Didier Jouault pour Yditblog 68 Comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

 


(séquence Suite de SPO 67)


« Bon, faut que j’y aille, sinon je vais rater mon bus 86, l’arrêt Mazarine juste en face de chez moi. Mais je reprendrais bien un petit caoua, tout de même », avait dit Voltaire impatient sous le récit des labyrinthes « Pas vous? Un espresso? Ils sont bons au Procope. Et ça pourrait activer le narratif, vous ne croyez pas, sur votre BdD impossible à remplir d’idées? Ceci dit,  Michaëlla, sa voisine, la belle-sœur, Tyne…

Moi aussi, je m’y connaissais en femmes, vous le saviez ?   P1210314     

SI vous aviez été muni d’une nièce comme la mienne, enfin, vous n’auriez pas tant regardé poser les Russes en short, ce qui n’est pas très utile pour l’Histoire, même si elles visitent l’origine de l’Histoire. »Voltaire old by Aved

YDIT casse le sucre, sert. « C’est toujours pareil, avec la philosophie, vous ne trouvez pas, mon bon? » murmure Voltaire qui passe pour s’y connaître (encore une imposture des libraires, dirait-il).

 

« Avec elle, on ne sait jamais trop si on tire tout de suite une balle dans la nuque ou si on interroge un peu d’abord, en fumant des Gauloises bleues ».

Interrompu dans l’essor du récit, toujours délicat d’envol, Ydit se tait. V3, le Vieux Voltaire Vaticinant, regarde le verre de lait : « J’ai appris à boire cela en Angleterre, avec le thé, vous le saviez? ». 

    YDIT se lève, ajuste lunettes rouges, ruban bleu. « Tout le tintouin, n’est-ce pas? » goguenarde  V3. bal des pingouins de fer 4  « Mais, je l’avoue, s’il l’avait fallu, moi-même, pour ma promo,  je serais allé marcher pour le roi de Prusse ».Son propre gloussement l’étouffe un peu. oublies en chemise 4    « Sauf que, moi mes livres ont rapporté beaucoup d’argent, jusqu’après ma mort. C’est même une Russe qui a voulu acheter ma bibliothèque, vous le saviez ? On se demande bien ce qu’elle y comprenait… »

    Un silence. YDIT raconte. En dépit de tous les retardements, YDIT raconte: Espérant l’idée qui devait emplir l’idée, il poursuivait les parcours des consultations dans les couloirs de l’Institution. Comme à  la recherche d’une lumière à l’insu des images dans le couloir.

 

 

–« Donc, alors, quoi de neuf ? » C’était la question par  laquelle Claude-Antoine initiait tout dialogue. Les entretiens avec lui étaient toujours enluminés de ce charme désuet propre à la maison de famille telle que la filmaient les cinéastes en ces temps. Lumières de vêpres oublieuses de la religion.

Dans le bureau, on jouait avec la fin du Bel été de Faustine en caressant le genou de Claire.    SPO on the balcony NYC fifties   C’était oiseux et doux, comme de comparer les versions de La Jalousie ou les divers whiskies de Churchill en écoutant Oscar Peterson ou India Song. De sorte que l’entrevue avec Claude-Antoine, forme de séquence obligée, ressemblait à ces moments de vie dont le goût goûteux ne dégoûte de rien, mais disparait comme la saveur d’un bonbon sans sucre offert par l’hôtesse deux minutes avant le crash.

     Naguère chef de rubrique « Défense » dans un quotidien de la Côte d’Ivoire, Claude-Antoine, véritable éléphant local, avait regagné la métropole lorsque le monde s’était effondré. Devenu rédacteur-en-chef de la revue bimestrielle du ministère (16 pages, quadrichromie), il ne craignait rien tant que l’absence d’information, sauf – sans doute- la fausse information. Sa pratique des palabres l’avait peu habitué au discours hâtif et sec des Européens. un bon profil pour la République

 

Entre deux revues, il publiait parfois des récits de savane, de marigot, de coq ouvert au couteau par le marabout. Le DIR avait toujours refusé qu’on les insérât dans la revue :

« Tout ce noir, c’est un peu sinistre, non ? ».

« Alors, donc, rien de neuf? » soupirait Claude-Antoine, en reconduisant Ydit d’une main solide vers le couloir. Et toujours pas d’idée pour la boite à ID d’YDIT.

Sous la mezzanine qui servait de repaire à Michaëlla, Pierre et Marie avaient la haute main sur la falaise de photocopies et de reliures,  témoins noirs et blancs des œuvres matinales du service. Des commis d’office venaient, à midi, compter les exemplaires qu’ils diffusaient, avant minuit, aux Voisins et Institutions. Arlequins résumés au bicolore, ils œuvraient en silence pour la diffusion de la vanité. Mais la gentille Marie jouissait d’un atout vigoureux : sa belle-sœur.mamy de stephen jeune

Petites vestes Agnès B. parisiennes faussement modestes   ou pantalons Chacok bouillonnant de multicolore, chemisiers Alaya sur jupe blanche au printemps, B.L. avait fait le beau mariage. Dans les étages supérieurs, elle assumait des tâches de même.

YDIT raconte que la photocopieuse les avait présentés à la cafétéria.

V3 soulève son bonnet, délie la ceinture dorée qu’on lui connaît : selon lui, cette phrase n’a pas l’essence qu’on lui prête.

    YDIT :

« Sur une table, on voyait un caramel de jeune.caramba ! Il l’avait offert à B.L.      Elle l’avait développé comme on tire un original. » caramba 2!

« -Cette phrase là aussi, vous comprenez les double-sens ? » soupire Voltaire.

     YDIT : « Ils s’en amusèrent vite. Chacun profitait de la moindre absence de l’autre pour déposer sur la table les petits gourdins de « Caramba! ». Leur disposition simulait des acronymes au goût aussi incertain que l’objet lui-même. Bientôt, on ne les voyait plus à la cafétéria, mais on les surprenait au jardin voisin, décorant le désir aux couleurs pâles du jambon-beurre. On avait prétendu qu’ils n’usaient pas que du langage.

     Ensuite, vers la fin, le DIR avait invité Ydit, avec deux ou trois autres, à faire le point, samedi matin. On s’était retrouvés au café d’en face, le temps qu’ouvrent les portes. Sur le seuil, comme ils sortaient, un déçu de l’égalité tendait la main, et le DIR versait une obole exorbitante.  SPO 40 007 L’autre l’injuriait : Puisqu’il pouvait tant faire, que ne faisait -il davantage ?

–« Précisément, Monsieur Ydit, c’est une excellente question, avait dit le DIR dès qu’ils avaient été dans son bureau. Le ministère vide répondait par le silence. « En somme, quoi de neuf sur l’Idée? » demandait le DIR, sincèrement intéressé par les constructions de leurres auxquelles sa « Team grandes écoles » ( qu’il nommait Team Désagrégée) l’avait habitué.  YDIT raconte qu’il avait décrit en riant ses voyages sur place en quête de la parole, pour mettre dans la boite à données :

 

Les œufs de Dédé-la -Poulaille, le loto Pernod du CdeB, le rayon vert de Michaëlla, le damier des reproducteurs, comme une scène de pêche à la truite au mur d’un bougnat auvergnat. Imaginez, disait-il au DIR, la même pêche, au mur d’un salon misogyne Oxford street. »

     Le DIR s’amusait. Il aimait bien son  » Gang désagrégé », des  » jeunes rigolos, inutiles, mais pleins d’avenir ». Certes, on ne savait rien sur tout ce qu’on aurait dû savoir,« mais vous allez voir, YDIT, on songe en son gîte, on suppose la fin de piste, on tourne autour du château, on prend des bords avec le navire Night, pas grave, pas grave, pourvu qu’on marche ». Il y avait du fond dans la surface de cet homme là. Et puis, sa « Team Grandes Ecoles » avait réponse à tout.

–« Juste Ciel », s’écrie Voltaire en une seconde d’oubli de soi, « Qu’en voici de la philosophie pour honnête homme. C’est aussi retors que mon histoire de cultiver son jardin, vous saviez cela? Vous y avez cru, au jardin, vous ? Enfin, YDIT, un garçon comme vous, « Bâtir passe encore, mais planter à cet âge! » …        

…S’il s’agit de biner, tout ce qu’il reste, c’est de retourner la terre pour sauver les taupes de leur propre obscurité.

Ou alors, boire des vers avec des amis déguisés en allume-lanterne. »porcelaine FM

 

 

Fatigué par ce définitif, V3 se tasse dans son fauteuil éponyme et finit son lait. « Votre histoire, à peine un truc à faire plonger les filles candides dans l’eau des piscines, pour la raison que le chlore fait du bien à la silhouette ».

plongeoir Pignan slovénie

     Peu après, Ydit avait abandonné la Direction comme un fantôme sort d’une armoire normande à entendre l’alerte d’incendie, à l’heure où des accordéonistes gitans viennent danser la java du diable sur le pianola du DIR.

     Passant, des riens en main, il était entré dans le  bureau de la stagiaire. La nouvelle. TYNE y tenait la « veille »,

 

et de sa mère nordique. Elle avait travaillé tard. Il aurait parlé. Mais il n’y avait personne. Les grosses machines bruyantes chargées de dévorer les nouvelles couvraient le murmure de l’absence. Un peu de soleil dans l’eau froide du bureau éclairait un bouquet de pensées.IMG_4465

     Sur un revers de revue, YDIT avait lu :

« L’épaisseur du soleil inhibe la vitesse de la lumière ».

Ydit avait laissé un réponse.entrée sortie la contradiction du réel (1920 Londres )

 

On l’avait aperçu qui partait, pour M. peut-être ? A l’instant de l’aurevoir, le DIR, amical  : « Vous n’oubliez pas vos Carambars? ». Ydit avouait qu’ils avaient déjà pas mal fondu. Tant pis.

Le DIR fit une réflexion sur le dur époussetage du désir par le vent du temps. C’était banal.

 

 

Plus tard Michaella poussa en douceur la dure porte du DIR.

 

–« C’est vrai qu’YDIT s’en va? »

–« Déjà parti, mon petit. Vous avez toujours une petite nouvelle de retard. Mais on le verra sans doute de nouveau, ici et là. Il parcourt sa spirale, et à son âge elle monte encore. Avec Ydit, l’agaçant ( il avait pris un temps ), oui, on dirait toujours qu’il se pense immortel.« 

 

 

Puis, songeur : « Michaëlla, vous qui êtes dans la Team désagrégée, donc vous  savez tout, vous ne sauriez pas où est passée TYNE, la petite nouvelle stagiaire ? »

 

     Voltaire, agacé par les Lumières posées sur Ydit : « Bon, c’est pas tout ça, mon bon, vous avez des dates pour les festivals, déjà? Moi, je vais faire Chambéry, Londres , Berlin… »

    A ce moment, au Procope, les Américaines (que Voltaire aurait voulues Slaves), demandent l’addition. Le garçon en noir et blanc s’approche de la table :« Mon service finit, vous pourriez régler ? »

 

Voltaire fait un geste vers YDIT, « Rien sur moi », un autre ( amical) pour saluer les étrangères et la hauteur de vue de la note.
-« Ne vous troublez pas, YDIT, mon bon, c’est toujours  un peu comme ça, ces choses avec la mémoire, il faut payer avant que ça ferme. »

YDIT entoure le ruban bleu des records intérieurs autour des lunettes rouges, celles des aviateurs jamais décollés. Fin de partie.

 

Il glisse dans leur boite invisible les sautoirs et les étiquettes, on range, on plie, on déserte le désert polychrome des rivages secrets sertissant le flux sévère de la mémoire. Il se lève.

-« Sinon, demande à nouveau V3, dépliant l’arthrite, des dates pour votre chaud en juin? »

 

 


RAPPEL sur les AQUARELLES nommées  » S.P.O. » ( ou Lavis, mode d’emploi).


La Séquence Publique d’OubliEs qu’on regarde maintenant est un élément d’une longue série d’OUBLIS volontaires. Oublier ce qui a été un mauvais présent, ou un réel trop tard perçu. Le projet, des posts de garde, en poste restante, reste de mener sans hâte et sans reproche le récit amusé -ou stupéfait- de ces jours qui façonnent les mauvais souvenirs pour des récits lancés dans les soirées d’amis, les cauchemars, les somnolences d’avion- ce qui reste à oublier, au fond, avant de faire la somme (ou un somme?)

à la fin de l’histoire.


Yditblog   68   par   Didier Jouault

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog SPO 67 et 68/ Les données de V3 n’ont jamais pris leur envol

Séquence Publique d’oubliE n° 67 :  V3 demande un espresso, premier essai

 

     Ydit commande un café au garçon très habitué à maîtriser tous les langages (et souvent les tangages). Montesquieu en dira que c’est une boisson à multiplier par quatre les idées.

 

     Ydit sort les lunettes rouges, dénoue l’entrave bleue des OubliEs, regarde le salon d’écriture dans les reflets du miroir : les rituels accomplis, tout est prêt pour que circule la parole et qu’il soit juste de  séquencer la mémoire. P1200652

 

 

 

–« Toute une étiquette, mon bon », chevrotte le vieillard qui boit en paix un verre de lait.

 

Il le désigne : « Cette chose, vous voyez, on prétend que cela provient des vaches? Vous le saviez aussi ?

Avez-vous déjà vu une vache ? A Ferney, j’avais… »

IMG_4467     Il s’interrompt. Parfois on doute : est-ce bien du lait ? Avec lui, on n’est jamais sûr du degré du langage. Le garçon Noir et Blanc s’approche, l’autre ricane, désigne deux Américaines assises tout près, qui se noient dans les volutes crème du capuccino. Comme V3, Procope, c’est l’interlope.

PARIS - FEMMES - TERRASSE DE CAFE

Jeunes Américaines à la terrasse d’un café. Paris, vers 1925.

Le Vieux, également dit Vieux Voltaire Vaticinant- et surnommé V3 dans les tirs de barrage des armes secrètes de l’Histoire-, les regarde par derrière et murmure : « Je les ai toujours préférées en Rose et Vert. Mieux que le Rouge et le Noir, non? »

On le nomme parfois V2, Vieux Voltaire, ou W pour alléger (un souvenir d’enfance?)

Ydit, est ici pour la séquence : il voudrait commencer le menu du jour, écarter la peau molle du présent pour mettre sous la lumière ces viscères de mémoire qu’on nomme souvenirs.

–« La Lumière, ça me connaît, dit V3 , et même au pluriel. Avec vous, mon bon, le récit, ça ne commence jamais vite? « be light

     Ydit le sait : les friselis langagiers de W ou V3 transforment tout départ d’histoire en parachutage d’armes bulgares sur un maquis yougoslave gangréné par les taupes du KGB.

–« En plus, au moins, de mon temps, on était sûr que c’étaient des Anglaises, maintenant, pour un peu, j’y pense quand vous épelez KGB, elle sont Russes, ou au moins slaves, vous le saviez?Procope Voltaire vaticine

« Cela ne vaut pas les Prussiennes, j’en conviens, mais au moins elles ont du savoir-vivre, et peuvent même recevoir cette canaille de Denis dans les jupons de la Tsarine. »

     Il fait un geste large, celui d’un bouquiniste édenté à qui des Chinois échappés ou écharpés de la Révolution tentent de vendre de petits livres rouge-amarante : « Denis, en voici un qui ne faisait de l’ombre à personne avec ses récits : rien que du posthume ! Nous avons bavardé ici-même, vous le saviez ? Quant à ma rente…ça ira! »

     Ydit raconteur d’OubliEs se lève. Il entreprend la fable de cette fois. Il raconte qu’après un autre métier, il avait pénétré à l’invitation d’un ami les couloirs bégayants d’un ministère.

–  » N’empêche, ça me fait bien plaisir de vous retrouver, je trouve que vous êtes un parleur sympathique.           Voulez-vous venir pour la photo de mon blog? »Voltaire et son blog

     Ydit raconte que le voici là. Il y a bientôt quarante ans. Peu de jours après, il rencontre le Directeur, qui l’interroge sur ce qu’on pourrait bien faire, puisqu’il y était- justement- là. Pendant qu’on y était. Il y avait le projet d’une banque de données. Une bourse des travaux en cours. On ne savait pas trop.

Il fallait que les idées circulent.

     En ce temps, on pianotait sur des touches de métal pour aligner des fiches en carton qui bâtissaient des mémoire en dentelle, on envoyait du virtuel par des cubes en praliné-chocolat, on passait des fax pour savoir à quelle heure serait la réunion demain.

« -Ah oui, une BdD, avait dit le Directeur, ça ne peut pas faire de mal, et puis- pour quelqu’un tel que vous-, c’est une occupation honorable. On vous fera un joli parcours d’initiation à la parole d’ici. »

     Ydit interrogeait : que mettrait-on dans les idées? Le Directeur s’impatientait un peu, ce n’était pas trop sa mission.

– Et si on se penchait sur les profondeurs du moi professionnel ?

– On va irriter l’Intérieur…

– Si on allait au charbon dans les lycées, les clubs de jeunes ?

– Pas terrible, ça va irriter les mineurs.

– Et du côté des artistes, des autistes, des journalistes, des fausses pistes ?

– Alors, rue de Valois, la Culture va tonner !

– Bon, disait Ydit, je regarde vers où, alors ?

Le directeur avait suggéré qu’il fasse quelques voyages sur place pour interroger ses collaborateurs.

     Ydit raconte qu’il découvrit alors Monsieur  André. Lui c’était l’Adjoint, donc il adjoignait beaucoup, mais en fait on pouvait penser qu’il élevait des œufs, un vrai métier. Nourrissant des interrogations abyssales quant à l’antériorité de la poule. Cela en faisait un homme intéressant pour l’Etre-en-Soi, bien que peu efficace pour la question d’Ydit : « Qu’est ce qu’on pourrait mettre dans l’idée, sans casser les nœuds? »

     Près de ses œufs comme de ses sous, Dédé-la-Poulaille vivait porte ouverte- amour du dialogue- mais jamais loin d’eux, les œufs. Un tiers en porphyre, un tiers en plastique, un tiers en dur pour le déjeuner. Il levait les yeux et les épaules, regardant les mouvements du couloir : « Mais que font les gens, que font les gens? Je vous le demande! ». Il concluait :« Liberté de passage ! »

–« On reconnaît son habileté philosophique, à Dédé,  dit Voltaire ( un connaisseur ! ) : poser la question pour répondre à la question. Moi, ce que j’aimais, c’était donner les réponses sans dessous-de-table ».

