriĂšme rang. Un doigt l’interrogeait, un geste l’interpellait, qu’elle vienne sur scĂšne, elle rĂ©pondait en silence : ‘non’. Ils insistaient on ‘filait’ du texte et dĂ©filait les mots. C’Ă©tait comme de raconter un rĂȘve avant mĂȘme de s’en Ă©veiller. IMG_20190226_0018Ils l’invitaient Ă  jouer un rĂŽle nouveau dans leur scĂšne, en dĂ©tournant les mots de l’auteur.

Elle se prĂ©fĂ©rait en spectatrice, on la comprenait : jeux de soi sans rĂ©serve, rĂ©pliques inventĂ©es, demi fous-rires mal retenus, la comĂ©die poĂ©tique s’habillait de ses costumes de farce aimable, des capitaines de polichinelle croisaient des Sganarelle en dentelle, ça n’aidait Ă  rien pour le mĂ©moire Ă  l’universitĂ©, mais la spectatrice Ă©clatait de rire, quittait son rang pour gagner une place prĂšs de la fenĂȘtre.

La représentation avait duré deux fois plus longtemps, à la fin ils avaient longuement applaudi leur spectatrice, lui avaient offert la derniÚre part de gùteau.

Ydit raconte : La jeune femme est repartie. On range, dĂ©grisĂ©s, les accessoires que cette ‘derniĂšre’ sans public rend Ă  leur vanitĂ©. On empile les chaises froides. Plus tard, on apprendra que l’Association des Amis du Fond avait oubliĂ© la date et l’information.

RĂ©inventer soudain, pour un seul instant, pour une seule mais venue de loin, mais ici venue pour cela mĂȘme, rĂ©inventer la partie, reprendre en dĂ©sordre les mots appris pour donner autrement les mĂȘmes gestes, allĂ©ger les corps contre le poids de sa propre mĂ©moire, et – surtout- rĂ©inventer Ă  chaque minute un texte qu’on disait Ă©crit, transformer le passĂ© en mĂ©moire, raconter le mensonge comme un Ă©tourdissement rieur, c’est exactement cela, ne croyez vous pas, Ă©crire des OUBLIeS ?

Sauf, dit Voltaire, sauf que tout ce fatras  de L. fait un peu too much  sĂ©rious, is not? 

Germaine, « Oui, on croirait que vous rĂȘvez de « Ecrire pour la postĂ©rioritĂ© » (Ambition d’une autre sorte »).
But, ajoute V3, « Il est grand taon d’oublier les piqures d’antan »(SĂ©rĂ©nitĂ©)

D’autant, dit Germaine, inspirĂ©e par la scĂšne, le théùtre, le dramaturge assassinĂ©, le mur portant des gouttes saignĂ©es d’Anne, ou par le pur esprit devin du saumur-champigny : d’autant que « parler c’est marcher devant soi » (Un Dernier mot ). (*)


(*) Ces trois citations : Raymond Queneau, « Les Oeuvres complĂštes de Sally Mara », L’imaginaire-Gallimard, 1989, p 357 et 360.


didier jouault        Yditblog  92/119       Lorsque cinq ans auront passĂ©, tu sais parler, mais c’est tout seul (scĂšne 3/3)

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Yditblog SPO 91/118 Lorsque cinq ans c’est oubliĂ© : Orage au DĂ©versoir (scĂšne 2/3)

Rappel Séquence Publique 90 :  Ydit parle, mais sans récit : trahison des attentes.

Vassiliki proteste : Elle doit un rapport pour les Organes, la Russe, aucun autre motif Ă  sa prĂ©sence ici. Et depuis le temps qu’elle parcourt Ă  grandes enjambĂ©es la broussailleuse mĂ©moire d’Ydit, comme un Mongol galope sa steppe, elle avoue que ça fatigue, le doigt du souvenir sur la gĂąchette du devenir, non mais.

On dirait un maĂźtre de danse prĂ©parant ses cours Ă  la « galerie de sculpture », la ligne s’aligne?

 

C’est vrai, des fois, le bredouillement narratif, rĂ©cits et paroles autour des filles, comme si leur nuditĂ© pouvait dĂ©passer le reflet de l’absence ou du silence, bons Ă  rien.

Germaine-des-rails : « Ydit, quand vous parlez des filles qui passent, comme tout Ă  l’heure, on dirait Dante mis en viager par BĂ©atrice, ou de l’Eluard rĂ©duit aux caquets, c’est lĂ©ger comme le foie de Verlaine aprĂšs l’absinthe. »

 


Lorsque cinq ans c’est oubliĂ©,  Orage au DĂ©versoir, suite : scĂšne 2 sur 3.


Ydit raconte : Il dit  qu’il avait vingt-cinq ans ( ou davantage ou peut-ĂȘtre moins ?).

Par hasard , il avait rencontrĂ© Sergio, alĂ©atoire mais puissant patron d’une troupe mĂȘlant vrais amateurs et plus ou moins faux comĂ©diens nourris par leurs voix dans les doublages de publicitĂ©s pour les pĂątĂ©es pour chien et les slips DIM.

 

Cela se nommait « Le carrĂ© du PrĂ©« . Tout le monde ignorait pourquoi.

« Toi, mon petit mignon », avait dit Sergio, tu vas nous faire « l’Ami » : tes yeux de singe et ta silhouette de liĂšvre, c’est parfait, pour faire un Ami ».

InitiĂ© de cette sorte, le jeu semblait une fable. D’ailleurs, continue Ydit, on pourrait, « Le singe et le liĂšvre« , vous ne croyez pas ? Les auditeurs  : non, ça ne se peut pas. On attend une OUBLIe. Notre dessert d’un repas nommĂ© fidĂ©litĂ©.

Ydit raconte que Serge avait continuĂ© Ă  tenter de la convaincre : « Quand tu feras l’Ami, tu verras, c’est un rĂŽle souple et rigolo,  et dans la troupe nous avons des filles qui jouent, des auteurs qui cancanent, deux ou trois jeunes premiers dĂ©passĂ©s par les mĂšches grises…c’est notre théùtre du PrĂ© ».

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Photo de Mikes Photos sur Pexels.com

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Ensuite, dans une salle municipale froide et traversée de pénombres, on répétait, à six ou huit, de 20 heures à minuit, et seule une poursuite un peu essoufflée donnait une profondeur à ce  champ.

 

On lisait assis sur le bord de l’estrade, on bougeait avec le sobre vitesse des soirs d’hiver, on pĂ©nĂ©trait dans le geste d’un autre comme l’accident touche son platane. Puis on sortait de la lumiĂšre ronde, chacun estompait sa peur de paraĂźtre sous les forces du geste appris, et tous s’imaginaient connaĂźtre la rĂ©plique.IMG_8533parrain-eglise

« Tu crois que tu apprends un rĂŽle, mais ton rĂŽle tu ne fais que le rĂ©citer, tu le connais dĂ©jĂ , il est Ă©crit par le monde pour toi, ton rĂŽle, » grognait souvent Sergio, dont c’Ă©tait la philosophie assez bĂšgue.

 » Je t’avais dit, soulignait Sergio, c’est la vie, sauf que t’es tout nu dans le loges. «  Souvent, Ydit ne comprenait pas.

« Il devrait nous demander », murmure Germaine, « nous on est 
 »Le haussement d’Ă©paules de V3 maquille l’adjectif en silence.