Etonné, Ydit reprenait le coco-coquète de son parcours.

Ydit alla voir le Chef des bureauxprocope table Voltaire

     Ydit raconte : En réalité, celui qui savait tout sur la méthode pour mettre une idée dans l’idée, c’était le chef des bureaux.

     Sa connaissance en chiffres confinait à la sagesse, si on accepte de croire que la sagesse est l’ombre des nombres.

     Pour rôle, il devait tenir les Grands Livres de tout ce qui bougeait dans les bureaux : les entrées marchandises et les sorties de secours, les autorisations d’atterrissage et les bulletins météo,spo ricles   la liste des vaccins pour les voyages Outre-Mer ( bien que la notion d’Outre-Mer eût été diablement altérée ces temps derniers, murmurait le chef des bureaux, qui avait commencé sa carrière en comptant sur les doigts d’une main les allées-venues SPO Camels pour Camiliade porteurs de parapheurs dans une sous-préfecture bardée de soleils vers le Tonkin, tout en trafiquant un peu ).
« Alors, votre BdD, on pourrait y mettre le nom, prénom, âge, qualité, date de naissance, profession des parents, tour de tête et poids à jeun de chaque personne acceptée pour y entrer, pour premier comptage des conteurs, des acteurs, des peintureurs, des écriveurs, ce serait formidable, non? Alors? »

Sur sa table de travail, le C des B avait disposé de ces toutes petites coupes encore assez fréquentes alors dans les restaurants chinois pour étudiants ; un loupe, au fond, si l’on y versait du saké, faisait émerger l’image d’une femme presque nue. Le C des B affirmait y voir « une parfaite représentation de la vie ( outre que selon lui les femmes existaient surtout quand on a bu) : l’essence d’alcool est un révélateur d’existence ». Pour finir , il disait : Espérance !

Assez loin de cette analyse Dien Bien Phu revue Pernod, Ydit continua les parcours vers les réponses à la question : que mettre dans l’idée?

 

Ydit alla voir Michaela.

preraphaelite autrejeune fille à sa fenêtre

Pour Michaela, qui se désirait souvent avec deux ailes, Michaella, on avait érigé une plaque de bois vissée entre deux colonnes :  » Service sur la Mezzanine« .

     Elle riait : « Je me crois dans un paquebot tiré à la voile par des rameurs en galère. » ( sa connaissance des bateaux se limitait à une marque de petits vêtements). Sur la Mezzanine, le bureau Michaella permettait au soleil quelques détours afin d’atteindre son visage. Un matin, elle était arrivée ici, après la Grande Ecole. Le Directeur l’avait reçue, considérée, conservée pour découper – sans urgence- les passages et les images dans des magazines de Mezzanine, qu’on lui offrait avec grâce. Dure tâche.

     D’un mouvement aérien du pinceau, telle un Japonais sur l’estampe, elle ajustait à coup de colle blanche, en chaussettes et col de même, sans parler des petits bateaux, puis se composaient d’éphémères jolies pages nourries de bons caractères.  Vers 13 heures, la revue de presse était achevée. En raison de la Grande Ecole d’où elle provenait, on pouvait la rêver enivrée de l’heure de colle, ensuite relisant  » L’Amante anglaise » ou  » Le soulier de satin », rien que de soyeuses  douceurs, quand la langue décolle du palais de l’imaginaire.

     Pour arriver à la Mezzanine, nichée sous les plafonds XVIIIème, on passait entre la pile blanche de papier reprographie et le pile noire de sacs poubelle recueillant les découpages inutiles. Michaella voyait d’abord la tête du visiteur dépassant le haut de l’échelle en forme d’escalier :

« – Oh, Ydit, comme tu as les yeux verts dans le soleil, ce matin », avait-elle dit. 

Benoist Demoriane

Remerciements à Benoit Desmorane

 

     L’autre fille partageant l’espace, une gentillette pauvrette blondinette, ricanait pour savoir s’ils désiraient qu’elle quittât le lieu du débat, ou des ébats ?

– « Je reprendrais bien un petit caoua, moi, dit Voltaire, pas vous ? Un espresso ? Et ça pourrait activer le narratif, vous ne croyez pas ? Ceci dit, moi aussi, je m’y connaissais en femmes, vous le saviez ? Si vous aviez été muni d’une nièce comme la mienne,

vous n’auriez pas tant regardé passer les Russes en short,

ni cherché des modèles petites mains en flou. »

  Mise en page 1Balade en rue

 

 

 

 

     Avec les précautions de la Haute Mer, Ydit avait descendu à l’envers l’escalier de la Mezzanine. Michaella se penchait : « Emporte au moins ma Revue du Jour, pour ta BdD ».

–Ah oui, votre BdD c’est un peu l’esquisse d’un micro data? Moi aussi, avec Denis, on avait tenté de capter les connaissances, vous avez vu le résultat?P1200683

Depuis le pont de la Mezzanine, la voisine de Michaella tendait une main, on aurait cru qu’elle disait : « Charité! »

Dans le bureau suivant, il y avait TYNE.

 » -On part deux jours à la mer? » avait aussitôt dit l’une ou l’autre- on ne sait jamais, dans les souvenirs et les OubliEs, qui a menti et souri le premier.

« – Mais on vient de se rencontrer, dit l’une ou l’autre, on ne se connaît même pas »

Voltaire intervient : C’est la meilleure raison du monde. Mais je suppose que c’est une autre histoire?


A suivre : L’espresso ralenti du Procope, SPO 68.


Didier Jouault pour Yditblog, SPO 67

 

Par défaut

à suivre

Dans l’île du loin, pas de liaison, pas de mots envoyés :

 Une apparence de silence. Mais, car que faire en une île que l’on y rêve ?

Ydit achève d’acheter à grand prix la récolte intérieure des images à venir. 

A suivre, si on veut ?

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog n° 66 : Le chemin déraille sous le fortin du dada

 

 

 

Pour ce qui précède, 84 Séquences à parcourir : https://yditblog.wordpress.com

On s’y arrange doucement, comme chacun peut, avec les «OUBLIeS».

Parfois, on explique : tout ceci doit être lu comme écrit par un personnage de roman.


Séquence numéro 66 : le chemin du rail passe par la maison du dada.

 

« – Par ce GR, vous passerez près de la maison au dada« , lui avait dit le jeune fille qui diffusait les parcours fléchés pour marcheurs distraits. Elle avait semblé s’ennuyer derrière la fenêtre de l’Office, près du cimetière britannique WW2, pliée comme une brochure pour touristes Allemands venus prendre les eaux dans les grands cimetières des pèlerinages décharnés.

     Ydit était entré. Seule chair vivante et repère du regard dans le repaire des cartes postales  mortes, elle ne quittait la Maison de Pays que pour le lit du boucher, qui lui avait acheté un Fox-Terrier en souvenir des parachutistes américains.

     En marchant, Ydit se souvenait d’Hélène qui avait jadis  été mariée à un Anglais navrant qui donc la battait le soir et lui tirait souvent les cheveux, dans la maison de campagne pas loin de cette promenade-ci. De ces infortunes, Hélène gardait une fille, nommée Justine, et la certitude que les femmes ont toujours tort. Pour dissiper les deux, parfois, chez elle, se jouaient des soirées d’amis qu’elle voulait peu ordinaires.

Ydit devance : Oui, peu ordinaires, les deux. Mais j’ai surpris votre question. J’avoue, il semble qu’à force de me suivre sur les chemins abrupts des oublies, votre langue s’affine et s’aguerrit?

Un spectateur s’interroge, déjà perdu en route : à qui l’hommage s’adresse-t-il ? La Russe rusée surveille mais ne se voit. Toujours présente. On se croirait dans un festival de rues  peint dans un village du sud pour touristes du nord. Les soirées dans la maison d’Hélène y ressemblaient aussi.

 Hélène, en ce mai, demanda qu’on y vînt

Déguisé, en ce court poème, qu’on dirait

Non sans vin, mais en vain

     « C’était, ajoute YDIT, l’époque des langages, et depuis la parole est perdue. »

     Germaine hésite : elle, c’est une fille des lignes métalliques parallèles, des pierres taillées pour les quais, des écrans noir et blanc pour affirmer le 23h59 sur la voie B. Elle insiste cependant pour rester dans le récit, elle sait y tenir la  place majeure de la balise narrative.

     Ydit raconte : « L’époque était un moment de l’existence où l’on avait parfois des mots en tête. On venait, Campari en main, texte en mémoire. Francis, qui n’était ni de Ponge ni chez Carco, arrivait grimé en dormeur, et en Duval. Il se faisait appeler Arthur. Quant à lui, YDIT,  c’était un poème Dada qu’il récitait : « Persienne ». Dans la lumière jaunie par le temps, il en portait le déguisement. Cela commençait ainsi: « Persienne, persienne, persienne, persienne…puis continuait de même et finissait en : persienne, persienne !persienne? persienne… »

P1200711

    La perplexité du passant atteint de vertigineux sommets ou plutôt de puissantes profondeurs : la pression dépressive est telle qu’on n’y voit goutte, au fond, de sorte que les poissons dorment à plat dans le creux d’une sobre vase qui, seule, adoucit le poids des mots, ici.

Aux aspérités de la vie répond l’allongé des OubliEs.

     Ydit raconte que, marcheur, en route, ce matin même, après l’aqueduc, il suivait son rail, un ancienne voie  Romaine usée par les charrettes, puisles déraillés du dada que le chemin de fer avait confirmée en sa ligne, avant de l’abandonner à nouveau.

Km 67, au croisement, l’ancienne bâtisse lourde d’un garde-barrière s’apercevait entre les entrelacs endoloris de fer et de liane. Derrière les barbelés rouillés, un cube ancien paraissait un  fortin inutile pour une guerre toujours perdue, une butte de béton oubliée sur la grève par le recul du temps plutôt que par les défaites.

P1200780     Peu lisible, le sentier peinait à contourner son immobilité de fort féroce, de redoute retranchée sur son propre échec. Dépassant les ronces et les aubépines, c’était un morceau désuet d’histoire privée de sens et grisonnant de béton, surprenant mélange de barrières et de refus.

     Ydit raconte : il avait soif, il s’était approché. Il dit que, sac posé au cœur du sentier, il tentait de lire les griffonnages que des cartons barbouillés de temps et déchirés de vent posaient sous les yeux du passant, comme des hallebardes de la Garde Suisse :

Ne pas entrer. Vous avez déjà cambriolé mon esprit et mes livres.

Partez. Partez, je ne veux pas vous apercevoir.

     Ydit avait avancé pour déchiffrer, c’est le mouvement naturel des hommes. Accroché comme un pendu près d’une porte en métal que le fouillis de ronces et de fer rendait presqu’invisible, ceci :

N’approchez pas, ne venez plus, partez. Voleurs de temps. Je ne veux pas vous parler. Parler avec des gens tels que vous êtes fiers de sembler.

Allez vous vers ailleurs.

 

Selon Ydit, une faille de grillage aurait sans doute permis d’apercevoir l’intérieur du refuge. Ydit se penchait  :

Immensément proche, tout derrière la porte invisible, une voix d’homme très agé, soudain:

-Qu’est ce que vous me cherchez ? Vous ne savez pas lire les cartons?

Reculant, Ydit s’était excusé : il n’avait rien dérangé, suivait juste son rail, simple randonneur de matinée voulue sereine.

–Les randonneurs, ça m’est dangereux. Ils font du bruit, c’est des femmes qui perlent vers mes ronces. Silence. Puis : Et qu’est ce que ça vous a fait ? Ce qui est inscrit sur les cartons ?

Ydit raconte qu’il a longé la clôture, dans les orties et les mûriers, regagnant le sentier. P1200733          De l’autre côté de l’invisible, la voix et son corps le suivaient en parallèle.

-Pourquoi vous vous arrêtez contre moi ?

     Ydit avait dit son goût des voies toutes tracées, balises et rails, et la curiosité pour cette maison témoin des temps, garde-barrière sans train ni barrière, mais comportant un homme.

-Tout est fini, depuis trente ans, ici, ou cinquante. Rien ne vous regarde plus.

–A part vous, caché ? Vous habitez ici depuis le début?

–Un arrêt devant chez moi, c’est choc violent, vous ne comprenez pas ? Allez-vous en, je dis, car ici c’est fini.

     Doucement, Ydit avait rappelé que le chemin, protégé de rouge et blanc, est public. S’était éloigné. On apercevait des plâtres cloués sur un paroi. A travers le fond de rouille et d’épines, il avait tenté de tendre la main par les mots : « Je vous laisse, moi, d’accord.

Et vous, vous écrivez, vous peignez, vous sculptez? »

–Tout ça aussi. Mais allez vous en. Vous n’avez pas les écrits des cartons

     Ydit, maladroit,  essayait de se glisser par les mots : « Si on écrit, c’est pour échanger, non? » L’autre, invisible, tendait encore sa voix : « Rien à échanger, rien de commun avec des gens comme vous, moi. »

     Dans le silence des oiseaux, Ydit avait cru percevoir un dur  bruit métallique, sans y croire. Il avait cependant pris un écart : sinon, comment parcourir les Oublies quand on vous a tué la mémoire avec le corps? D’un peu plus loin, il regardait.

–Vous m’observez encore?!

   Ydit ne l’avait pas vu : entre les lignes de béton et d’arbustes, une forme était là, secrète.

P1200807-« Vous aussi, je crois! » tentait de rire Ydit.

-Vous m’observez, vous m’interdisez de vivre, partez !

-« Vous écrivez? J’aimerais lire ce que vous écrivez. C’est publié ? »

–Je ne veux pas de parasites. Partez, je ne veux pas qu’on lise ce que j’écris ou qu’on voie ce que je… Allez vous en.

     Ydit avait fait quelques pas pour apercevoir un profil. Le masque de bois suivait son mouvement comme sur un axe de machine. Il disait : « Chaque personne qui passe est une attaque. Pourquoi m’observer? Je ne parle pas. Je ne sais pas ce que c’est. Allez-vous en ».

     Ydit avait soudain perçu la détresse bien contenue dans sa  violence. Derrière le masque de persienne et de personne, il avait pu ressentir l’enfermement d’un visage, le cri des livres infinis jamais écrits, et l’ondulante douleur  de la déraison.

     Alors, il avait parcouru à l’envers l’inquiétante distance avec ce monde qui aurait, sans réserve, choisi la rude leçon de l’oubli. Sur le bord d’un chemin pourtant dessiné droit, un pas suffit pour approcher ailleurs.

    Ydit se tait. Germaine, émue des similitudes, mais sans excès, s’étonne qu’on n’ait pas entendu parler de filles, ou presque, cette fois. Ydit n’écrirait plus le brouillon de ses      OubliEs sur la peau des femmes, comme fit certain vicomte de mauvaise rencontre?

    Ydit, pour satisfaire aux règles sévères de son propre oubli, raconte que peu après avoir quitté le fortin du dada, dans un trou de verdure où coule une rivière, une promeneuse un peu fée l’attendait, portant le consolamentum dans ses gestes, ou montrant les voies, comme on voudra.

     Bien entendu, Germaine n’en croit rien : « Ah oui, la nymphe en verdure et lumière, la visiteuse de souvenirs et devenirs,  ça aurait manqué. » Elle sait qu’Ydit est capable d’oublier jusqu’à ce qui n’eut jamais lieu que dans les plis de son désir.

    « Mais, au moins, dit-elle au spectateur qui ne l’a pas quittée, « vous voyez, la règle est respectée : on s’en sort, ça marche et se dévoile. »

     Ydit veut terminer le récit du dada : plus loin, hors de vue de ce fortin de ronces, Il avait attendu, posé le sac ? Puis, sans bruit, avait tenté de s’approcher pour photographier les signes et les êtres. Mais, sans bouger, la forme se tenait encore derrière le panneau de bois, douloureusement imprévisible, rigide dans son silence.

Les images la montrent de loin, et seuls les alentours portent la marque du passage.

Ydit, longtemps, avait contemplé le trop-plein de ce paysage que certains hommes se font le devoir d’habiter. La mémoire du bois lui donnait à entendre cette voix de tout-à-l’heure, la voix de ce prochain si proche.-psy005–C’est le genre à moitié poupée russe, votre S.P.O. numéro 66, à moitié Dubuffet,  avec récit à tiroirs.  Vous auriez rêvé de vous balader  dans Jacques -le-Fataliste? demande Germaine.

Ydit ne répond rien, et ne se souvient déjà plus des soirées d’Hélène, ni de leur dérision d’époque.

Il sait en revanche que, à trop attendre auprès de la maison du dada, il avait –km 91-

raté son train du retour.

P1200701

 

 

 

Eclatant de rire,
Germaine-des-rails ajoute :
….. »Et pas que ! »

 

 

 

 


Didier Jouault pour Yditblog Séquence Publique d’OubliEs n°66

Par défaut

Yidit-blog N° 65 , Séquence Publique d’Oubli(e)s : Comme si la vraie vie avait été vraie pour de vrai.

S.P.O. n° 65 pour Yditblog : Ydit raconte que Christiane voulait s’asseoir sur les devants des américaines comme si la vraie vie avait été vraie pour de vrai.

Pour ce qui précède : https://yditblog.wordpress.com

On s’y arrange doucement  comme chacun peut avec les «OUBLIeS».

IMG_2051

     « Si je crois la suite du programme », dit la Russe (qui est en peine forme sous les étoiles) , « il y aura encore des femmes pour qui vous poserez des mots et des OUBLIeS, en prenant un beau rôle? »

– Des OUBLIeS comme des balles dans la nuque au fond de la Lubianka?

    Ainsi commencé, le dialogue risque l’une de ces impasses du récit pour lesquelles on préfère les historiens aux romanciers.

     Des enfants du coin, en vacances, passent la tête et se mêlent de tout.

–« Bon, toujours », insiste la Russe, « je dis que les rapports sur le passé me donnent les mots de ce qui va venir. Dans vos SPO prévues, je vois des images de filles mal cachées par les dentelles roses et noires de vos souvenirs en pièces détachées. »vitre des oubliesj fille en pierre d'oubli MPT 17

–« C’est comment, déjà, la dentelle » ? s’inquiète un jeune garçon peu renseigné par la cour de récréation. Une fillette lui apprend.