Pour finir (car rĂ©pĂ©ter c’est se prĂ©parer Ă  finir, criait souvent Sergio) , « Le carrĂ© du PrĂ© » avait donnĂ© quelques dizaines de reprĂ©sentations, dans deux théùtres.

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AprĂšs le jeu, c’Ă©tait difficile de baisser le ton, la voix, le corps, raconte Ydit : ils allaient boire des biĂšres et mĂącher des croque-monsieur.

 

Ydit avait connu Anne, dont le mur crĂ©pi de pointes, prĂšs du lit, donnait aux jeux de l’amour et du bazar une perspective de mercurochrome et de sparadrap.

 

 

Germaine demande si cette Anne Ă©tait bien  celle dont le  derriĂšre Ă©troit se scarifiait du sacrifice dans son lit rĂ©duit, dos, d'anneon l’inverse, pour le lit et le derriĂšre, mais peut-on parler d’un derriĂšre quand on est sur le devant de la scĂšne? Et, au fait,  Anne paraissait-t-elle nue hors de sa fenĂȘtre, vrai modĂšle qui expose les traces de l’amour ? tatouage-fleur-3

 

 

 

 

Non? Alors, peu importe le sparadrap, pourvu que la griffure soit tenue secrĂšte, selon Germaine. Vassiliki ne saurait qu’approuver : dans la blessure, le meilleur, c’est le secret et l’essentiel est le silence.

Ragaillardi des sentences slavo-ferroviaires, Ydit reprend le rĂ©cit que ces inutiles paroles ne parviennent Ă  dĂ©rythmer. Il prĂ©cise : Anne ou Françoise, ou Martine, toutes les filles de cet Ăąge portaient les mĂȘmes usages de s’inventer un prĂ©nom.

Germaine s’interroge : Martine comme Tyne ?

Ydit s’agacerait un peu. Mais  la dĂ©cision de modeler ses OUBLIeS (une lettre de plus et on lirait: des PUBLIS…) inclut la dĂ©rision, comme l’attention des auditeurs inclut la dĂ©fection.

V3 de demande, soliloquant Ă  son usage, si tout cela vaut donc la peine? Le public proteste. On veut une suite.

 

Ydit raconte : « Tous les souvenirs mentis par la mĂ©moire parviennent Ă  s’unir dans une chaine faite de purs anneaux, une chaine de temps qui vient du passĂ© et tend vers l’avenir. Les souvenirs sont des trains poussĂ©s entre deux gares par une locomotive dont le chauffeur est fatiguĂ©, mais le charbon ne manque pas. »

Et le théùtre du « CarrĂ© du PrĂ© » ?  interroge la Russe, peu sensible aux digressions ou aux images  sauf celles des rapport en bonne forme.
Ydit qu’au printemps, ce fut la brĂšve tournĂ©e Ă  L. Sergio avait le maire pour ami d’enfance. En chemin dans le combi Volkswagen, on moquait la rudesse louvoyante des paysages, terres plates bousculĂ©es de terrils, un acnĂ© d’adolescent.
– Ou comme la peau d’Anne contre son mur aprĂšs vos efforts ?

Ydit : Samedi, ce fut nocturne dans le théùtre municipal, Ă  guichets fermĂ©s : les comĂ©diens provenus de Paris et l’auteur engagĂ© formaient la promesse du soir.

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Ydit n’a pas le souvenir du texte.

Il a pu le rĂ©pĂ©ter longuement, le jouer quarante fois, puis les mots se sont estompĂ©s sous les nouveaux venus, palimpseste jamais grattĂ©, comme si, dans le scriptorium gelĂ© par l’histoire qui passe, les doigts gourds du moine avaient refusĂ© toute lame. IMG_8510Pour parler de soi le rĂ©cit s’allonge sur un lit de feuilles mortes, ce sont les souvenirs froissĂ©s, les brouillons refusĂ©s.

Cependant, restent l’immense chaleur du plateau dans la salle comble, le dos trempé  de sueur ou d’acier, les durs bonheurs de l’eau glacĂ©e pendant le dĂ©maquillage,

 

…puis le vin trop frais du dĂźner en l’honneur des artistes dans la Brasserie du MarchĂ©, c’est la MunicipalitĂ© qui invite.

 

« Ce soir  tous ont bien jouĂ© », dit Sergio  » MĂȘme l’ami, mĂȘme Anne ». Le maire approuve, c’Ă©tait mieux que le Paris-L., dernier match de foot, 4 Ă  1, une vraie dĂ©gĂ©lĂ©e.

Il se lĂšve, clique son verre, dit merci, merci, trois fois merci. A la revoyure.

La troupe est pauvre : il faut partager la chambre, lits jumeaux Ă  l’HĂŽtel du Cheval Rouge. Sergio veille Ă  « Ă©viter tout mĂ©lange, pas d’Anne prĂšs d’Ydit : demain on joue, sans mercurochrome ni sparadrap? »

« Dimanche, c’est matinĂ©e, et alors en matinĂ©e on joue en forme, c’est tout.
En route, une voiture se perd…


(*) voir Tyne  https://wordpress.com/post/yditblog.wordpress.com/10193


A suivre : Yditblog SPO 92/119, Lorsque cinq ans auront passĂ©, tu sais parler mais c’est tout seul (scĂšne 3/3)


Didier Jouault,   pour   Yditblog   91/118    Lorsque cinq ans c’est oubliĂ© : Orage au DĂ©versoir (scĂšne 2/3)


 

 

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Petit rappel de l’acte I en attendant le II 91/ 118 ) : pour demain ??

 

Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dĂ©passĂ©, 1 : hagard de triage

Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dĂ©passĂ©, 1 : hagard de triage

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Yditblog SPO 90/117 Lorsque cinq ans c’est dĂ©passĂ©, 1 : hagard de triage

 

     Depuis une heure, voix trop perchĂ©e, geste volubile, ce vieil YDIT tente de dĂ©marrer une histoire, rubrique « OUBLIe » pas mĂ©lancolique, ou d’attirer une attention sur la mĂ©tamorphose de la parole.

     C’est comme d’attendre un plat de gourmand Ă  la table trop alourdie chez un restaurateur gastronome,  fĂ©brilitĂ© des couverts comme des hallebardes dans tous les sens. Alors que, servie sur un plateau, la vie, ça se consomme sans zeste ni olive, cul sec, juste un geste.IMG_4467

 

V3 : « Oui, ça fait longtemps que ça parle, ça dure. »
Vassiliki :« Non, ça fait longtemps que c’est dans le mur, c’est dur« 

Germaine lĂšve les yeux au ciel, les deux autres comparses l’agacent, elle se dĂ©cide à  prendre  la pause.

Elle abandonne la machine Ă  rayon rouge  dont le tic-tac silencieux permet le contrĂŽle des parcours dans les trains, de mesurer l’Ăąge des souvenirs, la dimension des espĂ©rances.

« Et tout ça, dit, elle« , tout de mĂȘme assez loin d’un phrasĂ© durassien. Puis ajoute : « Je l’ai dĂ©jĂ  dit (oui, murmure Ydit) voyager en croyant arriver quelque part est la plus archaĂŻque forme de l’illusion. Trente trois ans d’initiation aux voyages, alors je sais de quoi je parle. »

 

Tout le monde la regarde, sur le quai. On avait des facteurs à cheval, des douaniers lisant Rousseau, mais pas encore de contrÎleuses abonnées à Socrate, 33% de réduction avec la carte Merveille.

« Parfois, relance Ydit…mais on l’interrompt si vite que son parfois devient jamais .

Germaine : « Toute cette histoire ne sonne pas juste. A votre place, je passerais Ă  une autre OUBLIe. Tant pis, on ne saura pas ce que vous tentiez de raconter. Mais on ne voit pas qui ça dĂ©rangerait ? »

Pour Ydit, une fois encore, raconter c’est mentir. Plonger les mains dans la mĂ©moire, ce n’est pas ouvrir le coffre des pirates guillerets Ă  peine fatiguĂ©s de leurs abordages sabordĂ©s.

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Se souvenir, c’est lĂącher un rhinocĂ©ros de chasse Ă  l’entrĂ©e d’un terrier depuis longtemps oubliĂ© de ses propres mineurs.

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Derechef, V3 lĂšve les yeux au ciel.

Ydit s’arrĂȘte. « Pourquoi ce silence ? »

Vassiliki : « Vous cherchez un souvenir? Alors, vous cherchez des histoires ? »

Ydit raconte qu’il hĂ©site. On est dans la centiĂšme sĂ©quence publique d’OUBLIeS, presque cent-vingt publications. Une  histoire de trains, encore? MĂ©taphore si banale de la vie roulĂ©e ?

Germaine, pour tout dire, franchement,  prĂ©fĂšrerait qu’on arrĂȘtĂąt un peu de lui casser les rouilles avec les rails, qui se recoupent et s’Ă©garent, ou les passages Ă  niveau entre deux montagnes pour jamais crues infranchissables. Et toute cette sorte de balivernes pour vieille baderne sortant du mess un soir de carĂȘme.

Ydit suggĂšre : « Le mari de Berthe, et l’Ă©tude de marchĂ© pour lancer une revue littĂ©raire ? »

 

V3 : « Si on parodiait ? « La mĂ©moire est la paresse de la cervelle », ça vous irait ?

Germaine, se prenant au jeu :« Ah oui, la mĂ©moire est la maĂźtresse de la cervelle« , pas mal.

V3 : « Sa caresse, sa rudesse ? A la cervelle? La mĂ©moire ?« 
Vassiliki, sans avoir identifiĂ© la source ( ce qui est le pire malheur d’un agent trouble) : « Le grimoire est la jolie fesse de la dentelle ?« .Ou alors:  » La crĂ©celle est le miroir du dĂ©sespoir ? »

V3 se gausse, s’esclaffe, il s’oublierait presque Ă  ricaner en silence, si le silence, pour un Ă©crivain, mĂȘme philosophe, n’Ă©tait pas la forme mĂȘme du ricanement. « Ma pauvre, il faut tout de mĂȘme que ça ait du sens, mĂȘme si votre cervelle en dentelle fait assez tonton flingueur. »

 

Vassiliki, dĂ©sormais lancĂ©e dans la dĂ©couverte irraisonnĂ©e des plis intime de la langue :« Le ciboire est la finesse de la bretelle », c’est bon ou pas ?

Germaine :  » Et que diriez vous de: « Le grivois est la jolie fesse de 
 »

Ydit, continue Ă  chercher Ă  peindre sur le motif : « Je pourrais aussi rĂ©citer L’Ă©poque ancienne, il y a si longtemps, oĂč l’on prenait prĂ©texte de sortir le chien conjugal pour appeler l’amante depuis une cabine tĂ©lĂ©phonique ? »

Vassiliki la Russe : « Le droit des remords, vous avez, dans les OubliEs, vous ? Chez moi, le remords, son petit nom est Lubianka. »

 

YDIT : « Ecrire, c’est toujours s’excuser ? Vous savez bien, surtout en langue slave ». Un silence, il mĂ©dite. « La morale est la faiblesse de la cervelle« , c’est la source. « La mĂ©moire est la compresse de la cervelle, »Ă§a vous va? »

La Russe, les auditeurs s’en doutaient, rappelle qu’elle est Ă  la disposition d’Ydit quand il veut solliciter son pardon, autrement dit : Ă©crire.

Elle doit un rapport pour les Organes, la Russe, aucun autre motif Ă  sa prĂ©sence ici. Et depuis le temps qu’elle parcourt Ă  grandes enjambĂ©es la broussailleuse mĂ©moire d’Ydit, comme un Mongol galope sa steppe, elle avoue que ça fatigue, le doigt du souvenir sur la gĂąchette du devenir, non mais. C’est vrai, des fois, le bredouillement narratif, ça suffit. Des fois.

 

Ydit, observe l’arrivĂ©e d’une rame de banlieue. « Tiens, rĂȘve-t-il, de menues gardeuses de temps venues de La FertĂ©, ou Farmoutiers,  assez tendres et tendues, traversent l’ombre sĂšche que le mouvement de vivre laisse sur son passage dans les gares et les dĂ©parts, ou dans les cales des cargos pour en route pour l’entropie. Comme l’Ă©bauche d’une herbe projetĂ©e sur un mur blanc que la lumiĂšre a rendu bavard ? A propos de mur… »

Ydit semble avoir trouvĂ© le sujet. Ouf .« On pourrait aussi, peut-ĂȘtre, dit-il , se souvenir de la honte, Anne de B. , le tout petit appartement crĂ©pi de faux-plĂątre aigu, les pointes au mur prĂšs du lit Ă©troit oĂč l’on naviguait nus. Comme on s’agitait un peu, ainsi que d’usage en cette sorte de circonstances, les aspĂ©ritĂ©s du revĂȘtement griffaient la peau plus vite encore que le rythme du dĂ©sir. AprĂšs l’amour, Anne de B. devait se maquiller au mercurochrome et se rĂ©parer au sparadrap, ça faisait un peu session de clown pour enfants leucĂ©miques dans les hĂŽpitaux de Nevers. Belle OUBLIe, non ?« 

« May be, it could be worst », selon V3 – anglophile malgrĂ© l’Ă©poque, mais – hop- c’est dĂ©jĂ  trop en dire, et voila  encore une cartouche de passĂ© tirĂ©e en vain vers le prĂ©sent du rĂ©cit. Et puis, avec le train de banlieue
 »

Ydit rĂ©cidive, essaie de chauffer la loco sans bouillir le choco : « Elles passent, elles courent, leurs silhouettes dĂ©jantĂ©es tentent d’attraper le mĂ©tro, le bus, un tram,  elles passent soudain, Ă©lastiques et tendues, fluides au milieu de la lourde densitĂ© de l’univers, posĂ©es partout en uniques explication des univers,

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Photo de Oleksandr Pidvalnyi sur Pexels.com

 

 

je les regarde couvert par mon air si  niais d’observateur bĂ©nĂ©vole, elles courent vers la porte qui va se fermer, toujours les portes expriment leur absurde et binaire dĂ©sir, ouvert/ou fermĂ©, on voit d’elles sur les quais du monde un pur moment de mouvement, l’immensitĂ© joyeuse de leur mobilitĂ© sans retenue, de leurs silences pour rire, et ce sont des instants de grĂące et de stupeur,

statues en oeuvre

 

toutes ces annĂ©es aprĂšs encore ma surprise et mon bonheur, elles passent dans le cƓur immobile de ma tendresse,  jouant la comĂ©die de leur fuite, et je les vois dans leurs vĂ©ritĂ©s, elles vont, courent et se vengent.