     Ydit s’interroge : Comment la Russe peut-elle savoir ce qu’il entreprend d’oublier?

Dentelle : les deux enfants sont de retour, la fillette joue à glisser le nez entre les découpes, on dirait une lumière d’été passant par les volets de la ferme un soir de juin.

La Russe : « C’est parce qu’il y a des fuites, vos données c’est pas donné, mais si ça se trouve on les trouve, et ça vaut pas cher,  sur le marché des renseignés. Vous faites l’OUBLIeS de TYNE, donc, aujourd’hui ? »

YDIT : « Dans l’hôpital YDIT donnait des leçons d’expression aux employés. Cela se passait dans l’autre siècle. On l’avait envoyé là peut-être parce qu’il avait lu « Histoire de la folie » pendant l’hiver,  ou « Voyage au bout de la nuit« .

Les patients déchaînés arpentaient sans dessein le dessin d’allées trop droites, entre des arbres pour l’ombre, et la pierre pour la nuit. Beaucoup restaient libres et de bonnes mœurs.

     Ce fut dans le bureau de la Formation Continue : trois ou quatre évoquaient les drolatiques avancées du temps, les nouvelles modalités du tendre, confondues à la gymnastique suédoise. Un infirmière à cheveux très courts, serrant un gobelet, disait en riant, » Avec Georges, Georges c’est mon copain, on a essayé vraiment tout de qu’on peut faire à deux ». Elle proposait une liste.

     En ce temps là on croyait que les mots devaient renoncer à la réserve pour mieux décrire les mensonges de la réalité. Elle semblait d’ailleurs assez fière, rougissant un peu tout de même en soulignant d’un geste le « vraiment« . Puis avalait le jet de  café tiède.

     Ydit raconte qu’il avait alors quitté le bureau. Dehors, il avait aperçu un homme se baisser, lentement ramasser un mégot entre les herbes des pavés. Il examinait le creux de sa main, dépiautait le filtre avec un soin gourmand, le portait à sa bouche tel un bonbon croqué.

   Chritiane retenait le geste :  » Ne le touche pas, ne dis rien, n’émeut pas sa douleur, ce patient est en train réellement de développer un bonbon » .

     La Russe sourit : « La présence palpable d’un autre plan de la réalité, c’est toujours l’irruption d’une panique : où est passée la Raison de qui a raison? Voilà pourquoi on a besoin de rapports. »94VILLEJUIFVUE-GENERALE-DE-LASILE

     Pour figer le mouvement, Christiane avait posé la main sur le bras nu. Elle avait ensuite dit qu‘ »elle voulait justement lui parler, accepterait-il de prendre aussi le groupe du jeudi soir? »

     Ensuite, on avait déjeuné à la cantine de l’hôpital. Puis le pique-nique. On aurait dû se méfier.

–A la cantine, t’as mangé de quoi demande la fillette, installée par terre, dentelle en poche. « Ils ont du taboulé à la menthe, chez les fous ? » Soupçonneux ou rêveurs, d’autre enfants se sont approchés. – « C’est quoi ton étiquette ?- C’est qui la Russe? – Pourquoi tu parles tout seul? »

     YDIT : « Plus tard, bientôt, cela avait été le dimanche après-midi qu’elle venait le visiter. »

     Elle riait de se vouloir maitresse de soi, slogan d’époque. qui je veux quand je veux    Elle mélangeait ses saveurs de l’existence aux douceurs de vivre qu’Ydit servait avec le thé. Elle apportait une madeleine, une brioche, mettait la main d’Ydit sur son ventre :  » Tu vois bien que j’ai un peu de brioche », écrasait aussi le mégot dans le fond de la tasse. Une histoire venait de s’achever avec un chef de clinique un peu dément- « mais ils le sont tous un peu là-bas, comme tu as vu ».

     Enfermée sous les draps tirés, elle ne désirait pas exposer le trop de sa nudité, sauf pour aller saisir des polaroïds dans son sac :  le dimanche, les filles du service portaient sans le savoir le masque de l’affranchie, et cela faisait comme un maquillage de fête grossièrement sauvé d’une nuit de solitude.

les joueuses du soirL’autre siècle.telepoche 80

 

 

 

 

 

 

 

 

     Souvent, c’était l’hiver, à l’heure où la lumière veille encore, mais se disperse en fragments de défaite sur l’obscur. Drap refermé sur la mutité du corps, thé froid. Alors, plusieurs fois, voix trouble et basse, Christiane évoquait son père, défenseur de l’ordre public, détenteur du droit et du bâton, qui sentait le viril en flacon, la pèlerine en sourdine.

     Ydit n’osait que le silence. Chritiane retirait ses genoux vers le menton, disait qu’elle avait froid, n’avouait aucun détail. Le récit lent contournait les plus durs des faits, les plus crus des actes, et leurs effets. Les entrecoupures de la voix rythmaient les silences posés dans la douleur de ne pas savoir oublier.

-Son père la frappait?

–Ou quoi que ce fût d’autre qui avait déchiré en elle le tissu toujours fragile de la confiance, et avait fait de tout homme, Ydit même, le coupable secret d’une souffrance cachée, au lendemain de nuits tristes à n’en pas dormir.

–Vous avez prévenu la police, même si son père c’était ça ? Vous avez dénoncé ?

     Ydit raconte que Christiane voulait s’asseoir sur les capots des américaines comme si la vraie vie c’était quelque chose de vrai pour de vrai, puis n’en plus parler.

wallup.net
wallup.net

 

     Elle décrivait, abritée par les draps chiffonnés, puis se levait pour rentrer, attentive à ne pas trop dévoiler. Entretemps, Ydit insouciait sa vie, Christiane veillait ses insomnies, et croquait les cigarettes.

« -Ce sera les congés, ma coloc est prof,  je veux que tu viennes chez moi, on sera tranquilles ». Le pavillon de banlieue et de meulière, un petit jardin de printemps : Ydit était arrivé en retard. Vite tout lui avait échappé.

Les enfants n’ont pas cessé de tourner. La fillette revient : -« A ta cantine, ils ont des carottes, aussi ? »

     Dans le pavillon, trop de froid, mais Chritiane s’engageait à son tour dans l’exploration des possibles. Amoureux des formes et des tiédeurs, dans les allées fertiles de la chair, Ydit flattait d’un doigt distrait les avenirs contenus dans les grains de souvenirs que le plaisir abandonne aux coins de la peau. Elle parlait.

     Dehors, la nuit survenait en douceur.    spo dessert long   Christiane avait allumé une lampe de plafond, s’était levée sans les précautions de pudeur qu’elle déployait d’habitude entre le couché du plaisir et le début du partir.

     Eclairée sur son corps et cependant plus ombreuse que jamais, elle revenait avec un verre de whisky.

-« Voila, avait-elle dit, c’est le dernier pour la route. »

     La Russe frétille. On devine que l’idée même d’un dernier verre avant l’exécution d’une mémoire  réveille en elle le souffle des barbares. Elle demande : » Vous avez été viré aussi sec ? Quitté ? Jeté ? Largué ? »ac29f755a

     Ydit s’était habillé de gestes incertains de leurs sens. Christiane avait choisi de rester nue, allongée d’une façon qui portait l’affirmation la plus forte de la fin : désormais on pouvait s’exposer sans  risque.

-Tu vas retrouver le chemin…Ils s’embrassaient avec une apparence de tendresse désolée…Elle l'embrasse comme on signe un chèque de vente

     La Russe se demande si  tout cela n’est un peu trop théâtral ?

     Quand il est au milieu du jardin, Christiane se pose derrière la fenêtre, un voisin verrait son corps, elle n’y prendrait garde, et dit, riant au fond de la voix :

      » YDIT, t’es bien mignon,

IMG_9333IMG_9331

mais tu caresses sans écouter, tu pénètres sans profondeur, tu seras toujours rien d’autre qu’un poor lonesome cowboy »…

Alors, Ydit avait quitté le jardin, fermé la  grille, poussé le chat du voisin, dans l’exaltation douce-amère des ultimes fois, qui remplaçait le rire fatigué mais clair des premières fois, et c’est ainsi que venait au jour le beau bonheur d’oublier.

-Et des éclairs, t’en as encore? demande la gamine.


Didier  JOUAULT    pour     YDITBLOG     SPO 65

 

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog n° 64 : Avec son maître Jacques un héros perd toujours le nord du labyrinthe

« Tu te crois niché au cœur du labyrinthe, tranquille, oublié, perdu enfin, mais non, n’espère rien, le dernier train ne partira pas sans toi ».

« Vous irez à M.« , avait dit la Doyenne, « pour ce rapport qu’on exige, sur des règles impalpables d’impayables financements ». La photo du groupe expose l’uniformité cachée sous le divers.

« Vous êtes  donc le mieux adapté à cette enquête« , avait conclu la chef, avant de quitter le bureau en primesautant sur le rythme  juvénile d’un décret en Conseil d’État.P1170694

personnels_du_lycee_1970

la beauté du genre,mais qui est donc le pâle fantôme au fond du centre ?

Elle ajoutait depuis le fond du couloir : « C’est Jacques votre binôme. Faites le tour, et n’oubliez surtout pas les Bretons. Ni les Catalans, ou les Basques, enfin vous verrez bien. »

Jacques avait blanchi ses culottes sur les bancs du Conseil d’État. On était partis, crayon à l’oreille, et puce dans le téléphone, pour ce grand tour.

Germaine – des – rails : –« Vous étiez entrés dans les chemins de fer? »

Ydit : « Nous faisions de courts rapports sur de fins mystères, mais c’était joli comme un éphémère prenant son vol croyant qu’il allait durer davantage que sa chrysalide même. »

 

 

Continuant : « A M., après le déjeuner, le préfet avait donné comme sa bénédiction, autant dire qu’il se fichait du sujet. Pliant sa serviette dans les plis de gauche à droite en passant par le milieu, car c’était un fonctionnaire de talent et de progrès, il souriait en les voyant partir vers une forme achevée du rien. »

–« Le rien, c’est mieux que le Néant ? »demande Germaine. Elle peut se le permettre :  ils se connaissent depuis combien de temps, deux ans, dix-huit mois ?

Ydit pense que le rien conduit à peut-être, alors que le néant conduit à déjà plus, mais ça se discute ? Généreux, le service avait prêté une auto (ici on disait un véhicule) trop gros pour passer invisible, trop noir pour se faire léger : on n’échapperait pas aux balles de l’ironie.

Sur les routes, il pleuvait, la boue imposait sa présence molle. Ydit conduisait. Sur ses genoux, Jacques suivait d’un doigt la route dans la carte.

 

 

–« Vers Remian ou Bérion? »

-« En tout cas, pas vers Rieussac ou Saint Pons… »

Le chemin sinuait, insinuant que le traceur de voies, dans ce décor plat, jadis avait trop aimé cette ferveur de vivre que le vin d’ici donne aux fils de la vigne.

-« Vers Les Rives ou Le Cros, tu crois? Et ensuite en face? »

« -En tout cas pas vers Lauroux ou Saint Félix…Ou alors après… »

 Ils se rappelaient un rapport sur les Internats.  Ils s’agaçaient de contretemps et à se contredire comme deux employés de bain-douches distribuant des savons pour l’arrivée des familles, un jour de communion en Larzac ou Ardèche, acte nécessaire aux yeux des pasteurs car si les garçons de cœur ont les âmes fraîches, ils ont souvent les mains chaudes.  Mais faut-il aussi des savons pour leurs têtes?

 

 

-« Ça se discute », pense Germaine, mais en silence, car mal remise de l’échange un peu austère sur le rien du néant.
Ydit : on prenait les virages de surprise et les lignes droites de travers : la conduite devenait automatique ( l’automatisme, c’est ce qui caractérise les préfectures, dirait plus tard Germaine, pour l’un de ces bilans qui font l’honneur du service ferroviaire).

 YDIT : Accroché d’une main à la portière et d’un œil à la route, essayant de nier la nausée, Jacques s’agrippait à la carte en héros du jour, mais le Michelin à plis reprenait sa liberté, liberté chérie.

« Tout glisse, tout passe, nom de D., » aurait juré Jacques, si le Conseil d’État ne lui avait appris à temps qu’on ne peut jurer de rien.

Au croisement, trois panneaux avaient été enjolivés d’obscures informations peintes en clair Occitan.

 

 

-« Ou en Catalan? »

–« Ne complique pas tout, Jack, et si on sortait plutôt le GPS ? »

Mais Jacques avait laissé le  sien, et celui d’Ydit, comme souvent, était déchargé après la nuit.

 

 

-« Tu crois qu’on est déjà perdus? »

Ils dépouillaient l’horizon, espérant l’éclaircie.

Le rapport devenait de plus en plus virtuel. L’ironie gracieuse de leur inutile escapade  faisait de leur dispute une forme de plaisir sans jouissance.

Ils choisissaient à gauche, c’était en face. Au village, tout s’éclairait dans le regard joyeux d’un garçon que la vieille Peugeot impressionnait moins qu’une roulotte de gitans récitée par un poète.

 

 

Enfin, à la mairie on les attendait. Le maire, Président des maires par intérim depuis la mort du Précédent pour excès de sang dans le vin des veines, sortait pour les accueillir. La pluie battait. On se serait cru dans le nord.

On traversait, s’ébrouant, le petit bureau froid où deux dames de mairie avaient été déguisées en Dames de France, en perspective de la visite : col ferme, cou droit, cul dur, de quoi brider toute ingérence.SPO mairie école;salle réunion 32

« Avancez, avancez,Messieurs les Inspecteurs Généraux, on va boire un verre au plaisir du rapport.«  Il marchait comme on écoute l’écho de sa propre parole dans les résonances du silence. Les deux dames examinaient d’un œil caustique les venus de Paris mouillés de fond en comble.

Les réponses et chiffres étaient ensuite venus confirmer la prévision:

Ce rapport, inutile, à jamais, sur Rien fait,

En tiroir, clos sur lui, oubliera ses bienfaits.

Jacques, souriant que c’est bien fait en effet, se demandait , alors que le maire les raccompagnait vers l’orage, si l’usage de l’alexandrin à pied bot ne risquait pas de faire passer la situation de simple-catastrophe à véritable-Fukushima sur l’échelle (mystérieuse) de l’impuissance administrative?..
Ydit ne répondait : il cherchait la clé de l’auto, sinon du récit.

–« Oubliée à l’hôtel ? » savourait la vengeance de  Jacques

–« A côté de ton GPS?«  et tocait-t-il

Le maire, encore ébloui de tant d’exotiques  saveurs dans la rencontre, revenait vers eux en courant :  » Ce ne serait pas à vous, des fois ? ». Il tendait une clé qu’illuminait une lourde étiquette de pur métal : Veh.Pref.14-18, délicate empreinte du propriétaire, ou même de l’époque, si -comme son état le laissait penser- l’auto venait de sortir -vaillante mais boueuse- d’une tranchée conquise vers le chemin des Dames.

 

 

–« Le chemin des drames plutôt, ironisait le binôme, et tu as vu l’heure? »

–« A vrai dire, sans mentir, il est bon de partir.« 

–« Encore une fois, et je rentre à pied, synérèse ou pas, et devraient mes Weston se prendre pour des Nike au parking, un soir de réveillon, chaud devant. »

A présent, on roulait. D’habitude, après les entretiens, on parlait du rapport, des données, des idées, du nouveau, des infos. Ici, naturellement, on parlait du sujet : rien.

–« C’était pas plutôt à droite ? »

-« Vers Camplong ou La Bousque, tu crois?« 

-« En tout cas pas vers Lunas ou Saint Etienne… »

Ils se chamaillaient même pas. On reconnaissait que la puissance de l’orage avait transformé les panneaux- recouverts de Catalan ( ou d ‘Occitan?) en grille de mots croisés pour Asperger aveugle.

Enfin, le bleu horizon de l’autoroute les sauvait. « On peut encore avoir le train« , disait Jacques. « Oui, je connais très bien la ville« .

 

 

En silence, ils pénétraient dans le creux du labyrinthe dont est formée la géographie intime de M.- qui n’est pas une ville, mais un entrelacs de sens, en général interdits.

A pied, Ydit avait fait le chemin dix fois entre la préf et la gare. Mais la Peugeot de service s’arrêtait devant le passage des trams multicolores. Des murets défendaient les boulevards. Des places détournaient les chemins.

 

Plus loin,« C’est par là, j’en suis sûr, je reconnais la librairie de Droit au coin.J’y allais parfois.

 

 

Mais des plots arrogants, guillerets sous leur col fluo et leurs lumignons rouges criards, barricadaient la route vers le parking où restituer la Veh.Pref.14-18.
On tournait et détournait, on apercevait  la gare (dernier TGV du jour dans 7 minutes), « Toi qui connais la ville, tu vois  un bon hôtel pas trop cher? «  insinuait Jacques . Il restait calme, Ydit affichait de l’être.

–« Soit dit en passant, puisqu’on est perdus, ricane Germaine, afficher de l’être c’est qu’on ne manque pas d’air, non » ?

–« Appelle la pref, suggérait Ydit.  Demande un chauffeur.« 

–« Cette ville est une métaphore de la vie, murmurait Jacques, on voit le bout partout, et cependant il faut encore tourner longtemps ».

–« Tu ne préférerais pas trouver la sortie, plutôt que de philosopher sur l’hypothèse de la sortie ? »

–« Appelle toi-même », disait Jacques. On s’arrêtait. Ydit sortait. La pluie avait cessé. Il préférait qu’on n’entendît pas sa requête.

– « Le chauffeur vient nous chercher ».

On attendait. C’était l’heure où le train partait, dans une minute.

 

 

Voici le chauffeur, essoufflé, – avec son badge pour les plots gras. A pied, impossible d’arriver à temps. En voiture ? Un gyrophare bleuissait par intermittence le parcours, écartait les importuns, amusait les étudiants. Le badge abaissait tout obstacle. C’était Zorro sans Babel, car il parlait toutes les langues des feux rouges. Jacques s’accrochait à son mal de cœur, rempart contre les vindictes. Ydit l’éventait avec la Michelin à plis sages. Le chauffeur  passait. On arrivait dans la zone de la gare, interdite à tout véhicule, sauf  le genre Veh.Pref 14-18.

 

 

–« Je laisse toujours Monsieur le Préfet direct porte B. »

On était porte B. En théorie, le train était parti depuis 13 minutes. Mais, on voyait le grand bleu immobile.