 

 

Quelle Ă©motion pour elles, que je mĂ©connais, que tant de mĂ©tros aient malicieusement clos sur elles des portes impĂ©nĂ©trables, et transformĂ© en clĂŽture presque monacale toute issue de secours possible. C’est beau. »

Germaine : « Ydit, quand vous parlez des filles qui passent, on dirait Dante mis en viager par BĂ©atrice, ou de l’Eluard rĂ©duit aux caquets, c’est lĂ©ger comme le foie de Verlaine aprĂšs l’absinthe. »

– V3 : « Ou la foi de Verlaine aprĂšs l’absence? »

– « Ah, toujours le mot pour fuir ! ET si l’on pouvait dire la poĂ©sie de la vĂ©ritĂ© depuis le quai d’une gare ou le wagon de queue, Ydit, mon pauvre, ça fait longtemps que vous seriez le Platon du Paris-Coulommiers ! Mais c’est pas demain que vous allez faire votre entrĂ©e vivant dans La PlĂ©iade. »

–Alors ?

–Alors, faut voir.

Mais, sur la PlĂ©iade, et sur les portes ouvertes ou fermĂ©es, ou sur un petit copain de cet homme dont ‘la morale est la faiblesse de la cervelle’, vous n’avez pas perdu « BOUSSOLE » au moins?

Vassiliki, l’agent double, sans un trouble,  s’assied sur les bords des  fenĂȘtres, s’allĂšge du paraĂźtre,  dans la salle des pas perdus, regarde venir, fin sourire, un peu lasse, mais ça passe.

 

V3 tire sa montre du gousset oĂč elle se mĂ©lange aux billets Ă  ordre, Ă  son Ăąge on a le temps…La drĂŽlerie des vanitĂ©s…On fait la lecture publique, aprĂšs tout, parfois, en son temps, c’est aussi bien de raconter les souvenirs des autres ?

Ydit, avec la lenteur prise pour développer les caramels à un franc distribués par le  boulanger prÚs du collÚge, villa du Pré, lit :


« Le directeur de l’Institut français de recherche en Iran, Ă©minent orientaliste, fulminait dans son bureau au point de le quitter, d’arpenter le vestibule en hurlant  » C’est un scandale »! et provoquant immĂ©diatement la panique chez ses employĂ©s : la douce secrĂ©taire(
) se cache derriĂšre ses dossiers, l’informaticien plonge sous une table un tournevis Ă  la main, jusqu’au dĂ©bonnaire secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral qui se trouve une cousine ou une vieille tante Ă  appeler urgemment et se rĂ©pand en d’interminables formules de politesse, trĂšs fort, au tĂ©lĂ©phone.

SARAH ( sur le seuil de son bureau, inquiÚte). Mais que se passe-t-il ? Gilbert, ça va ?

MORGAN ( le foudre Ă  la main). C’est un Ă©norme scandale, Sarah, vous ne savez pas encore? Accrochez vous ! Quel affront pour la sociĂ©tĂ© savante ! Quelle dĂ©route pour les lettres!

SARAH ( vacillante, apeurĂ©e, la voix blanche ). Mon Dieu, je m’attends au pire.

MORGAN (heureux de pouvoir partager sa douleur ). Vous n’allez pas y croire : ils viennent de virer Germain Nouveau de la PlĂ©iade.
SARAH  (Ă©bahie, incrĂ©dule). Non? Mais comment ça ? On ne peut pas virer quelqu’un de la PlĂ©iade ! Pas germain Nouveau !

MORGAN ( atterrĂ©). Si. C’est fait. Exit Nouveau. Adieu. La réédition ne reprend que LautrĂ©amont, tout seul, sans Germain Nouveau. C’est la dĂ©bĂącle.

SARAH ( tire machinalement sur le crayon à papier qui retient son chignon ; ses cheveux tombent sur ses épaules, en vrac ; elle ressemble à une pleureuse antique). Il faut faire quelque chose, une pétition, mobiliser la communauté scientifique


MORGAN ( grave, rĂ©signĂ©). C’est trop tard. Le LautrĂ©amont est sorti hier. Et l’Ă©diteur informe qu’il n’y aura pas de Germain Nouveau seul prĂ©vu dans les annĂ©es Ă  venir.

SARAH ( indignĂ©e) Quelle horreur!…(*)


Dans la salle d’attente, un silence, Ă  nouveau.

Puis, Germaine : « Il faut voir, peut-ĂȘtre, Lorsque cinq ans auront passĂ© ? « 

A suivre : Yditblog SPO 91/118    Lorsque cinq ans c’est oubliĂ©, 2 : Orage au dĂ©sespoir.

 


(*) Mathias ENARD, BOUSSOLE, Babel, Actes SUD, 2017, p.254-256


Didier JOUAULT   pour   Yditblog SPO 90/117  Lorsque cinq ans c’est dĂ©passĂ©, 1 : hagard de triage

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Yditblog SPO 89/ 116 : Alexandre oublie le Ravin et ne saute pas de mon soleil (*) 3 sur 3

voir Yditblog numĂ©ros 87 et 88 : Alexandre ne s’ĂŽte pas de mon sommeil

Yditblog SPO 89/ 116 Alexandre ne saute pas de mon soleil (*) 3 sur 3

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YDIT raconte la suite : Serge RAVIN.

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour ĂȘtre lĂ  ? Rien, et cela lui permettait de beaux dĂ©veloppements.
« Venez avec moi au ministĂšre », avait dit Serve Ravin, parodiant :  » J’ai besoin d’un agrĂ©gĂ© qui sache lire et Ă©crire. Vous serez mis Ă  disposition, je m’en occupe ».

Qu’allaient  dire les amis profs dans les vestiaires ?

 

Deux jours plus tard, Ă©chappant Ă  la rĂ©ponse, Ydit recevait un crayon ( le premier « plan ordinateur » restait Ă  venir
) dans une soupente dominant le porche XVIIIĂšme du ministĂšre de l’Industrie, minuscule endroit naguĂšre propice Ă  l’activitĂ© de portier guettant les carrosses de Monsieur le Comte retour de Masques et Bergamasques.

 

On avait posĂ© ici le nouvel «  Institut d’Action Ecole Entreprise ».
« -Je n’ai pas trop le temps pour les dĂ©tails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », rĂ©pondit Serge Ravin.

2- L’amie d’Alexandre

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour ĂȘtre lĂ ? Rien, et cela lui permettait de beaux dĂ©veloppements. Le voici d’un coup « dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral » du nouvel Institut que prĂ©side Serge Ravin, un vieil ami de son pĂšre-croit Ydit.
ALEXANDRE : « Si on dĂ©jeunait ? C’est la boite qui paie… » Ydit raconte que, tout prĂšs, les membres du cabinet avaient leurs habitudes et leur crĂ©dit.

 

Alexandre aimait qu’on l’y vĂźt. L’hĂŽtesse apportait la carte, Alexandre nommait les convives, « On prend un bon cru en leur honneur ! », puis s’Ă©tonnait qu’Ydit ne bĂ»t pas d’alcool avant le soir.