Le Conseil d’État enseigne le 110 maîtres haies, valise en main.

 

 

Jacques gaspillait ses Weston sur le quai désert. Les Germaines locales percevaient l’urgence du dernier train en même temps que le futur supplément. Elles désignaient l’ultime porte un peu entrouverte. On entendait :  » Le TGV n° 1234 à destination de Paris va partir, la SNCF vous présente ses excuses pour ce retard de 15 minutes  dû à l’orage qui… »

 

 

Assis, un peu humide, cravate molle de pluie, Jacques se souvenait que son GPS était resté à l’hôtel. Il voulait aller au bar, au moins discuter avec la serveuse. Il regardait la ville. Il regardait Ydit. 

Après un silence, déjà debout :

–« Tu te crois niché au cœur du labyrinthe, tranquille, oublié, perdu enfin, mais non, n’espère rien, le dernier train ne partira pas sans toi ».

 

 

Puis, croisant Germaine, allait  voir à quoi ressemblait la fille du bar derrière sa fenêtre.

 

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog 63 : des pistes à suivre, respectif et réciproque ?

–« Respectif et réciproque, j’ai toujours un peu confondu les deux« .

Ydit est assis de biais à une table sans verre et sans absinthe. Un peu agacée, la serveuse :

–« C‘est pourtant pas du tout pareil, vous savez ça, tout de même?« 

Ydit (pas idiot)( encore que ) : « Oh, ça va, pas de leçon si matin« 

La serveuse finalement rieuse demande s’il est de mauvaise humeur, l’Ydit? ?

 

Ydit : « Pas de blague ! Pas d’humeur…S’il fallait que je raconte une OUBLIe aujourd’hui, je dirais : suivez mon panache blanc ! »

-« Peut-être une peu de confusion, en effet, sur les dates et les espaces? Vous voulez qu’on vous « suive »? Comme un Arsène arsouille qui passe un renard dans le chas d’une aiguille creuse? »

Ydit s’exclame : « Elle a des Lettres, sous le chiffon. Et pas de chignon. Mais non, il n’entend pas de voix, même au pluriel du gospel de l’appel. Il les suit ».

-« Les voies ? ». Elle ricane un peu.

-« Fastoche ! Sous la serpillère, les mots?« ,

–« Bah oui », continue la serveuse ,  c’est l’anniversaire des formule- choc, on fête Mai en mars, et l’hiver au Printemps.

–« Vous vous y perdez un peu, Mademoiselle? ».

–« Dans quoi, dans votre commande? J’avoue que l’injonction à visée performative, le truc « Suivez-moi », on a besoin  de comprendre. Vous trouvez pas ? Moi, si. »

Ydit :« Plutôt, je cherche : par exemple, l’histoire  peut-elle se marmonner depuis un spa? On parle à peine, et soudain c’est un peu la guerre civile dans le décor. Comme vous tout à l’heure. »

–« N’exagérons rien. Je voulais juste savoir la commande? »

Ydit redit ce que déjà il dit : Il faut « suivre ». Cliquer, s’abonner, envoyer une demande, rien de plus simple, et ensuite parcourir les OUBLIes comme presque sans le savoir…

…« A suivre »… c’est donc le mot de la fin ? demande-t-elle.« Encore un paradoxe, un rond-de-jambe, une bousculade de mots, une roulade arrière, comme il y des rémoulades de céleri. »

–« Tiens, justement, une rémoulade ? »

–« Pour votre commande ? Et pourquoi pas un boudin-châtaigne à la purée ? ».

Ainsi continué abrupt, le dialogue risque l’accident de circulation, la glissade en avalanche, la noyade en bassin de rétention. Ydit préfère briser la pour briser là.

–« Juste une rémoulade?! » On perçoit la déception. Peut mieux faire. Mais ne s’applique pas ? 

-« Vous savez que je randonne dans la terre mauve des oubliEs, depuis des mois… »

–Et pour les siècles dans les siècles. Ainsi soit-il. 

–« Moquez vous ! » Ydit raconte:« Après le champs des Oublies, la pause au café des amis avec son bestiaire silencieux.

Après le bois de la mémoire, la pose des rencontres au bord du pic sans loup, et sur les quais des gares une Germaine retrouvée derrière une Oublie joue avec cette  lumière d’été qui permet de menues impudeurs.

– « Voila voila. Donc, une rémoulade, et ensuite, à suivre ?.. »


didier jouault  pour     Yditblog   63 , respectif et réciproque

Par défaut

Didier Jouault : Yditblog n°62 Le pirate obscur tombe sur le champ de la mémoire.

Choc au matin.

Ratée, en tout cas, la sortie de SPO 61 à 20h30 jeudi 8 mars.

Personne pour en parler, Germaine et la Russe un peu surprises : SPO 61 éveille encore pire que l’usuelle inquiétude, résumée ainsi : « C’est quoi, ce truc, SPO 61 ? Cette fois encore, là ? « 

Que fait la police des fils ? Ou sont les gabelous guettant le contrebandier du réseau ?policeYDIT : la Séquence Publique d’OubliEs 61 avait été poncée et -comme très souvent- sa publication programmée-, parce que les machines savent désormais se mettre elles-mêmes en mémoire, pas la peine d’attendre devant l’écran. SPO Panacée, portrail au portail

 

 

Mais qui a triché ?  OUI, lequel des fantômes vivants pour qui la percée de l’hier serait une menace ?

 

Danger à puissance de guimauve, bien sûr, mais les dangers ne sont forts que parce qu’on y croit. Qui a cassé la machine ?

 

             OUI, lequel des fantômes, et dans quelle obscure intention d’obscurcir encore la déjà pénombreuse fouille des champs de mémoire ?

YDIT : Qui a substitué à la Séquence ronde et policée, toute prête à  paraître, un absurde et laid  bric-à-brac d’images ? Et des citations posées comme des cubes de glace sur la sidérurgie des souvenirs ? Honte sur eux, et sur leurs mémoires jusqu’à la fin de la mémoire. Au moins ça !

Ratée,  en  tout  cas,  la  sortie  de  SPO  61  à  20h30  jeudi  8  mars.


La mémoire, encore cette fois, joue avec les sentiers de l’oubli, trafique les cartes sur les pendules et brouille les lignes de la faille.

YDIT : donc, SPO 61, la vraie, la toute pimpante, toutes ces heures de travail : perdue, effacée par un marmelis-mélo de brouillons. Volée par l’effacement. Juste vengeance électronique ?

Hold-up sur le travail du modeste artisan façonnant les SPO comme des sabots pour marcher la vie à l’envers

au lieu d’écrire des livres pour démarcher l’avenir?

« -Eh bien, cela vous apprendra peut-être, Ydit, à vous méfier des Russes qui rôdent et  passent dans la mémoire comme on écrase un mégot à l’entrée du cinéma », aurait dit Germaine-des-rails ?

–« Tu parles si les Services s’amuseront avec les rouages de programmation, alors qu’ils attendent avec patience le moment des récits? » protesterait la Russe, toujours incertaine quant aux modes verbaux ?

Mais, et c’est mieux ainsi en ce matin de cambriolage du sens, aucune des deux n’assure la figuration dans la Séquence-rattrapage : pas programmées, bien entendu…



–


didier jouault SPO 61, Yditblog.

Par défaut

didier jouault pour SPO 61 : des chemins à suivre, intermèdes .

 

« C’est un peu couleur  triste, aujourd’hui, tapota  Zigmund, ta précédente Séquence Publique d’Oubli. On préfère quand c’est plus drôle et surtout plus léger. »

« L’idée de performance repose ici sur la revendication d’une spontanéité, d’une indépendance et d’une liberté irréductible (liberté de jouer, d’être soi-même, de ne rien faire, d’aller à la rencontre) qui accordent au corps une nouvelle présence au monde. Cette présence aléatoire sert la représentation d’une identité mobile, changeante et joyeuse. « 

Article « Performances artistiques en milieu urbain : urbanités et dissonances », Alice Laguarda. LIGEIA,  XXV ème année, n°117-118-119-120, p.186 Edition Association LIGEIA, 2012


SMS de Marcel : « Vu et lu dernière SPO : à quoi bon  provoquer  le surgissement de l’oubli, l’oubli vient vite et de lui-même,

Retour

chemin de ronde

comme les taches sur la peau .. .»


 

Ydit : Allez, si le chemin sinue, la route est claire. Suivez le mot diseur de chemin qui montre tous les sens.

Les « OUBLIeS » sont une ronde chantée en silence et marchée en cadence.

C’est simplement « à suivre » : cochez SUIVRE si vous pouvez, écrivez à    ydit.spo@gmail.com,   faites vous « amies »/ « amis » :  » à suivre »…


Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog 60 / La peau du départ est longue à tanner.

Séquence Publique d’OubliEs numéro 60 : Rusée, la Russe rosse arrase le ressac.


Dans sa Peugeot des grandes époques, une Russe un peu déglinguée – mais on l’a déjà vue ici-même et revue en majesté telle Vénus sortant de la fenêtre- la Russe attend tapie et sans mots. Comme un océan de questions ne parvenant jamais à repousser la dune du silence. Le soleil ferait des taches sur l’appeau, entre les joncs.

Un auditeur de ce jour : « Pour  votre jeunesse, YDIT , des Russes dans le métro et les autos, y en n’avait pas, justement, des Russes, ou alors ça faisait STASI, c’est vrai que vous n’êtes plus tout jeune, hein? et cette Russe, alors, votre Vassiliki, au fond, elle travaille pour les Services, pour les Organes comme ça se disait? »

 

 

 

Dans la 403 du service, Vassiliki murmure que si elle voudrait, elle aussi dirait. Pourrait dire. Aurait pu dire. Dirait qu’elle a pu. Qu’elle a plus. Qu’il a plu – mais de l’eau ou à quelqu’un? Enfin tout ça. Zut et rezut avec le Français. Celui là ( Ydit?) et les autres.

YDIT raconte qu’il mesure la fatigue de la visiteuse à l’imprécision de ses modes. Vassiliki  rappelle que, au fond, elle veut seulement parler de son père, ou plutôt l’interroger sur les activités clandestines, pour les services.

Mais son français d’épuisée ne dit pas si elle interroge sur les services ou si les activités s’accomplissaient pour les services. Peu importait : le père, c’était une histoire ancienne de mégots, ici même encore, on pouvait tout savoir, en remontant le fil ténu mais constant des Séquences Publiques d’OubliEs.

 

 

 

Séquences Publiques d’OubliEs ? Comment la Russe ( on dit La Russe comme on dirait la Parque )pourrait-elle donc  savoir qu’une histoire se trame ( ou se tisse?) de mois en mois ?

YDIT accepte la cigarette que lui tend l’auditeur patient. On finirait par se demander si des amis dévoués ne lui délèguent pas son auditeur patient du moment comme on assure un service minimum dans les transports les jours de rêve. Pourtant Ydit ne fume pas. Sa tante- Germaine-, épouse d’un chef de gare- désormais éponyme d’une figure SPO, disait : « Quand on offre à fumer à ton oncle, il les prend, et on les met dans ce tiroir, on sait jamais. »

De telles vérités ne se commentent pas.

L’auditeur demande si on s’y remet, de s’en remettre, de ces blablas ? Il y a tout de même autre chose à faire, dans la vie, que d’écouter l’ Ydit ?

 

 

 

 

YDIT : « Les désirs mal finis montent avec arrogance les degrés de la mémoire. Sur le palier du souvenir, masqués en loup solitaire ou déguisés en cohorte de cadavres à ski, les voici: on les sent frotter les pieds sur le tapis, pousser vers dessous la clé de mensonges. »

 

 

 

– » Des fois, Ydit, je me demande si  le lit des mots n’est pas un peu la lie des maux, avec vous, et votre esprit ? »

YDIT :prétend qu’ il joue à la déli-délo avec les carrés de la mémoire, et à la marelle dans la cour des miracles, en faisant attention de ne pas écraser les bords du pied.. Ainsi soit-il. La Russe, qui fait des progrès à l’oral, répète en boucle : « Mon Devoir est le Savoir, pour les Services, et votre Père. »

YDIT : « Ce jour là, c’était le dernier jour, encore une fois comme souvent, après tout. Dans le vaste bureau de ministre,…

 

 

 

…Le Chef avait invité ceux qui, à divers moments, avaient servi les Services, et rendu des services pour servir. »

–C’est mieux si vous n’imitez pas la Russe non, Ydit ? Elle le fait mieux que vous…

YDIT : « Le Chef partait, demain. Ce serait le moment de rendre les clés à chacun et surtout de tout futur non accompli.

 

 

 

En ce temps, on avait le téléphone accroché à un fil, plusieurs téléphones et bien des fils. Peut-être même  aussi  l’une de ces boites qui réglait de façon carrée les fables arrondies dans les discours?

 

 

 

Il y avait du champagne, des petits fours longs comme un jour sans tain derrière la vitre des attentes, et des visages d’oubli déjà dans  la fenêtre. Isolé encore plus que d’habitude en l’exact milieu de la solitude, ce point où l’existence apprend d’elle-même qu’elle ne sait rien sur elle-même, le Chef avait parlé.

Tous ceux qui lui avaient offert l’illusion de la présence avaient su écouter comme si c’était vrai. A présent, on devisait, on riait, on s’affirmait qu’on s’aimait en faisant le bilan de ce travail ensemble. C’était plutôt gai. Les secrétaires particulières et les chefs de service façonnaient de mouvements incertains le malicieux brouhaha, habillage facétieux du silence intérieur. On se demandait ce que ferait Le Chef, ensuite? Tout cela manquait heureusement de gravité ».

 

 

 

La Russe interroge ( c’est son métier), un peu perdue comme souvent et beaucoup, si Le Chef était son père ?

YDIT : « Le Chef irradiait l’euphorie de la libération, qui précède l’aphasie de l’inaction. Il se croyait sur un char venu d’Amérique, casque en arrière, Camel offertes à des femmes en cheveux qui tendaient des fleurs, acceptaient des bises dans le cou, versaient du cidre. C’était bon, c’était enfin léger. Libre. »

 

 

 

Libre.

« Il avait d’une main brusque saisi le cul d’une bouteille vide et bloqué d’un coup rageur un commutateur mural : téléphone coupé, on pouvait naviguer sur son erre sans tenir le bout du vent. « Enfin foin des autres et de là-haut« , gloussait-il, et l’on s’attendait à d’autres gestes théâtraux marquant le plaisir d’en avoir fini de ceci, et de ceux-là. C’était léger, facile, presqu’amusé.

Ydit raconte, encore :   » Britt était près d’une de ces grandes fenêtres sous hauts-plafonds à quoi on reconnait, en Occident, l’espace des puissants.

 

 

 

Assistante personnelle du Chef, soucieuse de tous les savoirs et sachant tous les pouvoirs, elle semblait regarder en espérant n’être pas vue. Elle avait fait un signe à YDIT, qui la rejoignait. « Viens, je dois te montrer… »

Ils étaient sortis, traversant le couloir. Elle avait poussé la porte du minuscule bureau d’Ydit, avec le mot « Conseiller » en doré sur le cuir, mais ça ne voulait rien dire.

 

 

 

D’un bras sûr de son dessein comme de son pouvoir, Britt poussait Ydit dans un angle, tel un enfant mis au coin.

Elle : « C’est fini pour maintenant, on reviendra, t’inquiète, on reviendra, mais nous deux on pourrait continuer ailleurs… »

 

 

 

Et elle initiait le geste de l’embrasser dans la bouche, de prendre ses mains pour leur imposer  d’oublier des limites, comme des jeunes gens sur un banc devant les cinémas.

Ydit s’échappait, contournait l’étroit meuble de travail, évitait le piège constant du téléphone, se glissait dans l’ombre. Un Arsène Lupin refusant le cambriolage. Rigolard et fuyard. Pas d’aiguille creuse où faire passer le chameau du désir.

Britt , qui le regardait , bloquait la porte, souriait encore, à front renversé.

 

 

 

Le verrou n’avait pas été tiré d’un doigt coquin pour un moment complice : on vivait dans un cadre 18ème, et pas déjà sur la toile.

-« Tu ne veux vraiment pas? «  disait-elle, insistante.

Ydit marmonnait, baragouinait comme une Bécassine privée de parolier. Britt cependant le regardait trop fort pour qu’il l’oublie.

-« Refuser, tu as tort, je ne te conseille pas, tu regretterais »

 

 

 

Ydit s’échappait cependant, la bousculant un peu.

Depuis le couloir, sachant déjà qu’elle aurait un jour raison, il se disait une fois de plus que, à chaque instant, le mensonge de l’illusion  gangrène la courte balade légère dans le présent des hommes.

Et, se retournant, léger, rieur, il criait :

 » Nobody is perfect« !

Enfin disparaissait fondu au noir.

 


Didier Jouault                                  Séquence Publique d’OUBLIeS             Yditblog 60

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog 59 Une assez méticuleuse exploration de l’absence

Séquence Publique d’Omission N° 59.

 

« Tiens, dit-elle, pas de russe rusée au menu de l’Omission, cette fois encore? »
Ydit répond qu’il a de plus en plus de mal à choisir ses entrées.

–« Passez à la résistance tout de suite, non? ». Dans son rôle de Parque incertaine de ses propres choix, la contrôleuse n’a pas tort.

Alors, Ydit raconte : « Pour cette fois, on était bien dans le train. Les quatre dont LUI / l’Excellence paraissaient prêts à un assez immobile voyage. »

Lactadine– qui faisait la presse et parfois les parlementaires- se penchait vers LUI , et- d’un doigt tendre- mais désincarné ( ce qui ne va pas de soi ! )- désignait : « Tiens, vous avez mis la cravate à rayures?« 

L’Excellence répondait qu’« il n’y avait pas de télé sur place, juste des gens du truc visité, ou des élus des usagers, c’était bien ça?« . On devinait qu’il n’attendait pas plus de jubilation qu’une séance de signature Joyce  un soir de noël à Langres. « Et puis, tu m’as toujours dit que pour les descentes  en province, la rayure ça fait plus Vraie Excellence, non, John? »

IL s’adressait au chef-cab, qui voyageait en face de Lui. A sa droite, Lactadine : »Je vous ai pris une chemise plus chic et une cravate Hermès pour le dîner de ce soir avec les parlementaires ». Attachante pressée, Lactadine ne le quittait pas d’une plume, elle chauffait les claviers avec doigté, elle cotonnait les micros d’une paume tendre, son métier restait d’inventer un déguisement pour chaque vérité de fond, en imaginant broderies de surface. C’était un métier difficile que découvrait Ydit. Il aurait aimé le faire, car il avait jadis voulu être écrivain.

Comme on établit un camp de base sur la face nord avant le grand saut de l’escalade, Lactadine  veillait aux cravates, aux macarons,  et aux sénateurs. Cette fois, le sommet culminerait bas.

« Ma technicienne des surfaces », disait l’Excellence, souvent d’humeur paterne et badine avec les demoiselles sherpa, non  sans un peu de ces équivoques souriantes qui sucraient jadis de poivre et sel les soirées politiques en région. Ydit ajoute qu’il a conservé d’elle l‘image d’une fille inquiète et vaporeuse  toujours près d’une fenêtre dans l’inquiétante attente de quoi, un pigeon voyageur, un rayon d’éclaircie, la visite de Zeus lui-même?

–« Et vous, là-dedans? » (la contrôleuse  revient du bar, curieuse comme toujours de ce qui nourrit l’errance interne de ses voyageurs, surtout en groupe, espace de prison mentale.)

YDIT répond qu’il se le demande souvent ce qu’il faisait, lui là-dedans, pour  le petit rôle de l’Ancien, parmi les serviteurs de roman qu’une Excellence portait dans son équipage, ça ne servait à rien, mais puisqu’il y avait quatre sièges dans le carré TGV.

Le quatuor avait pris place tout juste trois secondes avant le départ. Sécurité. « On le fait ou pas… » disait l‘homme-armé d’accompagnement, « …sinon IL a qu’à se promener en bermuda et turban dans la Jungle de Calais!« 

Une grande femme quadragénaire, vêtue en universitaire-soir-de-colloque, passait dans le couloir, marquait une brève pose en regardant LUI qui ne regardait nulle part, puis reprenait sa route vers les lignes de sa main écrivant.

Tout près, des voyageuses voyageaient. Au loin, ensuite, le train irait vers un Est lointain, Berlin, le Berliner Ensemble, le chant des sirènes, l’ange de l’histoire, quelques voix dans la nuit, la dernière porte, un soir au cinéma ( *).

Polaroïd, l’homme-armé, très proche de LUI, gardait les yeux ouverts sur les dangers, la carte près du bonnet. Son humour avait la durée d’une pluie d’été au désert. C’était réconfortant sur l’état rangé du monde.

Il avait fait son tour de wagon, pas lent,  pas de risque, seul un peu d’étonnement dans les yeux d’une voisine de l’autre côté du couloir. Tout de même, son devoir avant tout, Polaroïd avait conseillé à Excellence de s’asseoir côté fenêtre.

« Les villes, ajoute Ydit, ça demande de la visite d’Excellence, les conseils, les cantons, les comités, chacun de ces vacillements fragiles du passé mués en hargneuse carte écolière. Alors, on fait du train comme on donne une pièce à un mendiant à la sortie du Temple : foi, espérance, charité « .

S’adressant soudain à Ydit, qui songeait aux voyages, car que faire en voyage sinon que de songer au départ, l invention du monde 2

IL grognonnait :

« Mes Eléments de Langage, je les vois pas ? »

Ydit répondait, comme toujours : « Juste en dessous de votre discours, Monsieur,  la deuxième sous-chemise bleue. »

Excellence peinait parfois dans l’exploration des dossiers.

–Toute manière, ajoutait Lactadine en se penchant pour voir, ya pas de question- piège dans cette visite, il va se passer nothing de chez nothing.

Prolongeant le mouvement, elle regardait  brièvement sa propre photo souvenir prise dans la vitre du bureau : encore de la marge avant fin de la  grâce.

Inkedfille fenêtre encrée

L’Excellence éparpillait sur la tablette le maigre dossier de visite, s’agaçait en tournant les pages, tous ces trucs de chiffres, encore cette fois. IL levait la tête, mais regardait à travers la fenêtre où se collaient de premiers flocons de neige.

dig

 » Mon discours, il a été validé par le dir cab?«  Ydit raconte qu’il  revoyait le bureau du rez- de -jardin, le feu dans la cheminée (un homme en veste blanche, qui venait de regarnir en buches, sortait), le crâne rasé du dir-cab :« Tu as revu son discours, Ydit ? »

En même temps, dir-cab fomentait ses rudes batailles sur le Blackberry, levant à peine la tête. L’adversaire du jour, c’était Jeunesse et Sports, des moins que rien tout juste bons à confondre lancer du poids et saut à la perche.

Ydit répondait que oui, c’était revu. Levant les yeux comme on flashe un excès de vitesse, le dir-cab : « Ok, validé pour moi, donc, et de toute façon y aura trois pelés se les pelant au milieu de ce chantier à la noix, par moins dix dehors ».

Ydit raconte : En route vers les pelés du moins dix, LUI s’ennuyait visiblement un peu. L’Excellence, on le savait, préférait une séance questions réponses à l’Assemblée, « Là au moins on se bouge les fesses, ou une séquence de body training avec sa prof, ou de savoir-vivre avec la Vieille. Quelque chose pour rigoler, au moins. Pas comme ces pelés du chantier. »


–« T’inquiète, disait John, depuis longtemps familier au point de sentir Son Excellence sur le bout des humeurs, t’inquiète, ça va aller vite, et l’important c’est ce soir, les parlementaires de la région.« 

Dans le couloir circulait à nouveau l’universitaire lassée. Elle atténuait le rythme de son pas lascif, comme lorsqu’un enfant regarde les poissons se souvenir en rond derrière la grille. Homme-armé levait la tête.

Excellence souriait, et Ydit espérait qu’il ne serait pas, comme parfois relégué, dans un autre coin du resto à compter les fourchettes : il avait très envie de visiter la ville, surtout dans la neige, et Lactadine semblait d’accord pour découvrir à deux, plutôt que de rester pliée au lit à lire « Le Temps retrouvé  » ( elle avait préféré commencer par là, pour ne pas être  ensuite surprise  par la fin).

Lactadine, sérieuse : «  Vous voulez qu’on travaille votre interview de France Inter après-demain ? »

LUI :« T’es gentille, mais pas envie maintenant ».

Excellence regardait autour : vitres, accoudoirs, neige, Ydit en coin, le train…beurk.

Encore cette fois, John avait  perçu l’immense plaine du désert intérieur, si pénible à traverser seul :« Tiens, je vais te passer ton courrier perso ». LUI : Moue très bougonne, geste des mains. Le temps contraint du carré peinait à  s’arrondir, ça traînait en langueur.

–Un peu comme votre séquence d’aujourd’hui, non, si je peux me permettre? On vous a connu plus combatif ?

 

Ydit répond qu’il y a des années où l’on se demande que faire du temps si lent, c’est connu, on s’est trompé de sens pour l’année, puis reprend le récit : Soudain, avant  que Homme-Armé reprît conscience hors du rythme ferroviaire, la femme s’était penchée et tendait sa main vers l’ Excellence. « Certes, fulgurait le policier, une femme c’est moins dangereux qu’un homme, enfin pour les attentats, sauf à la pudeur, et encore, faudra creuser cette idée, mais si on peut même pas somnoler dans un carré VIP du TGV. »

Elle ne tenait au bout des doigts qu’une carte de visite. Elle se présentait, maîtresse de conférences en éco-ethologie de l’économie, tendance ouverture du marché.

Excellence hochait la tête. Décidément une mission de nul. IL souriait. Chef cab John s’attentionnait, Lactadine regardait, Ydit écoutait : on s’occupait visiblement du cas.

L’universitaire primessautait, guillemettait, notusculait en bas de page, ayant un peu de mal à tenir debout dans le coeur des cahots… Surtout, elle disait, en pointillé entre deux bougés du voyage: « ...Très impressionnée par votre action…Loi inhabituellement habile sur ce sujet…Enfin ce qu’il fallait faire depuis si longtemps que…Vraiment une politique de la bonne hauteur, bravo, et… »

Sur les genoux d’ Excellence, continue Ydit, le dossier visait à l’éparpillé, les réponses inutiles  bousculaient des questions mal posées.

La passante résistait à un virage rusé du T.G.V.,

Lactadine se préparait à la recevoir sur ses accueillantes cuisses, puis tout se résorbait dans une courbe claire : »…donc, je pense…des hommes tels quel vous, on souhaite leur apporter un concours expert…à D., où vous allez, je connais plein de … »

Excellence ne disait mot. Chef cab, c’est le métier, opinait d’un bonnet vigoureux. Lactadine veillait à la chute. Ydit se taisait.

La femme, risquant un envol, sortait une carte de visite, la reprenait: « ...ah, j’ai changé de mel… », griffonnait une ligne en prenant appui de la jambe sur le genou d’Ydit. Tout ça vacillait au lieu de transcender. L’inéquilibré s’imposait dans le pur trajet vers D. Excellence : « John, tu la prends ? » Chef-cab : »Avec plaisir, on a vraiment toujours besoin de forces nouvelles ». Il saisissait la carte,  mimant comme une dernière chance.

Souriante, la voyageuse : »...faut que j’y retourne…mais n’hésitez pas…pour m’appeler…je suis très… »

Quand elle s’éloignait, Homme-armé se détendait : avec ces gens là, surtout les femmes, on ne sait jamais.

John Chef cab,  amusé : « Et en plus tu sais à quelle université elle appartient ? »

Lui  : »Qu’est ce que tu veux que ça me fasse? » Regardait sa montre, soufflait: « Il arrive jamais, ce train ? »

Ydit notait : il devra, un jour, oser le récit de cette vérité que  parfois, raconter est une assez méticuleuse exploration de l’absence – de la force du rien.

Quand, plus tard, les Quatre et Homme-armé descendaient du wagon, Ydit voyait que la carte de visite griffonnée restait dans le cendrier. Il s’apprêtait à, mais non : ce n’était pas un oubli.

Sur le quai, les menues Hauteurs locales étaient dressées pour l’accueil d’ Excellence.

Lactadine murmurait : « Y a la presse locale, j’ai bien fait de vous mettre une cravate à rayures… »


(*) : quelques titres de textes de Cécile Wajsbrot, « Berliner Ensemble« , éditions la ville brûle, 2015


Didier Jouault,   Séquence Publique d’Omission 59   Une assez méticuleuse exploration de l’absence.

Par défaut

didier jouault pour Yditblog 58 : La DirGé triche avec le regret.

DirGé … Séquence Publique d’Omission n° 58 : la DirGé ment sur les remords.

 

   Revenant du bar, elle s’étire un peu et fredonne : « J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien… ». Avec son accent, les souvenirs  se mettent à ronfler comme des feux ayant perdu leur voie dans un vieux poêle sans des cartes.

  Retour de ses campagnes, Ydit regarde les voyageuses voyager. C’est une occupation à part, entière.

« C’est le métier qui rentre, dit en passant la cousine SNCF de Germaine des Gares, qui range sa poinçonneuse couleur Lilas. Elle précise  : Habituez vous à nos mécaniques du dialogue, par exemple, moi avec mon laser rouge à voyeurer les non-billets virtuels, on dirait Star Warf, vous croyez pas ? Puis, pour la voyageuse : c’est toujours vous qui venez de Russie pour les Renseignements sur Ydit ?

J’ai vu votre photo  en  noir et en blanc sur le réseau. Même dos tourné on vous reconnait comme une équipe de la Stasi mise à pied du Mur après un stage raté de persuasion en sous-sol. « 

La slave esclave de son propre dur désir de parler ne dit cependant mot.  « Yes, dit Germaine joyeuse, des fois parler c’est comme payer, sauf qu’on n’a pas de carte de crédit. »  Elle s’amuse toute seule de son débit.

Et vous, au fait, Monsieur D’Ydit ?

C’est souvent le cas : Ydit aimerait savoir de quoi on parle, mais on parle sans le savoir. Puis, aujourd’hui, à tant dire, l’inquiète amie de quais caquète trop sa quête…Ydit aspire au repos.

 » Pourquoi ce silence ? », murmure pensivement la Russe en regardant Ydit quitter la salle des pas perdus.

Ydit raconte : « C’est à cause de la nouvelle DirGé nommée hier..spo Bon point Il dit la voir qui parcourt le couloir de la puissance. Cela conduit depuis chez l’Excellence vers le seuil imprécis des obscurs  devoirs. La nouvelle DirGé, c’est à elle de faire ce qu’on dit.

Il y a quelques semaines, ajoute Ydit, on avait déjeuné ensemble, après vingt ou trente  années privées de rencontre. On n’avait pas laissé aux vieux souvenirs le temps d’éblouir le présent avec l’inutile éclat des étoiles mortes. On ne parlait que maintenant  et futurs.

Avouons sans regret : longtemps auparavant on avait en vérité  failli.

A l’époque, la DirGé c’était l’une d’un trio léger.deux-filles-et-un-garçon-modif.

Jules et Jim sans Jules et avec Laureen, juste dans les commencements du récit, et sans déjà les mélanges des corps. En ce temps, paraissait usuel tout ce qui étonne aujourd’hui les dames de la SNCF. La DirGé venait parfois dormir dans la grande longère où le trio passait discrètement les fins de semaine.

C’était l’amie décolle de Laureen, celle qui osait les envols et connaît la rudesse des retours à terre.

Elle fumait des Gauloises bleues en écoutant les chanteurs blanchis parler de cigarettes qui priaient. Difficile de mieux effacer les frontières du désir, surtout quand elle attendait  son tour sans rien dire devant la salle de bains.

Ils  dînaient aussi  tous trois dans sa petite maison de la Ville des Sciences, en banlieue parisienne. On se perdait pour y arriver, Ydit  s’égarait dans la conversation, on s’attardait au retour.

Un soir, il avait plu. C’était le printemps, mais cela n’expliquait rien. Laureen travaillait ailleurs. On peut simuler l’oubli de qui entreprit ce premier geste. Ce n’était  jamais que le dernier d’une ancienne attente. Si Germaine, ou la Russe, ou telle autre regardant à sa fenêtre n’eût pas été chassée par Ydit, elle aurait dit : « C’est pas dur à deviner qui c’était qui commença. » Elle se serait trompée.deux filles et un garçon 2

Il faisait froid, Paris était loin, aucune maison n’était vide. En acceptant  les médiocres contingences du réel voisin, la chambre et son passage, on gâcherait la surprise des premières découvertes, toujours un peu tremblées. Il ne fallait pas, dès son début, bousculer l’avenir du récit dans le figé de l’accompli.

Ydit raconte :  » Ce n’est pas urgent, avait dit  à l’époque la nouvelle DirGé, je pars demain  à l’aube pour Columbia. Parcourons à distance l’espace de la patience, Veux-tu ? Je préfère découvrir sans hâte comment tu te sers de ton sourire devant ma nudité. « 

En cet instant de la nuit, sans doute, Ydit voulait bien tout.

Ydit, rieur :  » Tu boiras le vin nouveau de l’absence comme si c’était un thé au Sahara? » Comme souvent, ainsi qu’il arrive ici-même, elle ne reconnut pas les allusions, parce qu’elle parlait mieux d’autres langages.

Selon Ydit, quelques semaines passèrent, le temps d’un  cycle de cours donnés par la future nouvelle DirGé. C’était joli, on arrivait sans risque  vers l’été. Il y aurait du soleil dans les fenêtres et des amours dans les jardins.carolina face etiquette main

 

Au retour d’Amérique, un petit groupe dînait dans la maison de banlieue. Laureen à son tour colloquait ailleurs, et  l’hôtesse raccompagnait Ydit.

«  Peut-être pourrais-je passer un moment ici encore, » avait-il dit, avant ton voyage nous n’avons pas pu… »

 

 

Elle souriait, faussement penaude et vraiment gaie : aux Amériques, mais Ydit connaît cela, elle n’avait pas vu la raison de résister à un collègue, un Mexicain basané, à moins que ce ne fût un Canadien saumoné, ou un Bulgare hagard ? On sait ce que c’est. Bref, rien à regretter sauf que…

…il serait impératif à présent d’attendre que le résultat fût effacé. Ensuite, on verrait. Probablement ?

Tous deux éclatèrent de rire, elle lui offrit un dernier Talisker, promit sans risque, et ils trinquèrent à l’abstinence.

Ydit raconte : « En ces jours des années 80, les temps s’effaçaient les uns les autres,  la gravité n’avait pas atteint son poids d’aujourd’hui. On allait, on venait, légers comme des lièvres au matin ignorant le chasseur. D’autres désirs, quelques voyages, la rencontre nouvelle, cela suffisait à composer le futur. »

Après l’été, un homme habitait maintenant  la maison de banlieue, dégustait le Talisker, ne prenait pas son tour devant la salle de bains. Le trio se fit double binôme, on n’en parla plus, on fit des promenades. Laureen  sut-elle jamais qu’il n’y eut cette fois rien à savoir ?

Longtemps après, comme elle devenait la nouvelle DirGé, en omettant regrets et remords,

on parla des affaires de DirGé : à quoi servent donc les moulures  du pouvoir si l’on n’y peut lire soi-même les reflets de l’avenir dans les vitrines ? Elle répondait : l’action. Comment y croire ?

 

Au dessert, si l’on en croit Ydit : » Mmm… attention toutefois, un bon remords, ou un vrai regret,  au fond est-ce un mauvais souvenir à oublier ? Il faudrait tout de même voir à ne pas tricher avec l’Omission ».

Puis, rapide, elle partit pour présider sa réunion.

André Maynet, Mine de riens

Encore une fois merci à André Maynet

Merci aussi à Benoit Desmoriane pour sa jeune fille tremblée


Didier Jouault, pour Yditblog

Par défaut

didier jouault pour Yditblog 57 : Le défilé du crotale, on s’y recolle, et à la colle, ça décolle

On s’y recolle, à la colle, ça décolle : le crotale

séquence publique d’oubliEs numéro 57

–« Dans lequel vous montez »? demandent non sans sourire goguenard les trois Parques du jour ( dans beaucoup d’endroits, le Parque du jour reste accessible) :

 

 

Comme si on pouvait regarder l’horizon dans une paire de jumelles à deux images, deux vitesses, deux aiguillages. Sur le marche-pied du train rapide, une femme téléphone à son passé en écoutant les messages. Est-ce une Russe poursuivant Ydit de ses assiduités narratives toujours déçues, incapable de raconter les secrets du père? Est-ce Myriam? Est-ce Florence? Est-ce Djamila, l’une des trois reines-mages?