On bavardait, une jeune femme Ă  la parole lĂ©gĂšre – reconnue comme chargĂ©e de la communication du ministre -rejoignait un groupe en rĂ©pondant Ă  peine au salut d’Alexandre.

 

« Elle me rappelle ma Nana », disait-il, remplissant son verre. « Elle s’appelle Nathalie, mais je prĂ©fĂšre Nana, quand je la fais venir. Tu devrais la voir ». Puis emmĂȘlait bouchĂ©es avec rĂ©cit, comme on fait dans les romans du XIXĂšme. Il avait, deux ans avant, participĂ© comme animateur Ă  un « camp de jeunes » pour bonnes familles du clan. Dans le bungalow, elle n’avait pas rĂ©sistĂ© Ă  son charme – et il avait avouĂ© Ă  la belle, comme Ă  la cantonade, son goĂ»t pour les tendrons.

 

Qu’ Ydit se rassure, elle dĂ©passait maintenant tout juste la majoritĂ©- « Tant mieux, avec mes fonctions
T’en dis quoi, du ris-de-veau, je le trouve trop cuit ? »
Ensuite, passant vite Ă  la tonalitĂ© fin de soirĂ©e prĂšs du feu, chien sous le fauteuil, cognac et odeurs de mouillĂ© sous les coussins, Alexandre commençait Ă  dĂ©crire ce qu’induit la relation d’un quadra progressiste et d’une ‘petite bourge encore presque neuve’.

 

« Un type de mon Ăąge, et avec mes besoins, il demande forcĂ©ment des trucs auxquels la Nana doit s’habituer, comme de 
sinon c’est pas la peine ».

 

-Et si on retournait travailler ? demande abruptement Ydit, coupant la parole et cachant son malaise- mais le geste a été explicite.
Plus tard, dans le rĂ©duit sombre, les jours de dĂ©roulent avec un ennui surprenant : Serge Ravin, hormis pour « voir le ministre », est peu prĂ©sent. Alexandre a peu d’idĂ©es dans beaucoup de mots, le temps est long et l’Institut mort-nĂ©. Ydit, aprĂšs avoir bavardĂ© en compagnie de la secrĂ©taire rieuse et inactive, en profite pour Ă©crire.

Mais ça ne paie pas son homme.

3- Les coquins d’Alexandre.

Ydit raconte qu’Alexandre une nouvelle fois l’invitait Ă  dĂ©jeuner. Trois tables plus loin, une notable cĂ©lĂ©britĂ© politique concourait activement de la fourchette Ă  la reconstruction d’un monde plus juste.

 

En son honneur, Alexandre offrait le supplĂ©ment du menu- pourtant cher. ‘T’inquiĂšte’ disait-il,‘ c’est l’Institut qui paie’. Puis, ayant goĂ»tĂ© le vin et le temps qui passait : « Bon, je voulais te parler d’une bonne affaire possible, juste entre toi et moi, pas la peine d’ennuyer Serge avec ces petits trucs. Tu es toujours Directeur dĂ©lĂ©guĂ© de la revue oĂč trempe Serge?

 

Tu n’aurais pas envie d’un peu de fric pour dĂ©velopper votre lectorat, des pages couleur? »

Ydit raconte : Ainsi, mĂ©fiant mais aguichĂ©, Ydit acceptait d’accompagner Alexandre Ă  la rencontre avec les frĂšres Z. « Il allait voir, c’Ă©taient des types formidables, d’accord d’origine polonaise, mais ça ne se voyait plus. Ils avaient dĂ©veloppĂ© une boite de pub et de comm, qui marchait plus vite que le feu et, ajoutait Alexandre avec finesse- ils aimaient autant le partage que la souple Nana.

 

Ces mecs, incroyable, se dĂ©plaçaient mĂȘme en hĂ©lico, si besoin, tu te rends compte? »

Ydit se rendait compte. La boutique se voulait discrĂšte et cossue.

-« Et lui, demandait le plus gros des frĂšres, il vient de la part de qui au fait ? »
-« De Serge Ravin, mais en fait, Serge, son vrai nom c’est Ravinowicz, rĂ©pondait Alexandre. Il est des nĂŽtres. »
D’un geste entier du buste, le deuxiĂšme frĂšre marquait la mauvaise surprise.

« -Et pourquoi il cache son nom, celui-lĂ , s’il est des nĂŽtres ? »

Alexandre bredouillait : Tout datait de la RĂ©sistance, Serge y avait jouĂ© un rĂŽle important, finissant mĂȘme colonel Ă  25 ans en 45, tu te tends compte ! De lĂ  provenaient tous ceux de ses amis qui n’Ă©taient pas, dĂ©jĂ , ses copains de la moitiĂ© gauche de Paris. Le frĂšre n’avait pas l’air de se rendre compte.
« -Admettons, mais peu importait, en fait. Ydit savait pour quelle affaire il Ă©tait ici?Alexandre aurait quand mĂȘme pu lui dire d’avance, enfin pas grave, c’Ă©tait simple. »

 

On servait quatre cafés turcs.

Voila : « Notre sociĂ©tĂ© gĂšre le budget comm. d’un gros groupe de mutuelles, c’est nos amis, c’est des nĂŽtres. » Les frĂšres Z proposaient 40 000 par an, pour deux pages recto verso quadrichromie dans la revue que dirigeait Ydit, deal pour trois ans. « Super sur-payĂ©, Ydit voyait ? » Ils avaient regardĂ© le tirage, avec cet imprimeur (mais ils en connaissait un meilleur, on pouvait en parler), ça ne pouvait pas coĂ»ter plus de 10 000 par an, mal nĂ©gociĂ©. Restait 30 000, lĂ  c’Ă©tait « simple, fifty fifty, toi -nous. »

Ydit ne comprenait pas. L’objet social du groupe de mutuelles Ă©tait sans aucun rapport- mĂȘme trĂšs cĂ©rĂ©bral- avec les thĂšmes de la revue : quel intĂ©rĂȘt d’y publier ?
Alexandre marquait un peu d’impatience : « Fais pas ta Nana » rĂ©pliquait-il en Ă©cho Ă  leur dĂ©jeuner. Il ne s’agissait que d’ĂȘtre souple et de se laisser faire.

 

« A quoi ça sert pour le client, c’est notre affaire, disait le gros frĂšre. C’est nous qui gĂ©rons sa confiance ». Il paraissait qu’Ydit n’avait pas BIEN compris le 50/50 ? On Ă©claircissait donc : « Une fois payĂ© (trop cher) l’imprimeur, resterait 30 000, tu palpes 15 000 pour ta revue – t’en fais ce que tu veux, ça nous regarde pas, et d’ailleurs si tu prends tes 25 % ou 30 % de nĂ©gociateur c’est normal, aprĂšs ça commence Ă  faire louche si tu tapes trop fort
 »
Alexandre ( Ydit ne saurait jamais quel pourcentage on lui avait promis) concluait : « On facture 40 000, mais reste en vrai 15 000 pour toi perso et pour le dĂ©veloppement de la revue, et 15 000 pour eux, les frĂšres », en rĂ©trocession mais sans facture, eux, forcĂ©ment…
Ydit avait eu besoin qu’on lui prĂ©cise l’affaire : le client paie 40 000 ce qui coĂ»te 10 000, les deux frĂšres -qui gĂšrent le client- reçoivent 15000 au noir, et le reste..

 

Le deuxiĂšme frĂšre :  » 15000, tu peux tirer 4000 ou 5000 perso, tu t’achĂštes des bidules qui te font des trucs  le reste t’en fais ce que tu veux pour ta brochure, ça peut pas lui faire de mal ».

4- L’oubli d’Alexandre : et Serge lui en voulut toujours.

Ydit avait voulu qu’on le laissĂąt rĂ©flĂ©chir.
Au retour, Alexandre disait : L’unique problĂšme, c’est la compta. Mais il connaissait la seule permanente de l’association Ă©ditant la revue : gentille, pas trĂšs futĂ©e, n’y connaissant rien en chiffres, on allait s’arranger avec elle sans problĂšme, Alexandre s’en occuperait. Personnellement, ajoutait-il avec un sourire prometteur de toutes les petitesses.

« -Je n’ai pas trop le temps pour les dĂ©tails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », rĂ©pondit Serge Ravin, lorsqu’Ydit entreprit de lui parler.

« Fais pas ta Nana, tu as parfaitement tout compris, alors je leur dis quoi, aux frĂšres Z? »

Peu de jours aprĂšs, le Conseil d’Administration, un peu dĂ©peuplĂ©, comme souvent, ce soir lĂ , entendit avec surprise, et intĂ©rĂȘt, le rapport d’Ydit sur la proposition.

 

« Mais, s’enquit le prĂ©sident- qui ne manquait pas d’humour- mĂȘme avec l’analyse d’un psychiatre sur la symbolique de toute transaction, ne peut-on pas dire que c’est carrĂ©ment une arnaque ? »

Un membre du Conseil, qui rĂȘvait d’un vaste colloque portĂ© par la revue, se demanda si une telle somme, cependant…Il sut avoir la sagesse de ne pas insister. Le Conseil vota unanimement contre.

Dans le mois qui suivit, au sein de « l’Institut », Alexandre avait multipliĂ© les consignes absurdes et les demandes humiliantes. Ydit avait rĂ©sistĂ©.
« -Je n’ai pas trop le temps pour les dĂ©tails, le ministre m’attend, voyez avec Alexandre », avait fui  Serge Ravin.

Ydit, alors, simplement : » Je renonce et  je pars ». Il l’avait Ă©crit, sans rien raconter. StupĂ©fait, mais au fond indiffĂ©rent ( un Ydit chasse l’autre), Serge Ravin avait « pris acte ».

Car tout le monde n’est pas des nĂŽtres, et ce fut ainsi que finit la maladroite Union d’Ydit avec l’Entreprise et L’Industrie.

___________________________________
(*) La fillette de temps en temps se plaint des passages obscurs. Bon exemple : « Alexandre, ĂŽte toi de mon soleil », c’est ce que rĂ©pondit, prĂ©tend-on, le philosophe au roi conquĂ©rant qui lui offrait de satisfaire ses dĂ©sirs.


Didier Jouault pour Yditblog 89/116 : Alexandre saute de mon sommeil

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YditSpo 88/115 Alexandre le Ravin, Alex sans pain, Alex sans rien, Alex sans drain?

(voir SPO 87/114 Alexandre ne saute pas de mon sommeil)

Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs numĂ©ro 88/ (post 115)


YDIT raconte Alexandre :

ALEXANDRE avait encore moins de quarante ans. Qu’avait-il fait pour ĂȘtre lĂ  ? Rien, et cela lui permettait de beaux dĂ©veloppements.
     1 – Serge Ravin
A l’origine de la rencontre- vite malheureuse- : Serge Ravin. Toujours en verve et en verdure, il avait croisĂ© Ydit dans les Ă©troits bureaux sombres d’une revue extrĂȘmement spĂ©cialisĂ©e.

LĂ , depuis deux ou trois ans, Ydit avait commencĂ© par donner aux articles proposĂ©s par les contributeurs une allure de langue française davantage lisible, et cela formait l’un des enjeux du prĂ©sident- un psychiatre soucieux d’ĂȘtre compris.

Le comitĂ© de rĂ©daction apprĂ©ciait que cette remise en mots fĂ»t accomplie par un innocent- qui plus est jeune (YDIT n’avait pas trente ans), mais sans trahir le fond.
Ydit raconte qu’il s’amusait, le dimanche aprĂšs-midi, Ă  travailler son dictionnaire franco-lacanien, ou Ă  proposer des maquettes nouvelles pour la revue d’aspect austĂšrement vieillot, « Une brochure pour pharmacien de chef-lieu de canton qui vend des laxatifs » avait notĂ© l’un des membres du Conseil d’Administration, Serge Ravin, ajoutant: » Lisible comme un registre de notaire tenu par un poĂšte »

 

Peu Ă  peu, de textes en maquettes, avec la complicitĂ© active d’une permanente amusĂ©e ou le soutien trĂšs impulsif du PrĂ©sident du Conseil d’Administration, Ydit s’Ă©tait vu affubler de titres de plus en plus gĂ©nĂ©reux : Ă  la fin, directeur dĂ©lĂ©guĂ©.

– Germaine: ça lui plaisait, on s’en doute !
– V3 : c’Ă©tait bien payĂ© ?
– Vassiliki : En plus, avec ces gens lĂ , il apprenait tout sur le fond des Ăąmes et les nƓuds des Ă©crits, ça devait aider pour les rapports ?

YDIT raconte : vice-PrĂ©sident, Serge Ravin-homme de rĂ©seaux d’ombres et d’activitĂ©s plurielles- connaissait la moitiĂ© gauche de Paris.

Au changement de PrĂ©sident de la RĂ©publique, il avait acceptĂ© (sollicitĂ©?) de prendre la prĂ©sidence d’une boite Ă  malices nouvellement créée, qu’on espĂ©rait de nature Ă  rapprocher les Ă©lecteurs socialistes du PrĂ©sident et cet univers trĂšs indĂ©fini: l’Entreprise.

« Venez avec moi au ministĂšre, dit Serve Ravin, parodiant : « J’ai besoin d’un agrĂ©gĂ© qui sache lire et Ă©crire. Vous serez mis Ă  disposition, je m’en occupe. »

Ydit, à force simplement de rester là, dépassait un peu plus de trente ans, de quoi devenir vieux si rien ne bouge. Certes, les bonheurs ne manquaient pas.

Et, Ă  l’Ă©poque, signer la feuille de prĂ©sence au bas d’une en-tĂȘte comportant le mot Entreprise, ou Industrie, c’Ă©tait un peu comme de tripoter le Minitel Rose sous son vrai nom, ou d’entrer dans un sex-shop sans avoir mis des lunettes noires et une barbe Ă  la Castro.
Que diraient les amis en salle des profs ?


didier jouault pour Yditblog 88/115, Alexandre, Alex sans drain, 2 sur 3


A suivre



 

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Yditblog SPO 87/ 114 Alexandre ne saute pas de mon soleil 1 sur 3

Yditblog SĂ©quence Publique d’OubliEs numĂ©ro 87/ (post 114)

Alexandre ne saute pas de mon soleil, d’accord, mais parlons un peu des seconds-drĂŽles?


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L’annĂ©e commence par nous !