-« Vous avez réservé ? »

Ydit répond qu’« il ne faut pas croire, il y a des jeunes filles qui le regardent dans le train ou le métro, toujours un bref coup d’œil, pour évaluer son besoin qu’elles se lèvent, abandonnant à son personnage le siège de leur présence. »

-« Et ? »

Selon Ydit (mais peut-on le croire? ) il récuse la proposition de place, car il ne veut plus avoir affaire avec des jeunes filles. Pourtant, disait Olga Pipistrelli : « Oublier en public requiert deux composantes : du public et la possibilité de l’oubli ».

D’ailleurs, ajoutait Georges, »Je me souviens… », mais le train part. Une cousine de Germaine fait traverser le fleuve aux voyageurs et contrôle les chemins de chacun.

 

 

 

Ydit regarde passer les marqueurs du récit et offre du café au voyageur d’à côté qui semble fatigué de raconter à lui tout seul la vérité future. « Et vous, demande l’alerte vieillard, qu’est ce que vous faites  maintenant ? Ça tourne bien, vous continuez le Job ? Vous vous y recollez, toujours à la colle de l’oubli ? Vous avez déjà des dates pour 2018 ? »

 

 

« Impossible de m’arrêter ici. Je ne le peux pas tant que je n’aurai pas atteint un certain point du passé qui, en ce moment, est l’avenir de mon récit. » glisse en passant une voyageuse(1). Elle ajoute : » Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive, et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé… »

Le vieillard l’interrompt, de sa voix sèche et usée comme une illusion perdue :« Ne  prenez tout de même pas Ydit pour le Jean Valjean de la mémoire, qui ne reculerait  devant aucune excavation pour chercher l’infini trésor de l’oubli, surtout si le fil de l’égout est balisé par une Germaine SNCF, et si la voirie du labyrinthe est éclairée de jeunes filles en bottes, qui attendent près de la fenêtre, mmm, vous voyez ce que je préfère ne pas dire, non ? »

 

 

La voyageuse disparaît. La cousine de Germaine ne dit rien. De sa besace dépasse « Ma vie parmi les ombres », mais personne n’en parle, pour ne pas alourdir ce début d’année. Afin d’agréer le parcours, elle disperse sur les voyageurs un rayon rouge et ses yeux bleus. On se souvient, à la voir, dans la torpeur aisée des voyages, qu’on aime tant se réveiller la nuit juste pour écrire des souvenirs à oublier.

Instruite par sa cousine (car quel réseau que le ferroviaire!) elle aimerait savoir si notre Ydit souhaiterait oublier plutôt dans la salle basse, ou bien dans la salle haute? Elle  prépare le concours d’inspectrice de première classe et veut  prendre des notes sur le sujet : « Écrire, est-ce autre chose qu’améliorer le passé pour stabiliser le futur? »

 

 

« Trop facile, peste le joli  vieillard, oublier ferait que ça n’aurait pas eu lieu ? ».

La dame SNCF proteste : « Si on se met à la pensée de magazine, autant aller au bar. Puis, enfin, d’Ydit, on n’attend que du récit, pas des idées. En ce début d’année, une histoire de noël ? »

YDIT : « Parmi les vœux qu’Ydit recevait en salves serrées, se trouvaient ceux du chef AX dont Ydit était  le directeur. Huit ou neuf  mois plus tôt, banalement,  AX l’avait invité dans son établissement à l’une de ces parades annonçant l’été par lesquelles on souhaitait magnifier le travail des pensionnaires. Le lieu était spécialisé dans  les métiers de la mode, et il n’y avait quasiment pas de garçons.

–Venez, avait dit le chef, ce sera un défilé pour les mettre en valeur dans ce qu’elles ont de plus précieux. Ydit éprouvait de la méfiance pour cet homme, pour ses paroles en réunion, pour ses courriers, ses demandes de décoration, ses récits d’aventures crasseuses à interrompre lors des repas de travail.

Le défilé de printemps  fut le défoulement du crotale. Sans l’annoncer (car YDIT n’aurait pas accepté ), croyant qu’il saupoudrait de sucre glace le quotidien trop cuit de ces adolescentes et jeunes femmes, AX avait choisi le thème    lingerie.

 

 

Très vite, on voyait le piège : se poser d’homme à homme, comme si l’infinitude altière du désir allait créer entre eux une connivence un peu sale, introduction à toutes les demandes complices.

 

 

 

 

-« Et vous non plus, alors, vous n’aimez pas les jeunes filles? » demande le vif vieillard depuis le siège d’à côté.

Ydit s’apprête à protester, mais la contrôleuse des mouvements préfère la poursuite du récit.

YDIT : Le chef avait dit « un défilé pour les mettre en valeur dans ce qu’elles ont de plus précieux.«  Rester, c’était approuver sa malice perverse. Partir, c’était récuser le travail de couture et la naïveté (ou accepter la soumission) de ces modèles imposées, dont certaines étaient de jeunes femmes très démunies, en reprise d’apprentissage. Ydit n’accepta de les féliciter, puis de partager le buffet, qu’après rhabillage, et disant sa vaste gène du peu-vêtu en tels lieux.

 

 

Peu après, ce fut le temps de jauger le chef, d’apprécier ses attentes, d’examiner les demandes. Le rapport d’YDIT concluait sans réserve à la nécessité de séparer cet homme de ses modèles en lingerie. Le reproche était net. D’AX on pouvait faire le chef de formations à la mécanique : la dignité des moteurs ne souffre pas sous les lampes-torches.

Le cas fut débattu et l’homme se débattit. Comme souvent, attester d’un délit restait impossible, et prouver une faute éthique n’avait en ce temps pas de sens. Etait-il blâmable ou naïf ? Deux ou trois membres de la commission, même, dans les couloirs, regrettaient de n’avoir pas été invités au défilé-du-crotale.fr

-Contre trois, que vouliez vous qu’il fît ? admet la Germaine-bis, montrant ainsi qu’elle prend très au sérieux sa préparation au concours d’inspectrice de première classe.

Ydit : Le temps avait passé en discussions. L’été venait. Peu d’établissements libres, encore, où des moteurs attendissent en chemise leur amateur de transparences. On  trouva la solution : une promotion pour un établissement plus gros, mieux payé, ville voisine, logement six pièces-cheminées-parquet-vue-sur-le-canal, dont l’actuel chef venait de faire durement connaissance un AVC. Mais, ici, pas de filles aux défilés de printemps. On fit ainsi.

 

Parmi les vœux qu’Ydit reçut en salves serrées, peu de semaines plus tard,  se trouvaient ceux du chef AX dont Ydit avait été  le directeur. moments heureux

Le recto portait ce vers célèbre de Félix Arvers :

« Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre

N’osant rien demander et n’ayant rien reçu. »

 

« Cher Monsieur le Directeur, acceptez, avec mes vœux pour l’année nouvelle et  pour la persistance de votre attentif regard, de sincères et vifs remerciements quant à l’opportunité que vous m’avez offerte de diriger dans le bonheur ce superbe établissement ».

 


(1)  Mémoire de fille, Annie Ernaux, Gallimard 2016, p. 79 et p. 151


Didier Jouault           pour              Yditblog,          SPO  57

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog / Séquence 56 (ou 55 bis) : Au passage du bus 55, le panneau indique l’itinéraire

La récente Séquence Publique  55 a posé des questions.

Pourtant, dès le début, on sait à quoi ça tend par cet avertissement pastiche des affichettes repérées à l’entrée des salles de cinéma: ici, on fait du cinéma !… une sorte au moins au second degré,  humour certes probablement dérisoire, mais qui forme le ciment même d’OUBLIeSapo

==> »Avertissement du producteur : La séquence suivante comporte des images ou des allusions pouvant émouvoir  les sensibilités, en particulier des personnes d’un certain age.
OMISSION n° 55 « .

Quant au reste : rien que  les invariants usuels, parmi lesquels

étiquettes  » oubliEs » ici et là,objets dérivés pour OMISSIONS

décors usuels détournés de leur sens mo.28 11 2011

jeunes filles qui attendent exactement comme une Parte (puisque le dessein d’oublier avant de mourir, projet de « YDITBLOG », cessera de soi lorsque la jeune fille quittera la fenêtre en coupant le fil du récit), mais elle peut se nommer Nona,fille et fenêtre     ou bien Décima,   SPO 40 035        ou encore Morta

SPO nue fenbetre n e b nattes(selon les épisodes)

fausses images et vrais souvenirs-écrans,  récits que l’âge transforme en cires (dans la SP0 55, quel est le vrai mauvais souvenir à oublier?)lupin-devanture-grevin-salue

thèmes récurrents à occurrences variables mais parfois régulières, où se lisent des apparitions liées à la situation dramatique,

à des oppositions  simplistes telle dehors/dedans (le décor, l’image) insignifiance et pouvoir

ou les plus banales des inévitables  visions du monde sensible :

désir pour toujours devant, monnaies de singes des vies à jamais dépassées

tics d’écriture ( le concours de repérage de citations ou allusions est ouvert;  la 55 : Mallarmé, Musset, Shakespeare, Queneau, etc.), dont l’assez grossier ( je le reconnais) premier paragraphe destiné à écarter les importuns, mais aussi dérisions langagières comme celles de la russe scansion de l’Alexandrin et les bougés de l’Actualité

jeux d’aimable provocation où les formes de corps, à  l’obsolescence programmée, perturbent (pour le lecteur) le rythme des formes voilées d’un récit que structurent répétitions et symétries

l’entrée progressive de personnages porteurs du sens qu’on voudra, Germaine-des-rails et l’inévitable départ du dernier train pour la fin du rail, Vassiliki la Russe (désormais moins exotique) sans cesse interrompue dans son discours secret sur la filiation, les héros publics emblématiques d’un certain vide, les auditeurs de rencontre émouvants par leurs pleins…d’autres sont programmés pour les dix ans qui viennent

et, sans doute trop insistant, le parcours joué avec et autour des déguisements, d’abord celui qui s’ajoute pour mieux s’enlever,

quel que soit le cadre, jusqu’à sa propre disparition, puisque l’objectif des OMISSIONS PUBLIQUES, on l’a posé tel,  reste la mise à nu , le dépouillement du vieil homme,

(car c’est bien derrière l’étoffe de cette peau, sous le déshabillé vaporeux de la mémoire, que se cachent et se mêlent au cœur du récit la mort et l’avenir)

MAIS ,- avant tout- cela va de soi, l’image de YDIT ( en effacement progressif) avec la présence majeure du texte, le texte  jamais oublié, les mots toujours menteurs, toujours pourtant les mots avouant quelque chose au cœur du projet d’OUBLIeS !


Par défaut

Didier Jouault /YditBlog /SPO n° 54 La fessée de la ministre est rude comme un bain de neige.

La fessée de la ministre est froide comme un vent de sable
( 3/3).
L’effacé de la fessée

Rappel : Son Excellence profite d’une opération de sauvetage pour un candidat radeau- de- là-médusé. Le cortège berlineux entre la préfecture et le député en cours de virtualisation s’arrête à mi-chemin. Il pleut. Le préfet quitte sa voiture. Il demande à Ydit de rejoindre l’ Excellence sur la banquette arrière.

Ydit  demande :« J’entre ? »
Le préfet :« Bah oui, entrez, elle attend ». Vraiment, ces jeunes directeurs de services de l’Etat, pas des rapides. Tête-à-tête avec la ministre,  ça se refuse pas. Seront jamais préfet.

entrée sortie la contradiction du réel (1920 Londres )

Même si  avec Elle on n’est jamais sûr d’entrer dans le bon sens

L’unique avantage, assis dans la voiture, raconte Ydit, c’est qu’on prend l’orage au chaud, et le préfet dans  la bouillasse debout.derrière la fumée vitreuse pas sûr qu'Elle l'ait vu Maigre consolation.

 

L’Excellence, impériale, sans regarder Ydit ( et il n’est pas certain qu’elle l’ait vu ) :

 

«  Bon, Monsieur le Directeur, expliquez-moi donc ce bazar, la manifestation d’hier, justement quand je viens dans le département, la presse régionale, tout ça. A quoi donc pensez-vous?»

A quoi donc pensez-vous ?

Ydit, plus ou moins serein, commence à dire que, puisqu’on a retiré d’importants moyens au département, forcément, on ne fait plus autant de…Avec l’équipe il a beaucoup  travaillé, mais… Excellence  n’écoute.

D’un geste quasi papal, version excommunication, l’Autorité républicaine, assise cuisse contre cuisse (enfin, presque) s’est retournée vers Ydit. Elle le regarde. On n’osait y croire.

Elle sent un parfum chic dégradé par un levé-tôt. C’est pas Marguerite Duras décrivant Nevers pour « Hiroshima mon amour », mais on sent que pour elle Ydit n’a toujours encore rien compris à Hiroshima. Ni à la pluie d’été, dehors.

Elle ne regarde pas la série de chiffres qu’il tente de présenter sur un tableau simple, travaillé tout au cours de  la nuit. Une Excellence assise à l’arrière d’une berline de préfet (qui trempe dehors), pendant qu’attendent l’inauguration, le député sur place, le sénateur dans sa voiture, les amis, bref le monde entier, et même Dieu peut être, l’Excellence ça n’a pas de temps à perdre avec tout ça, les chiffres, les tableaux, toutes ces machinitudes là… « Bon

( dit-elle), regardant Ydit dans le fond de sa mémoire : vous savez bien comment il aurait fallu faire, vous vous en êtes mal tiré, on ne dit pas qu’on a un budget rétréci, voyons, c’est évident. Vous êtes en poste depuis longtemps , ici ? A la place, voila ce que vous auriez dû … »
La ministre lui explique, à Ydit, comment faire au fond de cette campagne rétive où elle met pour la première fois de sa vie le pied de l’exploratrice, mais elle a tout compris en arrivant, c’est pourtant pas compliqué.
Dehors, on sent que le préfet en a plus qu’assez de gadouiller comme un stagiaire, sans même assister en direct à la fessée cul-nu que reçoit le jeune directeur du département. A travers la vitre, on perçoit les gestes menus de la grande chef. ELLE n’était jamais venue dans ces terres.

ELLE ne reviendra pas dans ce coin. Mais ELLE connaît tout, ELLE sait ce qu’il faut faire avec ces petits gallo-romains de petits paysans. Comment faire. Quoi dire, à qui, sur quel ton. ELLE est ministre. Donc, elle lui explique, à Ydit, comment lire les tableaux où est écrit «moins» comme si on voyait «autant». Les préfets ont un mot pour ça :« explication de gravures ». Mais rien d’équivoque, ici la gravure est de France profonde. Et puis, dans sa ville où le banquet attend, le député -candidat-en cours de fissure s’impatiente : « Qu’est ce qu’elle fout, la ministre? Elle apprend son discours ?» voudrait-il demander au préfet, mais il n’a plus de téléphone, le préfet, le téléphone est dans la voiture, avec l’Excellencitude, qui a autre chose à faire, non mais.

Tout se dégrade. Encore un peu, c’est la chienlit.
« Bon, ça suffit comme ça, ELLE dit, je vois que c’est évidemment de la maladresse, de la jeunesse, et je suis gentille, mais sinon, si vous l’aviez fait par souci politique …».
Ydit se voit aux îles Kerguelen, traverseur de pingouins sur la banquise ( une expression d’un de ses patrons de jeunesse), joli poste pour expérimenter la profondeur du silence et la vérité des relations avec les oiseaux.

Ou à Saint Pierre et Miquelon, là oui, avec plaisir, à Saint Pierre et Miquelon, haut lieu d’Omissions gelées .
« Bah voila, allez-y, faites comme j’ai décrit» dit-elle, avec un regard accablé , désignant la portière. On n’est pas là pour perdre son temps, on a des choses sérieuses à construire, dépité député à soutenir, inauguration, valse-musette, discours…Hop, bougez, petitesse. Ydit a tout juste le temps de remonter sa culotte, on ne doit pas sortir fesses à l’air dans la campagne, et il a les rondeurs un peu rouges.

SPO fessée anonyme

Tout ce temps perdu en démarches d’apprentissage

La main royale est rude. Le préfet agacé presque le bouscule pour retrouver sa place, au sec. Une place au sec, bien sûr, ça compte, pour un préfet.
Le démarrage aussi est un peu sec. Courant, glissant à demi dans la gadoue consubstantielle à ce département ( qu’il aime), silhouette sans casquette, Ydit retrouve sa propre berline d’Etat.

la voiture du préfet

le berline est d’Etat

Mais il sent bien qu’ILS l’auraient volontiers abandonné là, pieds plantés dans la bordure comme une bâton de pèlerin oublié par les rançonneurs, jeté aux orties sans petits cailloux, choux, hiboux, genoux ( tiens, Elle ne l’a pas pris sur Ses genoux)(pour le consoler après la fessée)( mais ce n’est peut-être pas Son genre ?).

Dans l’auto malmenée, Ydit pense aux fessées qu’il ne pourrait plus montrer de nos jours, sauf sous le manteau, comme des images lestes : le capitaine et le prince des sables/ la très curieuse fessée d’artiste, trop pédophile pour être au net.spo_tintin-fessee-1

SPO balthus-lecon-de-guitare-1934

La leçon de violon provoque de douloureuses (??) punitions

En trombe, le convoi tente de rattraper son retard. Mais les retards, c’est comme les budgets : on ne fait pas plus avec moins. Mais c’est juste de la maladresse. Elle a dit. Oui, oui, erreur d’inexpérience, la jeunesse. La ministre pardonne. ELLE est d’une immense bienveillance. Votre Excellence, permettez, que dans mon trouble, sourit-il , je baise les paumes de vos pieds, les poignets de vos genoux.

D’ailleurs, après le discours, L’Excellence dans la joie distribue des médailles.

Ydit reçoit la sienne, ronde et rouge comme une affectueuse fessée.visite en Sarthe

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis, dans la sous-préfecture presque chavirant sous l’orage, on finit par des canapés ruraux.

Vous prendrez bien un peu de rillettes ?

Un verre de Janières?

mais tout finit par des cacahouettes

 

Le Kandidat content et comptant ses voix répète son très aimable vaudeville, tout en songeant à son assistante qui l’attend pour le reportage dans le magazine municipal.