YDIT est venu parler dans un espace communal qui fut naguĂšre un lieu funĂ©raire de la Ville, un entrepĂŽt pour pauvres d’avant cimetiĂšre, services mortuaires de qualitĂ© garantis par la MunicipalitĂ© tout entiĂšre Ă  ses morts attachĂ©e.

C’est, Ă  prĂ©sent, l’un  de ces endroits vouĂ©s au théùtre, Ă  l’image, expositions et cinĂ©ma.

 

Un restaurant Ă  prix dĂ©fiant tout linceul de s’y frotter accueille aux heures d’after les plus coquettes des riveraines et les plus blancs des voisins. Un lieu trĂšs urbain, mĂ©tropolitain, mĂȘme. Des tours proches, peuplĂ©es en multicolore ainsi que les meilleurs films, des couples viennent  badiner dans la grande salle, et des Ă©quipes d’amateurs dansent sur un parquet jadis utile Ă  l’entrepĂŽt des cercueils.

 

Ainsi va la mĂ©moire : ça pullule, ça germine, ça fait l’asticot dans la poche-poitrine des fantĂŽmes. Les pieds s’enracinent dans le sillon du passĂ© : germent les projets sur le dallage dĂ©sert des Ă©glises de village.

Germaine s’exclame que:  « Dit comme ça, on commence mal, Ydit surtout Ă  votre Ăąge, coincĂ© entre la pierre de la naissance et le faire du mourir. »Â 

 

Autour des quatre,  rĂ©unis par la sirupeuse solidaritĂ© du discours, un groupe rĂ©duit semble attendre la performance, ou la parole. Ici, Paris-Peuple, on est habituĂ© Ă  l’imprĂ©visible- c’est mĂȘme un peu pour le surprendre qu’on vient regarder les parleurs. Voltaire, dit V3 , se demande s’il ne serait pas utile de commencer l’annĂ©e par des…

– Des rĂ©solutions  ? interroge Ă  mi-voix une Vassiliki naturellement arrivĂ©e en retard(mais on prĂ©tend qu’elles voient de loin).

– Des prĂ©sentations, on aimerait mieux, parce que vous ĂȘtes qui, vous, en vrai ?img_2932carolina face etiquette mainP1200589

Ydit : L’interrogeante fillette a raison. Il s’incline, tourne, dĂ©signe : « Voici le trio des comparses, ils sont comme des maitres nageurs auprĂšs de ma baignoire Ă  mĂ©moire, surveillant la chaleur du bain d’OubliEs. Trop chaud tu fumes, trop froid tu claques. »

– Rude dĂ©but de dĂ©bat pour des Ă©bats d’abats, sourit V3, qui dĂ©teste le relĂąchement du langage.

Ydit : En premier, voici Germaine-des-rails, tout entiĂšre dans la dualitĂ© de son inflexible  naissance  ferroviaire et du jeu de mots qui la sort du trajet. Depuis plus de deux ans, elle accompagne les SĂ©quences Publiques d’OubliEs.

 

Sa gouaille vigilante évite les aiguillages trop douteux.

Germaine-des-rails :

Moi je veux/des récits/ pas véreux/ pas débris

Souvenirs/qu’on arrache/sans souffrir/Ă  la hache

V3 , hilare (et sacrifiant au populaire du coin)  : « Ma chĂšre, vos textes, c’est boiteux comme un wagon qui se barre et se marre sans bar. »

Puis, dĂ©signant YDIT : » Mentir, passe encore mais rĂȘver Ă  cet Ăąge
 »

YDIT cependant persĂ©vĂšre, il l’a dit, Ydit : tant que le doigt possĂšde la force d’affronter le clavier, ça va continuer.

Donc : A l’origine de ce nom de Germaine: Oncle Jean. Chef de gare puis contrĂŽleur mobile ( ou dans l’ordre contraire), il offrait des tronçons de chemin de fer miniature, ou mĂȘme un wagon les annĂ©es fastes, avant que la derniĂšre dispute avec la mĂšre, sa sƓur, n’Ă©loigne Ă  jamais cette grande figure de la vacuitĂ©, sonore comme un cliquetis de loco sur un pont tournant ayant perdu le nord.

 

Avant ce ‘bon-dĂ©barras’, il invitait parfois Ydit Ă  boire une grenadine lĂ©gĂšre ( comme il y a des grenades au plĂątre), dans le pavillon deux-piĂšces bĂ©ton et treillis qu’il occupait les fins de semaine, avec l’opulente prĂ©sence d’un conducteur de la GĂ©nĂ©rale.

Tante Germaine-de son Ă©tat plumassiĂšre Ă  domicile -prenait en charge l’Ă©ducation morale du neveu.

 

Elle ouvrait une commode, puis un tiroir, et montrait des cigarettes fanĂ©es. « On les donne Ă  ton oncle, pendant un pot de fin d’annĂ©e Ă  la gare, par exemple, et il ne fume pas, mais il les prend, et on les met ici, on ne sait jamais  ça peut servir. Mais toi, ne te mets pas Ă  fumer, ça coĂ»te trop cher! »

Ensuite, nouveau comparse issu d’un cafĂ© jadis philosophique : Voltaire, dit V3 non pas en hommage au vernis des rĂ©cits ou au dĂ©capant des souvenirs, mais tel qu’en lui-mĂȘme la fraternitĂ© le change depuis son arrivĂ©e : VĂ©tilleux, vindicatif, vĂ©nĂ©rable, vigilant,

 

 

valeureux, vĂ©nĂ©rĂ© , vieux et Voila le travail,– il suffit de choisir selon les humeurs.diderot

 

Mais, proteste v3, dans cette galerie de portraits, que fait l’intrus qui presque rien ne publia, tandis que moi…

 

YDIT : Enfin, notre toujours Ă©nigmatique Vassiliki ( YDIT s’exclame comme s’il annonçait « Le Grand Zampano », « Ce qui sonne tout de mĂȘme encore plus vĂ©tuste que Voltaire, dit la fillette »), Ydit :Vassiliki la plus belle !

Une mĂšre se joint au groupe : qui est lĂ ? Qui s’exprime? D’oĂč parlent-ils? De quel droit?

Vassiliki, sans réserve, expose ses raisons :

la Russe YDIT orangeoxygÚnecreditn alexandre_cabanel phedre éperdue d'amour coupable pour son beau fils hppolyte, 1880LA RUSSE spectatrice déguisée

 

 

 

-« La plus belle, tu parles, ragnonne Germaine, surtout celle qui marche le mieux dans les fantasmes dĂ©shabillĂ©s d’Ydit, comme s’il n’y avait pas trop, dĂ©jĂ , de pin-up et de jeunes filles un peu plus qu’Ă  moitiĂ© nues paradant aux fenĂȘtres. »

 

Voltaire devient nettement sourd, Ă  cent ans et davantage ( on ne compte plus). Il tourne la tĂȘte, un nouvel amour ? Il la dĂ©tourne, une nouvelle fenĂȘtre?

 

Mais pas d’auditrice attendant qu’on la dĂ©livre : seule Vassiliki dĂ©ment l’absence par l’excĂšs des formes de lettres.

YDIT raconte que Vassiliki, justement

–un nom grec, interrompt V3, mais une Russe, une ruse, suivant les chemins des orthodoxies.
Elle vient, au nom des Services, qu’elle nomme encore les Organes par respect filial pour quelques anciens,  experts nageurs en apnĂ©e dans les riviĂšres  des attentes déçues.

– La fillette, qui ne comprend pas tout, s’interroge : quel genre de rapports?

 

 

Ydit : pas la peine ce comprendre, il faut  suivre le courant, donc, Vassiliki, des rapports sur le pĂšre et les Services, mais ce sont des rapports impossible Ă  Ă©crire, elle tente de trouver les maux depuis deux ans, des rapports sans doute mĂȘme Ă  penser, parce qu’ils devraient dĂ©crire l’indicible des origines.

– La fillette, qui ne comprend pas tout, s’interroge : quelles origines ?

– De toute façon, prĂ©cise Voltaire dit V3, dans l’Ă©tat oĂč se trouvait le pĂšre Ă  certaines pĂ©riodes, mieux vaut passer vite Ă  une autre sorte de gourmandise spatio-temporelle!

 

– Surtout, se tord un peu les mains Germaine, parce que, lĂ , on perd un peu notre temps, on va pas rater une fois de plus le dĂ©part ?

YDIT conclut, pour son public : « Germaine rattrape les quais en retard et retape les trains au rancard.

 

Sans elle, on resterait muet Ă©perdu sous  un coin de marquise Ă  Niort ( cf SPO 80 et 81)- tandis le wagon-lit s’Ă©loigne, ce qui n’aurait pas manquĂ© de panache, comme pour chaque loco.

« Et mes comparses prospĂšrent par pĂšre », dit le dit Ydit au pĂšre de la fillette, agrĂ©gĂ© au public.                 « Parlons vrai »la rĂ©alitĂ© n'existe pas vitrine

Trois Comparses : « Comme des Parques de comĂ©die, attentives Ă  tenir le fil de fer barbelĂ© entre des ciseaux de guimauve, jusqu’au soir prochain oĂč c’est l’inverse. »

–« Ah, j’aime bien cette photo de nous trois en vacances devant la Maison Centrale », s’Ă©crie Germaine.

 

 

« Comme des Muses ou des GrĂąces dont le nombre est dĂ©peuplĂ©, inventives dans leur maniĂšre de mentir les rĂ©cits pour parler de fausses mĂ©moires ».

 

 

 

Comme des gardiennes du désordre qui

 

short la jeune proffemmes policd colombie

– Non, maintenant assez paradĂ© avec  les comparses, proteste la fillette, coupant la parole Ă  Vassiliki prĂȘte Ă  rire des uniformes, non maintenant, YDIT, assez fui dans la suie, assez lui dans la nuit, assez ri sous la pluie : raconte !


YDIT raconte Alexandre :

Ă  suivre, SĂ©quence publique d’OubliEs n°88 ( post 115)


didier jouault  pour Yditblog  87/114 (Alexandre ne saute pas de mon soleil, 1 sur 3


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour 2019


entre les jolis sourires des OubliEs ouvrant la porte du palier quand vous avez oubliĂ© vos clĂ©s ( mais ceci n’arrive pas ! )Featured Image -- 10382


pour vous debout et mobile devant tous les Ă©couteurs de vivre capables de ne pas vous croire, mais vous parlez tout de mĂȘme vos dĂ©sirs,dĂ©tecteurs de sons pour repĂ©rage aviation,1914-18 mais ne serait-ce un montage


pour vous, accompagnĂ©(e) de vieux amis dont les « LumiĂšres » sont hĂ©las un peu ternies par les Ă©clats mĂ©diatiques brillant aux couleurs grises de l’inutile,voltaire-loublies-mpt-17-


pour vous qui voudrez trouver derriĂšre les grilles protĂ©geant les intimitĂ©s des fenĂȘtres les personnes de chair cachĂ©es par les illusions du regard,img_3346illusions et apparences l'ame cachĂ©e de la maison


 pour vous  qui saurez  deviner dans les visages et les livres, sur les mains et les  Ă©crans, la diversitĂ© fructueuse (serait-elle encline Ă  la gravitĂ©) qui ouvre l’appĂ©tit sur un partagedes petits matins qui montent,

vƓux : 

Que vos dĂ©parts soient des rĂȘves de choix sans code, et vos  choix


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Yditblog 86/113 : 2019 !

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…entre les jolis sourires des OubliEs ouvrant la porte du palier quand vous avez oubliĂ© vos clĂ©s ( mais ceci n’arrive pas ! )Featured Image -- 10382

 

 

 

 

 

 

…pour vous debout et mobile devant tous les Ă©couteurs de vivre capables de ne pas vous croire, mais vous parlez tout de mĂȘme vos dĂ©sirs,dĂ©tecteurs de sons pour repĂ©rage aviation,1914-18 mais ne serait-ce un montage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

…pour vous, accompagnĂ©(e) de vieux amis dont les « LumiĂšres » sont hĂ©las un peu ternies par les Ă©clats mĂ©diatiques brillant aux couleurs grises de l’inutile,voltaire-loublies-mpt-17-

…pour vous qui voudrez trouver derriĂšre les grilles protĂ©geant les intimitĂ©s des fenĂȘtres les personnes de chair cachĂ©es par les illusions du regard,img_3346illusions et apparences l'ame cachĂ©e de la maison

 

 

… pour vous  qui saurez  deviner dans les visages et les livres, sur les mains et les  Ă©crans, la diversitĂ© fructueuse (serait-elle encline Ă  la gravitĂ©) qui ouvre l’appĂ©tit sur un partage des petits matins qui montent,

vƓux : 

Que vos dĂ©parts soient des rĂȘves de choix sans code, et vos  choix : des rĂȘves d’aller plus loin sans le savoir, pour le goĂ»t Ă©picé  des puits de souvenir ou  des futurs couloirs de train,

 

 

 

Que dans la symbolique tumultueuse du quotidien, sous les yeux amusés des trois Parques de mieux en mieux attentives à nos jours,

 

que  vos pas et les miens

ensemble

retrouvent  la naïveté du chemin

vers de cette maison vide,

mais hospitaliĂšre aux errants,

la mémoire du temps.tintin

A bientĂŽt, ici- sur ce vieil Yditblog.

Bonne année !


didier jouault pour Yditblog SPO 86/ post 113

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Allez, encore un peu de plafonds dorés dans les palais déserts ?

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SĂ©quence Publique d’OubliEs numĂ©ro 60 : RusĂ©e, la Russe rosse arrase le ressac.


Dans sa Peugeot des grandes Ă©poques, une Russe un peu dĂ©glinguĂ©e – mais on l’a dĂ©jĂ  vue ici-mĂȘme et revue en majestĂ© telle VĂ©nus sortant de la fenĂȘtre- la Russe attend tapie et sans mots. Comme un ocĂ©an de questions ne parvenant jamais Ă  repousser la dune du silence. Le soleil ferait des taches sur l’appeau, entre les joncs.

Un auditeur de ce jour : « Pour  votre jeunesse, YDIT , des Russes dans le mĂ©tro et les autos, y en n’avait pas, justement, des Russes, ou alors ça faisait STASI, c’est vrai que vous n’ĂȘtes plus tout jeune, hein? et cette Russe, alors, votre Vassiliki, au fond, elle travaille pour les Services, pour les Organes comme ça se disait? »

Dans la 403 du service, Vassiliki murmure que si elle voudrait, elle aussi


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Didier Jouault pour Yditblog 60 / La peau du départ est longue à tanner.

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