 

SPO FB by jitka samajova la photographe faussement nue sur la chaise rouge

« En plus, songe Ydit, ça fait de vrais frais souvenirs d’être en campagne déshabillé par son Excellence même. »

« En plus, songe Ydit, ça fait de vrais frais souvenirs d’être, en campagne, déshabillé par son Excellence même. Omission ? L’efficace effacé de la fessée ».



 

Par défaut

Didier Jouault S.P.O. n° 53 La fessée de la ministre est froide comme un vent de sable  ( 2/3).

Rappel :

Devant la gare, près de la réception que donne une sous-préfète vitrifiée par l’importance du vernissage, Ydit donne son récit.

Parmi les auditeurs, distraitement Germaine : n’écoute goutte.

Elle essaie de comprendre les mouvements contradictoires de passagers hâtifs mais sans doute en faute? Ydit persévère dans ses « Omissions », orateur actif et peut-être sans faute?

 Ailleurs, on peut estimer que la Russe sans gêne et sans accent attend son tour de parole sur les véritables histoires du père. Ainsi, au retour du tour, s’il revient des  terres d’OubliEs, oublies-sur-leau-morte-du-lac.jpgenfin Ydit connaîtrait les plages que le sable imagine entre les trous de la mémoire.  

La marée de vivre se retirant à petits coups de langue gourmande alors dévoilera l’état des savoirs sur le rôle du père dans l’histoire, ses  rôles dans la construction des secrets, comme on trouve des couteaux dans les flaques dessinéescarolina face etiquette main par le courant éteint entre les yeux impunis des jeunes filles.

 Trop tôt.

Ydit :« C’était dans une région humide aux belles terres grasses ». Puis, voyant les sourcils levés de son auditoire  ( fragile et passager, d’ailleurs le chien du SDF est parti à la poursuite du gamin), il corrige : «  C’était dans une chaude région aux sols rouges ». Il raconte ensuite qu’il était là, depuis   peu d’années, à faire son emploi.

Son métier, c’était surtout de parler en public et de compter en secret. Conduire un département qu’on lui avait, dans son domaine, imprudemment confié…Terre  de bolides F1 et de chars à bœufs. Cette année là – mais c’est ainsi depuis deux ou trois mille ans- il y avait moins d’argent à dépenser pour bâtir, et plus d’obligation à tenir avec le moins d’argent de plus.

Moins de bras pour autant d’oeuvre. Moins de blé pour autant de moules. Moins de crédits, de kopecs, de Russes  troubles avec les roubles, de pianos-bar et de soirées entre amis. Ydit, parfois, s’interrogeait comme chacun : qu’est on allé faire dans cette isba ? Mais ce sont de beaux souvenirs, qu’on n’OUBLIeS  donc pas ici.

D’un certain point de vue, avec un humour de poilu en 17 , on pourrait dire que ça anticipait la série des « Omissions » : on joue avec  le retrait, le « un peu moins », le recul mesuré. Bien sûr  l’argument ne pesait pas, mais il attirait des foules dehors.  :pas contents pas contents YDIT :  » Ce n’était pas l’ovation glorieuse de retours, ni les gesticulations de fin d’étape. Représentation  régulière, soirs de première tous les après-midi, grand gala pour petite starlette gauchette comme une gaufrette qu’on déchiffre pour lire l’avenir dans les plis de la peau sucrée. Et les abonnés qui attendent ( avec sono) qu’on parle à la fenêtre. Gros succès de mé-sestime, c’est le travail.

Quelques amis aussi pour préserver des contacts involontairesexpression démocratique

Ne pas se vouloir aimé :  condition de l’exercice. Moins d’argent : on se débrouille, mais non pas sans dégâts. Pas de viande, peu de soupe. »

YDIT : « L’Excellence Grenelle-Paris-Chef  de l’époque avait prévu un passage, pour le lendemain,  arrivée par le train du peuple à la gare TGV. A la gare : dispositif  de musculeux policiers, le préfet (un vrai, au format réglementaire, uniforme un peu vieilli,  dorures, moulures, cheminée, espace sous plafond) . A la descente les gars des RG, et même une capitaine, entourent l’excellence comme si la Mongolie entière l’attendait à cheval sur la voie 2, direction Angers.

Filmiquement époustouflés de s’inscrire dans l’écran de leur propre réel, les gardes engouffrent l’Excellence  dans la berline protégée. Elle n’a pas  vu les mains qu’on lui tend, à part celle bien sûr du préfet. Ydit raconte qu’il la remet dans sa poche. »

Puis le  trajet à 150 en convoi avec  deux motards locaux pas si sûrs de leur vitesse, vers une sous préfecture, par la départementale défoncée. Programme du jour : l’inauguration express, l’invisible serrement de mains cette fois prises une à une,

discours défoncé mal écrit par un assistant déchiré de reproches. Surtout la presse locale. « Il s’agit d’apporter un  aimable soutien résolument partisan à un candidat local en posture …enfin, encore plus démuni que le gamin aux oubliEs, même pas de cache-sexe sur son incompétence. S’il lui restait, dans la circonscription, un bulletin de vote pour se préserver de l’échec, c’était le sien.. Ce sont des choses qui se font, quand on est Son Excellence de Paris, préserver en vitesse sa majorité.

Convoi sous la bruine : police en tête, puis préfet ayant pris la ministre en passagère bla bla car , puis on ne sait plus quel sénateur -maire et ses assistantes (pétulantes péronnelles pétaradant du langage ). » Puis, à la traîne, le directeur du département, Ydit, banquette arrière, conducteur devant ( ce qui est tout de même plus pratique). Et derrière : la police.

Ydit raconte que « son chauffeur d’alors n’était pas très sûr de lui sur la route humide la voiture du préfet…La sueur lui faisait par avance une auréole. Bon, mourir en service, c’est enrichissant pour la famille. »

« Soudain, téléphone (en ces temps, un gros cigare fixé dans la voiture, antenne au toit). C’est le préfet soi-même. Sa hautesse en ENA-dress. Dans son grand costume. Son ton de baron d’Empire qui soupire et rêve d’écrire comme Maupassant en parlant comme Noiret. Il dit à Ydit qu’on va faire un arrêt. Tant mieux, pense Ydit, ça rend possible de  survivre encore une minute. »

Les voitures du convoi stoppent comme elles peuvent sur les bas côtés boueux près d’une station locale. Cinématographique.

« Pas très formel, pas très sécurité, coin de bord de route, mais c’est LA  ministre, on va pas détailler les détails des délits. Tous ces gens, pense Ydit, qui inventent des plans de coupe juste pour donner à voir qu’ils savent des faire des films. »

Téléphone, de nouveau, toujours gros cigare, le préfet : « ELLE veut que vous veniez vers nous, ma voiture. « Il pleuviote ( ici, c’est banal), Ydit fait le brave, tête nue ( il n’a d’ailleurs pas de parapluie). « Les gros bras de la police ne sont pas sortis. Le préfet oui, qui est dehors, maintenant, et qui tente de s’abriter sous sa casquette  vaillamment vernie. D’un geste mi-las, mi-royal,  il désigne la portière  restée  toute fermée. SPO jaguar de josetteSPO jaguar de josette

« J’entre ? » raconte que demande Ydit, qu’un petit rien de proximité tête-à-tête avec sa ministre restée dans  l’auto n’excite pas tant. Encore, si c’était le bureau ministériel et elle qui l’attendrait à la fenêtre ?fille à la fenetre 7

 

 

Mais là, en particulier, non, merci. C’est comme de vouloir faire une bise à un tank. Mais l’auto t’attend, toto. Et c’est tendance gelé gelé. Ydit hésite, main sur la poignée. »

 

 

« Bah oui, entrez », mouvement d’épaule, répond le préfet « On va pas y passer l’hiver ». Vraiment, ces jeunes directeurs de service de l’Etat, c’est définitivement pas des futés. Cinq minutes tout très seul avec la ministre sur une banquette arrière abandonnée par le préfet ( ENA 1971, promotion Elzevier), ça se refuse pas, pourtant. Sont des blancs-becs. Seront jamais préfet. Bien fait.

Alors Ydit entre.


A suivre par la Séquence  Publique  d’OubliEs  54, qu’on a pris l’usage de nommer : l’effacé de la fessée.


Didier Jouault   pour   Yditblog

Par défaut

Didier Jouault/Yditblog 52 Ministre : la fessée reste froide comme un vent de sable ( 1)

 

Didier Jouault pour YDITBLOG, Séquence Publique d’OubliEs n° 52

 La fessée de la ministre est froide comme un vent de sable ( 1 sur 3)

________________________________________________________________

Une fois encore, la mémoire d’Ydit s’interrogeait sur la possibilité du réel. Sur l’impalpable vérité des passés de passants dépassés.

Le poète, jadis, suivait des femmes dans les rues et les nommait Nadja. D’Ydit on disait qu’il arrêtait les silhouettes pour les nommer OUBLIeS. Au retour des étés à M. (voir SPO 45 à 51) devant la porte, se tenait une Russe blanche pâlotte, mais déguisée en image vintage, et qui  attendait Ydit.pin up slavo vintage

-«Y a longtemps qu’on vous a pas vu en OubliEur», dit-elle, sans accent, pointant l’absence de badge ou de lunettes. « Je peux entrer ? »

Ydit s’assure : est-elle une vraie  slave ?

Elle dit que:

« Oui et, d’accord, rien n’est plus comme jadis, les Russes – enfin les ex du bloc de l’est. Dans votre jeunesse, Ydit, on n’en voyait pas. On désignait « Russe » tout voyageur – peu de voyageuses – Hongrois, Polonais, Russe, et on distinguait mal leurs idiomes ».

 

Elle s’adosse à la fenêtre, se met à l’aise pour parler.

Ydit se souvient, mais ceci n’est pas une oubliE :

Ils venaient pour des colloques à la Maison des Sciences de l’Homme, ou des conférences à la Sorbonne. A leur côté on cherchait l’officier traitant du FSB. Les Allemands, pas de risque de les confondre avec ceux de l’Ouest, ils étaient habillés mode STASI, et les autres vêtus de peace and love.la russe est à l'aise dans le nu du récit

Ydit :«Confortez moi, c’est bien vous qu’on appelle Vassiliki ? Je n’avais plus de vos nouvelles».

–A présent, ajoute la Russe, on entend ces langues à chaque détour, dans le métro,  les musées, les sous-préfectures.

– Et donc ? s’étonne Ydit

– Et donc, me voici, nous allons partout.

Faisons vite…joggeuse de campus

 

 

 

Ydit répond qu’il peut affronter les lenteurs du temps comme un qui jette ses oublies depuis deux ans déjà.

La visiteuse : Voici : je suis chargée de faire des recherches complémentaires sur votre père. Sur son rôle dans l’histoire, ses relations. Ce qu’il a réellement fait.
Ydit s’étonne qu’on écrive une thèse sur son père. La Russe (supposée Vassiliki, mais elle n’a pas répondu) l’apaise, ce ne sera qu’un rapport des tapes (elle sourit de sa propre maîtrise du langage). ET il en aura connaissance avant tous. Ydit souhaite-t-il « être informé  tout de suite  de ce qu’elle-même n’ignore déjà plus? »

Ydit ne souhaite pas, non, non merci pas. Il est en retard sur ses OublieS. Il dit qu’il a pris rendez-vous pour une « Séquence Publique d’Omission ».

 

Impossible de renoncer à oubier, vous avez tout de même compris cela?..

Ydit court, Ydit va. Ydit y est. Et retrouve le rouge univers des dames des rails.

-Eh ben, dit Germaine, sa comparse en locomotives étreignant les courbes, en voilà un revenant ? L’Ydit en soi, même.  Vous étiez en vacances ? En pénitence d’Omission ?accueil de goupe SNCF

Ydit rassure Germaine  : il a juste échappé à la tentation.

Germaine demande qu’on en vienne à l’OubliE, « C’est toujours bien la raison d’être ici, sur le quai du départ ? Allez-y, m’sieur Ydit, sans préliminaire, et il faut excuser mon écoute distraite, mon oreille passive, mais ce jour j’ai du travail avec les travaux. »


Ydit ( forçant un peu la voix près de la voie 15)salle des pas perdus

 

 

 

Séquence du jour : La sous préfète préfère Auchan

Ydit : « Derrière la voiture, ce jour là, il y a la sous-préfète qui tête des cacahuètes. Un peu replète, la sous-préfète a pris perpète : inauguration, ruban, exposition, turbin, allocution, turban. la berlineL’été des festivals, l’hiver des expos, entre temps les voiles sur la tête et les sans-papiers sous le balcon,

 

c‘est l’enfer des sous-préfètes, la Bérézina du parapheur paresseux, le Nagasaki du BlackBerry en sourdine pour la chasse au sardines (oui, Sardines rime avec Sourdine et Sardine avec préfet-si on connait l’Histoire et ses tiroirs). »

– Germaine, dans le haut-parleur de la gare s’égare : « Eh ben, ça commence fort ! On se calme, mon Ydit »

– Ydit : » Le principal est que la sous-préfète a été promue suite à son succès comme tête de l’Office Français de la Chasse aux Sourdines, où elle a fait preuve de ses talents et d’un sens aigu du silence dans la lutte anti-rumeurs. »

– « C’est quoi, au fait,  une sous-préfète ? »

demande un gamin des quais, malheureusement passant tout près .l'enfant et les oublies

– C’est comme ta tante Germaine-des-rails, mais en bleu, répond Ydit, pas trop fort ( il ne faut pas ébahir les enfants)

Il reprend :« On n’échappe plus à l’intelligence intermittente des départs. C’est harassant. Même pas le temps de boire un cafelatte au bar avec d’intéressantes  archivistes  venues de Russie pour parler du père».

– « Ouais, peut-être, on peut voir avec les Russes, plus tard, mais c’est quoi, en fête, la sous-préfète ? »

Dans l’œil du garçon, s’il avait été à l’école, et non pas hagard à la gare, on lirait : « Ydit, Ydit, tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ». Le gamin blond s’approche avec son espèce de ridicule renard autour du cou, tous les mêmes, Renard et Gallimard en sautoir, et aussi son saintex in the Pockett, il n’a pas l’air frais – dans cette ville sale.

 

Il devrait se méfier, blond ici, svelte du dos et cambré du cou, y a de quoi se ramasser un Socrate, se débloquer le Pasolini, effeuilleter le Criton sans savoir lire, si on fait y prêt le flanc. C’est vite venu. Pas vu bien pris. C’est l’hymne des rails. Et voilà. Donc:  passez.

Mais Le petit insiste : « Tu me fais la photo ? » Et « Une sous-préfète ça lance des pétards ? «    Bon, si on lui mettait un peu d’oubliEs au cœur, pour s’en débarrasser ?

Ydit : « Non, ça voit des bagnards, des taulards, ça boit des pinards avec des zonards, ça croise des renards (dans les bars à chasseurs) des ringards de hasard, des grognards en retard, des dare-dare, des professeurs d’art, des hommes de quart, des tombés dans le coletar. »

 

 

–« Je comprends rien à ce que tu dis »

Pour Ydit, pas de problème, il va sur son rail, habitué à ce genre de remarques sur le fond des OubliEs. Mais, juste, il voudrait qu’on le laisse faire ses omissions, tranquille. Exemple :  « Hop, 15h16 j’arrive quai ouest, 15h18 / 15h33 : j’omissionne dans le voisinage,salle des pas perdus,  15h44 je range quai largo. » C’est seulement important de sérieusement faire les OUBLIeS. Ensuite on essuie. On efface.

 

Certes, trois ou quatre ( et même fugitivement six, en comptant un SDF et son chien, ce qui frôle les records d’audience !) se sont arrêtés, en observant le panneau prometteur d’omissions gratuites.

 

En plein milieu de jour,  habitués aux cadeaux de pas-de-prix supposés fidéliser l’étique public, ils attendent une distribution d’exonérés, de pain blanc, d’eau pétillante, de carte du magasin, d’échantillons de culture, de capsules Nespresso recyclées au cacao, et peut-être même de gracieuses images plus ou moins bénies.

 

Ou encore, ajouterait Germaine,  « les fameuses photos d’Ydit, lui-même  symboliquement dévêtu de vraiment pas grand-chose, à part l’étiquette OubliEs cachant juste l’essentiel? »(Germaine sourit au souvenir de ces images, inaccessibles au grand public, circulant sous le manteau dans les salles d’attente de la gare de l’est ou les offices de tourisme en montagne).

Pas de chance, aujourd’hui l’orateur Ydit n’a pas prévu de distribuer ses «OubliEs» de pain médiéval sucré : « On n’est pas bienveillant tous les matins. Sinon, c’est tuant. La bienveillance. Déjà, oublier c’est tuer, si en plus il faut bienveiller. S’il faut afficher. Salle des pas perdus. S’afficher. On s’use. C’est trop à force. »

Ydit confirme sa pédophobie passagère : « Et puis, toi, l’ami des ridicules renards, le déhanché trop poli, sors toi de mon Omission ! Une sous-préfète, voilà, une sous-préfète, c’est comme une préfète,  tout pareil, mais en plus petit, et même les talons hauts sont plus bas, tu vois? Une sous-préfète ça porte des Tongs, ça joue au majong, sinon c’est la même chose, juste le bureau est plus petit et le discours plus long. »

Germaine exprime une peu d’impatience et un semblant de déstabilisation ( ou dé stabulation ? ) :« On s’égare, Mon vieil Ydit, on s’égare, on va rater le départ ? »

-« Et ça donne des fessées, comme les sorcières, les mi- préfètes ? »s’interroge  l’inutile enfant.

Ydit : Il était venu ici ce matin pratiquer une certaine omission, parlant de police qui abandonne les abbesses du XVIIIème, avec la sous-préfète qui n’arrive pas, tenue en otage par le vernissage…voila pourquoi, la sous-préfète. D’ailleurs, ça commence à être lassant, la sous-préfète. Et l’impertinent garçon l’incite à toute autre chose, en parlant de fessée. Alors, à présent, l’auditoire  infléchit le détour et les cours de la mémoire? On aura tout vu. La fessée ? Au fait !

Soudain, près de la gare, Ydit se souvient en effet d’une fessée en public. 

D’autres, ailleurs, auraient aimé cela. Ydit non.

Cependant : bonne suggestion d’ OubliE.

 Du coup, moins agacé par le bavard enfant, Ydit applique  sur lui les OubliEs à la bonne hauteur du regard, celle qui préserve les pudeurs des pré-pubères(si jamais ils en ont ).

 

Cinq centimètres d’étiquette, ou un demi-tour, ça préserve de l’exhibition. La bonne »OubliEs« , descendue au bon endroit, évite l’excommunication (ou la circoncision, ça dépend des temps du récit)

Ydit , donc ( mais n’est-il pas là pour ça ? dirait Germaine du rail ) :

« Je veux oublier que…

…la fessée de la ministre est noire comme un manchot sur la  banquise… »


A suivre par la Séquence  Publique  d’OubliEs n° 53

(Non seulement la Russe blanche ne peut raconter ce qu’elle sait du père,passage interdit couleur (1) mais Ydit change de récit en pleine Omission : acrobatiques projets, de quoi perdre l’auditeur.)


Didier Jouault     pour    Yditblog.wordpress.com

 

 

 

 

 

Par défaut

Didier Jouault/yditblog 51 Le regard sur l’été ne dispense pas de l’œil sur la mémoire

 

YDIT a publié (en ce jour de fin de printemps ) la « SEQUENCE PUBLIQUE d’OUBLI »

  numéro 51.

 

 

 

Elle clôt, en cette date précisément, la série de six «  Estivales Esquives »  2017.

Les « transferts » envoyés ici et là ou reçus par les téléphones portables ou les « réseaux » dégradent l’effort de mise en page en répons, textes/photos.

Cliquer ici permet d’accéder de nouveau  à l’intention d’origine.

A la demande d’un tout petit ( mais suffisant) nombre, voici, dans l’ordre «chronologique » – donc inverse à celui des publications- les autres «  Estivales Esquives » du personnage auto-nommé YDIT.

Maintenant : un peu de vacances !

 

 

SPO 46

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/01/s-p-o-n-46-estivales-esquives-dans-la-ville-de-m-la-memoire-est-une-rafale-de-langage/

 

SPO 47

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/06/didier-jouault-pour-yditblog-la-fiat-enlace-un-soupir-dete-sequence-publique-domission-47-estivales-esquives-ii/

 

SPO 48

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/17/didier-jouault-pour-yditblog-48-estivales-estives-iii-sequence-publique-doubli-au-centre-de-m-la-culture-conte-lennui/

 

SPO 49

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/08/26/didier-jouault-pour-yditblog-spo-49-estivales-esquives-iv-limmediat-cest-le-massagenon/

 

SPO 50

 

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/09/08/didier-jouault-pour-yditblog-50-estivales-esquives-v-lacan-prend-de-lage/

SPO 51

 

 

https://yditblog.wordpress.com/2017/09/19/didier-jouault-pour-ydit-blog-sequence-publique-doublies-51-m-veille-sur-les-reveils-des-merveilles/

Par défaut

Didier Jouault pour YDIT BLOG : Séquence Publique d’OubliEs 51 : M. veille sur les réveils des merveilles.

Le chef de gare : « Ah, tiens, alors vous nous quittez maintenant? Plus rien à faire au village ? Plus de tourisme dans l’isthme, de massage du message, de séances au cinéma ? Les filles vont regretter vos balades  en montagne. Faut dire que la dernière fois  c’était un peu…osé dans la pose? »

Ydit, depuis l’autre quai , forçant la voix :

« Vous allez rire, mais la séquence 50 a battu tous les records d’audience sur les divers réseaux. Je me demande si c’est pour les pommes de terre frites ou les vieilles voitures? Je ne vous ai pas trop ennuyé, entre deux trains? »

–  Certainement pas, j’ai de quoi m’occuper, et vos petites séquences, ça change des types à chien avec guitare qui chantent sur le quai. 

– Alors, une petite dernière pour le wagon de queue ? On le sait, j’aime les trains et …

– Oui, on s’en souvient : Germaine-des-quais!

– Donc, allez , je vous laisse choisir. On a combien de temps?

– Dix-huit minutes avant le 14h23, mais il a souvent du retard. Vous m’en feriez une un peu tristounette, de SPO, pour les adieux ?


Estivale esquives, épilogue en forme de flash back ( 6/5)


YDIT…Comme le sillage que dresse l’oubli sur l’océan fatigué de la mémoire, quand le caboteur essaie de rentrer au port malgré le mascaret ; tel le tracé de la nuit dans l’errance du réveil : ce visage reste au cœur de la cité. Il est un village tout entier, ravagé par l’incendie barbare des heures, par les soudards de l’oubli,  et cependant ses ruines éparpillées conservent la vie de poussières traversant le soleil dans leurs ombres.

Un homme qui fréquente  les ports, et là campe, humant les raclures de passé, dit : l’inconscient est structuré comme un tangage. Il précise : la mémoire est menteuse comme un visage.


     La ville de M., et ses aventures de l’été 17, racontées dans ce village,  sont une boucle de rêve. Un éclair pour chapeau sur la tête d’un dauphin emprisonné, ou comme un objet sculpté dans la glace qu’on sur la chaussure d’une princesse en guise de diamant, un cheveu sur le clavier hagard de la mémoire.

     En ESTIVALES ESQUIVES, l’été a construit son chemin de pierres et de sable. Boucles narratives : départ tiré par une rafale de cartouches d’oubliEs, finale en chant d’adieux.

Pendant l’été 2017, l’année de M. revient sur sa propre origine, voyageur de commerce du temps marchandé, guerrier portant à la fois la victoire et la probabilité de sa fin.

Moment venu de retourner à l’origine du récit d’ESQUIVES : voici donc l’un des champs du départ.

– Le chef de gare: « Je sens que ça va pas finir dans des chansons ? » 


YDIT : Ce fut avant de partir pour M., un soir, dans l’appartement de Paris.

 Ephe Dée rompait la pause,

s’approchait de la table où des livres attendaient. Un vinyle faisait des ronds dans l’air Ecoutant, elle s’était retournée vers lui, songeuse : « Et toi, Ydit, à qui penses tu quand je sors de tes draps? » Tu pars vers M. et je n’y serai pas.

« Où es-tu, quand tu es dans mes bras ?
Que fais-tu, est-ce que tu penses à moi ?
D’où viens-tu ? Un jour tu partiras
Où es-tu, quand tu es dans mes bras ? »

Je reste en soldat protégeant pour rien l’armurerie videée de tes  mémoires, guetteur immobile de l’errance molle et des attentes. M.,dis-le, n’est que l’attrait d’un oubli, M., le prétexte pour partir. »

« Plus tard, dit ensuite Ephe Dée, tu reviendras de M. , et je t’accuserai : « Tu n’as rien compris à Hiroshima ». Mais je ne voudrai plus te voir, je n’aimerai plus tes gestes de silence, et j’attendrai que tu distribues les « OUBLIeS » comme des images d’un mauvais  livres d’heures, épuisé avant même toute impression. Nous serons comme deux pays voisins qui s’éloignent.IMG_1145

                              clic:                       watch?v=E8EOhsoVSiI

Tu mèneras tes « OUBLIeS », comme des brebis en descente d’estive, et je n’écouterai pas tes récits de marin privé de carte-ou de boussole, car j’aurai été ton horizon et tu l’auras perdu. Je serai celle qui n’écoute plus.

 

YDIT : Et ce fut ainsi.

Ephe Dée  a vidé le barillet de ses présences vives, elle tirait contre les ombres que faisait Ydit en marchant au milieu de la ville, M.

« Et donc? » dit le chef  ?  Surtout que voila le 14 h 43, faut finir.

« J’veux m’enfuir, quand tu es dans mes bras
J’veux m’enfuir, est-ce que tu rêves de moi
J’veux m’enfuir, tu ne penses qu’à toi
J’veux m’enfuir, tout seul tu finiras « 

Et donc, aussi longs que soient les efforts, YDIT affronte l’impossibilité  d’emporter ce visage au milieu des flux d’ « OUBLIeS », dans le silence.

C’est ainsi que les hommes se souviennent : en suivant sur le sable une maligne empreinte du temps qui dénie tous les oublis.



Image à la une :  » femme fatale », Myles Himman

texte : Bernard Lavilliers, Jean-Paul Drand • Copyright © Warner/Chappell Music, Inc

Installation toiles : Elodie Lemerle. Photo femme au verre : Jitka Samajova

 

Didier JOUAULT  pour  YDIT BLOG

Par défaut

Didier Jouault pour Yditblog 50, Estivales esquives V, Lacan prend de l’age.

 Au village-vacances du camp Delage, Lacan prend de l’age.

Estivales esquives ,V et (presque) finale.

« Oui, je sais, on avait prévu », dit le boucher-boulanger place de la mairie, souriant et serviable.

« Mais j’avais pas noté que ce serait la fête du village, quand on a mélé. Donc, j’ai rien organisé. Et j’en ai parlé à Jeanne-Marguerite, qui gère l’Eden. Elle vous offre l’avant-séance. Désolé. Sinon, qu’est ce que je vous mets, des côtelettes ? »

Jusqu’au cinéma, il y a davantage de chemin que prévu. Et pas d’affiche-programme. Ni de cartes. On va finir l’été sans accessoires. Ou presque.L’inconscient est maquillé comme un visage. Rien que la nudité du langage. C’est la fête du village.

– « Vous avez couru, on dirait,  M’sieur Ydit ? Ah, difficile à quitter, Alison et le « Refuge Bien-être », parce qu’en vrai, on s’allonge et on oublie, c’est ça le message du massage ».

Elle rit toute seule, derrière l’ étroit comptoir. C’est la fête au village.

M’sieur Ydit, vous vous souvenez qu’on passe Marienbad pour la séance Art Essai, ce  soir? Votre M. , la ville de l’été, M. c’est pas Madras non plus? » Un silence. Et même Lacan ne savait pas tout sur  » L’Origine du Monde », alors !.. M. c’est « Monde? »

Ydit tend une carte. » Ah, vous n’avez pas du liquide ? Je préférerais. »

Mal éclairée par  la pénombre de l’entrée, elle ironise  :« on économisera la planète, faute d’économiser la salive ». Selon elle, qu’Ydit écoute : votre liquide, ça coûte moins cher que le terminal bancaire, filez moi vos pièces. Une belle pièce de 5 francs, non? Même si vous l’avez piquée à Mémée. »

Ydit demande : Une pièce de cinq francs ? Mémée ? Vous connaissez l’histoire?

Jeanne-Marguerite : Le film est commencé, vous n’allez pas tout comprendre à Marienbad. Remarquez…moi c’est pareil pour les OubliEs, parfois. Et y en a qui n’ont rien compris à Hiroshima, aussi. Bref, comprendre est secondaire.

Ydit interroge si, en échange d’un paiement liquide, et en se passant de références culturelles, puisqu’on est en retard, elle accepterait qu’il croque ici et maintenant l’oubli. Comme une répétition.

Elle pense que c‘est un peu limite obscène, cette proposition, de l’argent contre de la mémoire, la répétition, et il n’est même pas psychanalyste. J’espère que c’est un mauvais souvenir tout de même ? C’est celui des pièces de cinq francs ? Tout à l’heure, il y avait trois ou quatre personnes, pour entrer, mais j’ignore si elles venaient pour votre séquence pré-séance, que j’ai annoncée en vitesse sur le site, ou pour Marienbad. 

Ydit à nouveau s’excuse, il a mal jaugé du chemin, la route des oubliEs est bar à tapaslente et longue. Donc, il  pourrait administrer l’OUBLIe après le film, au lieu d’avant ?

Jeanne-Marguerite :  Allez-y, faites votre truc, débarrassez vous en vitesse comme font les mecs, et passons à la suite. Vous dînez avec Alison la masseuse ? Ou avec la fille de l’office du tourisme? Ou avec le chef de gare en short, après tout, pourquoi pas? Il a de belles jambes de cycliste…

Ydit :’La mémoire est une rafale de langage, mais l’axe imprécis du tir improvisé perturbe la beauté linéaire de la trace qu’abandonnent les balles sur la carlingue de la vie, voila tout .’

 

– ‘Oui, bien sûr, bien sûr, mais on se demande qui peut avoir écrit ça, ironise-t-elle : beaucoup de mots-perroquets, non ? voltaire oublies 2 Un écrivain psychanalyste perdant le sens de l’avis ?? L’ Inconscient est balayé comme un  nuage.

YDIT : langage et idées noires, flash back et vinyle, ce sera pour la prochaine fois, l’épilogue (enfin) de nos Estivales Esquives, sous le regard troublé de l’infinie présence, celle de Ephe Déé, au sens exact : in-OUBLIe able.

Vous voulez sa photo ? EPHE DEE 2

– ‘Encore obscur, mais on écoutera  plus tard, sans doute ? La mémoire c’est ce qui comprend plus tard. Et maintenant ?’

YDIT, maintenant, récit :      « Albert, Toilettes, Portefeuille!« 

YDIT : On avait dix ans. Parmi les entrelacs étroits que formaient les frustes bungalows du Camp Delage,  dans la proche banlieue de M. encore peu grandie, poussaient des pins parasols, de rares lampadaires, des tables de bois pour les campeurs partageurs. La famille venait là, pour de banales vacances de pauvres. Les sentiers du camp conduisaient de l’obscur à la pénombre. Un bus arrivait de M. , depuis la gare.

« Albert, Toilettes, Montre ! »

On n’avait pas l’électricité dans les bungalows, la vie du soir se passait dehors. Quelques lieux communs soutenaient la lumière des bavardages : bacs pour la vaisselle, espace garage, sanitaires, piste de danse et d’animation sur le devant du « Camp Delage ». On rencontrait les garçons portant les bacs d’assiettes pour Maman.

« Albert, Toilettes, Bijoux ! « 

Le très gros père Delage nourrissait les campeurs, toujours pensionnaires. C’était une espèce de réfectoire bruyant pour campeurs sans dégoût. Il y avait un enclos « naturiste » à l’écart, on y trouvait surtout des instits. La mère Delage, fine et blonde, assurait l’accueil. Albert était l’homme à tout faire. Le fils tenait le bar où Brel pleurait ses quarante-cinq tours :  » Ne me quitte pas ! ».On venait s’y rencontrer.

« Albert, accueil, livraison! «  Les hauts parleurs du Camp ainsi répétaient les appels à l’aide de la mère Delage. »Toilettes » : on imagine mal comment sont maladroits les campeurs en short sur les toilettes à la turque. Albert récupérait au fond de la fosse les objets les plus précieux de cette humanité accroupie. » Albert, des clés ! » 

Dans les hauts-parleurs, Michel Polnareff chantait « Moi je veux faire l’amour avec toi« , Ydit raconte qu’Isabelle pouffait en lui tenant la main pour des promenades quittant le camp, vers le rivage, après les  routes pour la mer. En chemin, dans le chaud du bitume collant aux espadrilles, Ydit offrait de ces longs sucres d’orge encore tièdes, qui coulaient comme des lianes en rafraîchissant, et qu’on séparait en portions avec de gros ciseaux brillants de sable et de sueur.le regard des roses c'est la vie 2

 

Le vendeur découpait large pour eux, Isabelle/Ydit, ému de leur silence.

Isabelle/Ydit se promenait parfois dans le village-rue, proche de M., short blanc identique un peu grisé aux fesses par les murets où l’on passait sa vie assis, entre des pavillons de béton jaune et leur grillage vert blanchis de liserons sauvages.

On parlait peu, car quoi dire de plus ?

On approchait de la plage. On partageait alors de gras beignets fendus d’un trait de compote et enluminés de sucre cristal, comme des offrandes à une Vénus encore absente. Cela coûtait un peu cher parce qu’on était pauvre. Mais on s’amusait.

« Avoue que tu les as volées, volées ! »

« Avoue que tu les as volées, volées ! » dit un soir la mère, violente et voix de chantier, quand YDIT revint d’Isabelle. La grand mère avait dénoncé : la tirelire qu’elle fermait bien dans sa valise fermée, sous le lit de camp, la tirelire s’allégeait de ses pièces de cinq francs, rudes économies de vieille.

Ydit, poursuivi de cris et de gestes, poussé-frappé, n’avouait qu’un ramassage solitaire : des pièces tombaient toutes seules de la tirelire, devenant orphelines, il les adoptait, bon gars, bon coeur, et rien de plus. La mère n’appréciait pas cet humour, Ydit en avait l’habitude.

L’échange gagnait en dureté, la grand’mère – qui savait de la bienveillance de qu’un mineur voit du ciel- donnait le détail. Il avait tout de même fallu tirer la valise, ouvrir la tirelire, et bien entendu la secouer sans bruit, comme un malfaisant qu’il était : les grosses pièces de cinq francs ne tombent  pas toutes seules dans la main des garçons de douze ans, tout de même.

Le grand frère arrivait sur sa mobylette où se trouvait également un bon ami à lui, et commentait en solidarité : Eux, son ami et lui, n’auraient jamais fait une chose pareille, spolier la grand’mère, ah non, c’est contre nature!

Le plus difficile  fut d’oublier la scène : Quand Isabelle approcha du bungalow, le lendemain, la mère la prit par la chemise, écartant davantage le décolleté , mais pour cette fois cela n’amusa pas Ydit : Et toi, espèce de sale môme, tu sais que tu es la copine d’un voleur de vieilles ? Il t’a payé quoi, avec, hein? Toutes des mal élevées !

Au village de cet été, la caissière de l’EDEN-CINEMA ne semble émue qu’à moitié d’un tel  OUBLIe véniel, il y a plus de cinquante ans. ‘ On en fait beaucoup avec peu,on dirait, et ça vient d’où l’acharnement des vieilles ? ‘

YDIT conclut, empochant le ticket de cinéma pour ‘India Song’ : C’était la toute fin des vacances. L’humiliation et la douleur importaient peu face aux déchirements des séparations. A la rentrée, au collège, tout serait autre chose. C’était le temps de revenir. Le temps de quitter l’environ de M.


Et ainsi, de l’année finissant au lycée, jusqu’aux vacances d’écolier terminées, autour de la ville de M. ,  s’efface la trace des sentiers d’estive,

se dénoue la boucle en poussière de l’été – moments des mémoires légères et des souvenirs brefs, l’été propice à toutes les esquives, à tous les mensonges.

C’est le temps du retour. C’est le temps du récit, mais n’est-ce pas le même mot ?Reste ensuite à poser ici les images du départ vers M.

(Estivales Esquives, 5/5, presque  finale)

Par défaut